Publié dans BD

« Hercule Poirot: T1 Le crime de l’Orient-Express de Benjamin von Esckartsberg et Chaiko

Petit détour par la BD aujourd’hui avec :

Résumé de l’éditeur :

Le crime de l’Orient-Express est, avec Dix petits nègres, l’un des romans d’Agatha Christie ayant connu le plus grand succès. Il a été traduit en plus de trente langues.

Hiver 1937. Juste après minuit, une congère force l’Orient-Express à s’arrêter en pleine voie. Le luxueux train est étonnamment plein pour cette période de l’année, mais, au petit matin, on dénombre un passager de moins… Un magnat américain est mort d’une dizaine de coups de couteau, la porte de son compartiment verrouillée de l’intérieur.

Hercule Poirot mène l’enquête dans le train coupé du monde.

Ce que j’en pense :

On ne dira jamais assez le pouvoir de persuasion des amies blogueuses… Après avoir lu les chroniques de Lydia et Belette, il m’était impossible de résister (de toute manière, je suis incapable de résister à la tentation devant des livres alors…). Bref, je me suis ruée sur la première boutique venue pour me procurer cette BD.

Il faut dire que « Le crime de l’Orient-Express » est mon roman préféré de la reine Agatha.

Je ne vais pas raconter l’histoire, tout le monde la connaît. Cette adaptation en BD m’a énormément plu, et je l’ai dévorée, tant j’avais besoin (faim) de lecture plaisante.

J’ai beaucoup aimé les dessins de Chaiko, les couleurs, les personnages sont bien croqués. J’ai retrouvé l’intrigue avec plaisir. J’ai vu plusieurs adaptations à l’écran de ce beau roman, avec une préférence pour celle où joue Sean Connery. Par contre, j’ai trouvé la version de Kenneth Branagh tellement fade que je me suis assoupie en route…

Cette lecture fut un pur bonheur et je renouvellerais bien l’expérience avec un autre titre, car c’est le premier tome de la série et vous l’avez sûrement remarqué, la couverture est sublime.

8/10

Les auteurs :

Benjamin von Eckartsberg a étudié la Communication visuelle à Munich et est membre depuis 1995 de  »l’Artillerie ». Il travaille depuis 1993 comme illustrateur indépendant, et collabore à de nombreuses reprises avec Thomy. En dehors de ça, il attend inlassablement le moment propice de pouvoir commencer son propre album.

Chaiko (de son vrai nom Cai Feng) est un réalisateur de dessins animés basé à Shanghai. Son style très personnel capte l’air du temps de la jeunesse chinoise privilégiée qu’il transpose ici dans un Paris magnifié. Ses personnages affrontent les interrogations d’une jeunesse qui a sauté d’un seul coup du 19e au 21e siècle. Il a déjà publié avec succès le graphic novel “Love Fragments Shanghai” chez Xiaopan.

Faute de pouvoir proposer des photos ou extraits, voici la 4e de couverture:

Lu en février 2021

Publié dans Littérature française, Témoignage

« Et tu n’es pas revenu » de Marceline Loridan-Ivens

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’avais envie de lire depuis très longtemps, 2015 pour être plus précise, quand j’ai vu Marceline Loridan-Ivens lors de son passage à La Grande Librairie et le bon moment est arrivé :

Résumé de l’éditeur :

« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

Le 29 février 1944 Marceline Loridan-Ivens a quinze ans lorsqu’elle est arrêtée avec son père lors d’une rafle. Déportée à Birkenau, elle subit l’horreur des camps et parvient à survivre. Son père, lui, ne reviendra jamais d’Auschwitz. Soixante-dix ans plus tard, elle lui adresse une lettre, rédigée avec la romancière et journaliste Judith Perrignon, où elle raconte sa captivité, son retour, sa vie d’après.

Ce que j’en pense :

Marceline Loridan-Ivens raconte sous la forme d’une longue lettre à son père, son arrestation à l’âge de quinze ans lors d’une rafle dans le château familial alors qu’ils tentaient de fuir. Puis le long périple de Drancy vers les camps Auschwitz Birkenau, les mauvais traitements, les fours crématoires, puis la longue marche forcée vers Bergen-Belsen alors que les nazis sont en train de perdre la guerre puis le rapatriement et le difficile retour à la « vie normale ».

Elle se raccroche à l’espoir que son père est vivant. Il lui avait dit, à Drancy, qu’elle s’en sortirait car elle était jeune mais que lui ne reviendrait sûrement pas.

Ils étaient internés à trois km l’un de l’autre, lui à Auschwitz, et elle, à Birkenau et un jour il lui a fait passer un billet dont elle a oublié le contenu à son grand désespoir.

Marceline nous décrit l’horreur des camps, les liens qui se tissent avec ses copines, parmi lesquelles Françoise, Simone Jacob ; elles garderont des liens durant toutes leurs vies.

Elle aborde avec beaucoup de finesse, de pudeur, ce qu’on appellera plus tard, la culpabilité de survivant, comment accepter d’être revenu quand tant d’autres sont morts. Comment se construire une nouvelle vie, envisager de se marier et d’avoir des enfants, surtout quand on est obligé de se taire : personne n’a envie d’entendre ce qui leur est arrivé, ceux qui ont tenté de raconter ont été traités de fous…

Ses liens avec sa famille ne seront plus jamais les mêmes : son petit frère aurait préféré que ce soir leur père qui revienne, sa mère lui demande si elle a été violée par exemple car cela rendrait un mariage trop compliqué.

La question qui se pose au fil des ans est : « est-ce qu’on a bien fait de revenir ? N’aurait-il pas été préférable qu’on reste là-bas, qu’on meurt dans les camps ? et le passage de l’an 2000 montre bien que tout pourrait recommencer, avec la catastrophe du 11 septembre où le monde entier a assisté en direct à l’effondrement des tours du World Trade Center, où l’espoir de la Création de l’état d’Israël dont le père de Marceline avait tant rêvé ne soulèvera qu’une guerre permanente.

Une scène terrible : Mala, qui avait tenté de s’échapper du camp, a été rattrapée, et transportée sur une charrette, les mains ficelées dans le dos, vers la potence et jusqu’au bout, elle a injurié le commandant SS et ses sbires :

Elle s’est mise à parler en français, « Assassins, vous aurez à payer bientôt » et à nous toutes :N’ayez pas peur, l’issue est proche ; je sais que j’ai été libre, ne renoncez jamais, n’oubliez jamais ».

J’ai beaucoup aimé la manière dont Marceline Loridan-Ivens évoque la tragédie qu’elle a vécu, dans ce petit livre très court mais très dense. Elle ne se plaint jamais, ne se pose jamais en victime arrive même à faire sourire quand elle évoque Simone Veil qui « dérobe » les petites cuillères au restaurant, pour ne plus jamais avoir à laper la soupe.

A l’époque actuelle, il est important de lire ces témoignages, car le négationnisme à le vent en poupe et lorsqu’il ne restera plus de survivants, on imagine ce que les complotistes vont raconter. J’ai lu beaucoup de livres de documents sur la Shoah, vu des documentaires, des films, (il va falloir que j’essaie de trouver ceux de Marceline et Joris Ivens), entendu des témoignages, mais peu lu de témoignages écrits, du moins pas depuis de longues années et il est temps de s’y mettre de manière plus assidue.

Je ne sais pas si j’aurais le courage aujourd’hui de regarder la série « Holocauste » ou relire Primo Levi, mais j’ai en projet « L’enfant des camps » et « En classe avec Anne Franck » entre autres…

9/10

Comment résister au plaisir de revoir cette émission !

Les auteures :

Marceline Loridan-Ivens, née en 1928, déportée à Auschwitz-Birkenau avec son père a été actrice, scénariste, réalisatrice. On lui doit de nombreux documentaires avec Joris Ivens, dont le 17e Parallèle, mais aussi La petite prairie aux bouleaux avec Anouk Aimée et Ma vie balagan.

Journaliste, collaboratrice du magazine du Monde et de XXI, Judith Perrignon est l’auteure de plusieurs ouvrages, parmi lesquels : C’était mon frère, L’Intranquille, Les chagrins…

Extraits :

J’ai été quelqu’un de gai, tu sais, malgré ce qui nous est arrivé. Gaies à notre façon, pour se venger d’être triste et rire, quand même. Les gens aimaient ça de moi. Mais, je change. Ce n’est pas de l’amertume, je ne suis pas amère. C’est comme si je n’étais déjà plus là.

Les mots nous avaient quittés. Nous avions faim. Le massacre était en cours. J’avais même oublié le visage de Maman. Alors peut-être que ton mot, c’était trop de chaleur tout d’un coup, trop d’amour, je l’ai englouti aussitôt lu, comme une machine qui a faim et soif. Et puis, je l’ai effacé. Y penser trop c’était laisser venir le manque, il rend vulnérable, il réveille des souvenirs, il affaiblit et il tue.

Tes mots ont glissé, s’en sont allés, même si j’ai dû les lire plusieurs fois. Ils emparaient d’un monde qui n’était plus le mien. J’avais perdu tout repère. Il fallait que la mémoire se brise, sans cela je n’aurais pas pu vivre.

Survivre vous rend insupportables les larmes des autres. On pourrait s’y noyer.

Il faut vieillir pour accéder aux pensées de ses parents.

A mes copines, à celles qui étaient mortes comme à celles qui sont revenues, nous étions une bande, unies face à la souffrance, jamais, je ne me suis sentie autant aimée que là-bas. Je sais maintenant qu’elles étaient ma famille, plus que ma famille.

