Publié dans Littérature canadienne

« La route du lilas » d’Eric Dupont

Je vous parle aujourd’hui d’un roman que j’ai longtemps hésité à lire car je me méfie des critiques très enthousiastes qui peuvent provoquer une trop grande attente et parfois même une déception…

Résumé :

Chaque printemps, Shelly et Laura traversent les États-Unis pour suivre la floraison du lilas. En plus de leur offrir quelques mois de lilas supplémentaires, ce périple leur permet de faire passer clandestinement la frontière canadienne à des femmes en fuite qui veulent refaire leur vie. Cette année, elles accueillent Maria Pia, sexagénaire brésilienne, à bord de leur camping-car. Initiée au rite de l’écriture sous l’influence du parfum enivrant du lilas par ses deux compagnes de voyage, Maria Pia dévoile au fil des jours et des pages les raisons de sa cavale, son histoire ainsi que celle des femmes qui ont marqué sa vie.

Chaque printemps, Shelly et Laura traversent les États-Unis pour suivre la floraison du lilas. En plus de leur offrir quelques mois de lilas supplémentaires, ce périple leur permet de faire passer clandestinement la frontière canadienne à des femmes en fuite qui veulent refaire leur vie. Cette année, elles accueillent Maria Pia, sexagénaire brésilienne, à bord de leur camping-car. Initiée au rite de l’écriture sous l’influence du parfum enivrant du lilas par ses deux compagnes de voyage, Maria Pia dévoile au fil des jours et des pages les raisons de sa cavale, son histoire ainsi que celle des femmes qui ont marqué sa vie.

Entre passé, présent, mythe et réalité, du Tennessee à Montréal en passant par Rio et Paris, ces histoires enchevêtrées dessinent une ode à la résilience et à toutes les femmes du monde.

Ce que j’en pense :

Shelly et Laura suivent chaque année la floraison du lilas, ce qui les emmène du Tennesse à Montréal, à bord de leur vieux camping-car. Lors de chaque expédition, elle emmène quelqu’un, en général une femme qui a des ennuis avec le justice et cette année, c’est Pia, Brésilienne qui va faire la route avec elle, ce qui va se révéler mouvementé vu son caractère. On sait qu’elle a fui le Brésil, via le Mexique, entrant aux USA de manière illégale. Le lilas, a priori, ne l’excite pas trop, elle trouve les légendes le concernant trop farfelues pour son esprit rationnel…

Lors d’une séance d’écriture sous l’emprise du parfum du lilas, rituel annuel de Shelly et Laura, elle finit par écrire son histoire sur des carnets…

Maria-Pia alias Pia, est née dans une ferme à Belo Horizonte au Brésil dans une famille où rien n’est simple, sa mère meurt très jeune. Le père n’a qu’une idée en tête, les éduquer pour les marier au mieux …

Si la sœur aînée de Pia, Vitoria, accepte ce mariage que lui impose son père comme un marché, comme les esclaves autrefois, Pia, elle refuse catégoriquement.

Elle n’a jamais rien attendu de son père Hercules, violent, absent la plupart du temps, troussant Aparecida, fille d’esclave, qui fait tourner la ferme depuis la mort de son épouse. Elle ira à l’école des sœurs, chargées d’en faire une épouse modèle, mais sans se soumettre et tombera amoureuse (du moins le croit-elle) de Thiago, qui vient réaliser les photos de classe. Elle le suivra à Paris, où elle découvre Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, le rêve communiste de partage et d’égalité.

Tout n’est pas toujours simple pour elle, Thiago étant violent lui-aussi, mais elle fera des rencontres qui influenceront sa vie : Thérèse,

Eric Dupont nous entraîne, avec parfois des longueurs, dans l’histoire du Brésil, la dictature, mais aussi l’épopée de Léopoldine de Habsbourg, arrière-petite-fille de Marie-Thérèse d’Autriche, du côté de la branche maternelle comme de la branche paternelle (on connaît les mariages de l’époque et la lignée de « sang bleu » avec toutes les conséquences sur la descendance. Elle a un caractère affirmé, refuse d’épouser son oncle Rodolphe, comme on le lui demande, ce type de mariage était fréquent à l’époque) et va se marier avec le fils du roi du Portugal, Jean VI, exilé au Brésil depuis 1808, pour fuir Napoléon qu’elle surnomme l’antéchrist … j’ai bien aimé la manière dont l’auteur raconte l’histoire de Léopoldine et ce qu’elle a fait et surtout ce qu’elle a enduré au Brésil (Stéphane Bern, sors de ce corps!).

La disparition mystérieuse de Thiago, après leur retour ou Brésil, permet d’illustrer les arrestations arbitraires, la torture… et par voie de conséquence, la difficulté d’être des enfants dont l’un des parents a « disparu », car comment faire son deuil alors qu’on espère encore le revoir vivant.

