« Tu entreras dans le siècle en lisant Fantômas » de Dominique Kalifa

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi lors de masse critique de décembre organisée par Babelio, choix au départ un peu par défaut car j’avais oublié l’heure mais il était dans ma pré-liste et parfois le hasard fait bien les choses. En plus c’est ma première chronique de l’année 2021, cela se fête…

Résumé de l’éditeur :

Trente-deux volumes. Un univers baroque, d’une inimaginable noirceur, qui s’épanouit aussi bien dans les salons des beaux quartiers que dans la « zone » au-delà des fortifications… Des aventures extraordinaires, qui emmènent le lecteur des plaines désolées du Transvaal aux faubourgs de Londres. Surtout, une cartographie de Paris, à la fois imaginaire et réaliste, haussmannienne et sordide, splendide, inquiétante, une ville-labyrinthe, foisonnante, énigmatique, qui n’avait plus été décrite avec autant de verve et de précision depuis Balzac ou Zola. Et la figure tutélaire d’un Génie du crime aux mille visages, aux mille apparitions, disparitions et stratagèmes, que les surréalistes éliront comme une création littéraire sans précédent, que Cendrars célébrera aussi bien que Magritte et Queneau.

Le Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain n’est pas seulement cette apothéose du roman populaire qui nous fait entrer de plain-pied, mieux que n’importe quel livre d’histoire, dans le XXe siècle. Il est aussi l’une des œuvres les plus riches et les plus fécondes de la période, qui inspire encore, cent ans plus tard, artistes et poètes.


Pour aborder ce monument, un abécédaire en 32 entrées, de A comme « Apollinaire » à Z comme « Zigomar ». Sans oublier F comme « Filmographie », O comme « Outrances » ou U comme « Ubiquité » … Un voyage au cœur d’une mythologie contemporaine orchestré par Dominique Kalifa, illustré par Camila Farina.

Ce que j’en pense :

Je l’avoue, avant d’ouvrir ce livre je ne connaissais de Fantômas que deux ou trois films avec Jean Marais et Louis de Funes, vus il y a très, très longtemps mais étrangement je me souvenais des noms : l’inspecteur Juve et le journaliste Fandor et de quelques scènes rocambolesques, mais rien en ce qui concerne les intrigues alors terminer l’année 2020 « Hannus Horribilis » pourquoi pas, d’autant plus que le titre était alléchant…

Ce livre est composé comme un abécédaire a priori mais il y a des astuces, clins-d’œil : ce qui nous donne, en fait, trente deux entrées comme… le nombre de livres écrits pas le duo d’auteurs de la collection « Fantomas », à savoir Pierre Souvestre et Marcel Allain qui étaient d’illustres inconnus pour moi (eh oui ! et en plus ils ne sont même pas dans ma PAL pourtant ubuesque !) nobody’s perfect !

On peut ainsi découvrir la vie au début du siècle, la Belle Époque qui n’était pas si belle que cela, ce que pensait Desnos ou Aragon de Fantômas, le syndicalisme, les grandes manifestations qui rappellent les gilets jaunes qui se sont ralenties autour de 1910. On rencontre aussi des réflexions sur le nihilisme…

Je ne pensais pas que Fantômas avait été autant apprécié par des auteurs tels qu’Apollinaire, Desnos et Queneau pour les plus connus, mais alimentait aussi les conversations d’Aragon ou Sartre, Simone de Beauvoir…ou inspirait des peintres tels que Magritte par exemple.

On apprend au passage, moi du moins, que l’esperluette & que j’aime beaucoup était alors la vingt-septième lettre de l’alphabet, et qu’elle collait bien au duo d’auteurs, ou encore une réflexion sur l’accent circonflexe qui a fini par disparaître sur certaines lettres comme le « i » ou le « u » (j’écrirai toujours disparaître de toute façon ! et en plus j’aimais mieux le vieux François : le mesme est bien plus joli que le même … c’est ainsi que traversant l’Atlantique Fantômas perdit son accent circonflexe… et il fallut attendre 1979 1980 et le téléfilms de Claude Chabrol et Luis Buñuel  pour que Fantômas soit correctement orthographié.

