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« Le complot des ombres » de Paul Doherty

Petite immersion, aujourd’hui, au sein de la guerre des deux Roses avec ce thriller, polar historique comme chacun le voudra :

Résumé de l’éditeur :

Octobre 1471. Edward IV est assis sur le trône d’Angleterre. Les York règnent en maître.

Margaret Beaufort, comtesse de Richmond, attend patiemment tout en complotant pour que son jeune fils, Henry Tudor, en exil en France, puisse être couronné roi légitime d’Angleterre.

Margaret bénéficie d’une garde rapprochée soigneusement sélectionnée. Mais quand l’un de ses hommes de main les plus fidèles, Jacob Cromart, est assassiné dans l’église Saint-Michel, une évidence s’impose : il y a un traître parmi eux.

Margaret missionne Christopher Urswicke de découvrir qui l’a trahie.

Comment un homme a-t-il pu être assassiné au cœur d’une église où tout est verrouillé et où il n’y aucun signe d’effraction. ? S’il veut protéger les autres partisans de Margaret, Urswicke doit résoudre un étrange mystère où les apparences vont se révéler trompeuses.

Ce que j’en pense :

Nous sommes en 1471, la maison d’York a définitivement gagné la guerre contre la maison Lancastre, guerre on ne peut plus sanglante, barbare. Édouard IV règne, « assisté » par ses deux frères, Richard, duc de Gloucester et George, duc de Clarence et un conseiller cruel, avide de pouvoir, le juge Thomas d’Urswicke, alias Sir Thomas.

Le jeune Henri Tudor, le fils de Margaret Beaufort s’est exilé en Bretagne, chez le duc François de Bretagne, avec son oncle Jasper Tudor. Mais Margaret n’a pas dit son dernier mot et « décide de résister encore et toujours à l’usurpateur ». Elle est assistée dans sa lutte par deux hommes de confiance : Reginald Bray et Christopher Urswicke, fils du super juge.

Voilà pour le contexte historique. Des hommes de confiance de Margaret doivent accoster à Walton-on-the-Naze, sur la côte de l’Essex pour tenter d’œuvrer au retour d’Henri, mais le secret a été éventé et ils sont attendus par le juge himself et ses sbires et c’est le massacre, deux parviendront à s’enfuir et à se cacher à Londres : les églises étant censées leur accorder protection ce qui n’empêchera pas que certains membres de l’ordre du Dragon s’y feront trucider mystérieusement.

Tous les coups sont permis, le juge a les oreilles qui traînent partout, est suffisamment intelligent pour faire se retourner des vestes, et on assiste à une histoire captivante, à la recherche du traître, dans les rues du vieux Londres, où la crasse règne comme partout ailleurs dans les villes de l’époque : on peut aussi bien recevoir un pot de chambre (ô pardon, un seau d’aisance !) sur la tête, qu’un coup d’arbalète.

Une ville de voleurs, un repaire de brigands, le manoir du crime et l’antre des âmes perdues. Tel était le jugement du chroniqueur de Saint Paul, rédacteur des annales de la ville.

Les scènes de torture sont dures : écartèlement, émasculation, gibets où l’on pend soit-disant traitres à poil, alors qu’ils ont déjà eu la gorge tranchée et sont déjà bien refroidis, mais il faut donner l’exemple pour dissuader d’autres de se rebeller…

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, car j’aime bien nager dans les eaux du XVe et des précédents, mais je n’avais jamais lu une intrigue se déroulant en pleine guerre des deux Roses. Ma passion pour « Les Rois Maudits » est largement connue et je soulignerai un petit détail, pour le plaisir : Walton-on-the-Naze a souvent accueilli des envahisseurs et la Reine Isabelle, fille de Philippe IV le Bel, y a accosté en 1326 avec son amant Roger Mortimer (l’homme toujours habillé de noir car il portait le deuil de sa patrie écrivait Maurice Druon).

Vous commencez à connaître mon amour pour l’Histoire : je suis tombée dans la marmite de potion magique grâce à ma géniale professeure de terminale et les effets sont permanents chez moi, comme Obelix. Un Immense Merci à Mademoiselle Marlange que je n’oublierai jamais comme toutes les filles de ma classe sûrement.

J’apprécie beaucoup ce style de roman où l’auteur noue une intrigue où se mêlent des personnages historiques, même mineurs et des héros créés de toutes pièces mais vraisemblables. A vous de trouver ceux qui ont existé à part les rois et reines ou ducs bien-sûr et les autres…

Paul Doherty en sa qualité d’historien parvient très bien en emmener le lecteur dans les complots, les méandres de l’Histoire ou les bas-fonds londoniens sans oublier les récits de combats navals, ou l’influence de l’Eglise, (clin d’œil à l’assassinat de Thomas Beckett au passage !) on s’y croit vraiment !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions 10-18 policier thriller qui m’ont permis de découvrir ce thriller historique qui m’a beaucoup plu ainsi que son auteur Paul Doherty que je ne connaissais pas alors qu’il a un nombre d’ouvrages impressionnant à son compte : les enquêtes du moine Athelstan et celles de Hugh Corbett en particulier…

#Lecomplotdesombres #NetGalleyFrance

8/10

Édouard IV d’York
Lady Margaret Beaufort
Henri VII Tudor

L’auteur :

Paul Doherty est né à Middlebrough, dans les Yorkshire. Il est l’auteur de plusieurs séries historicopolicières, dont les enquêtes de frère Athelstan, un dominicain du XIVe siècle ; les enquêtes de Hugh Corbett, espion du roi Edouard 1er ; et les enquêtes d’Amerotkê, juge dans l’Égypte du XVe siècle avant J. C.

Il est aujourd’hui professeur d’histoire médiévale.

Extraits :

L’heure n’était pas aux combats d’épée ni aux conflits sanglants. Non, l’époque était plutôt propice aux intrigues, aux complots et contre-complots, aux duperies et aux finauderies.

Bray et Urswicke marchaient d’un bon pas, non sans surveiller les enseignes bringuebalantes des boutiques et des tavernes qui grinçaient au-dessus des têtes.  Ils se méfiaient aussi des fenêtres en étage, de chaque côté, dont les habitants déversaient sans vergogne le contenu de leurs seaux d’aisance…

Le Grand Juge et lui-même étaient enferrés dans un combat occulte qui serait peut-être fatal, et Urswicke plaçait tous ses espoirs dans la profonde erreur de jugement qui commettait son père : Sir Thomas ne pouvait accepter ni même concevoir que son fils fût un fervent partisan de la maison des Lancastre, et de celle des Tudor en particulier. Tant qu’il demeurerait dans cet état d’esprit, lui-même serait en sécurité…

Lu en janvier 2021

Publié dans Littérature française

« Nos frères inattendus » d’Amin Maalouf

Je vous parle aujourd’hui du dernier roman d’un des auteurs qui font partie de mon Panthéon littéraire :

Résumé de l’éditeur :

Alec, dessinateur d’âge mûr, et Ève, romancière à succès d’un unique livre mythique, sont les seuls occupants d’un minuscule îlot de la côte atlantique. Ils ne se fréquentent pas, jusqu’au jour où une panne inexplicable de tous les moyens de communication les contraint à sortir de leur jalouse solitude.

Comment s’explique ce black-out ? La planète aurait-elle été victime d’un cataclysme ? Des menaces de conflit nucléaire et de terrorisme à grande échelle planaient déjà. Y aurait-il eu, quelque part dans le monde, un dérapage dévastateur ? Qu’en est-il de l’archipel tout proche ? Et du pays ? Et du reste de la planète ?

Alec va peu à peu dénouer le fil du mystère. Grâce à son vieil ami Moro, devenu l’un des proches conseillers du Président des États-Unis, il parvient à reconstituer le déroulement précis des événements. Si l’on a échappé au désastre, découvre-t-il, c’est d’une manière si étrange, et si inespérée, que l’Histoire ne pourra plus jamais reprendre son cours d’avant.


La rencontre tumultueuse de nos contemporains déboussolés avec des « frères inattendus » qui se réclament de la Grèce antique, et qui ont su se doter d’un savoir médical beaucoup plus avancé que le nôtre, fait la puissance dramatique de ce roman, tout en lui donnant des allures de conte moderne. A travers la fiction et la parabole, l’auteur traite ici de manière romanesque les grands sujets abordés dans plusieurs de ses essais (Les identités meurtrières, Le naufrage des civilisations).

Ce que j’en pense :

Alec Zander, dessinateur de son métier, écoute sa station favorite Atlantic Waves qui émet à partir des Cornouailles. Il habite sur un îlot isolé, que son père avait acheté en partie et n’a qu’une seule voisine Eve Saint-Gilles, romancière, en manque d’inspiration depuis le succès de son premier roman: L’avenir n’habite plus à cette adresse.

 Je vis sur une île. Une île minuscule, la plus petite d’un archipel de quatre, appelé « Les Chirons ». Le reste de la population vit sur « Gros Chiron » où se trouve la seule agglomération digne de ce nom, Port Atlantique…

…Mon île à moi, la plus modeste, se nomme curieusement Antioche.

Brusquement, la musique est remplacée par un sifflement continu, en deux temps, dont l’intensité monte graduellement puis redescend avec un rythme identique comme un système d’alarme. Plus rien ne fonctionne, plus de réseau, plus de téléphone, black-out total pendant plusieurs heures.

Alec pense à une catastrophe nucléaire car les surenchères entre dictateurs augmentent de manière vertigineuse depuis quelques temps déjà. Il rédige des carnets pour noter ses réflexions au jour le jour sur ce qui est en train de se produire.

Quelques semaines auparavant, un dictateur caucasien avait mis le feu aux poudres, au moins en paroles, et une explosion dans le Maryland, immédiatement qualifiée de nucléaire l’avait plus ou moins étiqueté coupable. Le président américain, Howard Milton, avait décidé alors de mettre tous les engins nucléaires sous haute surveillance pour les démanteler.

Pendant le black-out, alors qu’il était en voyage officiel au Chili, le président américain a été plus ou moins pris en otage avec ses collaborateurs par une société qui veut purifier le monde ou du moins empêcher les Grands de ce monde de commettre l’irréparable. Tout le monde pense à la dénucléarisation bien sûr, puisque Milton venait de donner l’ordre de bombarder le site nucléaire du Caucase.

