Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire

« Les roses fauves » de Carole Martinez

Je vous parle aujourd’hui du dernier livre d’une auteure dont je me faisais une joie de retrouver la plume :

Quatrième de couverture :  

Peu après la sortie de mon premier roman, « Le cœur cousu », une lectrice m’a raconté une coutume espagnole dont j’ignorais l’existence : dans la sierra andalouse où étaient nées ses aïeules, quand une femme sentait la mort venir, elle brodait un coussin en forme de cœur qu’elle bourrait de bouts de papier sur lesquels étaient écrits ses secrets. A sa mort, sa fille aînée en héritait avec l’interdiction absolue de l’ouvrir. J’ai métamorphosé cette lectrice en personnage.

Lola vit seule au-dessus du bureau de poste où elle travaille, elle se dit comblée par son jardin. Dans son portefeuille, on ne trouve que des photos de ses fleurs et, dans sa chambre trône une armoire de noces pleine des cœurs en tissu des femmes de sa lignée espagnole. Lola si elle est bien faite de l’histoire familiale que ces cœurs interdits contiennent et dont elle ne sait rien. Sommes-nous écrits par ceux qui nous ont précédés ?

Il faudrait déchirer ces cœurs pour le savoir.

Ce que j’en pense :

La narratrice est à la recherche de l’inspiration, et se déniche un gîte en Bretagne, loin de sa famille pour commencer un roman sur Barbe-Bleue, dans une petite ville choisie à la suite d’un coup de cœur pour une carte postale représentant une jeune femme qui boite.

Elle fait ainsi la connaissance de Lola qui travaille au bureau de poste. Cette dernière l’invite à dîner un samedi soir chez elle. Elle habite seule au-dessus du bureau de poste, et accorde une attention particulière à son jardin, ainsi qu’à son intérieur entretenu de manière quasi obsessionnelle. Rien ne dépasse….

Elle possède une immense armoire, héritage familial dans laquelle reposent des cœurs brodés par les femmes de la famille : la fille aînée hérite d’un cœur cousu par sa mère (et ainsi de génération en génération) dans lequel elle a enfoui ses secrets écrits sur des petites morceaux de papier, et cousu ensuite avec soin. Il est interdit de les ouvrir, sous peine de s’attirer une malédiction.

Un des cœurs s’est déchiré en tombant une nuit où il y avait du vent… et l’auteure et Lola vont lire les secrets de l’aïeule, Inès Dolorès. Les petits mots sont numérotés pour la plupart, mais certains ne l’étant pas il sera plus difficile de retrouver la chronologie.

J’ai aimé l’histoire d’Inès Dolorès, parcourir son enfance, ses histoires d’amour, dans l’Espagne à différentes époques et je m’attendais à découvrir les secrets des autres femmes.

En fait, l’auteure nous entraine ailleurs, vers une histoire d’amour en Bretagne au moment de la première guerre mondiale, en entremêlant un récit autour de Lola qui tombe amoureuse, sur fond de roses sauvages au parfum toxique qui rend tout le monde plus ou moins dingues…

Et, pour corser le tout, Carole Martinez nous raconte sa vie, nous interpelle au passage pour nous faire entrer dans l’histoire et nous laisse en plan au beau milieu.

J’ai tenu à terminer ce roman parce que j’ai voulu laisser une chance à l’auteure dont j’ai tellement aimé « Du domaine des murmures » et « La terre qui penche » mais cela m’a coûté, et j’ai été très déçue par cette lecture, d’autant plus que l’autofiction et moi, cela fait deux. C’est bien écrit, c’est certain, mais on se croirait dans un atelier d’écriture consacré à l’absurde…

Le dernier extrait que je propose ci-dessous illustre très bien mon propos et explique l’ampleur de ma déception.

6/10

L’auteure :

Née en 1966, en Moselle, Carole Martinez est l’auteure de quatre romans dont « Le cœur cousu » qui a reçu seize prix littéraires et « Du domaine des murmures », prix Goncourt des lycéens 2011, ou encore « La terre qui penche » …

Extraits :

Des cœurs de femmes battent dans la vieille armoire de Lola. Ils racontent une histoire qui a commencé il y a plus d’un siècle, en Espagne, du côté de Malaga ; l) où la coutume voulait que les filles aînées héritent du cœur cousu de leur mère morte. Les femmes de cette famille n’avaient pas grand-chose à s’offrir, pas de terre, pas de maison, pas de bijoux, mais elles savaient toutes écrire, elles s’enseignaient ça de mère en fille, et leurs cœurs débordaient de secrets.

Lola se demande si elle est faite de cette histoire familiale qu’ils contiennent et qu’elle ignore, si le sang des fables coule de génération en génération, s’il nous irrigue de terreurs fauves et de peines qui ne nous appartiennent pas, mais agitent nos profondeurs.

Nous faisons nos choix enlisant, Lola sera un bouquet composé à partir de quelques mots écrits et de vos propres souvenirs, de vos matériaux intimes. Elle sera notre œuvre commune, notre enfant, conçue dans le mitan du livre où nous dormons ensemble, lecteur et auteure, mêlés dans un même nid de ronces.

Et pourtant, je sais bien que les paroles ne sont pas aussi volatiles qu’on l’imagine, que les mots dits, les mots reçus, se gravent en nous et que l’écriture sert à ça aussi, à les gratter, les poncer, les effacer.

On se voit davantage vieillir quand on est sédentaire, on est plus sensible au mouvement du temps qui passe quand rien ne bouge que l’aiguille de l’horloge…

Intégrer ses obsessions à un livre, c’est une façon comme une autre de les contenir. Je ne suis même pas toujours consciente de ce qui se faufile ainsi dans mes romans pour rester toujours supportable.

