Publié dans Environnement écologie, Essai, Nature

« Naturel, pour le meilleur et pour le reste » de Marie Drucker et Sidonie Bonnec

Petit détour, aujourd’hui, par l’écologie, le naturel, le bio dans notre vie de tous les jours avec ce livre :

Résumé de l’éditeur :

« Comme vous, nous sommes assaillies tous les jours d’informations et d’alertes : attention, il y a des perturbateurs endocriniens dans notre gel douche, du mercure dans le poisson, des composés organiques volatils dans nos meubles… C’est vertigineux ! Comme vous, nous sommes inquiètes et souhaitons le meilleur pour notre famille et pour nous. Mais comme vous, nous étions… paumées !
Alors, depuis quelques années, nous enquêtons pour vivre et consommer le plus naturellement et simplement possible. Naturel pour le meilleur et pour le reste, c’est un guide pour prendre soin de soi sans faire de mal à la planète… Alimentation, beauté, maison, enfants et animaux de compagnie, nous vous donnons nos conseils et nos coups de cœur.
Comme dans notre précédent guide – Maman pour le meilleur et pour le reste – nous ne prétendons pas être exhaustives ni parfaites (c’est aussi pour ça que vous nous aimez !). Mais ce guide a été conçu avec l’aide de spécialistes, de médecins et de chercheurs.
On a pensé à tout, maintenant, pensez à vous ! »
Sidonie Bonnec et Marie Drucker

Ce que j’en pense :

Les auteures nous proposent un guide pour s’y retrouver dans ce qu’on appelle « le naturel ».

Pour ce faire, elles évoquent en premier lieu l’alimentation, la différence entre le bio, le local, les valeurs nutritives, les critères de la classification Nutriscore, les traitements reçus par les produits qu’on met dans nos assiettes, la manière d’éplucher nos légumes, fruits, les régimes à la mode, du végétarisme à la culture Végan en passant par le végétalisme, le régime sans gluten et bien-sûr comment ne pas devenir orthorexique quand on approfondit…

Puis, elles abordent les produits d’hygiène, du savon en passant par le gel douche ou le dentifrice (mais aussi le shampoing) en pain, en fournissant les recettes, sites internet pour tout faire soi-même du produit pour la douche à la lessive et aux produits pour nettoyer les sols…

Ensuite on enchaîne avec les produits pour enfants, « crèmes solaires » et comment les substituer par des produits plus sains… et on n’oublie pas nos animaux préférés…

Pour être honnête, je me suis intéressée surtout à tout ce qui concerne l’alimentation, je n’ai pas appris grand-chose car je suis prudente depuis longtemps sur ce qui va aller dans mon assiette, donc je maîtrise bien la théorie, la diététique en général, sans tomber dans les régimes farfelus, et en essayant de ne pas sombrer dans l’orthorexie justement, car à force de lire les compositions à la loupe, on finit par éliminer beaucoup de choses et ne faire confiance qu’à son potager…

En ce qui concerne les produits d’entretien et l’hygiène corporelle ou la cosmétologie, j’utilise des produits bio, ou des produits spécifiques prescrits par ma dermatologue, mais, dans emportée par l’enthousiasme écolo version Greta, j’ai acheté savon noir, bicarbonate etc. pour faire mon produit pour la lessive et… ça traîne dans la buanderie… Je me contente d’utiliser le vinaigre blanc avec quelques gouttes d’huile essentielle d’ylang-ylang comme adoucissant dans la machine ou comme produit de base pour le nettoyage…. Pour les sols c’est plus simple…

J’ai découvert au passage les vertus de l’étamine de lys pour les mites (avec les produits bio en vrac, on est obligé de cohabiter avec ces dames !)  Ou la terre de diatomée pour les pucerons par exemple.

J’ai apprécié les petits tableaux récapitulatifs, les conseils de sites internet ou d’applications, les adresses pour des produits locaux, car cela ajoute un côté ludique à l’ouvrage, sans oublier les jeux de couleurs ou de polices.

Quel que soit le thème abordé : du pain au café en passant par les lingettes ou le papier WC, les auteures nous proposent une alternative naturelle, l’endroit où l’on peut les trouver et leurs coups de cœur, ce qui peut donner des idées ou constituer simplement des rappels.

Ce livre est agréable à consulter car c’est une synthèse de choses que l’on sait le plus souvent, mais comme c’est didactique, on peut y retourner quand on veut, et de surcroît, les auteures nous proposent les avis de spécialistes, de tout bord, pour étayer leurs démonstrations.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir ce livre et de connaître le travail de Marie Drucker et Sidonie Bonnec qui ont déjà concocter un opus du même style sur le rôle de la mère…

J’insiste sur le côté ludique et pratique du livre, on peut l’ouvrir à la page qui nous intéresse et picorer et les auteures étrillent gentiment au passage, certaines dérives de la société de consommation, comme par exemple, l’achat de papier toilette blanc …

Petit bémol : il m’a été impossible de lire la version e-book car il fallait passer par un site pour e-pub et celui-ci débloque complètement (et de toute manière, il est difficile de lire les tableaux ou les illustrations), donc j’ai dû l’acheter… Entre une liseuse qui rend l’âme, et ADE qui fait des siennes, j’ai parfois l’impression que le sort s’acharne mais il faut s’accrocher, ce serait un comble de sombrer dans le complotisme…


#Naturelpourlemeilleuretpourlereste #NetGalleyFrance

8/10

Les auteures :

Marie Drucker présente le magazine « Infrarouge » tous les mardis soir sur France 2. Elle est également réalisatrice et productrice de documentaires et de fictions avec sa société No School Productions.

Sidonie Bonnec est journaliste. Tous les jours, elle anime « La curiosité est un vilain défaut » sur RTL, avec Thomas Hugues, et « Tout le monde a son mot à dire » sur France 2 avec Olivier Minne.

Extraits :

Attention !

Les fruits et légumes sont les aliments très touchés par les résidus de pesticides… Certaines catégories de pommes, poires ou pèches cumulent jusqu’à 36 traitements en moyenne. Une fois qu’on a dit ça et qu’on a bien flippé, qu’est-ce qu’on fait ?

On privilégie les fruits et les légumes bios, on réduit les intermédiaires, on déniche les producteurs « comme avant » que l’on connait et qui nous assurent la traçabilité et des produits sains. Et on mange de saison.

Café : le moulu s’oxyde plus vite, donc on préfère le café en grains. L’astuce qualité : privilégiez une forme ovale, il ne doit pas y avoir de brisures récurrentes et sa couleur ne doit pas être uniforme. Et les dosettes ? Certainement pas ! L’emballage le contamine avec des produits chimiques.

Lu en juillet 2020

Publié dans Essai, Musique

« L’âme du musicien » de Fabienne Kandala

Je vous parle aujourd’hui d’un livre dont la lecture autant que ma chronique, m’auront donné du fil à retordre, mais le jeu valait la chandelle, du moins je le crois :

Quatrième de couverture :

Comment l’interprète du XXIe siècle peut-il résister à la logique économique et à la technologie qui se sont emparées de l’art musical ? Le chemin de la transcendance apporte-t-il une réponse ?

Ce livre s’adresse à tous les musiciens professionnels et amateurs, aux mélomanes avertis ou non, et à tous ceux qui cherchent à comprendre l’essence de la musique.

Ce que j’en pense :

J’ai choisi ce livre parce que le titre me plaisait, lors de la dernière opération « masse critique » de Babelio, un peu par défaut, mais comme je suis d’un naturel curieux et mélomane…

A la deuxième page de l’introduction, j’ai sauté au plafond en lisant cette phrase :

« Le monde nouveau qui se profile est celui des machines, des cyborgs. Il ne sera plus nécessaire de faire un long et fastidieux apprentissage pour devenir musicien. Des pianos connectés, tel le Spirio de Steinway & Sons sont programmés pour reproduire les moindres subtilités les interprétations des plus grands pianistes… »

Inutile de dire que j’ai fait alors un énorme blocage et laissé le livre en plan, allant y jeter un coup d’œil de temps en temps et maudissant le monde de l’intelligence artificielle ! et pourtant, le sous-titre était prometteur: « à la recherche de la transcendance chez le pianiste ».

De surcroît, l’auteure insiste sur le côté technique, la dextérité en gros, de l’exécution d’une partition, encore un blocage à l’horizon. Mais, je déteste ne pas aller au bout du livre même s’il me prend à rebrousse-poil, j’ai repensé aux compositeurs et aux interprètes que j’aime et j’ai continué et je ne le regrette pas du tout.