… Nous marchons sans savoir où nous allons, sans savoir combien de jours nous marchons, sans comprendre ni réaliser ce que nous avons vécu,nous traînons les … Nous marchons sans savoir où nous allons, sans savoir depuis combien de jours nous marchons, sans comprendre ni réaliser ce que nous avons vécu, nous traînons des pieds, nous savons que les nazis ont perdu, mais c’est trop tard, beaucoup trop tard pour se réjouir, les souffrances ont été trop grandes, il ne nous reste que le sentiment de l’horreur et de la perte. Où es-tu ? Je ne pense qu’à toi. Mais je ne te cherche pas parmi les autres. Nous ne retrouverons pas comme ça…

Pourquoi une fois revenue au monde, étais-je incapable de vivre ? C’était comme une lumière aveuglante après des mois dans le noir, c’était violent, les gens voulaient que tout ressemble à un début, ils voulaient m’arracher à mes souvenirs, ils se croyaient logiques, en phase avec le temps qui passe, la roue qui tourne, mais ils étaient fous, pas que les juifs, tout le monde ! la guerre terminée nous rongeait tous de l’intérieur.

Je me demande encore où j’ai bien pu perdre ta lettre, si je varie selon les jours—l’ai-je cachée dans un banc de l’étuve quand il a fallu changer de vêtements ? L’ai-je perdue à Bergen-Belsen ? à Theresienstadt ? – si je cherche encore dans les tréfonds de ma mémoire, ces lignes manquantes tout en étant sûre que je ne les retrouverai jamais, c’est qu’elles ont fini par dessiner un recoin de ma tête, où je me glisse parfois avec ce que je n’arrive pas à partager, une page blanche où je peux te parler encore.

Lu en février 2021

Publié dans challenge Voisin Voisines, Littérature roumaine

« Melancolia » de Mircea Cartarescu

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi dans le cadre de l’opération masse critique de janvier organisée par Babelio :

Résumé de l’éditeur :

Voici un livre sur l’enfance et ses métamorphoses.

L’arrière-plan est terrible, parfois même terrifiant, et pourtant c’est une lecture jubilatoire. Encadrées par deux contes, liées entre elles par toutes sortes d’échos, trois longues nouvelles composent Melancolia.

Un enfant de cinq ans dont la mère est sortie se persuade qu’il a été abandonné. Le garçonnet explore l’appartement, avant de s’en échapper sur les passerelles du rêve.

Isabel et Marcel, frère et sœur, vivent au sein d’une famille ordinaire comme deux enfants perdus dans la forêt profonde. Lorsque la fillette tombe malade, son frère jure d’obtenir sa guérison en partant affronter ce qui le terrifie le plus.

Année après année, comme tous les garçons, Ivan a dû ranger dans son armoires les peaux devenues trop petites… Il se demande si les filles, elles-aussi, changent de peau. Puis, il rencontre Dora, « la seule chose vraie dans toute cette ville-ossuaire ».

Ce que j’en pense :

Je rends ma copie en retard, j’espère que je n’aurai pas une trop mauvaise note, mais voilà un livre qui n’est pas facile à lire. J’ai pris mon temps, sinon je ne serais peut-être pas allée jusqu’au bout, et d’ailleurs, pour être tout à fait honnête, je n’ai pas encore terminé la troisième nouvelle. Ce livre est constitué de trois nouvelles, encadrées de deux contes.

Dans la première nouvelle, Les ponts, la mère d’un petit garçon est partie faire les courses et n’est jamais revenu. Alors, il tente de comprendre pourquoi elle est partie, peut-être est-ce de sa faute. Il n’a que cinq ans et son imagination s’enflamme vite. Pour tenter de comprendre, à force de regarder le ciel il finit par « voir » des ponts vers les nuages, sur lesquels il peut marcher sans danger. Retrouver Maman, mais aussi Papa qui est étrangement absent…

On a une très belle réflexion sur le temps qui passe, la vitesse à laquelle il passe pour un enfant de cet âge : des mois, des années plus moins la tristesse de l’abandon, la mélancolie liée à l’absence, à la solitude, comment exister en dehors de Maman, comment inventer sa vie…

Dans la deuxième : Les renards on fait la connaissance de Marcel et sa petite sœur Isabel, ils jouent ensemble, la nuit ils se rejoignent pour dormir dans le même lit, pour se rassurer. Marcel lui invente des histoires : ils sont deux petits lapins, bien au chaud et en sécurité dans leur lit devenu un terrier. Mais le danger guette : des renards viennent les attaquer pour leur faire du mal, alors Marcel les affronte héroïquement. Une nuit, Isabel est malade, avec une forte fièvre et on doit l’hospitaliser. Marcel se souvient du jour où il est allé voir sa mère après l’accouchement, de la statue représentant une femme enceinte avec deux bébés dont le ventre est ouvert pour représenter simplement la grossesse mais depuis il en fait des cauchemars. Il va affronter ses peurs pour tenter de sauver sa petite sœur.

Dans la troisième, Les peaux, Ivan retrouve dans une valise, les différentes peaux que son père a perdu durant son existence, elles sont moisies, mitées alors il les regarde quand il est seul à la maison. Il commence à avoir des « mues » lui-aussi et se demande si les filles passent aussi par ce genre de transformation.

Mircea Cartarescu nous expose ainsi les différentes phases du passage de la petite enfance à l’adolescence, avec une fascination pour la solitude et la mort. Les parents sont étrangement absents dans ces nouvelles, physiquement ou affectivement. On passe en revue, mine de rien, les rituels de passage et le chagrin qui les accompagne : il faut perdre quelque chose pour grandir.

J’ai aimé la profondeur de sa réflexion, et la poésie des mécanismes que ces enfants mettent en œuvre : les ponts pour accéder à une autre dimension et pour combler un manque : Maman est-elle vraiment partie ? Ou a-t-il simplement peur de l’absence qui lui paraît interminable ?

Mircea Cartarescu nous montre comment faire face à l’absence, par l’imaginaire, par des combats contre les renards comme les épreuves des chevaliers du temps jadis. Il joue avec dextérité avec la symbolique dans l’imaginaire de l’enfant qui atteint un sommet dans Les peaux avec les mues, et les transformations du corps chez les garçons et chez les filles.

J’aime beaucoup l’univers de cet auteur mais il m’a fallu du temps pour entrer dans chaque nouvelle, car c’est assez hermétique au départ, ensuite, je me suis familiarisée avec son mode de pensée, et la poésie du texte a fini de me convaincre de l’immense talent de l’auteur.

En voici un exemple :

C’était maman en négatif, la matrice de maman, peut être utilisée un jour pour la fabriquer en un seul exemplaire. Il resta énormément de temps dans le corps de maman, l’explorant en long et en large, pénétrant dans les fiers tunnels de ses bras et de ses jambes vides à l’intérieur, s’émerveillant de ses glandes en sucre candi, de ses dents véritables, des quatre cents perles disposées en grappes dans ses ovaires en chocolat.

La seule manière de s’échapper de l’appartement pour le petit garçon de cinq ans, ce sont les ponts car impossible d’accéder à l’extérieur, par l’ascenseur ou les escaliers qui sont remplis de terre, comme dans un cimetière… Ou les hôpitaux qui sont sinistres avec des chambres communes sinistres qui ont fait remonter un souvenir des profondeurs de ma mémoire : les enfants cachectiques dans les orphelinats à la fin de l’ère Ceausescu…

Un bémol quand même : si vous êtes dépressif, il vaut peut-être mieux éviter de le lire par les temps qui courent…  Durant cette lecture, j’ai beaucoup pensé à l’atmosphère étrange de Melancholia, le film de Lars Van Triers avec mon actrice chouchou Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst, même effet anxiogène avec une tension qui monte graduellement mais tellement troublante que l’on ne peut ni ne veut s’échapper, restant bloqué devant l’écran…

Un immense merci à Babelio et aux éditions Noir sur Blanc qui m’ont permis de découvrir ce livre et surtout l’univers de son auteur.

8/10

L’auteur :

Mircea Cartarescu est né en Roumanie en 1956. Docteur en lettres, il enseigne la littérature à l’université de Bucarest. Il a été couronné en 2018 par le prestigieux prix Thomas-Mann et Formentor de las letras.

Poète, romancier, critique littéraire, il a publié près de trente livres, traduits dans une vingtaine de langues. En français, signalons : Orbitor et Pourquoi nous aimons les femmes, chez Denoël ; La Nostalgie, chez P.O.L. Publié en 2019, chez Noir sur Blanc, un roman -monde : Solénoïde.

Extraits :

L’homme ne peut faire autre chose que ce que le ciel avait prévu qu’il ferait. A son dernier souffle, chacun considère sa vie et comprend qu’il devait en être ainsi.

Maman était partie un matin faire les courses et n’était jamais revenue. Il s’était passé des semaines ou des mois ou des années, en tout cas de nombreux, très nombreux jours, impossible à compter, tous pareils, car, à partir de l’instant de l’abandon, tout était devenu muet, figé, et l’enfant avait aussitôt perdu la notion du temps.

Leur escalier était, comme il le savait d’ailleurs, rempli de terre, qui se déversaient jusque dans le passage couvert en un monticule de terre meuble. On ne pouvait pas entrer par là.

En dormant, il rêva. En rêvant, il vécut. Quelle était la différence ? Avait-il rêvé ou vécu dans le ventre de maman ?

Les portes étaient pareilles à des pierres tombales dressées, le nom du mort figurant sur des plaques chromées. Tout l’immeuble était fait de caveaux posés les uns sur les autres…

… Gravissant les marches vers un autre palier, l’enfant sentit soudain, pleinement, l’horreur et la mélancolie de la vie, et il souhaita n’être jamais né.

Et voilà qu’il savait comment emprunter ce pont. Il n’avait rien d’autre à faire que de grandir. Il lui fallait coller son dos à la colonne, son crâne touchant la trace de lumière figée. Il resterait ainsi, droit et vertical, cloué à son propre chemin.