On note parfois plusieurs entrées : « o » comme outrances, œuvres, ou ô et souvent Dominique Kalifa nous donne en fin de chapitre des alternants, Oua oua oua ou Oulipo dans le cas présent. Évidemment, on retrouve Kriminal, Vladimir le fils de Fantômas, ou des références à l’ubiquité…En fait l’auteur m’a permis de découvrir que Fantômas était un véritable mythe du XXe siècle.

Pour la lettre « C », Dominique Farina a choisi la Capitale le journal où travaille Fandor, mais il aurait pu choisir Cruauté, car Fantômas, est une grosse brute…

Comment arriver à trente-deux ? je vous laisse découvrir : petit d’indice, j’ai parlé d’astuces plus haut…

Je n’ai qu’un seul regret devant le travail de recherche magistral de Dominique Kalifa, c’est de ne pas avoir lu les Fantômas pour l’apprécier encore plus pleinement, car les tomes cités sont importants pour étayer le raisonnement.

Ce livre est magnifique, avec des dessins de Camila Farina pour illustrer les chapitres, et une couverture sublime noire avec ces flammes qui s’échappent d’une petite fenêtre… le papier, lui aussi, est très beau et ce livre est une très bonne idée de cadeau et il va rester à portée de mains pour que je puisse m’y replonger.

Le seul bémol de cette lecture est le délai de trente jours pour fournir ma chronique, c’est beaucoup trop court car on est obligé de survoler parfois ce qui est très frustrant et m’a fait pester plus d’une fois…

Un grand merci à Babelio et aux éditions Vendémiaire qui m’ont permis de découvrir ce très beau livre ainsi que son auteur qui m’a impressionnée et donné envie de découvrir davantage ses livres.

9/10

Les auteurs :

Dominique Kalifa est professeur à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Ses travaux concernent l’histoire du crime et de la culture contemporaine. Il a notamment publié « L’encre et le Sang », « Récits de crimes et société à la Belle Epoque », « Les bas-fonds », « Histoire d’un imaginaire » et « La véritable Histoire de la Belle Epoque ».

Formée aux beaux-arts à la Villa Arson à Nice, Camila Farina a obtenu son diplôme de plasticienne en 2010. Elle a déjà collaboré avec Vendémiaire pour les illustrations du « Cuisinier français » de François Pierre La Varenne.

Extraits :

On peut néanmoins avancer que c’est Guillaume Apollinaire qui eut l’idée maîtresse d’une Société des Amis de Fantômas , dix ans avant le surréalisme. Si ce n’est lui, du moins fit-il paraître suffisamment d’autorité, seul devant tous, pour matérialiser quelque chose de fugitif…

Le roman ainsi constitué avait sans v doute un caractère biblique : 32 tomes, 492 800 lignes, 12 150 pages, près de 20 millions de signes. Il venait ainsi s’inscrire dans la lignée de ces « romans interminables » – « roman-océan » selon Robert Desnos – dont le Rocambole de Ponson du Terrail constituait le type parfait.

& vingt-septième de l’alphabet jusqu’au XIXe siècle (dite aussi perluette ou perluète) résulte de la ligature du « e » et du « t », donc de la conjonction de coordination « et » dont elle possède la signification. Signe d’association ou de gémellité, elle est particulièrement adaptée au destin de Fantômas, dont on se souvient qu’il ne fait qu’un avec son frère jumeau Juve et qu’il est le produit de l’association de Souvestre & Allain.

Queneau est le troisième homme, celui qui, avec Apollinaire et Desnos, connut sans doute le mieux le roman (il affirma avoir lu plusieurs fois les 32 volumes ente 1923 et 1928) et contribua le plus à sa célébration. Outre les textes qu’il consacra lui-même à Fantômas, Queneau fut celui par qui Fantômas advint à la pataphysique, puis à l’Oulipo et à d’autres potentialités.