Fabienne Kandala nous présente vingt pianistes qu’elle a tous rencontrée, douze hommes et huit femmes, de toute nationalité. Après un topo sur leur parcours, elle nous propose un entretien, en leur posant la question de la transcendance dans leur art.

Chacun raconte sa manière de concevoir le ressenti lors de l’interprétation d’une œuvre et les moments de pur bonheur qu’ils ont pu ressentir, certains parlent d’expérience mystique, du divin ou simplement de spiritualité. Tous dénoncent l’enseignement actuel, qui est axé uniquement sur la pratique, la virtuosité, le côté technique ce qui se traduit pour certains jeunes musiciens préparant les concours, par des heures de travail, mais l’émotion n’est pas là. Et certains finissent par renoncer à l’exercice du métier qu’ils ont choisi, car ils ont perdu l’essentiel en route.

L’auteure nous livre ainsi une belle réflexion sur le « faire » et « l’être », pour certains, jouer n’est pas exécuter la sonate ou le concerto du compositeur, mais être le compositeur, ou être en osmose avec lui. Certains expliquent avoir joué en union avec lui, notamment dans les moments de stress, ou encore l’importance des bis car il se produit un lâcher-prise total, l’œuvre ayant été bien exécutée pendant le programme…

On retrouve au passage des pianistes de génie, cité notamment par Aquiles Delle Vigne, italo-argentin : Rubinstein, Claudio Arrau, Sviatoslav Richter, Wilhelm Kempff, qui « vivaient leur musique », pour lesquels la virtuosité n’occupait pas la première place. (Nostalgique du grand échiquier de Jacques Chancel, je garde des souvenirs éblouis de certains d’entre d’eux !)

Certains sont durs dans leur propos, telle Elizabeth Leonskaja pour qui

« s’ils (les musiciens) ne peuvent transmettre le message nécessaire aux auditeurs, leur perfection technique est vide de sens »

Il y a aussi des phrases très fortes, telle celle de Neuhauss :

« ne cherchez pas vous-mêmes dans la musique, mais trouvez la musique en vous-même. »

ou encore celle d’Elizabeth Sombart, pianiste française contemporaine :

« Le concert est réussi lorsque l’homme et le divin auront joué à quatre mains, lorsque « ça » écoute, « ça » joue avec moi. On vit alors ainsi : l’esprit agenouillé devenant serviteur. »

Ma préférence va à Miguel Angel Estrella, pianiste argentin, à Maria Joao Pires, Lisboète, et j’ai eu un coup de cœur pour le pianiste sud-coréen, Kun Woo Paik

A la fin des entretiens, Fabienne Kandala nous propose une synthèse extrêmement intéressante. Tout au long de cette lecture, j’ai eu envie de ressortir mes vieux vinyles, notamment une interprétation du premier concerto de Tchaïkovski par Richter, et mon ami Chopin

Il est inutile de préciser que je planche sur cette chronique depuis plusieurs jours et j’espère ne pas avoir été trop technique ou du moins trop rébarbative dans mon approche. Je l’ai écrite avec mes tripes, car j’aime énormément la musique classique, mélomane, mais pas musicienne pro, j’ai longtemps pratiqué le « piano à bretelles » alias « piano du pauvre » n’en déplaise à Mr Giscard d’Estaing, la clarinette et la guitare en dilettante… je pleure en écoutant Chopin, ou Beethoven, sans parler de Verdi dans un autre genre…

Un grand merci à Masse critique Babelio et aux éditions Chemins de traverse qui m’ont permis de découvrir ce livre d’une grande richesse ainsi que son auteure.

8/10

L’auteure :

Fabienne Kandala détient une Maîtrise en Musique-Interprétation (piano) de l’Université Laval (Québec) et le Diplôme d’État français de professeur de piano. Elle a étudié avec Marie-Jeanne Tchernoff, Arturo Nieto Durantes, Jean Boguet, Colette Fernier et Monique Deschaussées.

Elle a également étudié le chant. Elle joue en concert en tant que soliste, chambriste et elle est professeur au Conservatoire…

Extraits :

C’est ça être interprète. C’est être tout le temps à l’écoute des sensations du compositeur, mais pas de soi. Surtout, pas de « moi, j’ai ressenti cela. On peut tout de même puiser dans ce qu’on a vécu pour nous aider à interpréter. Pour cela il me faut une dimension spirituelle sous-jacente en tant qu’être humain. Colette Maze

La musique est une élévation de l’esprit une spiritualité sans se référer à un dogme ou à une religion. Tout cela n’empêche pas d’être fan de l’informatique. Tout revient à trouver un équilibre pour vivre dans ce monde. Pascal Rogé

Par exemple, certaines personnes donnent des concerts et enseignent, mais en évitant d’intégrer la dimension spirituelle dans leur enseignement, elles ne vont pas dans le sens de cette politique. Dans cent ans, elle est sûre que ce sera encore la même chose : il y ceux qui se destinent à être des « bijoux de collection » et les autres des « bijoux de pacotille ». Elizabeth Leonskaja (de nationalités soviétique et autrichienne)

Grâce à ce professeur qui me demandait tout le temps : « Que vois-tu là ? », j’ai compris que l’important n’était pas de jouer des notes, mais d’exprimer l’amour, l’émotion, la tendresse. La musique, c’est tout ça.  Miguel Angel Estrella.

Aujourd’hui, lorsque des jeunes étudient des concertos de Rachmaninov, iles écoutent les versions des concours. Si on leur dit d’écouter Rachmaninov lui-même, ils vous répondent que c’est « old fashion ». C’est quand même le compositeur qui joue ! Ils critiquent la version du compositeur et ils ne font pas ce qui est écrit dans la partition. Eugen Indjic

Je leur explique que nous vivons dans notre tête et que nous sommes trop préoccupés par l’idée de « faire ». Pourtant, dans quoi que ce soit, on ne peut rien faire si le corps vient en deuxième place. Le corps, c’est nous. C’est lui qui mène l’expérience d’éveil, que ce soit dans toute expérience de fusion avec l’Esprit, le Son, la Lumière, l’Univers. Toutes ces expériences viennent de la conscience corporelle. Maria Joao Pires

Notre travail n’est pas de jouer du piano. Interpréter, c’est une chose, mais CREER quelque chose avec la partition, c’est un niveau supérieur, différent. Vous savez, interpréter, tout le monde peut le faire. On apprend au conservatoire comment interpréter les compositeurs avec des connaissances…

… quand on est jeune, on n’a pas assez de connaissances et on répète, on répète et on devient une machine, une machine parfaite. Ce n’est pas vraiment de la musique, ni de la création. C’est pour cette raison que je n’aime pas le mot interpréter, ni exécution. Interpréter, c’est limité. On fait partie de la création d’une œuvre musicale…  Kun Woo Paik

Lu en juillet 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Sept mensonges » d’Elizabeth Kay

Encore un intermède thriller aujourd’hui car j’avais besoin de me détendre après trois lectures sérieuses dont je parlerai dans les prochains jours car les chroniques sont assez difficiles à concocter :  

Résumé de l’éditeur :

Jane et Marnie sont inséparables depuis l’enfance. Et si Jane avait été honnête depuis le début – si elle n’avait pas menti cette toute première fois –, alors peut-être que les choses auraient pu tourner autrement. Peut-être que le mari de sa meilleure amie serait encore en vie.

Le temps est venu pour Jane de dire la vérité, enfin… sa vérité. Tandis qu’elle se confie et décortique les sept mensonges qu’elle a racontés à Marnie, chacun plus terrible que le précédent, elle révèle les couches de noirceur qui ont infiltré leur amitié et les secrets toxiques qui remuent sous la surface. Mais une vérité peut toujours en cacher une autre…

« Sept mensonges est l’histoire glaçante de ce qui arrive quand l’amitié devient obsession. » Harlan Coben.

Ce que j’en pense :

J’ai choisi ce thriller car la couverture est absolument géniale (l’escalier où a eu lieu le crime et les petites encoches façon répertoire, correspondant au nombre de mensonges !) et le résumé assez alléchant…

Jane et Marnie sont devenues amies en classe de sixième, Jane timide, effacée a été attirée par Marnie, déjà solaire et sûre d’elle. Elles resteront toujours très proches, Jane allant dîner le vendredi soir chez Marnie, même lorsque Charles est entré dans la vie de cette dernière.