Voilà que je cherche une logique à tous ces destins, une logique qui se rapprocherait de celle d’un roman. Mais, la vie échappe à toute logique, la vie est un chaos sans nom. Je confonds tout, on ne peut épingler les gens dans un cahier comme de vulgaires papillons.

Lu en décembre 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

40 commentaires sur « « Les roses fauves » de Carole Martinez »

    1. la seule chose que j’ai aimée, c’est le côté poétique et la partie consacrée à Inès Dolores…
      La partie première guerre mondiale est nettement en dessous ce n’est plus de la poésie c’est de la guimauve… Et laisser le lecteur terminer le livre je dis NIET 🙂

      Aimé par 1 personne

  1. Et bien au moins, je sais vraiment à quoi m’en tenir avec ce roman que je n’avais pas l’intention de lire, et encore moins maintenant. j’ai adoré les deux premiers romans de Carole Martinez, mais je n’ai pas su rentré dans la Terre qui penche que j’ai abandonné… J’y reviendrai peut-être plus tard, ce roman étant toujours sur mes étagères.

    Aimé par 2 personnes

    1. j’ai aimé « La terre qui penche » et surtout « le domaine des murmures », c’est pour cela que j’ai tenté quand même d’où l’immense deception, j’ai comparé forcément…
      le côté interactif avec le lecteur ne m’a pas plu: soit je lis un roman soit je tente de l’écrire (pas encore arrivé!!!) elle laisse quand même trois histoires en plan 🙂
      En plus je suis allergique à l’autofiction c’était voué à l’échec 🙂

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    1. moi aussi, je l’apprécie beaucoup mais là on est en Absurdie limite « foutage de gueule »
      on peut avoir des pannes d’inspiration, l’angoisse de la page blanche à ce moment-là il vaut peut-être mieux se donner du temps…

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  2. Tu n’es pas la seule à exprimer des bémols suite à cette lecture, de nombreuses « fans » de l’auteure ont comme toi été déçue.. du coup je vais l’éviter et plutôt me tourner vers La terre qui penche ou Le cœur cousu, motivée par la très jolie découverte qu’a été « Du Domaine des murmures »..

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  3. Adaptée le rêve et la magie à la création de son écrivaine narratrice est, pour moi, assez réussi. En plus, elle célèbre le désir et, même la jouissance, féminine de façon très métaphorique et du coup, je trouve ça assez chouette !
    Heureusement, que chaque lecteur invente son livre et deux lecteurs ne peuvent lire les mêmes mots de la même façon ce qui fait la richesse de nos ressentis, surtout s’ils sont différents 😉

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    1. je suis allergique à l’autofiction et cet exercice de style m’a vraiment hérissé le poil…
      OK pour le côté poétique mais pour l’histoire d’Inès Dolores, pour la bluette de la première guerre mondiale, pour moi, on n’est plus dans la poésie, on tombe dans la guimauve 🙂
      grosse déception!
      j’ai mis 6/10 pour la première partie 🙂

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    1. le roman part dans tous les sens, entremêlant sa vie privée et celle des protagonistes qu’on lâche en route et c’est à nous d’inventer: c’est comme si elle nous disait de travailler sur la suite dans un atelier d’écriture et bien je n’ai pas eu envie…
      et surtout j’ai comparé consciemment ou non avec « Le domaine des murmures » et « La terre qui penche » que j’ai beaucoup aimé 🙂

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    1. j’ai beaucoup aimé les deux précédents mais là cela n’a marché que pour la première partie… Je suis restée hermétique à la suite …
      Heureusement il me reste « Le cœur cousu » en espérant ne pas en avoir trop attendu… Je vais essayer de le lire assez vite pour retrouver ce qui m’a plu dans les autres 🙂

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  4. J’ai souvent eu des avis mitigés sur ses écrits avec des passages adorés que j’ai trouvé magnifiques et d’autres qui m’ont fait hésiter à poursuivre mes lectures. Mais celui-ci ne me tente pas pour l’instant, mais je me connais si je le croise en médiathèque je l’emprunterai ! Merci pour ton ressenti

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    1. grosse déception…Un exercice de style plutôt qu’un roman… Heureusement que je n’ai pas commencé par celui-ci sinon, je n’aurais pas poursuivi… Il me reste « Le cœur cousu » en espérant que je n’en attends pas trop 🙂
      lesquels as-tu lus?

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  5. Je rejoins, hélas toutes tes déceptions pour ce titre … Je me suis quand même posé la question de la responsabilité de l’éditeur. Comment a-t-il pu laisser Carole Martinez se fourvoyer à ce point ? Lors d’une rencontre à Saint Malo, elle avait évoqué à demi mots le fait que pour La terre qui penche, Gallimard l’avait un peu poussée à écrire plus rapidement. Mais, là, on l’a envoyée à l’échec direct !
    Pour Coeur cousu, tu peux y aller tranquille.

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    1. je me suis posée la même question avant de me dire que je tournais peut-être à la parano…
      c’est vrai que « La terre qui penche » était en dessous du précédent en réfléchissant bien…
      si je n’avais pas « Le cœur cousu » en prévision, j’aurais peut-être fait une pause avec cette auteure 🙂

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    1. c’est toujours aussi bien écrit, mais elle part dans tous les sens et finalement ne termine aucune des pistes qu’elle soulève, la fin est déconcertante… Ce serait dommage qu’elle tombe dans la facilité comme certains…
      Heureusement, je n’ai pas encore lu « Le cœur cousu », donc j’aurai encore du plaisir à la retrouver, et je pourrai oublier les roses 🙂

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