La tête sur l’épaule de son frère et alanguie par la chaleur sous la couverture, Isabel fermait souvent ses paupières, attachée encore au monde par un seul fil étincelant, la voix de son frère, qui finalement se brisait aussi et elle glissait alors, comme une larme douce et transparente, dans l’énigmatique océan qui résonnait dans son petit crâne comme un coquillage que l’on approche de l’oreille.

Leur jeu nocturne était toujours le même. Ils étaient deux petits lapins qui vivaient heureux dans un terrier, au chaud, sous la terre gelée.

Mais, dans la plaine gelée du dessus se déplaçaient les renards. C’étaient des créatures énormes et méchantes, avec la gueule pleine de crocs. De temps en temps, l’un d’eaux trouvaient l’entrée de leur terrier, en dépit de tous leurs efforts pour la dissimuler…

Voici ce qu’ils étaient, pelotonnés l’un dans l’autre, sous la croûte glacée du monde : un être unique irrigant deux corps, chuchotant à deux voix,mais rêvant le même rêve qui n’aurait jamais voulu finir. Cette nuit-là, pourtant, le sortilège perdit de sa puissance : les enfants étaient tendus comme à la veille d’un terrible affrontement.

Dans la lueur blanchâtre de la fenêtre se tenait immobile une silhouette à demi éclairée. C’était un garçon à peu près de l’âge de Marcel, de sa taille, vêtu de manière si commune qu’il ne s’en souviendrait pas le lendemain. Mais, ce qu’il n’oublierait jamais, c’était le visage du garçon inconnu, sa lividité dans la lueur froide de la chambre, les yeux qui n’étaient pas des yeux humains…

Lu en février 2021

 

Publié dans Essai, Littérature française

« La voyageuse de nuit » de Laure Adler

Je vous parle aujourd’hui d’un essai que j’ai mis du temps à terminer, contexte oblige :

Résumé de l’éditeur :

« C’est un carnet de voyage au pays que nous irons tous habiter un jour. C’est un récit composé de choses vues sur la place des villages, dans la rue ou dans les cafés. C’est une enquête tissée de rencontres avec des gens connus mais aussi des inconnus. C’est surtout une drôle d’expérience vécue pendant quatre ans de recherche et d’écriture, dans ce pays qu’on ne sait comment nommer : la vieillesse, l’âge ?

Les mots se dérobent, la manière de le qualifier aussi. Aurait-on honte dans notre société de prendre de l’âge ? Il semble que oui. On nous appelait autrefois les vieux, maintenant les seniors. Seniors pas seigneurs. Et on nous craint – nous aurions paraît-il beaucoup de pouvoir d’achat – en même temps qu’on nous invisibilise. Alors que faire ? Nous mettre aux abris ? Sûrement pas ! Mais tenter de faire comprendre aux autres que vivre dans cet étrange pays peut être source de bonheur…

Plus de cinquante après l’ouvrage magistral de Simone de Beauvoir sur la vieillesse, je tente de comprendre et de faire éprouver ce qu’est cette chose étrange, étrange pour soi-même et pour les autres, et qui est l’essence même de notre finitude.

« Tu as quel âge ? » Seuls les enfants osent vous poser aujourd’hui ce genre de questions, tant le sujet est devenu obscène. A contrario, j’essaie de montrer que la sensation de l’âge, l’expérience de l’âge peuvent nous conduire à une certaine intensité d’existence. Attention, ce livre n’est en aucun cas un guide pour bien vieillir, mais la description subjective de ce que veut dire vieillir, ainsi qu’un cri de colère contre ce que la société fait subir aux vieux. La vieillesse demeure un impensé. Simone de Beauvoir avait raison : c’est une question de civilisation. Continuons le combat ! »

Ce que j’en pense :

 Dans cet essai, l’auteure nous invite à réfléchir sur la vieillesse, sa définition, ce que cela représente selon qu’on est un homme ou une femme, pauvre ou riche…

Puis, on passe à la notion du « sentiment de l’âge », notion introduite avec cette citation de Elias Canetti dans Le livre contre la mort :

« Depuis quand es-tu vieux ? Depuis demain. »

J’ai aimé surtout dans cet essai, les auteures cités par Laure Adler : Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Nathalie Sarraute, Annie Ernaux mais aussi des hommes Marcel Proust, Victor Hugo, Emmanuel Todd, ou encore des artistes : Hokusai, Sviatoslav Richter, Soulages entre autres.  

J’ai apprécié la comparaison entre Chateaubriand qui a décidé qu’il était devenu vieux à trente ans alors que Stéphane Hessel s’indignait encore à quatre-vingt-treize ans… ou les références à Philip Roth, la réflexion sur la difficulté à affronter le déclin de nos parents qui deviennent parfois nos enfants, quand la sénilité tente d’occuper la place.

Devenir la mère de sa mère jusqu’à l’épuisement ; réaliser la mort de celle qui vous a enfanté permet de se déprendre de soi.

Laure Adler a des mots durs parfois lorsqu’elle compare le prestige des temps grises des hommes qui épousent des jeunettes alors que les femmes à l’inverse sont des cougars qui « s’accrochent » ou ne veulent pas « raccrocher » et que dire de la sexualité ou de l’ombre d’Alzheimer, on a l’impression d’être à la limite des gros mots, là…

Ensuite, passons à la phase EHPAD… Sujet sensible, parce que j’ai dû me résoudre à y placer ma mère qui a 95 ans et que l’on a gardé chez elle jusqu’à 93 avec les auxiliaires de vie très dévouées, mais c’était devenu trop compliqué avec une chute tous les 2 mois, qui se terminait au CHU. C’est une décision terrible à prendre tant on se sent coupable de ne plus pouvoir assumer, d’y laisser sa propre peau…

J’ai fini ma lecture « en travers » comme disait une de mes profs de français car j’ai le même âge que Laure Adler, je suis plutôt d’accord avec elle, mais je suis restée sur ma faim (ma fin ?) car si le voyage avec des penseurs que j’aime m’a plu, je trouve qu’elle ne propose pas grand-chose. Et je dois le reconnaître, sa manière de jouer les « Madame Je-sais-tout donneuse de leçon, m’insupporte, chaque fois que je la vois à l’écran, je zappe ce qui n’a pas facilité ma lecture.

Je vais m’éloigner un peu du contexte (vous pouvez sauter le passage si vous le désirez !) en évoquant, puisqu’on en arrive là, à ce que j’appelle la gérontophobie ou le racisme anti-vieux : on sent très bien qu’on gêne depuis quelques années :  nos retraites qui coûtent cher alors qu’on a payé celles de nos parents sans broncher, c’est à cause de nous qu’on est obligé de confiner, on prive les jeunes de liberté (c’est vrai quelle entrave porter un masque pour protéger les autres autant que pour se protéger soi-même). Idem pour la planète, alors qu’on trie nos déchets depuis des décennies, qu’on respecte l’environnement (les cannettes de bière ce n’est pas nous, le vélo d’appartement qu’on laisse sur le Mont-Blanc non plus…)

En gros, on nous dit restez chez vous, hors de notre vue, cassez-vous, laissez-nous la place…. Mais d’un autre côté, on nous refuse le suicide assisté, l’euthanasie : on va arrêter un septuagénaire qui milite pour une mort digne à six heures du matin, on lui passe les menottes, fouille son appartement à la recherche du médicament prohibé (ça s’est réellement passé et ils n’ont rien trouvé et toc) pour arrêter des dealers armés jusqu’aux dents on hésite mais menotter un septuagénaire pas de problème…

J’ai craché mon venin, cela fait du bien et je vais passer à une lecture plus douce, et je finirai sur cette citation de Amadou Hampâte Bâ qui est une compagne de ma vie : « Un vieillard qui meurt c’est comme une bibliothèque qui brûle »

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir cet essai ainsi que la plume de son auteure car Laure Adler m’a donné envie de me plonger ou replonger dans les livres de Nathalie Sarraute et Simone de Beauvoir entre autres.

#Lavoyageusedenuit #NetGalleyFrance

7,5/10

L’auteure :

Née en 1950, Laure Adler est essayiste, romancière, femme de télévision et de radio, auteure primée de nombreux ouvrages.

Extraits :

En considérant les vieux comme à mettre au rebut, comme quantité en surplus, on perd de notre humanité.

Nous sommes toutes et tous en droit et en capacité de vouloir devenir vieilles et vieux sans avoir à être jetés aux poubelles de l’histoire post-moderne.

Dans son ouvrage remarquable, mais qui reçut un accueil plutôt discret lors de sa publication, intitulé tout simplement « la vieillesse », elle (Simone de Beauvoir) voulait briser la conspiration du silence et s’inquiétait de la dangerosité d’une société qui méprisait et malmenait ses vieux.

Il y a pire qu’un vieux sans signe distinctif. C’est une vieille. Il y a pire qu’une vieille. C’est un vieux pauvre. Il y a pire qu’un vieux pauvre, c’est une vieille pauvre. Et aujourd’hui, ce sont ces femmes – de plus en plus nombreuses – qui constituent la classe la plus fragile.

Marcel Proust dans Le temps retrouvé nous fait ressentir que savoir son âge participe d’un type d’émotion, c’est un travail, volontaire ou involontaire.

Quarante ans, c’est la vieillesse de la jeunesse, mais cinquante ans, c’est la jeunesse de la vieillesse selon Victor Hugo

Vieillir, c’est savoir continuer à faire ce qu’on faisait auparavant sans donner l’impression qu’on est diminuée. Nathalie Sarraute

Le vieillissement de la population est le phénomène le plus central de notre civilisation et la soudaineté de cet évènement peut nous mènera à l’abîme, proclame Emmanuel Todd, depuis des années, du haut de ses connaissances de démographe. C’est l’angoisse, dit-il. Le cataclysme…

Les jeunes incarnent l’avenir, les vieux le passé présent… Il n’y a pas, d’un côté une humanité essentielle, positive, représentative et, de l’autre, une humanité affaiblie, une sous-humanité.