Tout au long du récit Alec Zander va rester en contact avec son vieil ami Moro qui est une proche du  président américain, quand les liaisons fonctionnent bien sûr, et on va voir évoluer sa relation avec Eve, mais aussi avec les habitants de la terre proche où il va régulièrement se ravitailler, via le passage du Gouay, en fonction des évènements.

Je n’en dirai pas plus sur ce qui fait la trame du roman, pour ne pas divulgâcher, j’y tiens ; je préfère parler des réflexions d’Amin Maalouf prête à son héros.

A travers ce récit, on va découvrir ce groupe « Les amis d’Empédocle » aux noms évocateurs : le passeur de l’île ami d’Alec s’appelle Agamemnon, celui qui est en relation avec le Président des USA Démosthène, ils semblent venus d’un autre monde, mais lequel ? Qui sont « ces frères inattendus », amis, ennemis, sauveurs ?

Forcément, tout ce qu’on ne connaît pas irrite, angoisse, alors place aux théories fumeuses : complot, anéantissement, fin de civilisation, xénophobie, on est tous l’étranger de quelqu’un n’est-ce pas et ceux qui ne pensent pas comme nous ça nous dérange…

J’ai retrouvé dans le livre ce qui fait la magie d’Amin Maalouf auteur que j’adore depuis que j’ai découvert « Léon l’Africain » il y a très, mais alors très longtemps : ce récit est un conte philosophique sur la tolérance (et évidemment l’intolérance hélas bien plus répandue) sur la manière de vivre avec l’autre mais aussi sur la sagesse et réflexion versus l’obscurantisme, ou encore la maladie, la mort, le rêve de l’immortalité de certains, donc une grande leçon de Vie.

Dans ce roman, Amin Maalouf m’a entraînée dans un domaine où je ne l’attendais pas, au bord de la SF, alors que d’habitude il me fait rêver avec l’Andalousie et la Reconquista, ou sur les pas de Mani, le Moyen-Orient mais une fois de plus j’ai été conquise. Je suis une inconditionnelle, une groupie, certes, mais pas au point d’apprécier aveuglément tout texte émanant de lui et si ce livre ne m’avait pas plu je l’aurais dit.

L’écriture, comme d’habitude, est magique, le style littéraire, une langue comme on aime la retrouver, l’entendre, la lire à haute voix tant elle est belle, l’avoir en bouche comme un bon vin.

Vous l’aurez compris j’ai adoré ce roman et comme toujours dans ces cas-là, je trouve ma chronique médiocre…

Je lui dois aussi, grâce à son roman « Samarcande », la découverte d’un poète que j’aime beaucoup : Omar Khayyam dont les Quatrains ne quittent jamais ma table de chevet…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman qui fait réfléchir, dernier opus d’un auteur que j’apprécie beaucoup.

#Nosfrèresinattendus #NetGalleyFrance

L’auteur :

Né le 25 février 1949 à Beyrouth, Amin Maalouf a publié des romans, comme Léon l’AfricainSamarcandeLe rocher de Tanios (Prix Goncourt 1993) ou Les désorientés.

On lui doit aussi des ouvrages historiques comme OriginesUn fauteuil sur la Seine ou Les croisades vues par les Arabes; ainsi que des essais, comme Les identités meurtrières ou Le dérèglement du monde.

Ses livres sont traduits en une cinquantaine de langues.

Il a été élu à l’Académie française en 2011, au fauteuil de Claude Lévi-Strauss.

Extraits :

Les salauds ! les fous ! Ils ont osé faire ça ! Car à l’instant où j’écris ces lignes, j’ai des raisons de croire qu’une tragédie vient de se produire. Non pas une calamité naturelle, mais une apocalypse brutale façonnée de main d’homme. Le cafouillage ultime de notre espèce. Qui conclura nos quelques milliers d’années d’histoire.

Je suis né à Montréal d’une mère américaine et d’un père qui vénérait ses origines françaises. Lors de la seconde guerre mondiale, il avait participé en tant que jeune officier au débarquement en Normandie. Comme des milliers d’autres Canadiens, mais pour lui la chose était plus chargée de sens…

Mieux vaut finir sa vie sur une note aimable. Fût-elle mensongère.

Ici, sur l’archipel, on appelle étranger l’homme qui vient de Manille tout autant que du littoral en face. Mais ce passeur est un vrai étranger, si l’on peut dire. Un Grec. Enfin, pas tout à fait ; il semble avoir des origines multiples et entremêlées, et préfère se dire « de lointaine ascendance grecque ». du moins, le nom qu’il porte Agamemnon, est-il le plus hellénique qui soit…

Mais, dès qu’on l’observe de plus près, on ne parvient plus à la situer. On le dirait issu des amours de Sitting Bull avec une walkyrie.

Quoi qu’on en dise, « l’insupportable doute » vaut mieux que l’atroce certitude…

Le président des États-Unis se sentit contraint d’agir. Au cours d’un discours relayé dans le monde entier – où il apparut très amaigri par son cancer des poumons, qui serait en phase terminale – Howard Milton annonça avec solennité sa décision de ramasser chaque bombe, chaque ogive, chaque gramme de plutonium ou d’uranium enrichi qui se trouverait entre les mains d’individus incontrôlables…

Les miens ne portent pas par hasard des noms grecs. Nous nous réclamons de cette civilisation, et nous vénérons en particulier ce que certains historiens ont appelé « le miracle athénien », ce moment grandiose où l’esprit humain s’est épanoui, dans tant de domaines à la fois où l’on a « inventé », en quelque sorte, le théâtre, la philosophie, ma médecine, l’histoire, la sculpture, l’architecture, ainsi que la démocratie.

Un jour, il y a très longtemps, l’humanité s’est divisée. Certains sont partis, comme des émigrés bâtir une cité nouvelle. Les autres sont restés. Depuis, il y a deux humanités parallèles. L’une vit dans la lumière, mais elle est porteuse d’ombre. L’autre vit dans l’ombre, mais elle est porteuse de lumière. Chacune a avancé sur son propre chemin, et à son propre rythme…

Lu en janvier 2021

Publié dans littérature USA, Thriller

« Diamants de sang » de James Patterson et Marshall Karp

Petit intermède polar aujourd’hui avec ce livre d’un auteur prolixe dont je n’ai encore lu aucun des romans, celui-ci ayant été écrit à quatre mains :

Résumé de l’éditeur :

L’avant-première d’un film à gros budget… Le tout-Manhattan attendu… Alors que la comédienne vedette s’apprête à fouler le tapis rouge, exhibant une parure d’émeraudes et de diamants valant huit millions de dollars, une détonation retentit, suivie du crash d’une Cadillac.

Un crime vient d’être commis. Les bijoux ont disparu… et personne n’a rien vu ! Une enquête cousue main pour le NYPD Red, l’unité d’élite de la police new-yorkaise chargée de protéger les rich and famous.

Des penthouses aux bas-fonds de la ville où le crime ne s’arrête jamais, le détective Zach Jordan et sa partenaire Kylie MacDonald – son ex-petite amie – n’auront guère le temps de chômer. D’autant que le tueur a d’autres cibles en vue…

Ce que j’en pense :

L’action démarre sur un vol de bijou rondement mené, si ce n’est le fait que l’actrice qui le portait y laisse sa vie, mortellement blessée par un coup de feu : son garde du corps et du cœur a voulu la protéger en s’emparant de l’arme brandie sur elle mais le coup est parti… envolé le tapis rouge et surtout le collier d’émeraudes et de diamants confectionné par Leo Bassett d’une valeur de huit millions de dollars…

Le duo d’enquêteurs formé par Zach Jordan et Kylie MacDonald, pour le NYPD Red est chargé de l’affaire. Mais, ils ne sont pas au bout des surprises : Leo Bassett devait normalement accompagner l’actrice, mais lui a fait faux bond au dernier moment, sous prétexte qu’il puait le poisson (incident lors d’un buffet) ce qui était au-dessus de ses forces !

Les deux frères Bassett sont des « bijoutiers » ayant pignon sur rue, très riches et méprisant ceux que ne sont pas de la haute comme dit l’auteur…

En même temps, la maire fraîchement élue de New-York fait appel à eux, en toutes discrétion bien sûr car des vols de matériels médicaux hors de prix ont lieu dans des hôpitaux : scanners, IRM, appareil à mammographie…

Ils doivent donc mener les deux enquêtes de front et vu le caractère bien trempé de chacun, surtout de Kylie, on peut s’attendre à de multiples rebondissements, d’autant plus que leur vie privée est loin d’être de tout repos.

Spence, le mari de Kylie est toxicomane et a rechuté après avoir résisté dix ans après avoir subi une cure de désintoxication. Il fait n’importe quoi, c’est l’escalade dans l’usage des drogues, et il va même jusqu’à saccager les studios où il travaille.

Zach vient d’emménager avec Cheryl, flic aussi et ce n’est pas de tout repos car chaque fois que Kylie l’appelle au secours pour partir à la recherche de son mari… Tous les deux ont eu une aventure des années auparavant et Zach accoure chaque fois que Kylie l’appelle…

C’est la première fois que je lis un thriller de James Patterson et, ma foi, j’ai passé un bon moment, on ne trouve des litres d’hémoglobine, les héros sont attachants avec leurs défauts, comme leurs qualités. On a une belle exploration des liens tumultueux entre police et politique, ou des milieux huppés de la ville qui ne pensent qu’à l’argent, à arnaquer les autres et éliminer ceux qui se mettent en travers de leur chemin.

Un clin d’œil au passage à Annie Ryder, une mamie magouilleuse de la petite délinquance dont le rejeton Teddy, ayant ses quelques neurones mal connectés, à l’art de se mettre dans des situations compliquées. Annie est truculente à souhait, parlant à son mari par l’intermédiaire de l’urne contenant ses cendres, mais elle fourmille d’idées pour sauver son rejeton…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions de l’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman et de faire la connaissance de la prose de son auteur, ici en collaboration avec Marshall Karp, découverte fort sympathique. En général, j’aime bien les polars publiés par les éditions de l’Archipel, car ils ont une trame intéressante, le côté psychologique et les relations entre les policiers, ou les protagonistes sont bien appréhendés.

J’ai très envie de lire d’autres de ses nombreux romans, notamment ceux dont le héros est un détective noir du nom d’Alex Cross, série qui comprend une vingtaine de tomes ou retrouver ce duo dans la série NYPD Red…

#Diamantsdesang #NetGalleyFrance

7/10

Les auteurs :

Avec quelque 385 millions de livres vendus, James Patterson est l’auteur de thrillers le plus lu au monde. En 2020, ses nouveautés ont toutes figuré en tête des meilleures ventes aux États-Unis.