Jane n’a pas été aimée par sa mère, qui n’avait d’yeux que pour Emma la petite sœur, née prématurément quoi qu’elle puisse faire, elle est transparente, trouve du réconfort auprès de son père mais celui-ci finit par quitter la maison pour sa maîtresse devenue veuve…

Jane est brillante dans les études mais se retrouve dans un travail où elle s’épanouit peu. Elle a trouvé le grand amour avec Jonathan, mais celui-ci, sportif, se fait renverser par un chauffeur de taxi ivre, alors qu’il vient de terminer le marathon de Londres, ce qui met fin brutalement à sa vie amoureuse. Pendant ce temps, Emma plonge dans l’anorexie.

Marnie, fin cordon bleu se filme en train de réaliser ses recettes et son site a beaucoup de succès ; elle n’a pas eu une enfance trop difficile, mais ses parents n’étaient jamais là, toujours en congrès à droite ou à gauche, alors elle est devenue autonome très vite. Après des aventures sans lendemain, et elle rencontre enfin Charles qu’elle épouse.

Un jour, elle demande à son amie si Charles et elles sont faits l’un pour l’autre, et Jane répond oui alors qu’elle le déteste. Premier mensonge, qui va en entraîner d’autres, immanquablement car elle ne veut pas perdre cette amitié.

Jane est possessive, jalouse, elle veut Marnie pour elle et tous les moyens sont bons pour lui prouver qu’elle s’est trompée en l’épousant, qu’il est pervers… Cela tourne à l’obsession…

Cette amitié est extrêmement toxique, car Jane est prête à tout pour garder Marnie uniquement pour elle, transformant la réalité, interprétant sans arrêt les choses, les évènements pour les faire coïncider avec sa réalité à elle. Elle veut retrouver les moments où elles cohabitaient toutes les deux. Ce qui est surprenant, c’est le fait que cela ne lui a pas posé de problème d’épouser Jonathan et de vivre le grand amour avec lui, alors que son amie n’en a pas le droit, à ses yeux.

Le récit commence de manière lente, on finit par se demander s’il va se passer quelque chose, mais une fois le meurtre perpétré, le suspense monte et on se laisse prendre à ce jeu machiavélique. Au fil du récit, on s’aperçoit que Jane s’adresse à quelqu’un, qu’elle tutoie, avec toutes les suppositions que cela engendre : s’adresse-t-elle au lecteur, à un confident. En fait, c’est encore pire que ce qu’on pouvait imaginer.

« VOICI DONC MA VERITE ; Je ne veux pas paraître mélodramatique, mais je trouve que tu mérites de connaître cette histoire. Je pense qu’il « faut « que tu l’entendes. Elle t’appartient autant qu’à moi. »

La lenteur de la mise en route m’a un peu déstabilisée quand même, mais il est vrai que je venais de terminer le roman haletant de Karin Slaughter … On est dans le thriller psychologique pur jus.

Pour un premier roman, je trouve que c’est plutôt réussi, Elizabeth Kay a bien su capter l’attention, l’intérêt du lecteur, et aborde au passage d’autres thèmes : le manque d’amour de cette mère qui sombre dans la sénilité et que Jane va voir tous les week-ends dans sa maison de retraite, alors que la mère préfèrerait voir Emma qui bien-sûr fui, trouvant toujours un  prétexte pour se dérober ; l’anorexie est bien abordée aussi ainsi que la manipulation mentale et la personnalité borderline de Jane.

Auteure à suivre donc…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Robert Laffont

#Septmensonges #NetGalleyFrance

7,5/10

L’auteure :

Elizabeth Kay a commencé sa carrière comme assistante éditoriale chez Penguin Random House, à Londres. Elle est aujourd’hui éditrice et se consacre en parallèle à sa passion de l’écriture.

« Sept mensonges » est son premier thriller.

Extraits :

Et, comme il (Charles) se nourrissait du respect et de l’admiration des autres – et peut-être parce qu’il ne recevait aucun des deux de ma part – il les soutirait aux autres invités.

Je voudrais dire te une chose avant de commencer. Marnie Gregory est la femme la plus impressionnante, la plus admirable et la plus étonnante que je connaisse. C’est ma meilleure amie depuis plus de dix-huit ans, depuis notre rencontre en sixième.

Marnie n’a pas peur de l’échec, no pas parce qu’elle n’a jamais échoué, mais parce que, pour elle, une défaite n’est qu’un détour, une petite diversion sur le chemin qui la mène au succès.

Les vieilles amitiés sont comme des cordes nouées depuis longtemps, elles sont usées à certains endroits.

Je me suis rapprochée de mon père – qui ne pouvait pas faire grand-chose au cours des premiers mois de ma sœur – ma mère n’était plus là pour moi que physiquement. Elle ne s’intéressait ni aux histoires du soir, ni aux photos de l’école, ni aux détails de ma journée d’enfant.

Je me souviens que j’espérais son coup de fil le jour de mon anniversaire – parce que les mères et les filles sont au moins liées par la naissance – mais il n’est jamais arrivé.

Quand un drame se passe, une chose terrible, inattendue, chaque étape qui a mené à cet événement prend un sens différent.

Il (Jonathan) est là dans chaque avenir qui se profile, dans chaque espoir, dans chaque rêve. Il me hante, toujours.

Une personne qui, toute sa vie, s’est appuyée sur ses proches est-elle capable de soutenir quelqu’un d’autre ? Je n’en suis pas convaincue.

Lu en juillet 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, littérature USA, Polars

« La dernière veuve » de Karin Slaughter

Il y a longtemps que je voulais lire un thriller de Karin Slaughter, alors quand il a été proposé sur NetGalley je n’ai pas hésité :

Résumé de l’éditeur :

Août 2019. Une attaque à la bombe touche un quartier stratégique d’Atlanta. Sara Linton et son compagnon Will Trent, enquêteur pour le Georgia Bureau of Investigation, se précipitent sur le lieu de l’explosion. Alors que Sara tente de venir en aide aux victimes, elle est enlevée sous les yeux de Will par les poseurs de bombes et conduite au pied des Appalaches, dans un camp peuplé d’hommes armés et de femmes en longues robes blanches. Ce groupuscule paramilitaire aux airs de secte prévoit de multiplier les attaques terroristes à l’échelle nationale afin de rétablir la suprématie de l’homme blanc.

La menace est sans commune mesure. Le danger, imminent.

Ensemble, Will et Sara parviendront-ils à déjouer l’attentat le plus meurtrier du XXIe siècle ?

Ce que j’en pense :

Sara et son compagnon Will sont en train de partager le repas avec Cathy, la mère de Sara qui est littéralement allergique à ce dernier. Une explosion retentit puis une deuxième, dans le secteur de l’hôpital. Ils précipitent lorsqu’ils sont arrêtés par un accident survenu depuis peu.

Sara, en sa qualité de médecin, Will, comme enquêteur essaient de comprendre ce qui a peu se passer, mais Sara est prise en otage devant les yeux de Will, qui ne sait comment agir. En fait, il s’agit des poseurs de bombes et ils ont déjà enlever une infectiologue réputée, sous les yeux de sa fille quelques semaines auparavant.

Au même moment, se tient une réunion au sommet avec tous les policiers, fédéraux, etc. à propos d’un détenu arrêté récemment, Novak, braqueur de banque, ne reculant devant rien. En haut lieu on redoute une évasion spectaculaire…

« Novak avait vécu aux côtés d’un groupe d’hommes qui croyaient comprendre la Constitution mieux que quiconque. Pire, ils étaient prêts à prendre les armes pour agir. Ce qui signifiait que, grâce à tous ces braquages, quelqu’un, quelque part, disposait d’un demi-million pour soutenir cette cause… »

Will s’était senti frustré de ne pas être invité à cette réunion, alors que sa collègue Faith, y participait, ce qui ne pouvait pas arrange son manque d’estime de lui-même…

On se retrouve ainsi dans un coin isolé transformé en « camp militaire-secte », où Dash le grand Manitou entraîne ses hommes. Parmi eux, des militaires, des jeunes recrues en manque de reconnaissance…

On y voit donc des soldats qui sont rentrés d’Irak, Afghanistan, déboussolés après avoir vu ce qu’ils ont vu, la rage au ventre avec l’envie de tuer tout ce qui n’est pas Blanc, et qui ont bien compris les méthodes d’endoctrinement et d’entraînement pour les mettre en pratique lorsque l’armée n’a plus voulu d’eux pour une raison ou une autre et déclencher une guerre sainte à leur façon…

Ces mecs (ça ne mérite pas le nom d’homme dit la féministe en moi !) s’organisent comme à l’armée, écoute leur chef autoproclamé refaire l’Histoire pour étayer son discours, en tout bon révisionniste, se sentant castré par les féministes qui ont trop de pouvoir, alors il faut les ramener à l’état de serpillère avec des méthodes dignes de leur tête décérébrée (les neurones sont tous en bas alors…) via le viol, la pédophilie, l’inceste, tout ce qui peut les casser dès le plus jeune âge…

« Les races s’organisent selon une pyramide. L’homme blanc est toujours au sommet, après quoi vient sa subalterne, la femme blanche, qui n’a qu’un seul maître à servir. Plus bas, on trouve diverses races. Tout le monde n’est pas égal sur cette terre… »

Ensuite, il faut passer à l’action en tuant le plus possible de gens, Dash, c’est le nom du chef, lave plus blanc, c’est connu…

Mais ne divulgâchons pas… Comment vont-ils s’y prendre ? c’est une enquête passionnante, tant sur le plan des personnages, des personnalités des policiers, les cachoteries entre services, je n’ai pas vu passer les 580 pages…

On apprend pas mal de choses, au passage, sur Rockwell, le fondateur du Parti nazi américain, ou Butler, fondateur des Nations aryennes et autres personnages non fréquentables, mais ayant le vent en poupe pour étayer le raisonnement du FBI.