Cordélia morte, Lear porte son cadavre sur la scène. Cordélia, c’est la mort, dit Freud. Cordélia l’autorise à choisir la mort, à se familiariser avec l’idée de mourir.

Mais, il faut avoir un projet : c’est l’assurance que tout n’est pas fini. Finalement la vieillesse complique la vie physique et la vie matérielle mais simplifie la vie morale.

Un vrai vieillard est celui qui a vécu sa vie, tant d’autres se contentent de la voir s’écouler. La vie est un voyage ininterrompu si rapide que nous pouvons passer à côté en nous distrayant.

Et puis un jour on a un âge. Et cette révélation a un goût désagréable. On sait qu’on ne pourra pas recommencer sa vie, qu’on pourra moins l’inventer, que le passé va sans doute préétablir l’avenir.

On a le même âge, Montand et moi. S’il a vécu mon vieillissement à ses côtés, moi j’ai vécu son murissement à ses côtés. C’est comme ça qu’on dit pour les hommes ils murissent : les mèches blanches s’appellent des mèches argentées. Les rides le butinent alors qu’elles nous enlaidissent. Simone Signoret dans « La nostalgie n’est plus ce qu’elle était »

Terminé en février 2021

Publié dans Lectures à venir

Mon programme pour les semaines qui viennent

J’ai un programme chargé car j’ai eu du mal à résister à certaines tentations,  envie de découvrir de nouveaux auteurs, retrouver certains qui sont des piliers de ma bibliothèque personnelle , j’allais dire mon Panthéon…

Les livres en cours qui me donnent du mal :

Je les ai sollicités sur NetGalley il y a plus de trois mois, ils sont tous en cours de lecture avec plus ou moins de succès mais je persévère :

Laure Adler : « La voyageuse de nuit »

Réflexions sur la vieillesse : intéressant mais j’ai quelques problèmes avec l’auteure qui a tendance à me taper sur le système…

Woody Allen : « Soit dit en passant »

J’adore Woody le cinéaste, je n’ai raté aucun de ses films et son journal me tentait ; il s’agirait plutôt de curiosité, j’avais envie d’entendre sa version sur Mia Farrow mais je rame un peu, sa jeunesse où il voulait faire une carrière comme comique me séduit mollement. Wait and see….

Jim Harrisson : « Julip, la femme aux lucioles… »

Recueil de nouvelles intéressant mais volumineux, mais je m’accroche, l’écriture est belle.

Un OVNI :

Mircea Cartarescu : « Melancolia »

Choisi lors de l’opération masse critique de janvier de Babelio, il ne me reste plus que deux jours pour le terminer et le chroniquer mais cela va être compliqué, tant l’univers de l’auteur est complexe mais plein de poésie donc je ne sais pas si j’aime ou non…

Une BD :

Nicolas Barral « Sur un air de fado »

Le Portugal au temps de la dictature, c’est mon pays de cœur, je l’ai découvert grâce à mon mari et j’y suis allée pour la première fois en voyage de noces en 1975 (cela ne nous rajeunit pas!) un an tout juste après la révolution des Œillets …

Les autres :

Il y a ceux qui n’attendront pas, ceux qui m’excitent moyennement et les autres…

Je l’ai découvert comme tout le monde avec « Le testament français » et j’ai aimé tous ses précédents romans:

Impossible de résister, j’ai un coup de cœur pour son précédent roman dont j’ai tant parlé: « La fabrique des Salauds »:

Un peu d’histoire avec :

Un roman sur la soeur de Sissi

Deux auteurs découverts sur Babelio

Je vais m’arrêter là, je ne vous cache pas qu’il y en a d’autres, j’ai du pain sur la planche donc, mais une motivation qui revient…

Cela prend un temps fou mine de rien mais c’est plutôt stimulant même si la mise en pages laisse à désirer…

Février 2021

Publié dans Littérature française

« Le Berger » d’Anne Boquel

Parfois, la lecture peut être source de déplaisir, voire de révolte, alors même qu’il s’agit d’un livre qu’on a choisi de lire, c’est ce qui s’est passé avec ce roman :

Résumé de l’éditeur :

Lucie est conservatrice d’un petit musée de l’Oise. Rien ne va vraiment mal dans sa vie, rien ne va vraiment bien non plus. Le jour où une amie l’embarque dans un groupe de prière, son existence prend une couleur plus joyeuse. Elle se sent revivre. D’autant que le Berger et maître à penser de la communauté lui fait intégrer le cercle restreint des initiés. Sans le mesurer, elle consacre bientôt toute son énergie à la Fraternité, négligeant son entourage. L’incompréhension gagne ses proches, qui, désarmés, la voient s’éloigner d’eux. Mais, lorsqu’ils s’en inquiètent, leurs questions se heurtent au silence.
Dans son désordre enfiévré, jusqu’où Lucie poussera-t-elle le zèle ?


Premier roman captivant, poignant portrait d’une jeune femme en plein désarroi, Le Berger dépeint sans complaisance la réalité sordide des mouvements sectaires, tout en s’interrogeant sur la quête de spiritualité dans nos sociétés individualistes.

Ce que j’en pense :

Lucie est conservatrice dans un petit musée, auquel une famille a fait don d’un précieux calice, mais tous les membres ne sont pas d’accord avec ce don, d’où une bataille juridique. Lucie travaille avec Louis et Mariette, qui devient son amie et l’entraîne vers un mystérieux groupe de prières.

Ayant peu confiance en elle-même, en ses capacités professionnelles et personnelles, Lucie va suivre Mariette dans sa « quête spirituelle » quitte à se mettre en danger aussi bien pour elle-même que dans son travail.

L’auteure analyse dans ce livre, tout le processus de l’emprise dans une secte « la Fraternité » tenue de main ferme par Thierry que les membres appellent le Berger.

Le désir d’être aimée, d’être reconnue est tellement fort chez Lucie que l’emprise va marcher dans les grandes largeurs, ainsi l’état de liesse dans laquelle elle se retrouve car il l’a appelée par son prénom : « Il connaissait son prénom » euphorie qui va durer toute la semaine qui va suivre.

Thierry le Berger l’a immédiatement identifiée comme victime potentielle, et lui montre à quel point elle est importante pour la « communauté ». La phase suivante de l’intégration est une cérémonie qu’il appelle la « Consécration », elle est adoubée comme les Chevaliers des temps jadis.

Ensuite, intervient l’argent, bien sûr. Il faut donner de son temps, de ses deniers pour aider les autres, sous couvert de maraudes au départ, en plus de la cotisation annuelle à la Fraternité, qui est évidemment fonction des revenus, comme le FISC.

Ensuite, les prières qui n’en finissent pas, sous l’égide du Berger, on psalmodie pendant des heures, pour trouver Dieu, entrer en transe…

Puis, c’est le jeu pervers attraction répulsion, la carotte dans une main le bâton dans l’autre : tantôt le Berger la met en avant, tantôt il l’ignore pour la rendre de plus en plus dépendante de lui. Elle croit en être amoureuse évidemment et si elle n’atteint pas la révélation divine, c’est forcément de sa faute, elle n’est pas assez pieuse, ne donne pas assez sous-entendu de sa personne… alors qu’à cela ne tienne, il faut jeûner, on lui donne une liste d’interdits alimentaires stupéfiante l’ascèse mène à Dieu à moins que ce ne soit au Berger…

Comme le dit Arthur, l’un des membres de la Fraternité : il avait besoin que le Berger lui dise « quoi penser » : lavage de cerveau, plus de libre arbitre, plus de réflexion personnelle, le gourou est là pour penser à sa place…

Manque de nourriture, de sommeil, d’eau souvent, et tout le cortège des conséquences, fatigue, isolement car on ne doit pas garder de liens avec la famille, la vie d’avant… travail forcé dans la communauté…

Je n’en dirai pas davantage, les extraits que je propose parlent d’eux-mêmes… et l’auteure ne nous fait grâce d’aucun détail sur le genre de « bénédiction spéciale » que le Berger auto-proclamé peut pratiquer sur ces jeunes femmes perdues.

Je voudrais aborder l’écriture : le livre est très bien écrit, Anne Boquel, agrégée de Lettres, m’a fait plaisir avec sa manière de manier, le passé simple, l’imparfait du subjonctif…  Certes, c’est un bel exercice grammatical, mais c’est d’une froideur quasi chirurgicale qui entretient le malaise du lecteur, frôlant souvent le dégoût.  C’est le but recherché, bien sûr, mais j’aurais aimé plus de chaleur et d’empathie : je n’ai pas réussi à m’attacher à Lucie.

J’ai choisi ce livre dans le cadre d’une opération masse critique spéciale organisée par Babelio car les sectes et leurs méthodes de conditionnement, d’emprise m’intéressent depuis longtemps et je venais de terminer « Bénie soit Sixtine » alors pourquoi ne pas rester dans le même thème ?

Cette lecture a été très difficile, j’ai lâché le livre plusieurs fois, sous l’effet de la colère, du dégoût mais j’en suis quand même arrivée à bout, pour voir si Lucie arriverait à s’en sortir. Je l’ai refermé avec le plaisir du devoir accompli en fait, mais c’est bien le seul plaisir que j’ai ressentir tant ce fût une épreuve. Je vais m’empresser de l’oublier, ou d’essayer car cela va sûrement laisser des traces…. Et pour couronner le tout, la fin laisse perplexe car ce n’en est pas une, il reste un goût d’inachevé…

Un grand merci à Babelio et aux éditions du Seuil qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure. 

7/10

L’auteure :

Agrégée de lettres, Anne Boquel vit et enseigne à Lyon. Elle a coécrit avec Étienne Kern plusieurs essais remarqués sur la littérature et les écrivains.

Extraits :

Elle finissait par vivre de la vie des autres et de tout ce qu’ils lui confiaient, entraînés par sa gentillesse intrusive, avide du moindre détail, fût-il insignifiant. C’était le goût de ces minuscules révélations personnelles qui la poussait, jugeait Lucie, puis la nécessité de se sentir importante dans l’organisation de la Fraternité et spécialement auprès du Berger.