Marshall Karp, coauteur des romans de la série « NYPD Red » – Tapis rouge, Lune pourpre, Lettres de sang et Alerte rouge, tous publiés aux éditions de l’Archipel –, est scénariste à Hollywood.

Extrait :

En travaillant pour le Red, je suis aux premières loges pour observer les mœurs des gens de la haute. Bien sûr, les frères Bassett, ce n’était pas exactement la haute. Plutôt le un pour cent du un pour cent ultra-privilégié, et leur « résidence » avait tout d’un palace.

A l’époque où New-York connaissait son apogée industrielle, le sud de Manhattan était truffé de lofts qui abritaient des bureaux et des usines mais n’avaient pas vocation à accueillir des résidents. Au début des années 1980, la loi avait changé, et les spéculateurs immobiliers avertis avaient racheté pour une bouchée de pain ces immeubles froids austères et infestés de rats.

Les Bassett s’y étaient pris tôt, transformant un entrepôt de six étages sur la 21e Rue Ouest en un remarquable triplex. Leo occupait la moitié inférieure de l’immeuble, alors Kylie et moi avons pris l’ascenseur jusqu’au troisième…

Lu en janvier 2021

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« L’amour au temps des éléphants » d’Ariane Bois

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai découvert grâce à une opération « masse critique spéciale » organisée par Babelio et qui va occuper une place à part dans mon cœur et ma mémoire :

Quatrième de couverture :

Ils ne se connaissent pas et pourtant, en cette journée caniculaire de septembre 1916 dans une petite ville du Sud des États-Unis, ils assistent parmi la foule au même effroyable spectacle : l’exécution par pendaison d’une éléphante de cirque, Mary, coupable d’avoir tué un homme. Cette vision bouleversera la vie d’Arabella, de Kid et de Jeremy.


De l’Amérique qui entre en guerre au Paris tourbillonnant des années 1920, des champs de bataille de l’Est de la France aux cabarets de jazz, des pistes du cirque jusqu’au Kenya dissolu des colons anglais, ces trois êtres devenus inséparables vont se lancer sur la trace des éléphants au cours d’une prodigieuse expédition de sauvetage.


Dans cette éblouissante saga, une jeunesse éprise de nature et d’absolu livre son plus beau combat pour la liberté des animaux et celle des hommes.

Il n’y a pas d’hommes libres sans animaux libres.

Ce que j’en pense :

Le 13 septembre 1916, à Erwin, petite ville du Tennessee, une foule immense trépigne d’impatience, on a même amené les enfants, pour assister à la pendaison de Mary une éléphante qui a piétiné et tué son soigneur, maltraitant bien-sûr, mais quelle importance ?

Trois jeunes gens assistent avec répulsion à cette scène barbare : Arabella, Jeremy qui se sont déjà rencontrés lors du procès, et Kid, jeune Noir qui a voulu assister à la pendaison.

Arabella Cox est la fille d’un pasteur adventiste, rigide, où pratiquement tout est interdit à part la lecture de la bible, alors elle ne peut que tenter de désobéir quitte à recevoir des coups. Un jour où elle a fait le mur, elle a failli être violée et son père l’a mise dehors.

Jeremy Parkman est l’héritier d’une famille arrivée à bord du Mayflower, qui s’est enrichie dans le commerce, et il refuse de prendre la suite de son père, préférant le journalisme.

William Vernon, alias Kid, a assisté aussi à la pendaison de Mary, mais en tant que Noir, da présence était loin d’être souhaitée, et en rentrant chez lui, il bouscule par mégarde une femme blanche, qui hurle à l’agression, ce qui lui vaut une bastonnade dont il réussit à s’échapper, mais les Blancs racistes ne veulent pas en rester là et lui régler son compte ; ils ont été bien échauffer avec la pendaison de Mary alors la soif de sang et de mort est toujours là. Il réussit à quitter la ville direction la Capitale avec son clarinette om son talent pourra s’exprimer, c’est l’époque du jazz.

Tous les trois vont s’engager activement dans la guerre : Kid comme soldat dans les Harlem Hellfighters, Jeremy comme reporter de guerre et Arabella comme infirmière, et des horreurs se dérouleront sous leur yeux…  Arabella et Jeremy se retrouveront par hasard le jour de l’armistice, et Kid les rejoindra plus tard. Les horreurs de la guerre vont modifier leur vie, Kid en sortant libre alors que Jeremy, blessé à la jambe va être envahi par l’angoisse (SSPT) et fragilisé.

Toujours est-il qu’aucun des trois ne désirent rentrer aux USA où règnent, le Ku Klux Klan et la prohibition alors qu’à Paris flotte un vent de liberté et notre trio va ainsi côtoyer Hemingway, James Joyce, Sylvia Beach qui possède la librairie Shakespeare & Company et Adrienne Monnier, sa compagne, ou encore le couple Fitzgerald ou Joséphine Baker

Mais, revoilà le cirque, les éléphants maltraités et un jour va naître un projet fou, libérer une éléphante de ses chaînes, la ramener en Afrique et lui rendre sa liberté. Ainsi commence le nouveau voyage, en route vers le Kenya…

J’ai adoré toute la partie du roman concernant la jeunesse des trois héros, la guerre et la manière dont ils en sortent, coupant ou non le cordon ombilical, de même que la période parisienne après l’armistice.

J’ai un peu moins aimé leur périple au Kenya, parmi ces Anglais, aristos au pas qui ne pensent qu’à ne rien faire, à part la fait, boire comme des trous et se livrer à une sexualité débridée, avec toujours leur morgue vis-à-vis du personnel africain, leurs laquais, une autre forme d’esclavage, sur leur propre terre.

J’ai retrouvé la magie de ce pays dont je suis tombée sous le charme lors d’un voyage, il a longtemps, les Masaïs les Kikuyus chers à Karen Blixen dont j’ai tant aimé « La ferme africaine« , mais aussi « Out of Africa »  bien-sûr. Je serais bien restée à la Masaï Mara à l’époque, donc je comprends bien ce qui se passe dans la tête d’Arabella et de Kid…

Comme Ariane Bois, je suis fascinée par les éléphants, j’ai passé des heures à les regarder, notamment lors d’une nuit où on pouvait les observer derrière d’immenses baies, sans tain pour ne pas les déranger. Je suis tombée amoureuse de ces animaux extraordinaires, leur corpulence ne les empêchant pas de se livrer à un ballet nocturne, leurs trompes fouillant le sol pour y trouver du sel…un spectacle magique, mes yeux en brillent encore…

J’ai découvert Ariane Bois avec « Sans oublier » que j’ai beaucoup aimé et j’ai été très heureuse de retrouver sa plume. J’ai encore quelques-uns de ses romans à découvrir, en particulier « Dakota Song ». Ce voyage du Tennessee, aux tranchées de la Marne, puis au Kenya m’a fait un bien fou, en parcourant l’Histoire, les artistes de l’époque, le jazz, le gospel, le blues, toutes ces musiques que j’adore. En période de confinement, couvre-feu, cela donne du punch.

La couverture est très belle et j’aurais bien aimé être enroulée ainsi, lovée dans la trompe d’un éléphant…

Un grand merci à Babelio et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver une auteure que j’apprécie.

9/10

L’auteure :

Romancière, grand reporter et critique littéraire, Ariane Bois est l’auteure récompensée par 9 prix de : « Et le jour pour eux sera comme la nuit », « Le monde d’Hannah , « Sans oublier »,  » Le gardien de nos frères », « Dakota Song » .

Après « L’île aux enfants « , finaliste du prix Maison de la Presse, « L’amour au temps des éléphants » est son septième roman.

Extraits :

Devenu comptable, il aimait son métier, mais plaçait Dieu au-dessus de tout et vivait selon sa dure loi. Pas de loisirs, à part la lecture de la Bible, pas de médicaments en cas de maladie, jamais d’achats de plaisir ou flattant la vanité. Arabella abhorrait ces préceptes d’un autre temps et n’en faisait qu’à sa tête, quitte à en subir les conséquences.

Les éléphants nous ressemblaient tellement, contrairement à ce que l’on pouvait croire ! Joyeux ou tristes, attentifs à leur progéniture et à leurs congénères, intelligents drôles, effrayants parfois, sans parler de leur mémoire biographique, ils n’avaient rien à nous envier.

Là encore, la jeune fille contredisait son père. Joseph Cox ne voyait aucun inconvénient à ce que les Européens s’entre-tuent, du moment que l’or provenant de France et d’Angleterre emplissait les coffres des banques américaines. L’Amérique n’était pas menacée sur son territoire, c’était le principal. Quel aveuglement !

Il revoit l’attroupement à Erwin, les bouches tordues qui lui crachent au visage, la pieuvre de bras et de pieds qui cherche à l’atteindre, et il imagine la suite : la ronde des fantômes en cagoules blanches du Ku Klux Klan. Ces gens-là pouvaient brûler vifs des gamins accusés des pires turpitudes, tirer de leurs cellules des pauvres gars et les traîner dans toute la ville derrière une carriole, la police s’en lavait les mains.

Arabella s’était retenue d’éclater de rire. Le monde était à feu et à sang et sa mère se souciait de sa virginité ! Cocasse et dérisoire…

Il appréciait spécialement Harlem, ce village d’immigrants venus des Antilles, de Chine et d’ailleurs, où les Bancs résistaient encore à l’installation progressive des Noirs. Sur les trottoirs flottait l’odeur de patate douce de son enfance. Et cette musique qui entrait partout sans prévenir, dans le gospel des églises, le blues, le ragtime, le jazz…

Notre musique ne ressemble à rien de connu, explique Big Jim. J’ai basé mon succès sur la musique qui fait partie de notre être, à nous les Noirs. C’est un produit de notre âme. Chacun doit savoir jouer de plusieurs instruments. Il faut être musicien, mais aussi danseur, comédien.

Lui, le gamin qui marchait pieds nus, l’enfant d’esclaves, le gibier du Ku Klux Klan. Il vit désormais à Harlem, capitale noire des États-Unis, et il se sait appartenir à ce monde. Il suivra Jim Europe partout où il ira. Il s’est trouvé une autre famille.

