Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Lucie au paradis » de Jérôme Abranel

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui m’a été gentiment proposé par son auteur, via Babelio, alors place à la découverte :

Présentation de l’éditeur ?

SCIENCES HUMAINES – SUJET DE COMPOSITION

Énoncé du problème : À un instant T de son parcours, une jeune femme (L) aborde l’existence avec ferveur et optimisme, grâce à sa foi un peu fleur bleue dans les anges gardiens. Cependant, un destin contraire se plait à lâcher quelques tuiles (T1, T2, T3, …) sur le coin de son joli minois, entravant sa route vers un supposé paradis terrestre (P).

Questions : D’après ce que la vie vous a enseigné (QI) :- Un lâcher de tuiles (T1, T2, T3, …) peut-il avoir raison d’une nature optimiste ?- Est-il naïf de croire dans les anges gardiens ?- Verra-t-on un jour (L) au (P) ?Rédaction libre.  

Ce que j’en pense :

On fait la connaissance de Lucie alors qu’elle vient de rejoindre son fiancé, Roland, installé en Californie où il fait des affaires avec son associé, Raymond, pour se marier à Las Vegas. C’est son baptême de l’air et elle est au comble de l’excitation.

Roland a loué une de ces voitures américaines de l’époque qui en mettent plein la vue, une Cadillac bien-sûr, et il conduit de manière tellement insouciante qu’ils terminent leur voyage dans l’eau. Exit Roland qui meurt noyé alors que Lucie fait une expérience de NDE : Near Death Experience soit en bon français, EMI Expérience de Mort Imminente : en traduisant, cela perd une partie de son mystère et de son charme il faut bien le dire !

Donc tunnel, lumière, Lucie en robe de mariée marche vers Roland, décor féérique de Las Vegas naturellement, Sinatra pas très loin cocktails à profusion, une main la lâche et noir total à nouveau donc retour sur terre…

Lucie revient en France, enceinte alors qu’elle n’a eu aucune relation sexuelle avec Roland lors du séjour américain. Quid du père ? Mystère et boule de gomme. C’est Raymond qui la ramène et s’occupe de sa convalescence et de ses « affaires » car Lucie est riche, gagne quelques sous au vestiaire d’une boîte tenue par son parrain.

Lucie a une fille qu’elle n’apprécie pas trop mais, comment accepter un enfant quand on ne sait pas qui est le père ?

En fait, elle vit au jour le jour, signant tous les papiers que lui donne Raymond, la parfaite cruche donc, alors que son amie, Josyane, finit par mettre le grappin sur Raymond. Je vous laisse imaginer toutes les crapuleries qui vont suivre, d’autant plus que Raymond se fait payer en nature, via l’ascendant qu’il a pris sur Lucie.

Mais,Tiburce, un ange gardien étrange, qui a tendance à s’emmêle un peu les pinceaux, veille sur Lucie en duo avec Suzanne, sa compagne (depuis huit cents ans d’amour platonique !).

Bien-sûr, la première époque 1959- 1979 se termine mal, il faut bien trouver un prétexte pour se réincarner… On prend les mêmes et on recommence…

Ce roman, complètement déjanté, aborde donc les expériences de mort imminente, la réincarnation de manière légère, mais à force de revoir les mêmes personnages avec des noms à peine différents, on s’éloigne du vrai thème, pour partir dans des interprétations rigolotes mais peu plausibles : avec le tunnel et la lumière, on arrive selon les époques, à Las Vegas, ou au Brésil, les endroits qui font rêver les populations à l’instant T, en l’occurrence ici, ce serait plutôt T comme Tuiles en série.

J’ai lu beaucoup d’ouvrages scientifiques ou philosophiques sur ces expériences de mort imminente et également sur la réincarnation, d’où mon irritation. Ce roman m’a quand même beaucoup amusée à un moment où l’on ne parlait que virus, confinement, vaccin, masque… donc il a rempli son rôle et l’auteur ne proposait d’ailleurs pas un ouvrage scientifique !!!