Lucie était depuis peu la proie d’un désir secret, qu’elle jugeait méprisable, mais dont elle ne parvenait pas à se débarrasser. Elle souhaitait, dans la foule des petits frères et sœurs, être distinguée par le Berger.

Pour que tout s’accomplît dans les règles, il fallait se rendre digne du fiancé céleste en pratiquant la charité. Donner de soi, de son bien, de son temps, de son énergie : sa consécration était à se prix, Agnès le lui avait bien fait comprendre.

Il s’agissait d’abord de contribuer financièrement à l’œuvre d’amour qui était celle de la Fraternité. En s’engageant, le membre consacré prenait aussi la décision de verser une part de ses revenus au profit des plus démunis, en plus de la cotisation annuelle…

Sa confiance en Thierry était absolue. Longtemps, il avait cherché un guide, quelqu’un qui lui enseignât la voie à suivre et qui lui dît quoi penser. Jamais, il n’oublierait la détresse qui l’avait conduit au bord de la folie. A cette époque-là, on l’aurait bien surpris si on lui avait dit qu’il accepterait sans discuter de se soumettre à une autorité quelconque. (Arthur)

Se débarrasser d’une douleur ancienne n’était qu’une question d’humilité, lui avait dit Thierry ; il fallait vaincre son orgueil, accepter d’oublier totalement le passé pour se placer tout entier dans les mains du Seigneur.

S’oublier complètement pour parvenir à basculer dans l’inconnu, jusqu’à ne plus sentir son propre corps, vider son esprit pour percevoir la présence de Dieu. Sentir la voie intérieure, l’entendre enfin.

Thierry reconnaissait en elle une âme prédestinée et lui donnait les clés d’un royaume, que, par prudence, il lui refusait encore. Cette vie rêvée lui suffisait mal : elle y trouvait des voluptés inquiètes et des souffrances inabouties qui la frustraient, tout en la poussant à poursuivre, encore et toujours, cette entreprise de soumission dont elle faisait désormais sa vie.

Thierry savait : il était impossible qu’il ne sût pas ce qu’elle éprouvait pour lui. Rien de physique, non, rien de cette sorte, mais cet amour tout spirituel qui se confondait avec l’amour du Seigneur. Depuis quand ? Sans doute depuis le début, depuis ces premières rencontres, où, maladroite comme elle savait l’être, elle n’avait su, rougissante et bégayante, cacher son émoi. Mais quelle preuve avait-elle vraiment qu’il la distinguait, entre toutes les autres ? Quelle preuve même qu’elle comptait pour lui autant que les autres frères et sœurs ?

D’autres blogs en parlent:

https://leslecturesdantigone.wordpress.com/2021/02/20/le-berger-anne-boquel/comment-page-1/#comment-14090

Lu en janvier février 2021

Publié dans Littérature allemande, Thriller psychologique

« Le cadeau » de Sebastian Fitzek

Petit détour thriller aujourd’hui avec ce dernier opus d’un auteur que j’aime bien retrouver :

Résumé de l’éditeur :

« Les thrillers de Fitzek sont toujours à couper le souffle ! » Harlan Coben

Il est des cadeaux qu’on préférerait ne jamais recevoir…

Arrêté à un feu à Berlin, Milan Berg aperçoit sur le siège arrière d’une voiture une ado terrorisée qui plaque une feuille de papier contre la vitre. Un appel au secours ? Milan ne peut en être certain : il est analphabète. Mais il sent que la jeune fille est en danger de mort.

Lorsqu’il décide de partir à sa recherche, une odyssée terrifiante commence pour lui. Accompagné d’Andra, sa petite amie, Milan est contraint de retourner sur l’ile de son enfance. Là, il va découvrir des pans entiers de son passé qu’il avait oubliés…

Une cruelle prise de conscience s’impose alors : la vérité est parfois trop horrible pour qu’on puisse continuer à vivre avec elle – et l’ignorance est souvent le plus beau des cadeaux…

Comme à son habitude, Sebastian Fitzek a imaginé un scénario diabolique qui manipule le lecteur pour son plus grand plaisir.

Ce que j’en pense :

L’histoire démarre sur les chapeaux de roues dans la buanderie d’une prison où un détenu se fait passer à tabac pour d’autres détenus sous la direction d’un boss et sous le regard complaisant du maton, pardon du surveillant…

Ce détenu, qui s’appelle Milan est sommé de s’expliquer avant que le passage à tabac ne s’intensifie encore. Arrêt sur image et retour au passé donc à l’intrigue.

Milan Berg faisait une carrière de petit escroc, braquant un drive par exemple celui de Andra, mais contrairement aux autres fois, cela tourne mal et il se prend un coup sur la tête. Début d’une relation amoureuse entre les deux héros.

Un jour, alors qu’il patiente à un feu rouge, il se rend compte que dans la grosse berline à côté de lui, une fillette tien un papier sur lequel est écrit un texte. Cela doit être grave, vue l’expression du visage de cette dernière. La voiture démarre sur les chapeaux de roue, oui, je me répète, et n’écoutant que son courage, Milan se lance à sa poursuite… en vélo !

Petit problème, Milan est analphabète et donc incapable de déchiffrer le texte… Jusqu’ici il avait toujours réussi à dissimuler son handicap, quitte à se déclencher un choc anaphylactique avec une gélule d’antibiotique (allergie connue) en dernier recours.

Milan va se retrouver dans un imbroglio dans lequel il va nous entraîner à sa suite pour notre plus grand plaisir, car on passe vraiment de Charybde en Scylla, malgré toute la bonne volonté de Milan pour bien faire, le tout dans un contexte de secrets de famille, de manipulation…

J’ai choisi ce thriller sur NetGalley car j’aime beaucoup le style de Sebastian Fitzek que j’ai découvert il y a quelques années avec « Thérapie » et « Le briseur d’âmes » et après quelques péripéties, j’ai réussi à l’obtenir, tout cela grâce à l’intervention musclée de Mylène Pagnat des éditions l’Archipel que je remercie vivement.

J’ai adoré me faire manipuler, et cela jusqu’à la fin du roman par l’auteur, en apprendre davantage sur le quotidien des personnes atteintes d’analphabétisme comme Milan, handicap non reconnu en Allemagne, mais aussi chez nous. Promenade aussi chez les manipulateurs de tous ordres, sur le déterminisme ou pas de la perversité, voire perversion, et la théorie sur le syndrome du savant…

J’ai lu ce thriller en apnée, de manière addictive, comme les précédents de l’auteur, au propre comme au figuré, car j’ai passé une nuit blanche en sa compagnie…

Je ne résiste pas au plaisir de parler d’une scène qui m’a bien plu : Milan et Andra dans le cabinet de la psy pour une thérapie de couple, (Andra sent que Milan lui cache quelque chose mais quoi ?) et au moment où il pourrait parler de son handicap, il y a un blocage qui va aller crescendo quand la thérapeute leur donne à chacun une feuille en leur demandant de faire la liste de leurs désirs, problèmes…

Autre élément sympathique :  la manière dont Milan « voit » les textes écrits, Sebastian Fitzek nous propose l’alphabet cyrillique pour bien montrer la perplexité de son héros… qui entre parenthèse réussit à reproduire par le dessin ce qu’il a cru voir ce qui permet à Andra de déchiffrer le texte que la jeune fille brandit dans la voiture…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions L’Archipel que j’apprécie beaucoup pour m’avoir permis de découvrir ce dernier opus de Sebastian Fitzek…

#LeCadeau #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

En l’espace d’une quinzaine d’années – « Thérapie », son premier roman, a été publié en 2006 –, Sebastian Fitzek, né en 1971, est devenu un auteur phénomène.

Numéro 1 du thriller en Allemagne, il a été en 2016 le romancier le plus lu du pays après J. K. Rowling. « Le Cadeau » est son treizième thriller publié aux éditions de l’Archipel.

Parmi les plus récents : Le Colis et Siège 7A.

Extraits :

Aujourd’hui :

Il était nu et quelqu’un était en train de le déchirer en deux. Ce n’était pas une impression. Ça arrivait ici et maintenant, sur le carrelage de la vieille buanderie de la prison, juste à côté du sèche-linge industriel. Milan s’entendit pousser un grognement qui n’avait rien d’humain…

La véritable raison de sa carrière d’escroc était le fait qu’en Allemagne l’analphabétisme n’était pas reconnu comme un handicap. Il n’avait donc droit à aucune prestation financière, mais était difficilement en mesure de subvenir à ses propres besoins.

Lui, en revanche, souffrait d’alexie, l’incapacité totale de lire quoi que ce soit, alors même qu’il n’avait aucun problème oculaire.

De nombreuses personnes touchées parle syndrome du savant doivent leurs extraordinaires talents à un accident, le plus souvent une lésion cérébrale. Un coup sur la tête, une tumeur dans une zone précise, et le patient se retrouve soudain capable d’apprendre une langue étrangère en une heure ou de dessiner le plan détaillé d’une ville après l’avoir survolée en hélicoptère. Le problème, c’est que les capacités de ces patients se limitent en général à un don précis et qu’ils deviennent complètement incompétents dans un tas d’autres domaines…

Lu en février 2021

Publié dans Littérature française

« Une farouche liberté » d’Annick Cojean et Gisèle Halimi

J’ai choisi le livre dont je vous parle aujourd’hui sur NetGalley en novembre dernier car Gisèle Halimi venait de nous quitter, et il m’a accompagnée pendant plus de trois mois, à tel point que je ‘arrivais plus à le refermer… un peu ce qui m’est arrivé avec « Fight » de Hazel Gale

Résumé de l’éditeur :

Gisèle Halimi : Soixante-dix ans de combats, d’engagement au service de la justice et de la cause des femmes. Et la volonté, aujourd’hui, de transmettre ce qui a construit cet activisme indéfectible, afin de dire aux nouvelles générations que l’injustice demeure, qu’elle est plus que jamais intolérable. Gisèle Halimi revient avec son amie, Annick Cojean, qui partage ses convictions féministes, sur certains épisodes marquants de son parcours rebelle pour retracer ce qui a fait un destin. Sans se poser en modèle, l’avocate qui a toujours défendu son autonomie, enjoint aux femmes de ne pas baisser la garde, de rester solidaires et vigilantes, et les invite à prendre le relai dans le combat essentiel pour l’égalité à l’heure où, malgré les mouvements de fond qui bouleversent la société, la cause des femmes reste infiniment fragile.