… Arabelle ronge son frein. Elle ne s’attendait pas à traverser l’Atlantique pour jouer les dames de compagnie et materner des boys traumatisés. Quand le sol vibre et que les fusées déchirent le ciel, comment engager une conversation avec des hommes qui ne seront peut-être plus demain matin que des cadavres entassés sur une charrette ?

Les Français découvrent avec étonnement les soldats noirs américains, ceux qu’on va appeler les Harlem Hellfighters. Des enfants réclament chocolat et cigarettes. Soudain, sous es ordres de Big Jim, La Marseillaise éclate dans les rues de la cité bretonne. Très allègre, elle déroute le public…

Entre l’essor du Ku Klux Klan et la loi sur la prohibition votée en janvier 1920, un vent mauvais souffle sur l’Amérique. Personne ne souhaité rentrer et se priver de l’air de liberté surréaliste que l’on respire à Paris.

Silencieuse, Arabella songe aux éléphants, à leur prééminence dans l’ordre des espèces. Ils foulaient la surface de la Terre bien avant les hommes. Pourquoi leur confisquer la beauté du monde ? Elle ne peut attendre qu’un jour l’humanité entende la voix du cœur.

Jeremy avait découvert l’angoisse, elle avait fait son lit en lui et le tenaillait encore la nuit, plus lancinante que sa douleur à la jambe. La guerre avait en quelque sorte affranchi Kid de sa généalogie d’esclaves, elle l’avait libéré.

Lu en janvier 2021

https://mesechappeeslivresques.wordpress.com/2021/01/19/lamour-au-temps-des-elephants-ariane-bois/.

Publié dans Psy, Témoignage

« Fight » de Hazel Gale

Je vous parle aujourd’hui d’un livre découvert grâce à NetGalley et dont la chronique m’a posée pas mal de problèmes :

Résumé de l’éditeur :

Phobies, addictions, procrastination, sentiment de ne pas être à la hauteur, dépendance au regard des autres… Nombreux sont les obstacles qui nous aliènent, nous empêchent d’être vraiment nous-mêmes et, trop souvent, nous poussent à l’autosabotage.

C’est pour venir à bout d’une fatigue chronique et de ses propres blocages que la boxeuse anglaise Hazel Gale s’est tournée vers l’hypnothérapie cognitive, une thérapie en forme d’autoanalyse inspirée des neurosciences et de la psychologie positive. Elle en a tiré une méthode ultra-efficace et originale, mêlant anecdotes personnelles, théorie et exercices pratiques. Une belle leçon d’empowerment pour sortir vainqueurs de nos luttes, quelles qu’elles soient.

Étonnant, stimulant, un livre pour gagner le combat et partir à la conquête de soi !

Ce que j’en pense :

J’ai choisi ce livre pour son titre et pour son thème : ce que l’auteure appelle l’auto-sabotage. Lequel d’entre nous n’a-t-il jamais eu l’impression de ne pas être à la hauteur au moins une fois dans sa vie, ou n’a pas reporté à plus tard une décision importante…

Je me suis vite rendue compte que j’avais envie d’entrer profondément dans ce livre, de faire les tests, d’analyser certains de mes comportements. Pour cela, il fallait constamment revenir sur les pages antérieures, et ces aller-et-retour permanents m’ont poussée à me procurer la version papier, car sur e-book, c’était trop compliqué ! entre un tableau partagé en deux ou le fait de ne pas pouvoir remplir un questionnaire…

Ce livre est entre mes mains depuis… avril 2019 date du téléchargement ! Certes, j’aurais pu me contenter de le survoler mais je tenais absolument à faire une étude approfondie et le piège s’est refermé sur moi : il est devenu un outil de travail personnel tant il est bien construit, et donc un compagnon de vie, car côté autosabotage, j’ai longtemps été au top, la peur de réussir, étrangement pas dans tous les domaines.

Dans mon métier, pas de souci, le perfectionnisme est plutôt une qualité qu’un défaut, mais côté loisirs ou plaisirs, c’était autre chose. En fait, tout ce qui a été acquis à l’âge adulte (en gros fin des années lycée et surtout fac pas de problème !) mais lorsqu’on a été biberonnée avec « travaille, réussis tes examens, tu t’amuseras plus tard… »

Ce livre est génial, l’auteure propose d’abord d’identifier le problème, de comprendre comme ce fonctionnement s’est mis en place, puis des exercices pour prendre en mains le problème, après l’avoir repéré, afin de pouvoir approfondir et affronter les choses. J’ai bien aimé la suggestion de faire « un audit intégral de nos besoins », car à quoi doit-on réfléchir, ce qu’on ressent, ce qu’on veut, ce que les autres attendent de nous et ce qu’on pense qu’ils attendent de nous.

Je vais m’arrêter là car, ne voulant pas rester en surface, j’ai tellement approfondi que cela devient trop personnel pour rédiger une chronique, c’est précisément cela le piège.

J’ai bien aimé la description des scenarii (cf. les extraits choisis) car j’ai été atteinte de ce que j’appelais autrefois le « Syndrome de Mère Térésa », prendre soin des autres ne jamais dire non… mais un jour, je me suis dit que n’ayant pas sa force, ce serait impossible alors j’ai décidé d’employer la formule « Syndrome du Saint-Bernard » sauveur certes mais le tonneau met la barre moins haut…et j’ai collé deux superbes photos de ces adorables toutous sur le mur en face de mon bureau, tel un rappel à l’ordre : NON ! et croyez-moi ou pas cela fut efficace et j’ai reçu en cadeau une adorable peluche de bébé Saint-Bernard !

Je vous conseille, entre autres, le chapitre sur la victimisation ou celui consacré au récit : comment raconter l’histoire autrement avec des métaphores pour modifier sans pour cela trop enjoliver. Hazel Gale a un style très fluide, maîtrise bien son sujet, et toutes les techniques qu’elle propose sont bien explorées expliquées, donc on peut passer aux travaux pratiques sans problèmes. Elle n’hésite pas à raconter sa propre expérience et on l’impression qu’elle s’adresse personnellement au lecteur.

Ce livre n’est jamais très loin, car on ne change pas certains comportements si rapidement, et COVID et confinements ont eu une influence néfaste sur ma motivation (comme pour la lecture en général et la rédaction de mes chroniques, ou la marche quotidienne, je l’avoue) mais, cela semble repartir alors au boulot ! Ne procrastinons plus ! la procrastination étant le corollaire du perfectionnisme…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce livre qui beaucoup plus qu’un simple feel-good et son auteure et je les remercie pour leur patience.

Ultime conseil: choisir la version papier sinon l’utilisation sera difficile, sauf si l’on veut se contenter de survoler…

#Fight #NetGalleyFrance

9/10

L’auteure :

Hazel Gale a découvert l’hypnothérapie cognitive en 2009. Championne du monde de kick-boxing, c’est une femme stressée et soumise à la fatigue chronique propre aux sportifs de haut niveau. L’hypnothérapie lui permettra de surmonter sa dépression et de gagner de nouveaux titres de championne. Elle est devenue thérapeute à son tour afin d’aider les autres dans leur propre combat. Elle vit en Angleterre.

Extraits :

Les valeurs associées au scenario « Sois parfait » sont l’accomplissement le succès, la victoire, la droiture, le goût du travail bien fait et l’autonomie.

La plupart d’entre nous s’accorderont pour dire que la perfection n’existe pas (en tout cas, une fois qu’on n’est plus à l’école, où 100% des buts sont atteignables, comme dans une dictée ou un devoir de mathématiques. Une personne qui fonctionne avec un scenario « Sois parfait » aura toujours ne lui la croyance inconsciente que la perfection existe et il fera tout son possible pour l’atteindre.

Le scenario « Fais plaisir aux autres » sont l’attention, la gentillesse et la disponibilité. Quelqu’un doté de ce scénario aura souvent eu le rôle de juge de paix dans sa famille pendant l’enfance.

Lorsque ce scenario est enclenché, nous allons automatiquement faire passer nos besoins derrière ceux des autres. Parfois, nous allons trouver que nous assumons trop de choses en période de stress car nous ne savons pas dire non.

Je n’étais pas la seule dans cette situation. La mentalité de la victime est courante, et ce ne sont pas uniquement les gens faibles, malades ou angoissés qui tombent dans ce piège. Les gens n’aiment pas qu’on les considère comme des victimes car il trouve ce trait de caractère très agaçant chez les autres. Mais, ils ont beau détester cette idée, ils sont nombreux à avoir cette mentalité de victimes…

J’utilise souvent des métaphores avec les personnes que j’entraîne à boxer. Il n’y a peut-être pas de meilleure situation qu’une séance d’entraînement épuisante pour démontrer combien les gens réagissent plus simplement aux images qu’ils ne le font aux argumentations logiques et techniques.

Quel que soit le problème à surmonter en travaillant avec les fils conducteurs de la mémoire, se concentrer sur les liens que les êtres humains établissent entre eux peut souvent s’avérer thérapeutique. En insérant quelqu’un ou quelque chose qui compte pour nous, une « figure importante » dans notre mémoire, nous pouvons utiliser le sentiment de connexion qui en découle pour combler les besoins qui ne l’avaient pas été lorsque l’évènement originel s’était produit. Il existe une étape spécifique au cours du processus qui vous permettra de vous focaliser sur la construction et l’ancrage d’un lien entre vous-même et autrui.

Lu et travaillé entre avril 2019 et janvier 2021

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Bénie soit Sixtine » de Maylis Adhémar

Pour continuer dans le monde des religions, je vous parle aujourd’hui d’un livre, le premier de son auteure :

Résumé de l’éditeur :

Sixtine, jeune femme très pieuse, rencontre Pierre-Louis, en qui elle voit un époux idéal, partageant les mêmes valeurs qu’elle. Très vite, ils se marient dans le rite catholique traditionnel et emménagent à Nantes. Mais leur nuit de noces s’est révélée un calvaire, et l’arrivée prochaine d’un héritier, qui devrait être une bénédiction, s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité.

Bénie soit Sixtine est avant tout l’histoire d’un éveil et d’une émancipation. Entre thriller psychologique et récit d’initiation, ce premier roman décrit l’emprise exercée par une famille d’extrémistes sur une jeune femme vulnérable et la toxicité d’un milieu pétri de convictions rétrogrades. Un magnifique plaidoyer pour la tolérance et la liberté, qui dénonce avec force le dévoiement de la religion par les fondamentalistes.

