Publié dans Littérature française

« La petite dernière » de Fatima Daas

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi par curiosité, sur NetGalley, et parce qu’il avait un certain succès sur les blogs :

Résumé de l’éditeur :

« Je m’appelle Fatima Daas. Je suis la mazoziya, la petite dernière. Celle à laquelle on ne s’est pas préparé. Française d’origine algérienne. Musulmane pratiquante. Clichoise qui passe plus de trois heures par jour dans les transports. Une touriste. Une banlieusarde qui observe les comportements parisiens. Je suis une menteuse, une pécheresse.

Adolescente, je suis une élève instable. Adulte, je suis hyper-inadaptée. J’écris des histoires pour éviter de vivre la mienne. J’ai fait quatre ans de thérapie. C’est ma plus longue relation. L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse, la sexualité aussi. Je me croyais polyamoureuse.

Lorsque Nina a débarqué dans ma vie, je ne savais plus du tout ce dont j’avais besoin et ce qu’il me manquait. Je m’appelle Fatima Daas. Je ne sais pas si je porte bien mon prénom. »

Ce que j’en pense :

Ce roman est assez surprenant, et il m’a parfois laissée un peu perplexe, car l’auteure nous propose d’entrer au cœur de sa famille, de son mode de vie, de ses réflexions, de son intimité.

Abordons tout d’abord le contexte : Fatima se présente sans fard ni complaisance, et nous fait faire la connaissance de sa famille : son père s’appelle Ahmed « digne d’éloges » et sa mère Kamar, la lune. Elle a trois sœurs.

Le père est dominateur, il frappe les enfants, la ceinture est toujours prompte à être détachée. Lorsqu’il rentre du travail, il allume la lumière, en pleine nuit, réveillant tout le monde, faisant du bruit, et si une des filles râle un peu l’insulte fuse : khamja « salope ». la mère préfère se taire et s’occuper de la maison.

Fatima est la seule des enfants à être née en France, par césarienne, précise-t-elle et de manière inattendue; ses sœurs sont nées en Algérie et ses parents sont également les seuls de leurs familles respectives, à être venus.

Je m’appelle Fatima Daas.

Je suis la mazoziya, la petite dernière.

Celle à laquelle on ne s’est pas préparé.

A chaque séjour en Algérie, elle se sent chez elle, avec les oncles, tantes, cousins, l’accueil est chaleureux, la famille est plus démonstrative; elle ne voudrait plus repartir et en même temps, elle pense chaque fois que c’est la dernière fois qu’elle y va.

Fatima est musulmane pratiquante, elle aime faire ses ablutions et ses cinq prières, même si parfois, enfant elle était à moitié réveillée. Elle comprend le sentiment d’appartenance la première fois qu’elle fait le Ramadan.

C’est une rebelle, qui a intégré que ses parents désiraient un fils, s’habillant en garçon, passant ses cheveux au gel pour qu’ils frisent moins. Elle joue le rôle qu’elle suppose qu’ils attendent d’elle et fréquente des garçons turbulents, donne des coups, insulte, même les professeurs, alors qu’elle est bonne élève.

J’ai aimé faire la connaissance de Fatima, qui ne ne pourra jamais dire ce qu’elle ressent car dans sa famille, on n’est pas démonstratif, ; déjà, dire « je t’aime » est mal vu, alors que dire du mot homosexualité, c’est tabou, sale… une honte pour la famille. Elle est amoureuse de Nina qui va rester en toile de fond du récit, car c’est compliqué pour elle d’avancer.

J’ai bien aimé cette manière d’utiliser l’anaphore (ce n’est pas le monopole de François Hollande !) car elle commence chaque chapitre par « je m’appelle Fatima », avec des variantes chaque fois, comme si elle psalmodiait une prière. Cette répétition donne un rythme au texte qui est par ailleurs parsemé de mots en « arabe algérien », comme elle le dit elle-même, de prières en arabe ce qui permet d’apprendre des choses, des mots, de prendre connaissance de phrases sacrées..

Je connaissais mal la pratique de l’Islam, la manière de faire les ablutions, la position du corps pendant la prosternation, la manière de réciter et Fatima Daas l’explique très bien.

Les relations intrafamiliales sont bien mises en évidence ainsi que les règles, les sujets tabous, mais, si je comprends bien les difficultés de Fatima à aimer, à parler de son attirance pour les filles, ses hésitations, sa manière de tourner autour du pot finit par être lassante. Mais, il est difficile de lui en tenir rigueur, tant elle est attachante et on imagine combien ce doit être difficile d’être différente car la seule née en France, car la seule à avoir une sexualité différente, à la recherche d’une identité, à tel point qu’elle se sent sale et indigne de son prénom.

Quant à l’écriture, Fatima Daas sait bien raconter ; elle a structuré son récit en chapitres très courts, passant de l’enfance à l’âge adulte, pour revenir à l’adolescence et partir dans les réflexions plus philosophiques ce qui peut lasser, ses études supérieures qu’elle commence mais ne finit pas toujours.