J’ai trouvé intéressant la manière dont Simone, la fille de Pia, anime son émission de télé réalité sur une chaîne-spectacle, (qui endort les gens, les empêchant de réfléchir par eux-mêmes!) où elle dénonce les féminicides impunis avec la police qui s’en désintéresse, Mais était-il indispensable de raconter vingt ou trente cas dans le détail ? Le statut des femmes dans ce pays latin, est déplorable : objets qui servent à tenir la maison, faire des enfants et autres joyeusetés, sous la coupe d’un mari macho…

Au bout d’un moment, le lilas, cela devient tellement entêtant qu’on a besoin de faire une pause… et vue mon érudition dans le domaine de la botanique, j’ai fait une overdose de la pollinisation, des croisements, des formes hybrides, les thyrses etc…

C’est un roman agréable à lire mais les longueurs ont parfois eu raison de ma patience, j’ai failli abandonner plusieurs fois car je commençais compter de plus en plus souvent le nombre de pages restantes, mais Léopodine m’a donné envie de continuer. C’est le premier roman d’Eric Dupont que je lis, influencée par des critiques parfois élogieuses, et je suis restée sur ma faim.

Un clin d’œil au passage à la photo volée à Édith Piaf, qui va faire de Thiago le premier paparazzo recensé !ou encore à l’achat coup de cœur d’un appartement dans un gratte-ciel, à conception sociale, de Niemeyer, sans oublier le luxe de détails des produits utilisés par Simone lors d’une séance de maquillage, les marques, les actions comparées, et même le prix de chaque article est cité…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Harper Collins France qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

#Laroutedulilas #NetGalleyFrance

6/10

L’auteur :

Écrivain québécois francophone, né en Gaspésie en 1970, Eric Dupont est actuellement professeur de traduction à l’Université McGill.


Il est l’auteur de « Voleur de sucre » (2004, Prix Senghor de la francophonie et prix Jovette Bernier), « La Logeuse » (2006, titre gagnant du Combat des livres 2008 à Radio-Canada), « Bestiaire » (2008), « La fiancée américaine » (2012, sélectionné pour le prix des cinq continents de la francophonie et lauréat du prix littéraire des collégiens), « La Route du lilas » (2018).

Extraits :

Le reste de sa vie, elle (Shelly) l’avait passé au service des livres, qu’elle voyait comme des continents vierges offerts à ceux qui fuyaient la réalité. Pia aima l’image du continent vierge…

Puis, le phénomène se produisit. Dès que le parfum se précisa, le visage de Pia s’adoucit, toute la tension faciale disparut. Le parfum qui émanait des thyrses blancs – 1 sur l’échelle de Wister, qui sert à classer les couleurs des lilas – provoqua chez elle une expérience proustienne.

C’était bête comme ça. J’ai mis des années à le comprendre, mais ce photographe me semblait la dernière chance d’échapper au plan de mon père qui consistait, n’ayons pas peur des mots, à me vendre comme son père avait acheté Aparecida et comme ce crieur était en train de vendre ces truies et ces génisses.

Ces sœurs, je les ai détestées comme on laboure un champ : avec patience et résignation. Il n’empêche qu’un des buts de leur enseignement était de nous rendre pareilles à elles, ce à quoi elles sont parvenues dans une certaine mesure.

Ce sont ces accidents, je pense, qui ont mené Thiago à conclure que la valeur d’une photo volée est directement proportionnelle au nombre de jours d’une chanteuse a encore devant elle. Plus la mort est proche, plus le cliché vaut cher.

Toute formation universitaire de gauche n’est que ça, un club préparatoire à la bourgeoisie de demain. C’est peut-être pour ça aussi qu’elle (Thérèse) aimait tant Paris, parce qu’elle pouvait s’y permettre d’être la garce qu’elle n’aurait jamais pu être à Montréal…

Depuis qu’elle avait commencé à coucher sur papier ses souvenirs parisiens, Pia saisissait toute la pertinence de la théorie de Laura sur les effets à long terme du lilas sur la mémoire. Elle savait, maintenant, que c’est à Paris que son cerveau avait été transformé, comment expliquer autrement cette avalanche de souvenirs pénibles ?

J’y croyais aussi, comme Niemeyer, comme Le Corbusier, son maître, à cette idée que l’architecture peut changer la société. Si tous les Brésiliens se mettaient à se rapprocher, à vivre dans des constructions de ce type, les classes finiraient par disparaître. Dieu que j’étais conne !

Dans le nid impérial viennois est un jour né un aigle à deux têtes qui est devenu l’emblème de l’Autriche-Hongrie. Quels choix s’offrent alors à Léopoldine dont chaque ovule perdu représente une chance manquée pour l’empereur d’étendre la puissance de son pays.

Lu en août 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

15 commentaires sur « « La route du lilas » d’Eric Dupont »

    1. je ne me suis pas posée la question! je pense que c’est à prendre sur le plan ironique plutôt et ce la ne s’étend que sur 3 pages sur un pavé… le prix est en reals…
      De toute manière c’est une lecture qui m’a pompé pas mal d’énergie et s’il n’y avait pas eu des références à l’Histoire j’aurais probablement arrêté en route 🙂

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    1. c’est assez fastidieux au final… les histoires familiales et surtout l’histoire de Léopoldine de Habsbourg ou la dictature au Brésil m’ont intéressée 🙂 donc avec cet auteur, je vais m’arrêter là. Pour une fois que je cède aux sirènes de la « romance » 🙂

      Aimé par 1 personne

    1. je suis déçue… j’en attendais plus! à la fin le lilas me sortait par les yeux 🙂
      j’ai lu un roman passionnant avant alors cela n’a pas arrangé les choses. J’aurais mieux fait de lire une biographie complète des Habsbourg ou sur la dictature au Brésil 🙂

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