Ce que j’en pense :

Sixtine est née dans une famille catholique rigoriste, fille de Muriel et Bruno Duchamp. C’est la petite dernière, elle est pratiquante assidue, chante à la chorale. Elle fait la connaissance de son futur époux Pierre-Louis au mariage d’Anne-Sophie son ami qui épouse Hugo, copain de promo de Pierre-Louis. Mariage dans la plus pure tradition (pour ne pas dire traditionaliste) du rite tridentin messe en latin, les prêtres qui tournent le dos aux fidèles…

Comme la famille de Pierre-Louis est dans la même tradition, ils se marient : on devrait plutôt dire d’ailleurs que leurs familles respectives les marient : arriver vierge au mariage, faire des enfants à tour de bras pour peupler le monde de « bons catholiques », le rôle de l’épouse est de faire des enfants, la cuisine, tenir la maison être une parfaite hôtesse, donc pas de pilule et le mot avortement n’en parlons même pas, c’est au-delà du tabou… la sexualité est tabou, on en est au « devoir conjugal » sinon on est dépravée… je vous laisse imaginer la nuit de noces…

Dans la famille, car Pierre-Louis est bien-sûr de la haute société : la famille Sue de La Garde, dont la mère, Madeleine, est monstrueuse à tout point de vue. Elle veille sur la tenue vestimentaire, la longueur des jupes, les couleurs qui doivent être discrètes, l’absence de maquillage, le chignon de rigueur, et surtout elle règne comme une matrone sur la tribu. Seule la dernière fille, Agnès, a osé s’opposer à elle, ce qui lui a valu d’être reniée. Elle revendique haut et fort son appartenance à Frères de la Croix. Muriel lui obéit, soumise, alors que son époux est proche d’un mouvement plus modéré la Sainte-Colombe.

L’époux a tous les droits puisqu’il travaille (dans la famille on passe par les grandes écoles, notamment Saint-Cyr, le gratin du gratin ! Pierre-Louis fait partie de la milice de la secte : il sort le soir avec ses coreligionnaires, pour aller matraquer les homosexuels, les musulmans les juifs, l’extrême gauche, (en fait tout ceux qui ne pensent pas comme eux) d’autant plus que le PACS leur est resté en travers de la gorge et que le projet de loi sur le mariage pour tous est en débat à l’Assemblée.

Pour entre à la milice, il faut prêter serment à l’âge de quatorze ans, ils s’entrainent comme des jeunes gestapistes à une autre époque. Un soir, ils vont « casser du dépravé » à une rave-partie (musique dégénérée drogués… C’est ainsi qu’ils caricaturent) et cela se traduit par des morts.

Entre temps, Sixtine est enceinte et sa grossesse se déroule de manière épique : pas de péridurale, puisque « tu enfanteras dans la souffrance », le médecin de famille qui est de la même obédience, (un gynéco ? pas question de montrer son anatomie…) on va même jusqu’à lui imposer le prénom : Foucault en hommage au père de Foucault… tandis qu’une des sœurs de Pierre-Louis, Élisabeth, reconstitue l’arbre généalogique (prestigieux, on s’en doute) du bébé ! du côté paternel bien-sûr…

Mais Sixtine va se réveiller, ce qu’elle n’est pas capable de faire pour elle, elle le fait pour le bébé, même si elle se culpabilise souvent, elle prend son destin en mains et met les voiles, enfin s’en va à l’autre bout du pays, éteint son portable, et ne donne plus signe de vie. Mais les ultra-cathos veillent …

Le récit est bien construit, et entre deux épisodes consacrés à Sixtine et sa « famille », Maylis Adhémar nous propose des lettres écrites par une mystérieuse Erika, artiste qui a fui l’Argentine et donc… secret de famille en vue.

J’ai adoré ce roman, Sixtine (en fait ce n’est pas en hommage à l’illustre Chapelle, c’est simplement parce qu’elle la sixième de la famille !) m’a beaucoup plu car c’est une battante finalement et elle élève son enfant comme elle le sent, alors qu’on lui rabâchait qu’il fallait le laisser pleurer tant de minutes avant d’aller le chercher sinon il allait devenir un despote, il fallait le dresser en quelque sorte au lieu de l’éduquer, de l’élever tout simplement. Pas de biberon bien-sûr, seul le lait maternel est pur ! tant pis si le bébé a faim ou la mère des crevasses…

J’ai bien aimé la plume de Maylis Adhémar, qui raconte bien l’emprise des sectes, la manipulation, la pensée unique, les prières à genoux pendant des heures, les chapelets, les rosaires, les confessions, les pseudo-prêtres aux  mains baladeuses, l’aversion qu’ils éprouvent envers Jean-Paul II qu’ils appellent l’Antéchrist qui, combe de l’horreur, œuvre pour le rapprochement ou du moins le dialogue entre les religions, applaudissent quand Benoît XVI prend un virage à cent quatre-vingts degrés pour crier au scandale quand  le Pape François est élu …

« Elles dissertent de l’élection d’un certain Jorge Bergoglio sur le trône de sains Pierre, ce pape n’a malheureusement pas le sens de la belle liturgie. »

Je ne révèle rien de plus sur l’intrigue et le cheminement de Sixtine, mais c’est une lecture passionnante, que je ne peux que conseiller… Dernier détail : Maylis Adhémar a été encouragée à écrire par Vanessa Springora qui dirige les éditions Julliard depuis 2019 et ce fut un bon conseil !

Le fonctionnement des sectes m’a toujours intéressée, (déformation professionnelle mais aussi envie d’aider les victimes) notamment l’emprise de ceux qui les dirigent sur « leurs fidèles », les enquêtes de Milivudes que l’auteure évoque au passage, les livres qui s’y rapportent et récemment un film très fort « Les éblouis » de Sarah Suco avec, entre autres, Camille Cottin et Jean-Pierre Darroussin qui sont excellents…

Un récit aussi percutant et bien écrit que « La petite dernière » de Fatima Daas

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Julliard qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure dont je vais guetter le prochain livre…

#BéniesoitSixtine #NetGalleyFrance

9/10

L’auteure :

Née en 1985, Maylis Adhémar a grandi dans un petit village du Tarn, au sein d’une fratrie de quatre filles. Après un bac agricole, elle renonce à devenir bûcheronne pour suivre des études d’histoire.

Elle a été professeure de français en Chine, campeuse en Patagonie et stagiaire dans de nombreuses rédactions. Depuis 2010, elle vit à Toulouse où elle travaille en tant que journaliste indépendante, notamment pour le magazine Ça m’intéresse. Elle anime également des ateliers d’initiation au journalisme pour les jeunes en territoires ruraux.Bénie soit Sixtine est son premier roman.

Extraits :

Les chapeaux des invitées forment un arc-en-ciel sous la nef. Pas un couvre-chef ne vient gâcher le délicieux tableau. La cérémonie est très réussie. Rite tridentin, flamboyante liturgie, en latin, propre aux catholiques romains depuis le XVIe siècle, devenue si rare, duo de prêtres en chasuble d’or…

Le monde Sue de La Garde est régenté par cette femme (Madeleine), fille de saint-cyrien, épouse de saint-cyrien, mère de cinq garçons et de trois filles, grand-mère de sept petites têtes blondes, et responsable du camp d’été pour jeunes des Frères de la Croix.

La Sainte-Colombe reconnaissait l’autorité du pape, même si on le jugeait trop laxiste, trop moderne, trop ouvert aux autres religions. Chez la Sainte-Colombe, personne ne se réjouit de la mort de Jean-Paul II. Au même moment, les Frères de la Croix remerciaient le ciel d’avoir rappelé le pape polonais, l’antéchrist selon frère André.

Entrer sous le porche de l’église des Frères de la Croix, déposer la mantille sur ses cheveux, tout en faisant en sorte qu’elle ne tombe pas quand on s’agenouille tête baissée pour adorer le Saint-Sacrement…

… Les chevelures flamboyantes des dames ne doivent pas détourner le regard des hommes du seul sens de la messe : accueillir l’Eucharistie, communier avec Dieu.

Du côté de ton père, ils m’ont mâché le travail. J’ai pu remonter jusqu’au XVIIe siècle, c’est très correct ! tu sais, tu as un ancêtre en Poitou, un noble royaliste ! il s’est battu pour le roi pendant la Révolution. Un martyr fusillé par la gueuse.

C’est à vous, filles de Dieu, femmes de croisés, d’être le rempart de la pureté. Pour cela, n’oubliez pas la pudeur. Dédaignez les habits trop moulants, trop courts, trop transparents…

Que garder de tous ces conseils prodigués par ces expertes, quatorze enfants à elles deux ? Un bébé qui pleure est d’abord un bébé qui vit. Il faut éviter de courir au moindre cri. On voit de nos jours trop de mères, et même parfois de pères, rappliquer au moindre chouinement. Cela donne des enfants rois, insupportables.

 Le rock et toutes ces musiques sataniques poussent vers la débauche et la luxure.

Cet été sera-t-il brûlant ? Les médias parleront-ils à nouveau de changement climatique et de réchauffement des températures ? Dans FC lira-ton un dossier démentant ces affirmations abusives et rappelant l’inaltérabilité de l’œuvre de Dieu, la Terre ?

Terminé en janvier 2021

Publié dans Littérature française

« La petite dernière » de Fatima Daas

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi par curiosité, sur NetGalley, et parce qu’il avait un certain succès sur les blogs :

Résumé de l’éditeur :

« Je m’appelle Fatima Daas. Je suis la mazoziya, la petite dernière. Celle à laquelle on ne s’est pas préparé. Française d’origine algérienne. Musulmane pratiquante. Clichoise qui passe plus de trois heures par jour dans les transports. Une touriste. Une banlieusarde qui observe les comportements parisiens. Je suis une menteuse, une pécheresse.

Adolescente, je suis une élève instable. Adulte, je suis hyper-inadaptée. J’écris des histoires pour éviter de vivre la mienne. J’ai fait quatre ans de thérapie. C’est ma plus longue relation. L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse, la sexualité aussi. Je me croyais polyamoureuse.

Lorsque Nina a débarqué dans ma vie, je ne savais plus du tout ce dont j’avais besoin et ce qu’il me manquait. Je m’appelle Fatima Daas. Je ne sais pas si je porte bien mon prénom. »

Ce que j’en pense :

Ce roman est assez surprenant, et il m’a parfois laissée un peu perplexe, car l’auteure nous propose d’entrer au cœur de sa famille, de son mode de vie, de ses réflexions, de son intimité.