ô avec ou sans ? Parmi les propositions de simplification orthographique formulées en 1190 par le Conseil supérieur de la langue française, mais qui ont agité périodiquement la France jusqu’aux années 2015, figure la disparition de l’accent circonflexe sur le i et le u, où il ne joue manifestement aucun rôle phonétique.

De Zigomar, on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il est « le Maître invisible », « que nul ne doit voir, que nul ne doit connaître ». Son visage nous est donc inconnu. Seuls transparaissent ses deux yeux, dont l’éclat inquiétant perce la cagoule rouge. Et ces yeux-là sont uniques. « il n’a à au monde que deux  yeux qui avaient ces lueurs vertes, lueur des yeux de tigre, lueur terrible, ce sont ses yeux… ses yeux à Lui, les yeux de Zigomar.

Lu en décembre 2020 janvier 2021

9 réflexions sur “« Tu entreras dans le siècle en lisant Fantômas » de Dominique Kalifa

  1. Cela doit être un très beau livre sur Fantômas du regretté Dominique Kalifa. J’appréciais cet historien pour son érudition et sa façon de mêler les thèmes populaires et les thèmes très pointus. Il avait une érudition rare de l’avis de tous ceux qui l’ont côtoyés. Merci pour cette belle chronique Eve, passe un excellent week-end 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. je n’avais pas vu qu’il était décédé, je me suis limitée à sa bio sur le livre mais en fait il a été publié en 2017 🙂
      je l’ai trouvé très convaincant, dans la vidéo et dans le texte, il a réussi à me convaincre de l’importance de Fantômas que j’avais nettement sous-estimée…
      en plus on peut ouvrir le livre où on veut quand on a terminé la lecture pour approfondir,ou pour le plaisir…
      Bon week-end à toi 🙂

      Aimé par 1 personne

  2. Alor là, convaincue.
    J’ai découvert Fantômas du haut de mes 12/13 ans. Je me souviens de mes peurs en vacances chez ma tante qui était religieuse lorsque dormant dans un dortoir laissé vide par les pensionnaires habituelles, je lisais ses aventures. Et ma tante à qui je me confiais qui me répétait  » mais pourquoi lis- tu de telles horreurs » . Et j’éprouvais le délice de la lecture bien au chaud mais complètement terrifiée qu’un Fantômas ou un Arsène Lupin, lecture à la même période, viennent dans cette grande bâtisse remplie de vide me faire un coucou! Je n’ai jamais relu pour ne pas être decue tant le souvenir est prégnant de ces héros des tours de passe passe qui venaient divertir une enfance solitaire !
    Je commande le livre car jamais j’ai imaginé que les auteurs étaient autant appréciés et que ces romans décrivaient le Paris de la Belle- époque. Merci bcp Eve pour cette découverte !

    Aimé par 1 personne

    1. c’est un très joli livre et on apprend plein de choses, et donne des regrets de ne pas avoir lu au moins un des Fantômas » Dominique Kalifa a une plume et une force de persuasion extraordinaires,
      tout est réussi dans ce livre…
      si tu les as lus, tu apprécieras plus que moi les références aux enquêtes car tout relié de manière très habile… et j’aime bien qu’un livre m’apprenne des choses, éveille ma curiosité (en plus des accents circonflexes ou de l’ esperluette 🙂
      bon week-end à toi 🙂

      J’aime

    1. le titre a retenu mon attention (ainsi que la couverture quand j’ai examiné la liste des livres proposés) et c’est ne époque que j’aime…
      j’ai pris beaucoup de plaisir et j’aurais aimé avoir davantage de temps car j’ai un peu survolé un ou deux chapitres pour finir à temps 🙂
      l’auteur est passionnant à lire et à écouter (enfin été car il est décédé en septembre dernier…)

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.