Le seul bémol : au début, l’auteure reprend le récit des évènements, de la manière dont ils sont vécus par les différents protagonistes, ce qui aurait pu plomber la lecture, mais le style change peu à peu, alternant les récits de chacun : ce que vit Sara, les progrès de l’enquête… j’ai trouvé le final un peu trop rapide, j’aurais aimé plus de détails, c’est bien-sûr un page-turner…

Il y a pas mal de temps que je vois passer des critiques enthousiastes sur Karin Slaughter, et c’est ma première incursion dans son univers, le fait que les héros soient récurrents ne m’a pas gênée, on n’a pas besoin de savoir ce qu’il leur est arrivé à chacun avant d’ouvrir ce thriller, mais on a envie d’en savoir plus après… pour écrire ce roman elle s’est beaucoup documenté, méthode Franck Thilliez, pour ne laisser aucun détail au hasard afin que son histoire soit crédible.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Harper Collins Noir qui m’ont permis de lire ce roman et de découvrir enfin le talent de son auteure…

#Ladernièreveuve #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

N°1 sur les listes internationales de best-sellers, Karin Slaughter est l’un des auteurs les plus populaires et les plus plébiscités dans le monde. Publiée en 36 langues et vendue à plus de 35 millions d’exemplaires, elle est l’auteur de 16 romans, parmi lesquels figurent les séries Grant County et Will Trent, le roman COP TOWN, nominé pour l’Edgar Award, et PRETTY GIRLS, son premier thriller psychologique.

Née en Géorgie, Karin Slaughter vit actuellement à Atlanta.

Extraits :

Le problème, c’était de trouver un homme. Faith ne voulait pas sortir avec un flic, parce qu’il suffisait de sortir avec un flic pour que tous les autres s’imaginent qu’ils pouvaient nous baiser…

Elle (Sara) l’avait persuadé de faire faire ses costards sur mesure si bien que, de portemanteau de soldes dans un magasin grandes tailles, il s’était mué en mannequin de vitrine chez Hugo Boss…

Entendre Dash régurgiter cette idéologie raciste avait conduit Sara à voir d’un autre œil les enfants de cet homme. Leurs cheveux blonds, leurs yeux bleus brillants, leurs robes blanches qui les faisaient ressembler à des figurines de gâteau de mariage lui évoquaient maintenant « Les femmes de Stepford » plutôt que « La petite maison dans la prairie »…

Nous menons ici une vie simple avec des rôles traditionnels. C’est comme ça que les premiers Américains ont non seulement vécu mais prospéré. On vit tous plus heureux quand on sait ce qu’on attend de nous. Les hommes font des travaux d’hommes et les femmes, des travaux de femmes. Nous ne laissons pas le monde moderne perturber nos valeurs…

Vous êtes en train de dire que le nombre de membres dans ces groupes racistes (les suprématistes) augmente parce que l’économie est dans la merde et que les emplois sont rares, donc que les gens cherchent autour d’eux des gens à blâmer…

Une équipe du ministère de la Sécurité intérieure a produit un document sur le mouvement suprémaciste blanc au sein de l’armée, et non seulement ils ont perdu leur financement, mais ils ont été obligés de retirer les conclusions qu’ils présentaient.

Je suppose que vous avez déjà entendu tout ça, dit Van. Les femmes blanches qui n’ont pas le même taux de natalité que celles des minorités, le féminisme qui détruit le monde occidental, les hommes blancs qu’on castre…

Ils sont des centaines, et tout autant de loups solitaires installés dans leurs caravanes, qui déversent des conneries comme quoi il faut tuer tous les Noirs et violer ces nazies de féministes…

Lu en juillet 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature canadienne, Polars

« Un assassin parmi nous » de Shari Lapena

Place à un polar, aujourd’hui, avec le dernier livre d’une auteure que j’ai découverte l’an dernier :

Résumé de l’éditeur :

Rien de tel qu’un séjour au Mitchell’s Inn pour se refaire une santé…

Le Mitchell’s Inn est un hôtel de charme perdu au cœur de la forêt. Ses pensionnaires croient avoir choisi la destination idéale pour se détendre au coin du feu, loin de la frénésie new-yorkaise. Là-bas, pas de portables ni d’Internet. Mais la tempête fait rage et, après une coupure d’électricité, on découvre Dana, venue pour une escapade romantique avec son fiancé, morte au pied de l’escalier. Chute accidentelle ? Drame conjugal ? Alors que les conditions météorologiques se dégradent encore et que l’établissement est coupé du monde, un deuxième cadavre est retrouvé. Le doute n’est alors plus permis : l’assassin est dans la place, et pas moyen de lui échapper…

Un huis clos façon murder party qui se lit sans temps mort. Qui est le meurtrier et quelle est sa motivation ? Qui est le prochain sur sa liste ? Écrivaine pleine d’ambition, couple au bord du divorce, héritier richissime, amies de longue date… Tous les protagonistes, clients comme employés, ont quelque chose à cacher !

Ce que j’en pense :

Les uns après les autres les clients arrivent, non sans peine, à l’hôtel Mitchell’s Inn, pour y passer un week-end de détente. C’est un hôtel de charme, loin de tout, sans Internet, Wi-Fi et autres joyeusetés indispensables pour certains… tenu par James et son fils Bradley.

La route est verglacée et déjà, Gwen et son amie Riley se font remarquer : sous l’effet du stress, Gwen perd le contrôle de sa voiture qui se retrouve dans le fossé. Il faut dire que conduire à côté d’une journaliste de terrain qui a été longtemps sur les scènes de guerre, notamment en Afghanistan, dont elle est revenue avec un SSPT pas trop pris en charge…

Parmi les autres clients, David un avocat pénaliste reconnu, dont la femme a été assassinée dans des conditions bizarres. Un couple venu se ressourcer avant le mariage : Matthew, riche famille, sa fiancée Dana beauté qui rend les autres femmes jalouses ; Beverly et Henry dont le couple bat de l’aile depuis que les enfants ont grandi, et enfin, un dernier couple Ian et Lauren.

Tout ce petit monde fait connaissance et semble aller pour le mieux. Une autre cliente, Candice White est dans sa chambre penchée sur son ordinateur pour avancer dans l’écriture de son nouveau roman.

Soudain un cri, Lauren vient de découvrir le corps de la belle Dana au pied de l’escalier, morte. Chute accidentelle ? Meurtre ? C’est ce que pense David qui va tenter de comprendre et décide qu’il faut laisser le corps dans l’escalier, afin que la police puisse procéder à son enquête.

Dehors, règne une magnifique tempête de neige qui va provoquer une panne d’électricité et enfermer tout ce petit monde, incapable de vivre sans être connecté dans un huis-clos féroce, un autre meurtre ne tardant pas à être commis, et avec la météo la police ne risque pas d’arriver rapidement.

En fait, on comprend vite que chacun a un secret enfoui dans le placard, et tout le monde va se mettre à suspecter tout le monde avec, pour pimenter le tout, Riley qui noie son stress post traumatique dans l’alcool et probablement les médicaments et en rajoute une couche avec ses idées délirantes, à l’affut du moindre bruit….