Abordons tout d’abord le contexte : Fatima se présente sans fard ni complaisance, et nous fait faire la connaissance de sa famille : son père s’appelle Ahmed « digne d’éloges » et sa mère Kamar, la lune. Elle a trois sœurs.

Le père est dominateur, il frappe les enfants, la ceinture est toujours prompte à être détachée. Lorsqu’il rentre du travail, il allume la lumière, en pleine nuit, réveillant tout le monde, faisant du bruit, et si une des filles râle un peu l’insulte fuse : khamja « salope ». la mère préfère se taire et s’occuper de la maison.

Fatima est la seule des enfants à être née en France, par césarienne, précise-t-elle et de manière inattendue; ses sœurs sont nées en Algérie et ses parents sont également les seuls de leurs familles respectives, à être venus.

Je m’appelle Fatima Daas.

Je suis la mazoziya, la petite dernière.

Celle à laquelle on ne s’est pas préparé.

A chaque séjour en Algérie, elle se sent chez elle, avec les oncles, tantes, cousins, l’accueil est chaleureux, la famille est plus démonstrative; elle ne voudrait plus repartir et en même temps, elle pense chaque fois que c’est la dernière fois qu’elle y va.

Fatima est musulmane pratiquante, elle aime faire ses ablutions et ses cinq prières, même si parfois, enfant elle était à moitié réveillée. Elle comprend le sentiment d’appartenance la première fois qu’elle fait le Ramadan.

C’est une rebelle, qui a intégré que ses parents désiraient un fils, s’habillant en garçon, passant ses cheveux au gel pour qu’ils frisent moins. Elle joue le rôle qu’elle suppose qu’ils attendent d’elle et fréquente des garçons turbulents, donne des coups, insulte, même les professeurs, alors qu’elle est bonne élève.

J’ai aimé faire la connaissance de Fatima, qui ne ne pourra jamais dire ce qu’elle ressent car dans sa famille, on n’est pas démonstratif, ; déjà, dire « je t’aime » est mal vu, alors que dire du mot homosexualité, c’est tabou, sale… une honte pour la famille. Elle est amoureuse de Nina qui va rester en toile de fond du récit, car c’est compliqué pour elle d’avancer.

J’ai bien aimé cette manière d’utiliser l’anaphore (ce n’est pas le monopole de François Hollande !) car elle commence chaque chapitre par « je m’appelle Fatima », avec des variantes chaque fois, comme si elle psalmodiait une prière. Cette répétition donne un rythme au texte qui est par ailleurs parsemé de mots en « arabe algérien », comme elle le dit elle-même, de prières en arabe ce qui permet d’apprendre des choses, des mots, de prendre connaissance de phrases sacrées..

Je connaissais mal la pratique de l’Islam, la manière de faire les ablutions, la position du corps pendant la prosternation, la manière de réciter et Fatima Daas l’explique très bien.

Les relations intrafamiliales sont bien mises en évidence ainsi que les règles, les sujets tabous, mais, si je comprends bien les difficultés de Fatima à aimer, à parler de son attirance pour les filles, ses hésitations, sa manière de tourner autour du pot finit par être lassante. Mais, il est difficile de lui en tenir rigueur, tant elle est attachante et on imagine combien ce doit être difficile d’être différente car la seule née en France, car la seule à avoir une sexualité différente, à la recherche d’une identité, à tel point qu’elle se sent sale et indigne de son prénom.

Quant à l’écriture, Fatima Daas sait bien raconter ; elle a structuré son récit en chapitres très courts, passant de l’enfance à l’âge adulte, pour revenir à l’adolescence et partir dans les réflexions plus philosophiques ce qui peut lasser, ses études supérieures qu’elle commence mais ne finit pas toujours.

J’ai pris du plaisir à lire ce roman, et je trouve qu’elle s’en sort très bien à l’écrit, les mots sont justes et le côté « psalmodie » de l’anaphore est très forte, mais j’ai eu du mal à rédiger ma chronique, alors que je l’ai terminé il y a plusieurs jours, me demandant parfois si je l’avais aimé un peu, beaucoup …

Auteure à suivre.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Notabilia Noir sur blanc qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#LaPetiteDernière #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Fatima Daas est née en 1995 à Saint-Germain-en-Laye. Ses parents, venus d’Algérie, se sont installés à Clichy-sous-Bois. Elle y grandit entourée d’une famille nombreuse. Au collège, elle revendique le droit d’exprimer ses idées et écrit ses premiers textes. Elle se définit comme féministe intersectionnelle.

Extraits :

Je m’appelle Fatima.

Je porte le nom d’un personnage symbolique en islam.

Je porte un nom auquel il faut rendre honneur. Un nom qu’il ne faut pas « salir » comme on dit chez moi.

Chez moi, salir, c’est déshonorer. Wassekh, en arabe algérien.

A quatorze ans, je ne savais pas faire mon lit. A vingt ans, je ne savais pas repasser une chemise.

A vingt-huit ans, je ne savais pas faire des pâtes au beurre.

Je m’appelle Fatima. Je suis une petite chamelle sevrée.

Je suis la mazoziya, la dernière. La petite dernière.

Avant moi, il y a trois filles.

Mon père espérait que je serais un garçon.

Pendant l’enfance, il m’appelle wlidi, « mon petit fils ».

Je déteste tout ce qui se rapporte au monde des filles, tel que ma mère me le présente, mais je ne le conscientisé par encore.

J’aime me retrouver sur mon tapis de prière, sentir mon front sur le sol, me voir prosternée, soumise à Dieu, L’implorer me sentir minuscule face à Sa grandeur, à Son amour, à Son omniprésence.

Dehors, Ahmed marche la tête haute, et le torse bombé. Kamar, le regard au sol.

J’aurais voulu être imam, récité le Coran avec le tajwid, une lecture psalmodiée ; guider la prière de groupe, écouter, conseiller, faire des conférences. Je parle à ma mère de cette volonté de m’enregistrer en faisant une lecture du Coran, de la diffuser peut-être. Elle me dit que ce n’est pas autorisé.

Je m’appelle Fatima Daas.

J’ai fait quatre ans de thérapie.

C’est ma plus longue relation.

A vingt-cinq ans, je rencontre Nina Gonzalez.

Par ailleurs, je crois que c’est terrible de dire « je t’aime ». Je crois que c’est aussi terrible de ne pas le dire.

De ne pas réussir, s’en empêcher.

L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse et la sexualité aussi.4

J’écris le soir à l’encre noire dans un carnet rouge :  je suis une erreur, un accident.

Lu en janvier 2021

Publié dans Littérature roumaine, Thriller

« La Bible perdue » d’Igor Bergler

Je vous parle aujourd’hui d’un thriller qu’on pourrait baptiser historico-ésotérique dont le résumé a attiré mon attention :

Résumé de l’éditeur :

Interrompu par la police roumaine en pleine conférence, le célèbre professeur Charles Baker, de l’université de Princeton, croit d’abord à une méprise. Que peut-il avoir à faire avec les vicissitudes de Sighisoara, petite ville au fin fond de la Transylvanie ? Pourtant, lorsqu’il parvient sur la scène de crime devant trois cadavres auxquels il manque les yeux, les oreilles et la langue, la mise en garde est claire : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire.

 En dépit des menaces, accompagné de Christa, enquêtrice d’Interpol, Charles poursuit ses recherches sur les traces du mystérieux sabre de Vlad l’Empaleur, et de la première Bible de Gutenberg, supposée renfermer un message secret auquel le destin de l’humanité serait lié. Mais il n’est pas le seul à convoiter cette fameuse relique : une étrange organisation agit dans l’ombre et le suit pas à pas pour mettre la main sur le livre sacré avant lui…

Ce que j’en pense :

Charles Baker, professeur réputé de Princeton, s’apprête à faire une conférence sur l’histoire médiévale, lorsqu’il est interrompu par la police roumaine car des meurtres étranges viennent d’être commis, avec une mise en scène pouvant évoquer un rituel : on leur a enlevé les yeux, les oreilles et la langues ».

Charles va donc mener l’enquête en compagnie de Christa, agent d’Interpol, avec des policiers aux méthodes encore dignes de l’ex-URSS. On va les suivre de Sighisoara en Roumanie, à Prague, en passant pas la Hongrie, avec des meurtres à répétition, des agents peu catholiques qui les espionnent, des menaces de tous ordres.

Au départ, Charles veut obéir à une des dernières volontés de son grand-père, en tentant de récupérer un sabre mystérieux ayant appartenu à Vlad Tepes, alias Vlad l’Empaleur, alias Dracula (fils du Dragon) mais pour cela il doit en fait résoudre toutes sortes d’énigmes qu’on lui fait parvenir par des moyens rocambolesques. C’est ainsi qu’on va lui demander de retrouver une bible éditée par Gutenberg ayant la particularité de contenir une mystérieuse liste sur laquelle un groupe secret veut absolument mettre la main.

Mais, un mystérieux Werner, membre d’un non moins mystérieux Institut composé de douze membres, féru d’informatique, espionne tout le monde en compagnie d’une comparse qui ne recule devant rien veut aussi récupérer sabre, bible et établir sa domination.

J’ai beaucoup aimé toutes les références à l’histoire de la Transylvanie, que je connais très mal en fait, et c’est passionnant de découvrir les liens entre les différents chefs qui se sont succéder à la tête des pays, la manière de conquérir le pouvoir, le jeu de l’Église pour entretenir des superstitions et garder la main sur les gens, les rivalités entre les papes et certains rois ou princes, la montée en puissance de l’Inquisition et ses tortures, les schismes, les conciles, ou encore les anti-papes.

Igor Bergler évoque aussi les ordres religieux et leur influence : Bénédictins, Franciscains, Templiers (clin d’œil au passage à Philippe le Bel et les templiers, tout le monde connaissant bien ma passion pour « Les Rois maudits » de Maurice Druon), Rose-Croix, Cathares, Albigeois, puis les corporations, la franc-maçonnerie sans oublier l’Ordre du Dragon ou l’aube dorée… pour aboutir à toutes sortes de sectes qui veulent prendre le pouvoir sur le monde avec l’avènement du complotisme qui a le vent très en poupe à l’heure actuelle …

J’aime bien ce genre de jeux de pistes qui nous entraînent aussi bien vers les musées que le monde la musique, en passant par Kafka et dans lesquels on finit par ne plus savoir qui sont les bons et les méchants, le noir et le blanc, le yin et le yang, cf. Mani prophète persan du IIIe siècle et la doctrine du manichéisme, sur fond bien-sûr de monstre avec Dracula qui a inspiré son conte vampire à Bram Stocker.