Depuis l’enfance, la vie de Gisèle Halimi est une fascinante illustration de sa révolte de « fille ». Farouchement déterminée à exister en tant que femme dans l’Afrique du Nord des années 30, elle vit son métier comme un sacerdoce et prend tous les risques pour défendre les militants des indépendances tunisienne et algérienne et dénoncer la torture. Avocate plaidant envers et contre tout pour soutenir les femmes les plus vulnérables ou blessées, elle s’engage en faveur de l’avortement et de la répression du viol, dans son métier aussi bien que dans son association « Choisir la cause des femmes ». Femme politique insubordonnée mais aussi fille, mère, grand-mère, amoureuse… Gisèle Halimi vibre d’une énergie passionnée, d’une volonté d’exercer pleinement la liberté qui résonne à chaque étape de son existence.


« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque » : ces mots de René Char, son poète préféré, pourraient définir Gisèle Halimi, cette « avocate irrespectueuse », et sa vie de combats acharnés pour la justice et l’égalité.

Ce que j’en pense :

Il est des livres, comme celui-ci que l’on a du mal à refermer, pour continuer à voyager avec l’auteure, ici, ce serait plutôt l’héroïne…

J’ai choisi ce livre témoignage car deux femmes ont vraiment compté, dans ma vie, m’ont servi d’exemple à suivre, dans mon quotidien et mes combats de femme : il s’agit de Simone Veil qui était une véritable mère de substitution pour moi, du moins de mère idéale, (désolée, Maman, mais je sais que cela ne te surprend pas ! tu connais mon admiration pour Elle et tu l’aimais bien aussi !et en plus vous aviez à peu près le même âge) et Gisèle Halimi, pour ses combats acharnés pour les droits des femmes.

Il s’agit d’un livre d’entretien avec Annick CojeanGisèle Halimi revient sur son enfance en Tunisie, avec une mère peu aimante (doux euphémismes) qui n’avait d’yeux que pour son fils aîné adoré. Gisèle était obligée d’être la bonne de ses frères, les servir à table, nettoyer leurs chambres, leur linge… ils étaient quatre enfants, deux garçons et deux filles !

Jusqu’au jour où elle a décidé d’entamer une grève de la faim pour protester.

Elle obtiendra en quelque sorte gain de cause et n’aura plus qu’une idée : faire des études ce qui pour une fille à l’époque était déjà un combat. Pour un garçon, on veut bien payer même si ses résultats scolaires sont nettement en dessous, mais pour une fille, seule compte mariage et dot… une injustice qui conditionnera tout son combat futur.

Elle travaille d’arrache-pied pour obtenir une bourse et ne rien coûter à ses parents et pourra imposer son choix de faire des études supérieures et devenir avocate avec un E majuscule tant elle tient à la féminisation du titre. Lorsque, plus tard le Général de Gaulle lui demandera s’il doit l’appeler Mademoiselle ou Madame, elle répondra : Maître !

Ce livre revient sur ses combats : la manière dont elle a défendu les personnes torturées pendant la guerre d’Algérie, alors qu’elle se faisait insulter, traiter de « pute à bicot » par les partisans de l’Algérie Française entre autres et recevait des cercueils pour tenter de la faire taire, ce qu’elle n’a jamais fait.

Gisèle Halimi revient sur le dossier de Djamila Boupacha, jeune militante indépendantiste, torturée :

La première fois que je l’ai vue dans la prison de Barberousse à Alger, elle boitait, elle avait les côtes cassées, les seins et la cuisse brûlés par des cigarettes. On l’avait atrocement torturée pendant trente-trois jours, on l’avait violée en utilisant une bouteille, en lui faisant perdre sa virginité à laquelle cette musulmane de 22 ans, très pratiquante, tenait plus qu’à sa vie.

Elle s’est battue pour obtenir des grâces présidentielles, dans son combat contre la peine de mort. Elle a pris position sur le viol, pour le faire reconnaître comme un crime, sur l’avortement pour modifier la législation en cours, dans une assemblée composée d’hommes évidemment. Les femmes ne peuvent pas décider de faire ce qu’elles veulent de leur corps, c’est aux hommes de décider pour elles ! vive la démocratie au pays de Voltaire et Hugo quand on sait que le droit de vote pour les femmes remonte seulement à 1945 soit un retard important par rapport à d’autres pays.

Le procès d’Aix-en Provence, en 1978 (deux jeunes touristes belges qui campaient ont été agressées en 1974 par trois hommes ont dû prouver qu’elles avaient été agressées pendant des heures, et qu’elles n’étaient pas consentantes, ce fameux consentement qui fait encore couler beaucoup d’encre aujourd’hui, qui a permis de faire avancer la cause des femmes a été spectaculaire à sa manière, le juge ne voulant pas en faire le procès du viol.

Gisèle Halimi a compris, très vite, qu’il fallait faire fi du serment d’avocate qui lui hérissait le poil, et médiatiser les affaires, tel le procès d’une jeune femme violée à seize ans et contre laquelle son violeur a porté plainte car elle avait décidé de se faire avorter, on marche sur la tête, mais c’était la justice à l’époque…

Elle s’est battue d’arrache-pied pour la loi sur l’avortement défendue par Simone Veil, et elle raconte avec beaucoup de tendresse ses rencontres avec cette grande Dame qui s’est fait traitée de nazie par les députés de droite, ne l’oublions pas !

On fait au passage un petit clin d’œil au Manifeste des 343 !

Gisèle Halimi se confie sur sa famille, son second mari qui l’a beaucoup soutenue, ses enfants qu’elle voyait trop peu avec de la culpabilité parfois, il est si difficile de concilier vie professionnelle et vie familiale, surtout vie de mère. Et revient sur ses amitiés de Jean-Paul Sartre à Simone de Beauvoir dont la froideur la perturbe souvent, en passant par Louis Aragon et Elsa Triolet et son frère de cœur Guy Bedos

Certains parlent « d’affinités électives ». J’affectionne l’idée de « la famille choisie »

Elle revient aussi sur son engagement politique (je connais bien cette partie de son cursus car elle a été députée dans mon département, l’Isère et à l’époque, j’avais aussi des velléités de changer les choses, mais vite compris que ce n’était pas par la politique qu’on y arriverait. Comme elle refusait de se soumettre, Pierre Joxe a fini par avoir sa peau…

Mais, elle faisait un travail beaucoup plus utile avec son métier d’avocate, son association Choisir pour aider les femmes les plus démunies (quand on avait de l’argent, on pouvait aller se faire avorter sans risque en Angleterre ou en Suisse !)

Elle est sans concession avec François Mitterrand qui défendait soi-disant les femmes mais uniquement par ce que cela pouvait lui rapporter quelque chose, pas de féminisme là-dedans…  

Je me suis rendu compte en lisant ce roman, comme pour lui rendre hommage car elle va laisser un grand vide, que l’on pouvait lire les procès tel celui de Djamila Boupacha par exemple…

Certains détails laissent rêveurs : le directeur adjoint du Monde qui refuse d’écrire « vagin » dans son journal à propos de la bouteille avec laquelle elle a été violée !  Il a fallu remplacé par le terme « ventre »

J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a permis de revenir sur tous ses combats, et de me rendre compte que je connaissais bien certaines périodes de sa vie et combats alors que ce qui tournait autour de la guerre d’Algérie m’était peu familier.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce livre et de passer du temps avec deux auteures de talent. Quand on a l’impression, je parle pour moi bien sûr, de bien connaître une personnalité telle que Gisèle Halimi on a tendance à ne retenir que ses combats, ses apparitions dans les médias sans se donner la peine de lire ses livres et cela finit par laisser des regrets. Mais, on ne peut pas tout lire, il faudrait vivre jusqu’à mille ans comme les Patriarches et ce serait probablement sinistre surtout pour l’entourage ! 

Mes hommages, Madame, pour ce que vous avez accompli pour la cause des femmes, et je suis plutôt d’accord, hélas, avec vos conclusions. (Petit aperçu dans les extraits ci-dessous).

#Unefaroucheliberté #NetGalleyFrance

9/10

Extraits :

Et il était évident que dans cette fratrie, ma sœur et moi étions les inessentielles, vouées à servir les garçons du foyer, les essentiels, avant de nous marier et de passer sous l’autorité et la sujétion d’un époux.

Et mon chemin passait d’abord par cet appétit démesuré de connaissances. Et par les livres, pour lesquels j’avais une passion. C’était ça, la vraie nourriture ! Je les regardais, les palpais, les humais longuement avant de leur arracher leur secret. Je savais qu’ils m’aideraient à être moi-même.

Me sauver, c’était d’abord être indépendante économiquement. Échapper à cette malédiction des femmes qui les plaçait en situation d’obligées et de quémandeuses. Comme ma mère. Comme la plupart des femmes de l’époque.

C’est bien simple :au début de chaque plaidoirie, je savais qu’il me fallait compter dix minutes pour forcer l’attention des juges. Dix minutes de perdues, uniquement parce que j’étais une femme.