Au début, un peu dubitative, je me suis laissée emporter par l’habilité avec laquelle Shari Lapena fait monter la tension, étoffant l’histoire de chaque protagoniste au fur et à mesure qu’on avance avec un final que je n’ai pas vu venir. C’est la marque de fabrique de l’auteure, il semblerait, de jouer sur le contexte psychologique, alors qu’on a l’impression qu’on n’avance pas : j’ai découvert son style avec « L’étranger dans la nuit » que j’ai plutôt apprécié, mais celui-ci m’a plu davantage.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Presses de la Cité qui m’ont permis de découvrir ce roman et de mieux connaître l’univers de son auteure. Il me reste encore « Le couple d’à côté » qui a eu pas mal de succès.

#Unassassinparminous #NetGalleyFrance

Challenge Tour du monde de l’été.

8/10

L’auteure :

Shari Lapena a travaillé comme avocat et professeur d’anglais avant de se consacrer à l’écriture.

Elle est surtout connue pour son roman à suspense de 2016, « Le couple d’à côté », qui a été un best-seller tant au Canada qu’à l’étranger.

En 2017 paraît « L’étranger dans la maison ».

Elle vit à Toronto.

Extraits :

Riley regarde par la vitre en direction des bois sombres. Une sourde angoisse l’étreint à la pensée qu’à tout instant un soldat pourrait surgir devant leur véhicule et leur ordonner de s’arrêter. Alors, elle serre les poings dans les poches de sa parka et s’efforce de se rappeler qu’elle n’est plus stationnée en Afghanistan mais de retour dans l’état de New-York et parfaitement en sécurité. Rien ne peut plus lui arriver.

Tout cela à cause de la guerre et des horreurs dont elle a été le témoin qui l’ont irrémédiablement brisée, au point qu’elle a du mal à se reconnaître aujourd’hui…

Candice a la nette impression d’avoir perdu sur les deux tableaux. D’abord, elle n’a pas connu le bonheur d’avoir des enfants – un bonheur, cela dit, que ses sœurs ne semblent pas apprécier à sa juste valeur. Mais, en prime, on lui a refourgué la corvée éreintante de démoralisante de veiller sur une personne âgée. (Dépendante celle-ci ne la reconnaît même plus.)

Les clients font mine de se rassembler une nouvelle fois dans le lobby vers 16 heures, l’heure du thé. Ils continuent de faire leur possible pour ignorer le corps au bas des marches, passant rapidement sur le côté pour rejoindre la salle à manger…

Lu en juillet 2020

Publié dans Coups de coeur, Littérature française, Roman historique

« Rivage de la colère » de Caroline Laurent

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi pour son thème qui m’intéresse depuis toujours, et les critiques enthousiastes que j’ai pu lire m’ont confortée dans mon choix :

Résumé de l’éditeur :

Après le succès de « Et soudain, la liberté », co-écrit avec Evelyne Pisier, voici le nouveau roman de Caroline Laurent. Au cœur de l’océan Indien, ce roman de l’exil met à jour un drame historique méconnu. Et nous offre aussi la peinture d’un amour impossible.

Certains rendez-vous contiennent le combat d’une vie.

Septembre 2018. Pour Joséphin, l’heure de la justice a sonné.

Dans ses yeux, le visage de sa mère.

Mars 1967. Marie-Pierre Ladouceur vit à Diego Garcia, aux Chagos, un archipel rattaché à l’île Maurice. Elle qui va pieds nus, sans brides ni chaussures pour l’entraver, fait la connaissance de Gabriel, un Mauricien venu seconder l’administrateur colonial. Un homme de la ville. Une élégance folle.

Quelques mois plus tard, Maurice accède à l’indépendance après 158 ans de domination britannique. Peu à peu, le quotidien bascule, jusqu’à ce jour où des soldats convoquent les Chagossiens sur la plage. Ils ont une heure pour quitter leur terre. Abandonner leurs bêtes, leurs maisons, leurs attaches. Et pour quelle raison ? Pour aller où ?

Après le déchirement viendra la colère, et avec elle la révolte.

Roman de l’exil et de l’espoir, « Rivage de la colère » nous plonge dans un drame historique méconnu, nourri par une lutte toujours aussi vive cinquante ans après.

Ce que j’en pense :

Joséphin essaie depuis des années, de faire reconnaître la déportation des chagossiens et l’histoire débute sur un de ses combats, en 2018. Il se souvient très peu de son île natale, car il avait sept ans quand il a été déporté avec sa famille, tous les îlois, car pour obtenir l’indépendance, le premier ministre de Maurice Seewozagur Ramgoulam a accepté, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes du gouvernement anglais (premier ministre de l’époque Wilson) de céder l’archipel des Chagos, en particulier l’île de Diego Garcia pour que les USA la transforme en base militaire.

Pour cela, il faut qu’il n’y ait pas d’habitants :

« Les Américains devaient présenter à l’ONU un dossier fourni par les Anglais assurant que le territoire était vierge « d’habitants autochtones », afin d’obtenir un accord pour créer une base militaire. »

Or, ce n’est pas le cas, puisque là vivent les Chagossiens, en harmonie avec la Nature, sur les plages de sable fin, travaillant à fabriquer l’huile de coprah. Qu’à cela ne tienne, on va les envoyer ailleurs !

On fait ainsi la connaissance de Marie-Pierre Ladouceur, sa sœur Josette, et toute la génération. Les liens intergénérationnels sont forts, on se contente de peu, on fait la fête, on danse, le mariage de Josette se prépare… Christina, son fiancé vient d’arriver de Maurice, à bord du Sir Jules.

Marie-Pierre de déplace pieds-nus, chasse le poulpe, vit simplement ; elle a eu quelques aventures, et elle est mère d’une petite fille. Son patronyme est savoureux : s’appeler Ladouceur quand on est une femme énergique, obstinée qui ne lâche jamais rien !

Sur le même bateau arrive Gabriel, issu de famille aisée de Maurice, dont le père est un patriarche acariâtre qui règne en dictateur sur ses enfants, surtout Gabriel, mais aussi sur sa petite sœur Evelyn. Le fils aîné, Benoît est le chouchou, lui a eu le droit d’aller étudier en Angleterre alors que son père refuse qu’il aille y étudier à son tour. La mère est décédée, quand il avait une dizaine d’années.

Marie est fascinée par lui et une histoire d’amour démarre, en douceur, car ils sont différents, par leur couleur de peau, leur rang social, et Marie ne sait ni lire ni écrire…

Pendant qu’ils s’installent dans leurs vies, des choses se trament, derrière leur dos bien-sûr, c’est pratique pour les gouvernants qu’ils soient illettrés pour leur extorquer n’importe quoi et ils vont se retrouver déportés, il n’y a pas d’autre mot pour qualifier ce qu’on leur a fait, vers Maurice, comme des animaux dans la cale d’un bateau, on se contentera de leur donner à boire, de temps en temps, pas assez d’eau pour tout le monde… je ne désigne personne, mais suivez mon regard…

« Le gouvernement mauricien avait vendu les Chagossiens aux Anglais. Vendu, littéralement. Ce n’était pas seulement une question de pouvoir et d’indépendance de l’île. Trois millions de livres sterling étaient en jeu… »

Caroline Laurent nous raconte, avec ce sublime roman historique, la tragédie et le combat des Chagossiens pour avoir le droit de récupérer leurs droits, de retourner sur leur terre. C’est un fait historique, une tragédie que je ne connaissais pas du tout et que l’auteur aborde de fort belle manière ; elle a bâti son roman en se basant sur une documentation importante, qu’elle cite au passage.

Elle alterne les récits : Joséphin raconte son combat (qui fut d’abord celui de sa mère, mais qu’il a repris à son compte) le « Groupe Réfugiés Chagos », et fait remonter, au fur et à mesure qu’il progresse, toute l’histoire de Marie et des autres habitants, la dureté de l’exil, de partir, en emportant quelques objets ou vêtements, souvenirs d’une terre perdue, et les conséquences, sur la santé physique et mentale. Ce combat est toujours d’actualité, comme en témoignent des évènements remontant au début de cette année!

L’auteure nous propose une carte de toute la région, un peu trop petite de la version e-book, qui m’a été très utile pour situer Diego Garcia, vue l’importance de mes lacunes en géographie…

J’ai beaucoup aimé ce roman, car l’histoire d’amour entre Marie et Gabriel est tout à fait crédible, ce qui n’est pas souvent le cas lorsque l’on veut raconter l’Histoire en la mêlant à la petite histoire. Ici, Caroline Laurent a très bien réussi l’exercice.

L’écriture est très belle, avec une réflexion profonde sur l’exil, la déportation, la couleur de peau, la colonisation-décolonisation britannique, ce qui donne des phrases superbes (cf. les extraits ci -dessous). L’incipit est magnifique.