L’intrigue est passionnante, menée très habilement sur un rythme haletant, une fois le livre en mains, il est difficile de le lâcher malgré les 600 et quelques pages. J’ai pensé à Indiana Jones et la dernière croisade, ou à un de mes romans préférés « Le nom de la rose » d’Umberto Eco, en fait ce roman se situe juste au milieu …

Les personnages sont intéressants, notamment Charles Baker qui se perd parfois dans les détails mais dont le raisonnement est intéressant, Werner qui rappelle un milliardaire sans scrupule et avide de pouvoir bien connu ou encore l’inspecteur Ledvina haut en couleur, le verre à la main, et nostalgique des méthodes de l’ex-URSS…

Certes, il y a des longueurs, et j’avoue avoir survoler les pages concernant les sabres, qui ne me passionnaient pas et ralentissaient le rythme. L’écriture est belle, les explications sur le plan historique sont claires et donnent envie de creuser. Au passage, Igor Bergler nous livre une réflexion savoureuse sur les personnes qui ne veulent que « continuer à jouer, à taper non-stop sur des boutons comme un singe sur un Smartphone, à passer sans cesse d’une chose à l’autre sans pouvoir se concentrer sur rien.

Je mettrai un bémol : connaissant mal l’histoire de la Roumanie, du moins de la Transylvanie pour simplifier, notamment au Moyen-Âge, de Sigismond de Luxembourg, à Rodolphe II en passant pas Vlad Tepes, il m’est impossible de déterminer l’exactitude des faits que l’auteur leur attribue.  Donc, j’ai du pain sur la planche…

 Je connais peu la littérature roumaine, et ce roman me permet d’y entrer avec enthousiasme.

Un grand merci à NetGalley et aux Fleuve éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman qui se dévore ainsi que son auteur.

#LaBibleperdue #NetGalleyFrance

UN PORTRAIT DE ARCIMBOLDO le peintre préféré de Rodolphe II

8/10

L’auteur :

Igor Bergler est un écrivain et producteur roumain. La Bible perdue, thriller ésotérique narrant les aventures du professeur Charles Baker, a connu un succès phénoménal avec plus de 150 000 exemplaires vendus, et est devenu un best-seller traduit dans plusieurs pays.

Extraits :

Charles se demanda ce qu’il avait à voir avec les évènements de cette minuscule ville au cœur de la Transylvanie. Il avait écrit des livres vaguement en lien avec cette région, et il était précisément là pour un colloque d’histoire médiévale. Les policiers se tenaient toujours figés à la porte, plantés avec autorité dans l’épaisse moquette.

Durant le Moyen Âge et dans toute l’Europe, les corporations avaient initié la plupart des évolutions de la société, en dépit des résistances de la noblesse et de l’Église.

Elles ont cependant forcé et accéléré l’avènement de la modernité. Au sein de la corporation des artisans et des commerçants a germé la petite bourgeoisie, parmi les banquiers et les notaires a émergé la grande bourgeoisie. De la corporation des maçons s’est élevée la franc-maçonnerie, qui a donné la Révolution Française, qui a fondé l’Amérique, qui a engendré les révolutions de la première moitié du XIXe siècle et qui a formé le monde que nous connaissons aujourd’hui…

Contempler l’orage depuis le balcon, tout le monde peut faire ça. C’est la grandeur de l’Amérique, songea-t-il, tout prédicateur trouve son troupeau. Et c’était bien comme ça, tant qu’il pouvait, avec son Institut, choisir et contrôler les prédicateurs.

Rodolphe (II de Habsbourg) invita même à sa cour l’un des peintres les plus intéressants de la Renaissance. Aujourd’hui encore les critiques d’art n’ont pu trancher s’il avait des problèmes mentaux ou s’il était génial. Ce qui est certain, c’est que ses toiles peuvent être admirées au Louvre. Arcimboldo était le peintre favori de Rodolphe II.

L’absence d’un ennemi clairement identifié vers lequel diriger la haine et la peur de l’opinion publique était devenue un danger, pour le Conseil. Ils avaient réussi à combler cette lacune et préparaient aujourd’hui une nouvelle guerre froide, bien plus sinistre que celle qui avait suivi la Seconde Guerre mondiale.

Et pourtant, la Révolution française a été le moment historique qui a donné le plus de frissons à l’organisation parce qu’elle a produit, de leur point de vue, le plus monstrueux document de l’histoire, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen…

Empêcher l’individu d’être seul, et donc de se retrouver avec ses pensées, représentait le premier pas vers le contrôle total du sujet. L’absence de solitude est le pire ennemi de la liberté de pensée, de l’indépendance, avait dit Werner. Jamais rien de sérieux n’a été élaboré en dehors de ces heures que l’homme passe face à lui-même. Suspendre la réflexion équivaut à annihiler la personnalité individuelle, à fondre des individus différents, capables de penser et d’agir seul, dans une sorte de soupe primordiale…

Aujourd’hui, la vie réelle devient une pause dans le jeu et dans le récit. De plus en plus de gens confondent la réalité et les innombrables stupidités, les énormes incohérences qui leur sont mises dans la tête. C’est une méthode de contrôle. L’homme devient la proie facile du spectacle de l’information.

Terminé en janvier 2021

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Lucie au paradis » de Jérôme Abranel

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui m’a été gentiment proposé par son auteur, via Babelio, alors place à la découverte :

Présentation de l’éditeur ?

SCIENCES HUMAINES – SUJET DE COMPOSITION

Énoncé du problème : À un instant T de son parcours, une jeune femme (L) aborde l’existence avec ferveur et optimisme, grâce à sa foi un peu fleur bleue dans les anges gardiens. Cependant, un destin contraire se plait à lâcher quelques tuiles (T1, T2, T3, …) sur le coin de son joli minois, entravant sa route vers un supposé paradis terrestre (P).

Questions : D’après ce que la vie vous a enseigné (QI) :- Un lâcher de tuiles (T1, T2, T3, …) peut-il avoir raison d’une nature optimiste ?- Est-il naïf de croire dans les anges gardiens ?- Verra-t-on un jour (L) au (P) ?Rédaction libre.  

Ce que j’en pense :

On fait la connaissance de Lucie alors qu’elle vient de rejoindre son fiancé, Roland, installé en Californie où il fait des affaires avec son associé, Raymond, pour se marier à Las Vegas. C’est son baptême de l’air et elle est au comble de l’excitation.

Roland a loué une de ces voitures américaines de l’époque qui en mettent plein la vue, une Cadillac bien-sûr, et il conduit de manière tellement insouciante qu’ils terminent leur voyage dans l’eau. Exit Roland qui meurt noyé alors que Lucie fait une expérience de NDE : Near Death Experience soit en bon français, EMI Expérience de Mort Imminente : en traduisant, cela perd une partie de son mystère et de son charme il faut bien le dire !

Donc tunnel, lumière, Lucie en robe de mariée marche vers Roland, décor féérique de Las Vegas naturellement, Sinatra pas très loin cocktails à profusion, une main la lâche et noir total à nouveau donc retour sur terre…

Lucie revient en France, enceinte alors qu’elle n’a eu aucune relation sexuelle avec Roland lors du séjour américain. Quid du père ? Mystère et boule de gomme. C’est Raymond qui la ramène et s’occupe de sa convalescence et de ses « affaires » car Lucie est riche, gagne quelques sous au vestiaire d’une boîte tenue par son parrain.

Lucie a une fille qu’elle n’apprécie pas trop mais, comment accepter un enfant quand on ne sait pas qui est le père ?

En fait, elle vit au jour le jour, signant tous les papiers que lui donne Raymond, la parfaite cruche donc, alors que son amie, Josyane, finit par mettre le grappin sur Raymond. Je vous laisse imaginer toutes les crapuleries qui vont suivre, d’autant plus que Raymond se fait payer en nature, via l’ascendant qu’il a pris sur Lucie.

Mais,Tiburce, un ange gardien étrange, qui a tendance à s’emmêle un peu les pinceaux, veille sur Lucie en duo avec Suzanne, sa compagne (depuis huit cents ans d’amour platonique !).

Bien-sûr, la première époque 1959- 1979 se termine mal, il faut bien trouver un prétexte pour se réincarner… On prend les mêmes et on recommence…

Ce roman, complètement déjanté, aborde donc les expériences de mort imminente, la réincarnation de manière légère, mais à force de revoir les mêmes personnages avec des noms à peine différents, on s’éloigne du vrai thème, pour partir dans des interprétations rigolotes mais peu plausibles : avec le tunnel et la lumière, on arrive selon les époques, à Las Vegas, ou au Brésil, les endroits qui font rêver les populations à l’instant T, en l’occurrence ici, ce serait plutôt T comme Tuiles en série.

J’ai lu beaucoup d’ouvrages scientifiques ou philosophiques sur ces expériences de mort imminente et également sur la réincarnation, d’où mon irritation. Ce roman m’a quand même beaucoup amusée à un moment où l’on ne parlait que virus, confinement, vaccin, masque… donc il a rempli son rôle et l’auteur ne proposait d’ailleurs pas un ouvrage scientifique !!!

L’écriture par contre m’a plu moyennement car j’aime bien qu’un auteur ou une auteure emploie un « langage littéraire » avec un respect des négations, des conjugaisons etc… mais en fait, une fois en route, on s’habitue…

Un grand merci à Jérôme Abranel qui m’a permis de découvrir son roman dont la couverture est d’ailleurs très jolie, ainsi qu’aux Editions Librinova.

7/10

Si la réincarnation vous intéresse je vous conseille deux livres passionnants :

« De la vie à la mort » de Jean-Pierre Schnetzler ainsi que « Les enfants qui se souviennent de leurs vies antérieures » de Ian Stevenson.

L’auteur :

Durant son premier demi-siècle, Jérôme Abranel a été, successivement puis concomitamment, un gros bébé, un gamin bavard, un étudiant vorace, et un homme sérieux, occupé à préserver le lien aussi ténu que complexe entre hommes et organisations.

Au virage de la cinquantaine, il a réalisé que le moment était venu d’arrêter de se raconter des histoires.  Il a choisi depuis de les raconter aux autres.

« Lucie au paradis » est la seconde d’entre elles, après « Un cœur pur » (2019).