Les mots ne sont pas innocents. Ils traduisent une idéologie, une mentalité, un état d’esprit. Laisser passer un mot, c’est le tolérer. Et de la tolérance à la complicité, il n’y a qu’un pas.

C’était mon idéal, rien ne pouvait donc m’arrêter. J’étais née comme ça. Ce n’est pas de l’héroïsme, mais de la cohérence. Ma liberté n’a de sens que si elle sert à libérer les autres.

J’ai découvert, abasourdie, l’étendue des exactions commises par l’armée française, la torture érigée en système, les viols des militantes arrêtées, les condamnations sur aveux extorqués, sans compter les disparitions et exécutions sommaires…

Tout était réuni pour interpeller la société et entreprendre un grand procès symbolique. Un procès-réflexion, subversion, remise en cause des tabous et d’une culture globale qui admet le viol ou plutôt s’y résigne : nature des hommes, malédiction d’être une femme.

Quoi de plus normal que de s’approprier le corps des femmes ? N’a-t-il pas toujours été un butin, en temps de guerre, de paix, en vacances, au travail ? La culture, l’éducation, la religion n’ont-elles pas sécrété, comme une normalité, la domination de l’homme sur la femme ? et le viol n’est-il pas, pour beaucoup, une drague un peu poussée ?

Sartre était bien différent. Lui, je l’aimais comme un père.et j’ai eu avec lui infiniment plus d’intimité. (Qu’avec le Castor, froide). D’ailleurs, lorsque j’ai eu un problème avec l’un de mes fils, c’est à lui que j’ai demandé conseil. C’était un juste. Un généreux. Un bienveillant. Infiniment respectueux de la pensée des autres.

J’ai toujours pensé que Giscard était le plus féministe de nos présidents. En tout cas plus que Mitterrand qui ne pensait aux femmes que pour des calculs purement électoralistes et chez qui j’ai toujours senti du Sacha Guitry…

Etais-je donc une mère indigne, animée par la seule volonté de peser sur le cours des évènements, à l’instar de mes collègues masculins, nullement préoccupées, eux, des conséquences sur leurs familles ?

Cela reste une malédiction de naître fille dans la plupart des pays du monde, à tout le moins un manque de chance, et ce constat m’est douloureux. Comment se fait-il qu’il ne conduise pas à l’insurrection ? Comment se fait-il que cette injustice majeure qui touche un être sur deux sur la planète ne soulève pas une vague de fond de protestation ?

Sans le consentement de l’opprimé – individu, peuple, ou moitié de l’humanité—ces oppressions ne pourraient durer.

Organisez-vous, mobilisez-vous, soyez solidaires. Pas en écrivant « moi aussi » (Me Too) sur les réseaux sociaux. C’est sympathique, mais ça ne change pas le monde. Or, c’est le défi que vous devez relever. Soyez dans la conquête. Gagnez de nouveaux droits sans attendre qu’on vous les concède…

…Et misez sur la sororité. Désunies, les femmes sont vulnérables. Ensemble, elles possèdent une force à soulever des montagnes et convertir les hommes à ce mouvement profond. Le plus fascinant de toute l’histoire de l’humanité.

Terminé en février 2021

Publié dans littérature USA

« Rassemblez-vous en mon nom » de Maya Angelou

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley pour sa couverture et également pour le petit bandeau rouge, où figurent les commentaires enthousiastes de Michelle Obama, Christiane Taubira :

Résumé de l’éditeur :

Silhouette imposante, port de tête altier, elle fait résonner la voix d’une femme noire, fière et volontaire, qui va devoir survivre dans un monde d’une extrême dureté, dominé par les Blancs. Une voix riche et drôle, passionnée et douce qui, malgré les discriminations, porte l’espoir et la joie, l’accomplissement et la reconnaissance, et défend farouchement son droit à la liberté.

Après l’inoubliablement beau Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, Maya Angelou poursuit ici son cycle autobiographique. Maya Angelou fut poétesse, écrivaine, actrice, militante, enseignante et réalisatrice. Elle a mené de nombreux combats avant de devenir une icône contemporaine qui a inspiré la vie de millions de personnes. Elle a côtoyé Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcolm X et James Baldwin. À sa mort, Michelle Obama, Rihanna, Oprah Winfrey, Emma Watson, J. K. Rowling et beaucoup d’autres encore lui ont rendu hommage.

Traduit de l’anglais par Christiane Besse.

Ce que j’en pense :

La seconde guerre mondiale, vient de s’achever, les héros sont rentrés au Pays, Blancs et Noirs ont participé à la libération des camps nazis alors on espère que le racisme a fait long feu…  En fait, ce n’est pas si simple, les usines d’armement ferment, les ouvriers sont plus en moins renvoyés vers leur sud natal, certains préfèrent rester.

Leur intellect élargi ne pourrait plus jamais se réadapter à ces étroits confins. Ils étaient libres, ou du moins plus poches de la liberté que jamais auparavant, et ils refusèrent de repartir.

Maya nous raconte une période de sa vie de ses dix-neuf à ses vingt et un ans pour être précise. Elle est mère d’un petit garçon, âgé de quelques mois, dont le père n’a fait que passer dans sa courte vie. Il faut travailler, alors elle va enchaîner les boulots difficiles : serveuse, cuisinière, avec un petit passage par la danse… son frère Bailey qui travaille aux chemins de fer américain, est présent par intermittence. Elle a gardé des liens avec sa grand-mère, sa mère et son beau-père mais ils sont plus ou moins harmonieux. Elle a bien compris qu’elle en pouvait que se débrouiller seule.

Côté amour, ce n’est pas la joie non plus, elle a le chic pour rencontre des hommes qui ne peuvent que la faire souffrir : Curly, un homme qui est, en fait, fiancé avec une autre, un danseur de claquettes, amant doué mais qui reste amoureux de son ex-femme, droguée, un gigolo…

Maya est intelligente, lit beaucoup, fascinée par les auteurs russes, elle dévore Dostoïevski dont l’univers lui semble tellement proche du sien puis s’attaque à Gorki, Tchekhov Tourgueniev qui deviennent ses compagnons sous le soleil californien. Elle est souvent obligée de partir, revenir au Sud après le séjour californien, par exemple, est une sorte de régression sociale dont ses anciens amis se moquent ouvertement…

Malgré sa force de caractère et sa combattivité, elle a l’art de se mettre en danger, de se retrouver dans des situations compliquées, voire dégradantes, car elle espère toujours rencontrer le grand amour, mais elle est encore jeune, ceci explique cela…

A ma grande honte, je ne connaissais pas Maya Angelou, son talent, sa notoriété et en lisant cette autobiographie centrée sur 3 années de sa vie, j’ai beaucoup apprécié son écriture, sa personnalité qui commence à poindre dans cette fin d’adolescence ou début d’âge adulte, comme on préfère, et j’ai une furieuse envie de la découvrir davantage, dont notamment son précédent livre, autobiographique également : « Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage ».

Christine Taubira la décrit ainsi :

« Maya Angelou, c’est du feu. Un feu d’indicible joie, qui anéantit l’adversité et embrase la combattivité. Un feu qui éclaire, m’éclaire encore. »

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Notabilia qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure brillante.

#Rassemblezvousenmonnom #NetGalleyFrance

9/10

L’auteure :

Née à Saint-Louis, dans le Missouri en 1928, Maya Angelou, de son vrai nom Marguerite Johnson, fut poète, écrivaine, actrice, enseignante et réalisatrice. Elle a mené de nombreux combats pour les droits civiques avant de devenir une icône contemporaine qui a inspiré la vie de millions de personnes.

En 2013, en tant que militante des droits civiques américains, elle a reçu le National Book Award pour « service exceptionnel rendu à la communauté littéraire américaine ».

On lui doit : « Je sais pourquoi chante l’oiseau dans sa cage », « Lettre à ma fille », ou encore « Tant que je serai Noire »

Elle est décédée le 28 mai 2014 à l’âge de 86 ans.

Extraits :

Plus besoin de discuter du préjugé racial. Ne venions-nous pas tous ensemble, Noirs et Blancs, d’arracher ce qui restait de Juifs à l’enfer des camps de concentration ? Le racisme était mort. Une erreur commise par un jeune pays. Une chose à oublier au même titre que la conduite déplaisante d’un ami en état d’ivresse.

L’apitoiement sur soi, à ses débuts, est aussi agréable qu’un matelas de plumes. Ce n’est qu’à la longue, qu’il devient inconfortable.

La vie, d’après ce que j’avais pu en conclure jusqu’ici, était une série de contraires : Noir/Blanc, dessus/dessous, vie/mort, riche/pauvre, amour/haine, heureux/malheureux, sans zones de compromis intermédiaires. D’où la logique crime/châtiment.

La lourde richesse de l’univers de Dostoïevski était celle où je vivais depuis toujours. Les intérieurs tristes, sans lumière, les ratiocinations complexes des personnages et leurs humeurs fâcheuses m’étaient aussi familiers que la solitude.

Il existe dans l’imaginaire américain un pays bien-aimé où des femmes très pâles voguent en permanence sous de sombres magnolias, tandis que des hommes blancs aux mains douces époussettent des brins de glycine sur les épaules laiteuses de leurs amantes. Une harmonieuse musique noire flotte comme une parfum dans cet air précieux que rien de menaçant ne vient jamais troubler…

Les rapportes entre Bailey et moi s’étaient détériorés durant notre adolescence, alourdis par le cynisme de mon frère. Il ne me comprenait plus très bine et je ne pouvais pas deviner ses désillusions d’homme noir à l’égard de la vie.

Il est intéressant qu’ils ne soient pas rendu compte dans ces jours anciens du désir, ni même dans ces jours présents de compréhension, que, si la femme avait le droit de décider, elle souffrait de son incapacité à formuler la demande. Car, enfin, elle ne peut dire oui ou non que si on lui pose la question.