Je n’ai pas lu son précédent livre « Et soudain, la liberté », écrit, à quatre mains, avec Evelyne Pisier qui va donc rejoindre ma PAL.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales, (j’apprécie beaucoup cette maison d’éditions) qui m’ont permis de découvrir ce roman passionnant et son auteure, dont j’ai hâte de retrouver la plume.

#Rivagedelacolère #NetGalleyFrance

https://www.temoignages.re/social/droits-humains/chagos-un-peuple-pacifique-sacrifie-pour-pouvoir-faire-la-guerre,98569

L’auteure :

Caroline Laurent est franco-mauricienne. Après le succès de son livre co-écrit avec Evelyne Pisier« Et soudain, la liberté » (Les Escales, 2017 ; Pocket, 2018 ; prix Marguerite Duras ; Grand Prix des Lycéennes de ELLE ; Prix Première Plume), traduit dans de nombreux pays, elle signe son nouveau roman « Rivage de la colère ».

En parallèle de ses fonctions de directrice littéraire chez Stock, Caroline Laurent a été nommée en octobre 2019 à la commission Vie Littéraire du CNL.

Incipit :

Ce n’est pas grand-chose, l’espoir. Une prière pour soi. Un peu de rêve pilé dans la main, des milliers d’éclats de verre, la paume en sang. C’est une ritournelle inventée un matin de soleil pâle.

Extraits :

Je n’ai pas la foi. Je préfère parler d’espoir. L’espoir, c’est l’ordinaire tel qu’il devrait toujours être : tourné vers un ailleurs.

La justice est la méchante sœur de l’espoir. Elle vous fait croire qu’elle vous sauvera, mais de quoi vous sauver-t-elle puisqu’elle vient toujours après le malheur.

Il était temps de fuir Maurice. Partir, s’éloigner de soi-même. Mais, part-on jamais vraiment.

Sauvage. Sagouin. Nègre-bois. Voleur. Crétin. Crevard. Chagossien, ça voulait dire tout ça quand j’étais enfant. Notre accent ? Différent de celui des Mauriciens. Notre peau ? Plus noire que celle des Mauriciens. Notre bourse, vice. Nos maisons, inexistantes.

Méprise-les, oublie-les, me répétait ma mère. Mais comment oublier la honte ?

C’est ainsi à Maurice : Blancs, Créoles, Mulâtres, les variations sont infinies, la folie et la méfiance aussi.

C’étaient avant tout des registres de comptes, compilant les transactions commerciales entre Diego Garcia et Maurice. Dessous, des livres plus anciens, tous rédigés en anglais, recensaient les transferts d’esclaves déportés de Madagascar vers les Chagos…

L’indépendance, je veux dire la pure, la véritable, l’absolue, n’existe pas. On est toujours le colonisé de quelqu’un d’autre.

Qu’est-ce qui forge une identité ? Un nom, une profession, la couleur d’un passeport, un certain alignement des planètes ?

Ce qui nous fonde, n’est-ce pas simplement l’amour qui a présidé à notre naissance, ou bien à l’inverse, l’absence de tout sentiment ?

Définition du doute : un vide enveloppé de mots.

Quand on a été forcés de partir, on a perdu tout ça. On a perdu nos biens matériels et immatériels ; on a perdu nos emplois, notre tranquillité d’esprit, notre bonheur, notre dignité, et on a perdu notre culture et notre identité.

Comment prouver autrement que par les larmes qu’un accord politique ne peut, ni ne doit passer avant le déracinement d’un peuple ? C’est ce qu’il va nous falloir trouver.

Certaines choses ne changeraient jamais, en effet. Les politiques vendaient un idéal auquel ils ne croyaient pas eux-mêmes. La nation arc-en-ciel ? La belle affaire : Les communautés se regardaient en chiens de faïence, prêtes à dégainer au premier dérapage.

L’existence n’était rien d’autre que ça, une succession de vérités et de mensonges qui pouvaient faire basculer votre vie sur un mot, un cri, un silence.

Le métissage, c’est toujours trop ou pas assez. Il n’y a pas d’équilibre. Pas de recette, pas de dosage. Quoi que vous fassiez, vous serez pris pour celui que vous n’êtes pas.

La prison de l’ignorance. Ce que tous, puissants, politiques, notables, faisaient payer aux îlois, c’était leur ignorance. Gabriel en était convaincu…

…Des gens démunis. Celui qui ne sait ni lire ni écrire est d’une matière vulnérable. C’étaient les puissants eux-mêmes qui les avaient empêchés d’accéder au savoir.

Lu en juillet 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature chilienne

« Plus loin que l’hiver »: Isabel Allende

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley, car je gardais un bon souvenir de l’auteure, m’intéressant depuis longtemps au Chili et son histoire :

Résumé de l’éditeur :

Chilienne expatriée au Canada durant la dictature de Pinochet, Lucía Maraz porte encore les profondes cicatrices de son passé. Elle ne s’est jamais tout à fait remise de la disparition de son frère, au cours des premières années du régime, et a également dû affronter un divorce et se battre contre le cancer. Mais lorsque, professeur invitée à l’université de New York, elle s’installe dans l’appartement au sous-sol du brownstone de son collègue, le professeur Richard Bowmaster, elle entame ce nouveau chapitre de sa vie avec entrain et optimisme.


Plusieurs deuils ont plongé Richard Bowmaster, d’un tempérament opposé et rongé par la culpabilité, dans une profonde solitude qu’il ne supporte qu’en menant une vie monastique, se détournant le moins possible de la routine qu’il s’impose. Au cœur de la tempête de neige la plus importante que Brooklyn ait connu de mémoire d’homme, un banal accident de voiture aura pourtant raison de son ostracisme. Alors que Richard se retrouve face à la jeune femme – immigrée guatémaltèque sans papier – dont il vient de heurter le véhicule, il est contraint d’appeler sa locataire pour l’aider. Evelyn Ortega va alors leur révéler un secret qui les entrainera tous les trois plus loin qu’ils ne l’auraient imaginé, et entre confidences et révélations, liera leur destinée de manière inattendue.


Plus loin que l’hiver est certainement l’un des romans les plus personnels d’Isabel Allende, mais c’est aussi un livre ancré dans l’actualité puisqu’il aborde les thèmes de la migration et des identités. Se jouant des clichés et des préjugés, de New York au Guatemala, en passant par le Brésil et le Chili des années 70, Isabel Allende livre une très belle histoire d’amitié et de rédemption.

Ce que j’en pense :

Une tempête s’est abattue sur New-York ; impossible de mettre le nez dehors. Obligé de sortir quand même, Richard Bowmaster tente de maîtriser tant bien que mal son véhicule, mais distrait, il en perd le contrôle et heurte le pare-chocs d’une Lexus qui a freiné devant lui. En voulant « dédommager » la jeune conductrice, Evelyn Ortega, il se heurte à un refus, laisse quand même ses coordonnées.

Quelques heures plus tard, la jeune femme sonne à sa porte, complètement dépassée et lui explique, qu’elle est en situation irrégulière, conduisait la voiture de son employeur, et qu’il y a une surprise dans le coffre !

Dépassé, Richard se rend au rez-de-chaussée où habite Lucia, sa locataire qui travaille dans la même université que lui et qui est un peu amoureuse de lui, mais à soixante ans, c’est compliqué…

Tous les trois vont se retrouver dans un imbroglio qui va les emmener dans un road trip vers le Canada, et cela va être l’occasion de découvrir le passé de ce trio.

Lucia a fui le Chili, car son frère a été arrêté sous l’ère Pinochet et on ne m’a jamais revu. Sa mère n’arrive pas à se résoudre à cesser de le rechercher encore et toujours : comment faire le deuil, quand on ne sait pas si la mort est avérée ou non, quand on n’a pas de lieu pour se recueillir et qu’on n’a même pas pu organiser une cérémonie. Lucia s’enfuit au Canada. Mais la vie ne lui fera pas de cadeau, mariage, amour, abandon vont s’enchaîner…

Evelyn, elle a dû fuir le Guatemala, où les trafiquants, font la loi, arborant des tatouages sur tout le corps (j’ai bien dit tout le corps, il y en a qui a même essayé de se faire tatouer le blanc des yeux, on imagine la suite…). Son père est aux abonnés absents, sa mère est partie aux USA pour gagner un peu d’argent qu’elle envoie à sa grand-mère, Conception, régulièrement.