Extraits :

T’es l’archétype de la petite chose fragile, Lucie : menue, mignonne sans être allumeuse, un regard candide, un discours tarte. Avec toi, ils ont besoin de montrer qu’ils ont des biscotos et qu’ils ont tout compris à la vie. T’auras beau faire, c’est plus fort qu’eux. Crois-moi, tu peux blouser le cerveau d’un gars, mais pas ses hormones.

Le seul sujet dont il est disposé à parler – et là, pour le coup, il est intarissable – c’est son boulot ici. Tiburce est gardien d’âmes. Une promotion, si je l’écoute. A ses débuts, il se contentait de refaçonner les esprits, à leur arrivée sur place…

Mais, justement, ce qui donne son piment au quotidien d’après moi, c’est le pain qu’on a sur la planche. Vivre, c’est avoir des projets.

On pénètre ici dans la tranche des experts du coup fourré, pour qui la morale est devenue une sorte de faiblesse snobinarde sauf quand elle s’applique aux autres. Dans cette catégorie, il y a les débutants, qui ont le chic de se faire détester en un clin d’œil, mais dont le pouvoir de nuisance reste cependant circonscrit (ceux qu’on pourrait appeler les petits cons).

Et puis, il y a les récurrents, les pros, ceux qui bouffent la laine sur le dos des autres sans vergogne, en trouvant de surcroît des motifs de grief à leur endroit (autrement dit les sales cons). S’il n’est pas contrarié dans sa vocation, le sale con a des chances de pousser le cynisme assez loin pour intégrer le club très fermé de pourris jusqu’à la moelle où l’on côtoie la fine fleur de la crapulerie planétaire…

Lu entre le 30 décembre 2020 et le 4 janvier 2021

Publié dans Beaux livres, Littérature française

« Tu entreras dans le siècle en lisant Fantômas » de Dominique Kalifa

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi lors de masse critique de décembre organisée par Babelio, choix au départ un peu par défaut car j’avais oublié l’heure mais il était dans ma pré-liste et parfois le hasard fait bien les choses. En plus c’est ma première chronique de l’année 2021, cela se fête…

Résumé de l’éditeur :

Trente-deux volumes. Un univers baroque, d’une inimaginable noirceur, qui s’épanouit aussi bien dans les salons des beaux quartiers que dans la « zone » au-delà des fortifications… Des aventures extraordinaires, qui emmènent le lecteur des plaines désolées du Transvaal aux faubourgs de Londres. Surtout, une cartographie de Paris, à la fois imaginaire et réaliste, haussmannienne et sordide, splendide, inquiétante, une ville-labyrinthe, foisonnante, énigmatique, qui n’avait plus été décrite avec autant de verve et de précision depuis Balzac ou Zola. Et la figure tutélaire d’un Génie du crime aux mille visages, aux mille apparitions, disparitions et stratagèmes, que les surréalistes éliront comme une création littéraire sans précédent, que Cendrars célébrera aussi bien que Magritte et Queneau.

Le Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain n’est pas seulement cette apothéose du roman populaire qui nous fait entrer de plain-pied, mieux que n’importe quel livre d’histoire, dans le XXe siècle. Il est aussi l’une des œuvres les plus riches et les plus fécondes de la période, qui inspire encore, cent ans plus tard, artistes et poètes.


Pour aborder ce monument, un abécédaire en 32 entrées, de A comme « Apollinaire » à Z comme « Zigomar ». Sans oublier F comme « Filmographie », O comme « Outrances » ou U comme « Ubiquité » … Un voyage au cœur d’une mythologie contemporaine orchestré par Dominique Kalifa, illustré par Camila Farina.

Ce que j’en pense :

Je l’avoue, avant d’ouvrir ce livre je ne connaissais de Fantômas que deux ou trois films avec Jean Marais et Louis de Funes, vus il y a très, très longtemps mais étrangement je me souvenais des noms : l’inspecteur Juve et le journaliste Fandor et de quelques scènes rocambolesques, mais rien en ce qui concerne les intrigues alors terminer l’année 2020 « Hannus Horribilis » pourquoi pas, d’autant plus que le titre était alléchant…

Ce livre est composé comme un abécédaire a priori mais il y a des astuces, clins-d’œil : ce qui nous donne, en fait, trente deux entrées comme… le nombre de livres écrits pas le duo d’auteurs de la collection « Fantomas », à savoir Pierre Souvestre et Marcel Allain qui étaient d’illustres inconnus pour moi (eh oui ! et en plus ils ne sont même pas dans ma PAL pourtant ubuesque !) nobody’s perfect !

On peut ainsi découvrir la vie au début du siècle, la Belle Époque qui n’était pas si belle que cela, ce que pensait Desnos ou Aragon de Fantômas, le syndicalisme, les grandes manifestations qui rappellent les gilets jaunes qui se sont ralenties autour de 1910. On rencontre aussi des réflexions sur le nihilisme…

Je ne pensais pas que Fantômas avait été autant apprécié par des auteurs tels qu’Apollinaire, Desnos et Queneau pour les plus connus, mais alimentait aussi les conversations d’Aragon ou Sartre, Simone de Beauvoir…ou inspirait des peintres tels que Magritte par exemple.

On apprend au passage, moi du moins, que l’esperluette & que j’aime beaucoup était alors la vingt-septième lettre de l’alphabet, et qu’elle collait bien au duo d’auteurs, ou encore une réflexion sur l’accent circonflexe qui a fini par disparaître sur certaines lettres comme le « i » ou le « u » (j’écrirai toujours disparaître de toute façon ! et en plus j’aimais mieux le vieux François : le mesme est bien plus joli que le même … c’est ainsi que traversant l’Atlantique Fantômas perdit son accent circonflexe… et il fallut attendre 1979 1980 et le téléfilms de Claude Chabrol et Luis Buñuel  pour que Fantômas soit correctement orthographié.

On note parfois plusieurs entrées : « o » comme outrances, œuvres, ou ô et souvent Dominique Kalifa nous donne en fin de chapitre des alternants, Oua oua oua ou Oulipo dans le cas présent. Évidemment, on retrouve Kriminal, Vladimir le fils de Fantômas, ou des références à l’ubiquité…En fait l’auteur m’a permis de découvrir que Fantômas était un véritable mythe du XXe siècle.

Pour la lettre « C », Dominique Farina a choisi la Capitale le journal où travaille Fandor, mais il aurait pu choisir Cruauté, car Fantômas, est une grosse brute…

Comment arriver à trente-deux ? je vous laisse découvrir : petit d’indice, j’ai parlé d’astuces plus haut…

Je n’ai qu’un seul regret devant le travail de recherche magistral de Dominique Kalifa, c’est de ne pas avoir lu les Fantômas pour l’apprécier encore plus pleinement, car les tomes cités sont importants pour étayer le raisonnement.

Ce livre est magnifique, avec des dessins de Camila Farina pour illustrer les chapitres, et une couverture sublime noire avec ces flammes qui s’échappent d’une petite fenêtre… le papier, lui aussi, est très beau et ce livre est une très bonne idée de cadeau et il va rester à portée de mains pour que je puisse m’y replonger.

Le seul bémol de cette lecture est le délai de trente jours pour fournir ma chronique, c’est beaucoup trop court car on est obligé de survoler parfois ce qui est très frustrant et m’a fait pester plus d’une fois…

Un grand merci à Babelio et aux éditions Vendémiaire qui m’ont permis de découvrir ce très beau livre ainsi que son auteur qui m’a impressionnée et donné envie de découvrir davantage ses livres.

9/10

Les auteurs :

Dominique Kalifa est professeur à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Ses travaux concernent l’histoire du crime et de la culture contemporaine. Il a notamment publié « L’encre et le Sang », « Récits de crimes et société à la Belle Epoque », « Les bas-fonds », « Histoire d’un imaginaire » et « La véritable Histoire de la Belle Epoque ».

Formée aux beaux-arts à la Villa Arson à Nice, Camila Farina a obtenu son diplôme de plasticienne en 2010. Elle a déjà collaboré avec Vendémiaire pour les illustrations du « Cuisinier français » de François Pierre La Varenne.

Extraits :

On peut néanmoins avancer que c’est Guillaume Apollinaire qui eut l’idée maîtresse d’une Société des Amis de Fantômas , dix ans avant le surréalisme. Si ce n’est lui, du moins fit-il paraître suffisamment d’autorité, seul devant tous, pour matérialiser quelque chose de fugitif…

Le roman ainsi constitué avait sans v doute un caractère biblique : 32 tomes, 492 800 lignes, 12 150 pages, près de 20 millions de signes. Il venait ainsi s’inscrire dans la lignée de ces « romans interminables » – « roman-océan » selon Robert Desnos – dont le Rocambole de Ponson du Terrail constituait le type parfait.

& vingt-septième de l’alphabet jusqu’au XIXe siècle (dite aussi perluette ou perluète) résulte de la ligature du « e » et du « t », donc de la conjonction de coordination « et » dont elle possède la signification. Signe d’association ou de gémellité, elle est particulièrement adaptée au destin de Fantômas, dont on se souvient qu’il ne fait qu’un avec son frère jumeau Juve et qu’il est le produit de l’association de Souvestre & Allain.

Queneau est le troisième homme, celui qui, avec Apollinaire et Desnos, connut sans doute le mieux le roman (il affirma avoir lu plusieurs fois les 32 volumes ente 1923 et 1928) et contribua le plus à sa célébration. Outre les textes qu’il consacra lui-même à Fantômas, Queneau fut celui par qui Fantômas advint à la pataphysique, puis à l’Oulipo et à d’autres potentialités.

ô avec ou sans ? Parmi les propositions de simplification orthographique formulées en 1190 par le Conseil supérieur de la langue française, mais qui ont agité périodiquement la France jusqu’aux années 2015, figure la disparition de l’accent circonflexe sur le i et le u, où il ne joue manifestement aucun rôle phonétique.

De Zigomar, on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il est « le Maître invisible », « que nul ne doit voir, que nul ne doit connaître ». Son visage nous est donc inconnu. Seuls transparaissent ses deux yeux, dont l’éclat inquiétant perce la cagoule rouge. Et ces yeux-là sont uniques. « il n’a à au monde que deux  yeux qui avaient ces lueurs vertes, lueur des yeux de tigre, lueur terrible, ce sont ses yeux… ses yeux à Lui, les yeux de Zigomar.

Lu en décembre 2020 janvier 2021