J’ai pris du plaisir à lire ce roman, et je trouve qu’elle s’en sort très bien à l’écrit, les mots sont justes et le côté « psalmodie » de l’anaphore est très forte, mais j’ai eu du mal à rédiger ma chronique, alors que je l’ai terminé il y a plusieurs jours, me demandant parfois si je l’avais aimé un peu, beaucoup …

Auteure à suivre.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Notabilia Noir sur blanc qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#LaPetiteDernière #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Fatima Daas est née en 1995 à Saint-Germain-en-Laye. Ses parents, venus d’Algérie, se sont installés à Clichy-sous-Bois. Elle y grandit entourée d’une famille nombreuse. Au collège, elle revendique le droit d’exprimer ses idées et écrit ses premiers textes. Elle se définit comme féministe intersectionnelle.

Extraits :

Je m’appelle Fatima.

Je porte le nom d’un personnage symbolique en islam.

Je porte un nom auquel il faut rendre honneur. Un nom qu’il ne faut pas « salir » comme on dit chez moi.

Chez moi, salir, c’est déshonorer. Wassekh, en arabe algérien.

A quatorze ans, je ne savais pas faire mon lit. A vingt ans, je ne savais pas repasser une chemise.

A vingt-huit ans, je ne savais pas faire des pâtes au beurre.

Je m’appelle Fatima. Je suis une petite chamelle sevrée.

Je suis la mazoziya, la dernière. La petite dernière.

Avant moi, il y a trois filles.

Mon père espérait que je serais un garçon.

Pendant l’enfance, il m’appelle wlidi, « mon petit fils ».

Je déteste tout ce qui se rapporte au monde des filles, tel que ma mère me le présente, mais je ne le conscientisé par encore.

J’aime me retrouver sur mon tapis de prière, sentir mon front sur le sol, me voir prosternée, soumise à Dieu, L’implorer me sentir minuscule face à Sa grandeur, à Son amour, à Son omniprésence.

Dehors, Ahmed marche la tête haute, et le torse bombé. Kamar, le regard au sol.

J’aurais voulu être imam, récité le Coran avec le tajwid, une lecture psalmodiée ; guider la prière de groupe, écouter, conseiller, faire des conférences. Je parle à ma mère de cette volonté de m’enregistrer en faisant une lecture du Coran, de la diffuser peut-être. Elle me dit que ce n’est pas autorisé.

Je m’appelle Fatima Daas.

J’ai fait quatre ans de thérapie.

C’est ma plus longue relation.

A vingt-cinq ans, je rencontre Nina Gonzalez.

Par ailleurs, je crois que c’est terrible de dire « je t’aime ». Je crois que c’est aussi terrible de ne pas le dire.

De ne pas réussir, s’en empêcher.

L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse et la sexualité aussi.4

J’écris le soir à l’encre noire dans un carnet rouge :  je suis une erreur, un accident.

Lu en janvier 2021

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

13 commentaires sur « « La petite dernière » de Fatima Daas »

    1. je me rend de plus en plus compte en fait que je l’ai beaucoup aimé, c’est assez extraordinaire d’évoluer ainsi au cours de la lecture et plusieurs jours après….
      Un livre que je vais acheter pour le relire en version papier car je sais que je vais le relire 🙂

      Aimé par 1 personne

  1. Il m’a fallu un certain temps aussi avant d’écrire ma chronique. Je savais que j’avais aimé, mais je n’arrivais pas à mettre les mots justes sur mon ressenti. Je crois que je ne suis toujours pas satisfaite de ma chronique ; un jour, je relirai le livre et peut-être que ce sera alors plus clair pour moi. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne laisse nullement indifférent·e !

    Aimé par 1 personne

    1. même ressenti, plus les jours passent par rapport à la lecture plus je me prends conscience que ce livre m’a marquée…
      je vais le relire car, moi non plus, je ne suis pas satisfaite de ma chronique, elle est en dessous du ressenti 🙂

      Aimé par 1 personne

    1. elle a eu le courage d’aborder ce lien celui de l’identité en général , et la façon de psalmodier m’a plu car c’était comme si elle voulait à la fois se convaincre et se juger.
      Je vais encore laisser passer quelques jours et je modifierai peut-être en tout cas au moins la note de lecture qui est sous-estimée j’aurais peut-être dû attendre encore quelques jours 🙂

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  2. Je l’ai noté depuis l’automne mais pas encore lu. Ce que tu en dis me donnes envie de le découvrir plus vite que prévu. J’aime être surprise lors de mes lectures et lire un texte aussi personnel et qui sors des sentiers battus, me tente beaucoup…En plus Fatima a l’air d’être un personnage très attachant. Merci pour ton ressenti

    Aimé par 1 personne

    1. c’est un bon livre, mais il est difficile d’en parler objectivement car Fatima est attachante, dans son combat, ses hésitations sa culpabilité…On a envie de la prendre dans ses bras et de lui dire qu’on l’aime c’est ce que j’ai ressenti en tout cas.
      J’ai bien aimé la manière dont elle explique les pratiques dans l’Islam car je connaissais peu de choses en réalité 🙂

      J'aime

    1. ce livre va me marquer pour longtemps: Fatima est très attachante en plus donc on n’est jamais dans le jugement vis-à-vis de sa réflexion et de ses doutes.
      L’écriture est belle et le choix de l’anaphore-psalmodie est excellent 🙂

      Aimé par 1 personne

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