Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Amoureuses »de Frédéric Baptiste

Je vous parle aujourd’hui, d’un premier roman que j’ai choisi sur NetGalley pour son résumé et parce que j’avais envie de découvrir une nouvelle plume:

Résumé de l’éditeur:

Printemps 1939. Claire est l’épouse d’un riche industriel peu présent et volage. Sa seule joie réside dans les moments passés avec sa fille. Apprenant qu’elle est enceinte, elle quitte la ville pour accoucher loin de chez elle et faire adopter ce bébé non désiré. Dans un univers rural qui lui était jusque-là étranger, elle découvre une autre vie, et fait la connaissance d’une femme, Marthe, la rebouteuse du village. Cette rencontre va la bouleverser au-delà de ce qu’elle aurait imaginé.

Avec ce premier roman lyrique, à la sensualité lumineuse, Frédéric Baptiste aborde le thème de l’émancipation des femmes par l’amour. Pudique et délicat, ce récit inspiré d’une histoire vraie nous plonge au cœur de l’intimité de deux femmes qu’apparemment tout oppose.

Ce que j’en pense :

Nous sommes donc en 1939, Claire dont le mari est un riche industriel dans une société qu’il gère avec Tristan (le frère de Claire), reçoit une étrange visite : une femme se présente en effet avec deux enfants dont un bébé et lui assène brutalement que leur père est son époux. Grosse colère, donc et une tentative d’explication qui se solde par des ricanements et surtout un viol, pour la réduire au silence. Une femme qui se débat et dit « non » c’est jouissif pour lui, et puis après tout le viol entre mari et femme n’existe pas pour lui. Il s’est offert une femme (surtout sa dot) comme il chasse les animaux pour les réduire en trophées qui ornent le salon… Tout n’est donc qu’affaire de gibier et de chasse…

Mais, lorsque Claire se retrouve enceinte, il est impensable pour elle de continuer cette grossesse et elle va consulter Marthe une « faiseuse d’anges » comme on dit à l’époque… Hélas, il est trop tard, et Marthe refuse de pratiquer et propose Claire de mener sa grossesse à terme et de lui confier le bébé pour adoption car elle et son mari n’ont pas pu en avoir.

Tristan, qui a accompagné Claire chez eux car Édouard est son copain (régiment première guerre mondiale …) accepte de garder le secret et raconte à René qu’elle a contracté la tuberculose et qu’elle doit rester « confinée » pour ne contaminer personne.

On va suivre ainsi les relations d’abord amicales entre Claire et Marthe, et peu à peu, elles vont tomber amoureuses. Ceci va engendrer complicité certes, mais aussi des secrets,baisers volés, car ce n’était pas si simple à leur époque et il était hors de question de tolérer un tel « crime », d’autant plus que Claire est issue d’un milieu bourgeois, dont l’argent est le moteur principal, ainsi que les convenances et le frère de Claire pense avant tout à ses intérêts personnels.

Frédéric Baptiste nous raconte une belle histoire de ses deux femmes qui ont une place particulière dans sa vie, et ceci avec beaucoup de pudeur. Pour un premier roman, je le trouve plutôt convaincant car c’était une époque lointaine où les femmes n’avaient aucun droit à part faire des enfants, tenir la maison (avec des domestiques pour Claire) et obéir à leur époux.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Julliard qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur dont la plume m’a vraiment intéressée , même s’il force un peu trop sur le lyrisme par moment, mais je le rappelle, c’est un premier roman. Donc il reste à espérer que l’auteur va continuer sur sa lancée…

#Amoureuses #NetGalleyFrance

7/10

L’auteur :

Après une formation d’acteur à l’École du Théâtre national de Chaillot, Frédéric Baptiste intègre l’atelier scénario de LA FEMIS. En 2013, il est lauréat d’une résidence d’écriture au Moulin d’Andé, où il poursuit l’écriture de son premier long métrage. Parallèlement au cinéma, Frédéric Baptiste écrit et met en scène des spectacles pour différentes productions et artistes de théâtre. Amoureuses est son premier roman.

Extraits :

Ils délogent les pauvres bêtes de leurs habitats, les piègent, les acculent, les abattent de sang-froid. Toute la bassesse humaine exprimée en une matinée, dont la férocité se prolonge quand ils ordonnent que les cadavres soient dépecés, débités, cuisinés, empaillés, puis accrochés aux murs. Un cauchemar…

Elle n’existe pas dans ce décor, perpétuellement en fuir, hors du temps et du réel. Elle qu’on a évidemment épousée pour sa dot, va devenir le énième trophée qu palmarès d’une bourgeoisie havraise à laquelle elle appartient,certes, mais dans laquelle elle ne s’épanouit pas, dans laquelle elle n’a pas vraiment grandi, dont elle n’a jamais supporté les codes.

Moi, je suis toute seule dans une famille où les grandes personnes ne parlent pas, se mentent et font semblant de s’aimer. J’espère que maman ne ment pas quand elle dit qu’elle va revenir vite.

Même si l’arrivée de cette enfant revêtait à ses yeux une importance qui n’avait pas de prix : elle lui donnait l’identité de grand-frère. Et elle le sortait du syndrome de l’enfant unique tourmenté par les frustrations et la solitude psychique de ses parents qu’il cherchait inconsciemment à combler. Ce que pense Tristan, le frère de Claire, quand celle-ci vient au monde pendant la 1e guerre mondiale.

Alors, elle s’était inventé une amie imaginaire et sauvage qui vivait cachée derrière le buisson de ronces de chez la mère Haquet. Elle l’appelait « toi ». et c’est à « toi » qu’elle confiait ses misères. Et « toi » l’écoutait, sans la juger ou lui poser des questions…

« Toi » était une sorte de journal intime éphémère sur lequel les mots ne restaient pas inscrits. Ils étaient seulement prononcés par Marthe, entendus par « toi » et s’évanouissaient dans l’air. Ils ne laissaient pas de trace. La vraie intimité, en somme. Toi et moi. Aucun témoin. Aucune intrusion. Aucun risque de trahison.

L’enfance voit le monde à travers le filtre du merveilleux;elle en a probablement lénifié les aspérités.

La tendresse a une puissance bienfaitrice insoupçonnable. Pourquoi s’en prive-t-on ? Par orgueil ? Par pudeur excessive ? Par manque d’amour peut-être ? C’est si simple pourtant. Si doux. Si rare.

Il y a des films qui nous mettent dans des dispositions particulières, ils influencent nos pensées, nous donnent de l’élan, conditionnent nos émotions. Certains changent le cours de notre vie. « Quai des brumes », l’eau de vie du diable et son besoin de tendresse réunis ont eu un effet déroutant sur Claire.

Lu en août 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

11 commentaires sur « « Amoureuses »de Frédéric Baptiste »

  1. Un bon moment de lecture est toujours à prendre … Moi aussi souvent j’alterne les lectures un peu « tendues » et d’autres, plus classiques et conventionnelles. Je note ce titre, mais pour un bon moment en poche.

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