La grand-mère en question, à la personnalité hors du commun, espérait que son petit-fils, Gregorio, arriverait à résister jusqu’à dix-huit ans pour faire son service militaire, mais les gangs sont tellement puissants…

« Quelques mois avant d’entrer sous les drapeaux, il parvint à se faire accepter dans les rangs des MS-13, le plus féroce des cartels mafieux, mieux connus sous le nom de Mara Salvatrucha… »

Evelyn en a fait les frais est à dû quitter son pays dans des conditions abominables : on connaît la manière dont ils sont accueillis sur le sol US …

Richard n’est pas mieux loti : un mariage passion qui a explosé, les morts sur son chemin, l’alcoolisme… il s’est enfermé dans un chagrin, dans la culpabilité, car on comprend très vite qu’il y a eu un drame dans sa vie dont il se sent responsable. Il veut tout contrôler, de l’alimentation à l’amour, et son hypocondrie est touchante, avec ses allergies présumées, explorant la moindre molécule de ce qu’il mange… Avec lui on fera un voyage au Brésil, car sa femme est brésilienne, avec une famille omniprésente, voire toxique…

J’ai beaucoup aimé ce roman qui est beaucoup plus qu’un road-trip, car Isabel Allende nous propose un récit attractif, chaque élément de l’expédition, rencontre, petite phrase a priori anodine, fait remonter des moments du passé, que chacun des trois a voulu oublier, car cela provoquait un trop-plein de souffrances qui ne pouvait que les empêcher de vivre. Les carapaces se fendillent, la parole se libère, et tous les trois vont sortir du mode survie dans lequel ils étaient au bord de la noyade depuis des années.

J’ai adoré la relation de Richard, avec ses chats, qui ont atterri chez lui presque par hasard, forçant sa porte, qui sont aussi indifférents et désabusés que lui et qu’il a baptisé : Um, Dois, Tres en souvenir du Brésil.

J’ai beaucoup aimé les références à l’histoire du Chili, mais aussi à celle du Guatemala et de toute l’Amérique latine en proie si longtemps à la main de fer des dictatures, des cartels. Mais les USA ne sont pas en reste : immigration clandestine, esclavage moderne, trafic d’êtres humains…. L’auteure parle très bien de l’exil, géographique ou intérieur, tous les trois sont des exilés, chacun à leur manière.

Je n’avais lu que deux romans d’Isabel Allende, il y a très longtemps : « La maison aux esprits » et « Portrait sépia » que ma mère avait dans sa bibliothèque, et j’en gardais un bon souvenir. Mais, comme c’était la période des études, des partiels, examens, j’avais une manie (que j’ai gardée un peu quand même) : chaque fin de session, je lisais des romans légers pour récupérer le bachotage alors, vues les notes que j’ai attribué à ces deux livres sur Babelio, je ne sais pas si ce furent des lectures aussi marquantes que dans mon souvenir… en tout cas, elles m’ont donné envie de lire ce dernier opus de l’auteure et j’ai passé un bon moment.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver son auteure…

#Plusloinquelhiver #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Isabel Allende, née en 1942 au Pérou, a grandi au Chili. Auteure de nombreux romans, tels « Fille du destin », « La Cité des dieux sauvage », « L’Île sous la mer » et « L’Amant japonais », elle connaît une renommée internationale dès la publication de son premier roman, « La Maison aux esprits ».

 Ses livres sont aujourd’hui traduits en trente-cinq langues et se sont vendus à plus de 65 millions d’exemplaires à travers le monde. Isabel Allende a été récompensée en 2018 par le National Book Award pour sa contribution exceptionnelle aux lettres américaines, elle partage désormais son temps entre la Californie et le Chili.

Extraits :

Elle voulait vivre à l’étranger, où les défis quotidiens maintenaient l’esprit alerte et occupé, le cœur dan un calme relatif, car au Chili, elle craignait la pesanteur des habitudes, de la routine et de tant de barrières.

En fait, il craignait de tomber amoureux : un piège qu’il avait évité pendant vingt-cinq ans. Il ne se demandait pas pourquoi il refusait de s’éprendre, car la réponse lui semblait évidente : c’était une pénitence inéluctable. Avec le temps, il s’était fait à ses habitudes monastiques et au silence intérieur de ceux qui dorment seuls.

Si la vie dure, ce qu’il faut c’est le cancer de la prostate ; si l’on survit davantage, c’est le cerveau qui se déglingue. L’âge de la peur était arrivé : les voyages ne le tentaient plus il était amarré aux commodités de sa maison, ne voulait plus d’imprévus, avait peur de se perdre, de tomber malade et de mourir sans personne pour découvrir son cadavre avant une semaine a ou deux, quand les animaux auraient dévoré une partie de ses restes.

Le plus terrible dans la mort, c’était l’idée de l’éternité. Mort pour toujours, quelle horreur !

Sinon, elle (Evelyn) pouvait se faire comprendre avec une éloquence inattendue en « spanglish », ce mélange d’espagnol et d’anglais devenu la langue vernaculaire de nombreux Latinos aux États-Unis…

Peu d’enfants terminaient leurs classes : les gamins cherchaient des petits boulots ou finissaient dans les bandes et le trafic de drogues, tandis que les filles tombaient enceintes, tentaient leur chance en ville ou étaient recrutées pour la prostitution.

Envoie donc ton surmoi se faire foutre mon vieux. Cette manie d’examiner à la loupe chaque action passée ou présente, et de se flageller sans cesse, est une perversion, un péché d’orgueil. Pourquoi te donner une telle importance ?

Il gardait son existence sous contrôle, avec une précision militaire. C’est à quoi servaient ses nombreuses listes de tâches et son calendrier inflexible qui avaient tellement fait rire Lucia quand elle les avait découverts. Le problème, quand on travaillait avec elle, est que rien ne lui échappait.

Certains (étudiants) montraient une ignorance monumentale : ils arrivaient à l’université sans pouvoir situer le Chili sur une carte, pas plus que leur propre pays dans le monde ; pour eux, les États-Unis se confondaient avec l’univers.

Lu en juillet 2020


Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature Royaume-Uni, Polars

« La Nanny » de Gilly MacMillan

Je vous parle aujourd’hui d’un polar que j’ai choisi surtout pour m’aérer l’esprit alors que le précédent de l’auteure m’avait laissée sur ma faim, mais j’ai une envie de polars ces derniers jours…

Résumé de l’éditeur :

Entre Chanson douce de Leïla Slimani et Rebecca de Daphné Du Maurier, un thriller élégant et terrifiant.

Jocelyn, sept ans, aime sa nourrice plus que tout. Lorsque celle-ci disparaît sans laisser de traces, Jo est inconsolable. Comment a-t-elle pu partir ainsi, sans même lui dire au revoir ?
Trente ans plus tard, Jo se voit obligée de retourner vivre dans la demeure familiale, malgré la relation conflictuelle qu’elle entretient avec sa mère.

Alors qu’elle passe des jours sombres dans la bâtisse immense et inquiétante, une nouvelle vient bouleverser son quotidien : Hannah, sa nourrice, est de retour. Jo exulte, ravie de retrouver enfin la seule personne qui l’a réellement aimée.

Mais lorsque des restes humains sont découverts dans le jardin, la situation vire au cauchemar. Que s’est-il réellement passé lorsqu’elle était enfant ? Quels secrets cachait sa nourrice et que fuyait-elle ? Peut-elle faire confiance à sa mère ?

Huis clos étouffant, La Nanny prouve une nouvelle fois le talent de Gilly Macmillan pour les intrigues psychologiques parfaitement maîtrisées.

Ce que j’en pense :

Jocelyn a sept ans lorsque sa Nanny adorée, Hannah, disparaît du jour au lendemain sans laisser la moindre explication ? Elle déteste sa mère, vénère son père et les relations ne sont pas parties pour s’arranger. Elle est partie aux USA pour se marier et restée dix ans sans revoir ses parents, n’est même pas venue assister aux funérailles de son père. Mais son mari décède brutalement d’un accident de la route et elle est obligée de rentrer au manoir familial avec Ruby sa fille de dix ans.

Bref, il règne une ambiance délétère dans le manoir et elle voit d’un mauvais œil qu’une complicité s’installe entre Ruby et Virginia. Brutalement, un crâne est découvert dans le lac qui borde le manoir. Qui est-ce ? serait-ce Hannah ? Et voici qu’Hannah revient toquer à la porte…

Inutile de dire que cela ne va pas arranger la situation entre Jo et sa mère. L’enquête avance laborieusement avec un policier farouchement anti-aristocrate et le ton hautain de Lady Holt va l’exaspérer au plus haut point…

Il s’agit d’un thriller psychologique, assez lent, dans un contexte de non-dits, de haine familiale avec une Nanny très déjantée, dans un milieu aristocrate qui est aux antipodes du mien et que j’ai du mal à comprendre, et Jocelyn qui veut absolument qu’on l’appelle Jo (imaginez la réaction de Lady Virginia !) est exaspérante, on se demande souvent si sa fille n’est pas plus mature qu’elle !