L’écriture par contre m’a plu moyennement car j’aime bien qu’un auteur ou une auteure emploie un « langage littéraire » avec un respect des négations, des conjugaisons etc… mais en fait, une fois en route, on s’habitue…

Un grand merci à Jérôme Abranel qui m’a permis de découvrir son roman dont la couverture est d’ailleurs très jolie, ainsi qu’aux Editions Librinova.

7/10

Si la réincarnation vous intéresse je vous conseille deux livres passionnants :

« De la vie à la mort » de Jean-Pierre Schnetzler ainsi que « Les enfants qui se souviennent de leurs vies antérieures » de Ian Stevenson.

L’auteur :

Durant son premier demi-siècle, Jérôme Abranel a été, successivement puis concomitamment, un gros bébé, un gamin bavard, un étudiant vorace, et un homme sérieux, occupé à préserver le lien aussi ténu que complexe entre hommes et organisations.

Au virage de la cinquantaine, il a réalisé que le moment était venu d’arrêter de se raconter des histoires.  Il a choisi depuis de les raconter aux autres.

« Lucie au paradis » est la seconde d’entre elles, après « Un cœur pur » (2019).

Extraits :

T’es l’archétype de la petite chose fragile, Lucie : menue, mignonne sans être allumeuse, un regard candide, un discours tarte. Avec toi, ils ont besoin de montrer qu’ils ont des biscotos et qu’ils ont tout compris à la vie. T’auras beau faire, c’est plus fort qu’eux. Crois-moi, tu peux blouser le cerveau d’un gars, mais pas ses hormones.

Le seul sujet dont il est disposé à parler – et là, pour le coup, il est intarissable – c’est son boulot ici. Tiburce est gardien d’âmes. Une promotion, si je l’écoute. A ses débuts, il se contentait de refaçonner les esprits, à leur arrivée sur place…

Mais, justement, ce qui donne son piment au quotidien d’après moi, c’est le pain qu’on a sur la planche. Vivre, c’est avoir des projets.

On pénètre ici dans la tranche des experts du coup fourré, pour qui la morale est devenue une sorte de faiblesse snobinarde sauf quand elle s’applique aux autres. Dans cette catégorie, il y a les débutants, qui ont le chic de se faire détester en un clin d’œil, mais dont le pouvoir de nuisance reste cependant circonscrit (ceux qu’on pourrait appeler les petits cons).

Et puis, il y a les récurrents, les pros, ceux qui bouffent la laine sur le dos des autres sans vergogne, en trouvant de surcroît des motifs de grief à leur endroit (autrement dit les sales cons). S’il n’est pas contrarié dans sa vocation, le sale con a des chances de pousser le cynisme assez loin pour intégrer le club très fermé de pourris jusqu’à la moelle où l’on côtoie la fine fleur de la crapulerie planétaire…

Lu entre le 30 décembre 2020 et le 4 janvier 2021

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

14 commentaires sur « « Lucie au paradis » de Jérôme Abranel »

  1. Moi aussi je préfère NDE mais avec la réincarnation, là je décroche ! Avec la conception immaculée aussi d’ailleurs !😊 Mais heureusement, on revient à du terre à terre avec une riche qui se fait avoir … Reste pour moi une couverture déjantée mais superbe ! Merci pour ce retour

    Aimé par 1 personne

    1. surtout la réincarnation vue comme ça où on se retrouve toujours en comité restreint…
      Et l’ange gardien qui fait des bourdes c’est pas mal non plus…
      il y a une morale à l’histoire c’est vrai

      J'aime

    1. on peut même dire déjanté car il y a des choses savoureuses,
      le livre de Ian Stevenson m’a plu mais je suis trop cartésienne donc cela m’intéresse mais ne me convainc pas réellement…
      Les anges gardiens encore moins et ici ils sont trognons 🙂

      J'aime

  2. Une lecture détente et déjantée en plus, qui t’a fait du bien et j’ai envie de dire c’est déjà ça, car en ce moment pas besoin de se prendre la tête. Par contre vu ma pile en attente je passe mon tour…belle semaine

    Aimé par 1 personne

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