Mon courage s’effilochait. Hélas ! la force d’âme n’était pas comme la couleur de ma peau, acquise une fois pour toutes et mienne à jamais. Il fallait la ressusciter chaque matin et l’exercer avec soin. Il fallait aussi la nourrir de quelques succès. Mon énergie m’avait abandonnée comme se fanent les traits d’une jolie femme qui vieillit.

Lu en janvier 2021

Publié dans Littérature française, Thriller

« Margo: Tome1 Second souffle » de Thomas Martinetti

Je vous parle aujourd’hui d’un thriller dont le thème m’a attirée d’emblée sur NetGalley

Résumé de l’éditeur :

Pour rester moi-même, j’ai dû devenir une autre.

Dans son village de l’arrière-pays niçois, tout le monde adore Margo.

Mais Margo a un secret. Pour commencer, ce n’est pas son vrai nom.

Depuis qu’on a usurpé son identité et volé sa vie, elle a dû subtiliser celle d’une autre.

Aujourd’hui, Margo a peut-être une chance de redevenir Émeline, en confrontant celle qui lui a tout pris un an plus tôt.

Il lui faudra la traquer jusqu’au fin fond de la Norvège, en prenant le risque de tout perdre une seconde fois.

Ce que j’en pense :

Margo vit dans l’arrière-pays niçois, où elle a tenté de refaire sa vie, car on lui a volé son identité. Elle travaillait à Europe Assistance, où elle était appréciée, envisageait de faire sa vie avec Basile et tout a basculé. Comment survivre quand on ne sait plus qui on est, quand on est obligé de changer de nom, car il faut prouver qu’on a été victime d’une usurpation d’identité ! bravo la logique, comment prouver que l’on est innocent, comment entamer des démarches juridiques quand quelqu’un d’autre a pris votre place ?

C’est ainsi qu’Émeline est devenue Margo.

Comme Robin est entré dans sa vie au sud de la France et que la fille de ce dernier, Ada, compte beaucoup pour elle, elle finit par avouer qui elle est à Ada et enfin se lancer activement à la poursuite de l’usurpatrice.

Elle réussit à découvrir une trace de la fausse Émeline, en Norvège et se lance sur ses traces, dans un pays qu’elle ne connaît pas. Et on s’aperçoit que c’est très compliqué, beaucoup plus encore qu’elle ne l’imaginait, car il y a en fait plusieurs Émeline, nées le même jour, dans des pays différents.

J’ai eu beaucoup de plaisir à suivre le périple de Margo, son opiniâtreté, ses moments de doute, les personnes censées l’aider, notamment un homme au consulat qui accepte de la rencontrer et se fait assassiner. Margo ne sait jamais à qui elle peut réellement faire confiance, chacun semblant avoir un intérêt personnel dans l’histoire.

On fait ainsi la connaissance d’Agnès, professeur de français en Russie qui a dû quitter le pays en catastrophe, car elle était accusée d’incitation à l’homosexualité, dans un pays ouvertement homophobe, et elle peut être incarcérée pour cela et dans des conditions qu’on imagine sans mal. Pour fuir, il lui fallait de faux papiers et traverser les frontières en douce pour aller en Norvège. Elle est aidée par son compagnon, Renaud, dont on ne sait pas bien s’il est vraiment honnête… s’acheter un vélo, uniquement pour franchir la frontière à Mourmansk,car c’est la seule manière « légale » , à l’époque de l’assassinat de Boris Nemtsov et d’Anna Politovskaïa cela laisse rêveur… « Agnès a été condamnée à quinze ans de camp à régime sévère en Sibérie »

On voyage aussi en Roumanie, au moment de la chute de Ceausescu avec Nae et sa sœur dont la famille appartient aux Témoins de Jéhovah… cette secte a été un temps acceptée puis, il a fallu fuir. Après un passage en Russie, Nae alias Valentin s’est retrouvé en prison pour refus de porter l’uniforme de l’armée, en tant qu’objecteur de conscience. Exil aussi…

Tout ce petit monde va se retrouver inscrit à un marathon en Norvège, certaines tentant de conserver à tout prix leur nouvelle identité, alors que d’autres, Margo, veulent récupérer la leur et trouver qui est à l’origine du trafic. Mais, ne divulgâchons pas !

Je me suis toujours demandé ce que je ferais si cela m’arrivait un jour, mais c’était lointain, cela n’arrive qu’autres, bien sûr ! en fait, les papiers d’identité sont devenus tellement sécurisés difficile à pirater qu’il est devenu plus simple de voler l’identité.

Au fur et à mesure que j’avançais dans la lecture, les choses se compliquaient dans ma tête et certaines certitudes en prenaient un coup : comment ne pas avoir d’empathie pour ces personnes dont la vie est en danger dans des pays où les droits de l’homme sont réduits à la portion congrue ? qu’est-ce que j’aurais fait à la place d’Agnès, sous la férule d’un Tsar homophobe, imbibé de testostérone ? quand l’espoir Mikhaïl Gorbatchev est parti en fumée, et s’est noyé dans les vapeurs d’alcool de Boris Eltsine, obsédé lui aussi dans sa volonté de garder le pouvoir…

J’ai adoré, courir dans la neige et le froid de la Norvège dont parle si bien Thomas Martinetti, en fait il en est tombé amoureux de ce pays et c’est très contagieux ! quand il m’arrivait de faire une pause dans la lecture, j’étais aussi crevée et pleine de courbatures que Margo et les autres….

Margo a l’habitude de courir, on ne se lance pas dans un marathon, comme ça, uniquement pour retrouver son identité, il faut être capable de tenir la distance et elle partage avec nous sa play-list, avec des titres qui me plaisent aussi; clin d’oeil au passage au compte Spotify qu’elle partage avec Ada …

J’ai hâte de lire la suite, pour savoir ce qui va arriver aux protagonistes, tant ils sont tous attachants et ce voyage, du sud de la France à la Norvège en passant par la Russie et la Roumanie, entre autres, a été un très beau pied de nez au confinement, couvre-feu et autres joyeusetés actuelles …

Voyage, voyage
Plus loin que la nuit et le jour (voyage, voyage)
Voyage (voyage)
Dans l’espace inouï de l’amour
Voyage, voyage
Sur l’eau sacrée d’un fleuve indien (voyage, voyage)
Voyage (voyage)
Et jamais ne revient…

J’ai choisi ce roman, en accès libre il me semble, sur NetGalley pour le sujet de l’usurpation d’identité et je suis tombée sous le charme…

Un grand merci à NetGalley pour m’avoir permis de découvrir ce roman et son auteur aux talents multiples…

#margo #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Thomas Martinetti, né le 28 janvier 1982 à Nice a de multiples casquettes : scénariste de télévision et de cinéma, réalisateur, producteur… On lui doit la série de courts-métrages « Femmes tout court ».

Attirés par le monde de la BD, il signe avec Christophe Martinolli les scenarii de la trilogie fantastique « Seul survivant » avec Jorge Miguel pour les dessins   chez les Humanoïdes Associés.

« Margo » est son premier roman.

https://www.thomasmartinetti.fr/

Extraits :

Quant à moi, c’est Margo. Pas de diminutif, ni de pseudo. Je m’appelle Margo. C’est ce que j’ai répété au village et dans la vallée lorsque je m’y suis installée. C’était si simple. Quelles preuves avaient-ils ? Aucune. Après tout, si je dis m’appeler Margo, c’est sûrement vrai. Petit à petit, ils m’ont reconnue dans les rues. Et ils m’ont accordé leur confiance.

Enfin, Ada est encore très jeune et pourtant, comme moi, elle a connu le vertige total en sentant son monde s’effondrer sous ses pieds. C’est sans doute notre lien le plus fort. Une filiation invisible et souvent muette.

Le vol de mon identité n’a pas seulement détruit mon couple. Avec lui, c’est comme si mon dernier lien avec mon entourage d’avant avait été rompu. Pour mes amis et ma famille restés à Nice, la situation est encore abstraite. Ils se font une idée personnelle de l’usurpation d’identité et de ses conséquences.

J’ai toujours cru que ça n’arrivait qu’aux autres. Et puis, un matin, je l’ai sentie. Cette impasse. Ces murs qui m’écrasent de toutes parts. Cette asphyxie continue.

J’ai songé à lui laisser définitivement la place. Elle est devenue moi. Je ne suis devenue personne. J’ai très sérieusement pensé à me retirer de la partie pour de bon.

L’usurpation d’identité touche plus de 200 000 personnes en France tous les ans. Certaines victimes vivent avec depuis des années, sous la menace d’être arrêtées pour un crime qu’elles n’ont pas commis, et obligées de prouver régulièrement leur innocence.

C’est la Venise du nord comme l’appellent les Norvégiens. Les Belges ont Bruges, les Français ont Amiens. A chacun sa Venise finalement. Elle n’a pas toujours ressemblé à cette collection de maisons de poupées. Ålesund a même failli disparaître, réduite en cendres. L’incendie du 23 janvier 1904 détruisit près de 800 maisons en une nuit…

…La renaissance de la ville sera due à l’Empereur d’Allemagne Guillaume II, qui affectionnait particulièrement ses séjours à Ålesund.

On l’accuse d’encourager le comportement déviant de certains élèves. On l’invite à démissionner de ses fonctions. On la menace carrément. On lui demande de quitter la Russie.

Quand, Renaud lui a demandé de prendre le train le soir même, elle lui a d’abord ri au nez. mais c’était avant les menaces de mort, la fouille du lycée et l’arrestation musclée de ses deux colocataires, sans le moindre mandat…

Pendant des décennies, le grand banditisme, toujours à l’affût de nouveaux marchés, s’est donné beaucoup de mal à fabriquer de faux papiers. Dans le même temps, les gouvernements se sont efforcés de rendre les documents officiels quasiment infalsifiables. Dès lors, il est devenu plus facile de voler une identité, que d’en créer une. Nouveau marché, nouveaux trafics.

Lu en février 2021