Il y a des incursions intéressantes dans le monde de l’art et des descriptions des codes de cette société qui se croit parfois au-dessus des lois, avec les fêtes somptueuses, les toilettes, les bijoux, la frivolité que l’auteure décrit férocement. Certaines phrases sont des uppercuts parfois, notamment lorsqu’elle évoque la haine d’un enfant pour sa mère et les répercussions que cela peut avoir. Cela sent le vécu, on dirait !

Gilly MacMillan alterne le passé et le présent pour que l’on en apprenne progressivement davantage sur les protagonistes, les évènements, procédé qui me plaît toujours.

Le rythme est lent au départ, mais le récit devient de plus en plus opaque, pervers, on ne sait plus qui manipule qui et l’intrigue se corse, le suspense s’installe et va croissant…

C’est le deuxième roman de l’auteure que je lis, et celui-ci m’a plu davantage que « Je sais que tu sais » J’ai passé un bon moment avec ce roman, mais le rythme est trop lent pour moi, je préfère les thrillers où les choses vont vite, où la perversité est plus prégnante. C’est un bon polar pour l’été.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver son auteure dont je lirais peut-être finalement « Ne pars pas sans moi ».

#LaNanny #NetGalleyFrance

7/10

L’auteure :

Gilly Macmillan a grandi à Swindon dans le Wiltshire et en Californie du Nord.

Après des études en histoire de l’art et avoir travaillé pour le Butlington Magazine, elle devient professeur de photographie dans le secondaire.

Puis elle se consacre à l’écriture, publiant, entre autres : « Ne pars pas sans moi », « La fille idéale », « La Nanny »

Extraits :

Je me dis que les lumières du lustre doivent refléter joliment mes yeux, mais je ne me sens pas détendue ; à vrai dire, mon état d’esprit serait parfaitement illustré par le célèbre tableau de Munch, « Le cri ».

Ma mère, soixante-dix ans, une relique de l’aristocratie anglaise, froide, vieux jeu, snob, égoïste et cupide, veillant toujours à soigner son langage.

Ruby : dix ans, née et élevée en Californie, vive, gentille, fan de jeux sur Internet, ex-membre d’une équipe de foot féminine et garçon manqué depuis toujours.

Aimer son enfant sans qu’il vous aime en retour est un déchirement terrible de tous les instants. Jocelyn ne m’a jamais aimée, même quant elle était petite, même quand elle était bébé. La faute ne peut venir que de moi, du parent, et pourtant je n’ai jamais compris ce que j’avais fait de mal.

En même temps que leur première bouillie, on nourrit les pairs du royaume de l’idée qu’ils ne devraient jamais avoir à dépendre d’une femme, qu’il leur faut se fier avant tout à leur propre pouvoir.

Quand un mari veut que son épouse soit le miroir de sa réussite, il risque d’aller voir ailleurs si elle lui renvoie une image qui le diminue.

Auparavant, la perspective de la maternité éveillait en moi un désir ardent, m’emplissait d’un délicieux sentiment d’impatience… Or, ce fut mon plus grand échec. Avez-vous la moindre idée de ce qu’on peut ressentir en croisant le regard haineux de son enfant ? J’avais l’impression qu’on m’arrachait l’âme. J’avais tant d’amour à lui donner… Mais, elle n’en voulait pas…

Lu en juillet 2020

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Lettre d’amour sans le dire » : Amanda Sthers

Je découvre pour la première fois l’univers d’Amanda Sthers avec ce roman :

Résumé de l’éditeur :

Alice a 48 ans, c’est une femme empêchée, prisonnière d’elle-même, de ses peurs, de ses souvenir douloureux (origines modestes, native de Cambrai, séduite et abandonnée, fille-mère, chassée de chez elle, cabossée par des hommes qui l’ont toujours forcée ou ne l’ont jamais aimée). Ancienne professeur de français, elle vit dans ses rêves et dans les livres auprès de sa fille, richement mariée et qui l’a installée près d’elle, à Paris.

Tout change un beau jour lorsque, ayant fait halte dans un salon de thé, Alice est révélée à elle-même par un masseur japonais d’une délicatesse absolue qui la réconcilie avec son corps et lui fait entrevoir, soudain, la possibilité du bonheur.

Cet homme devient le centre de son existence : elle apprend le japonais, lit les classiques nippons afin de se rapprocher de lui. Enfin, par l’imaginaire, Alice vit sa première véritable histoire d’amour. Pendant une année entière, elle revient se faire masser sans jamais lui signifier ses sentiments, persuadée par quelques signes, quelques gestes infimes qu’ils sont réciproques.
Le jour où elle maitrise assez la langue pour lui dire enfin ce qu’elle ressent, l’homme a disparu…
D’où la lettre qu’elle lui adresse, qui lui parviendra peut-être, dans laquelle elle se raconte et avoue son amour. Tendre, sensuelle, cette lettre est le roman que nous avons entre les mains : l’histoire d’un éveil. Ce qu’Alice n’a pas dit, elle l’écrit magnifiquement. Prête, enfin, à vivre sa vie.

Ce que j’en pense :

Alice, qui était professeur de français, a quitté Cambrai, pour emménager à Paris, à la demande de sa fille qui a fait un « riche mariage ». Ce n’est pas pour autant qu’elle s’y sent à l’aise, tant dans la belle-famille que dans la ville. Elle s’ennuie et se réfugie dans ses chers livres.

Un jour, en se rendant dans un salon de thé, il y a méprise, on lui propose un massage Shiatsu, car en fait la personne qui avait rendez-vous ne s’est pas présentée. Elle se retrouve, en pyjama traditionnel entre les mains de Akifumi, et parvient à se détendre suffisamment pour laisser parler son corps, sa peau…

Les vannes vont s’ouvrir, et les souvenirs, les émotions enfouies vont remonter, et elle accepte de les laisser remonter. Cela va devenir un rendez-vous quotidien, car ce contact physique entre les mains de cet homme et sa peau lui ouvre d’autres horizons. On se rend compte alors qu’elle a subi la violence, physique et verbale dès la prime enfance, s’est retrouvée enceinte très jeune, et mis à la porte par son père. Elle ne s’est jamais sentie aimée, pas plus par le père de sa fille, que par ses parents, ses collègues…

Très vite, elle fait des rêves érotiques et décide d’apprendre le japonais, pour pouvoir écrire une lettre à Akifumi, car il y a la barrière de la langue, lettre qu’elle lui enverra ou pas…

Dois-je poster cette lettre ? Je ne sais si vous devez la lire, mais je n’ai d’autre choix que de l’écrire. Sinon, je vais m’étouffer de tous ces mots retenus.

Au départ, je ne la trouvais pas très sympathique, elle ne fait rien pour être « aimable », dans le sens, se faire aimer, mais au fur et à mesure que j’avançais dans la lecture, j’ai eu de la tendresse pour ses failles, ses émotions, sa manière d’être le moins possible visible, fondue dans la masse.

J’ai aimé la manière dont elle parle de la littérature japonaise : Mishima, Tanizaki, Kenzaburô Ôé, Shikibu en faisant un clin d’œil en passant à Murakami, et la manière dont elle parle des « belles endormies » de Kawabata, qui m’a marquée lorsque je l’ai découvert, il y a longtemps :

Et « Les belles endormies » de Kawabata, j’ai pensé que ces jeunes geishas endormies dans un bordel pour que les vieillards les admirent comme on regarde sa jeunesse perdue, me parlaient de ma vie, du temps que j’ai laissé filer, en le sachant, oui, mais ne pouvant m’offrir mieux de peur de souffrir…

Sa manière de parler du Japon, de sa culture, de sa langue m’a plu car ce pays exerce une fascination sur moi, depuis longtemps, de Kawabata à Murikami, en passant par les maîtres Zen, comme Maître Deshimaru, par exemple, des Haïkus à l’Origami en passant par l’Ikebana…

Je suis juste un peu intriguée par le fait qu’elle ait pu faire autant de progrès en japonais en à peine un an et de pouvoir lire et apprécier les haïkus en japonais… 

L’idée du roman épistolaire me plaît toujours, et m’a fait penser, au passage, à « lettre d’une inconnue » de mon cher Stefan Zweig. Ce texte est plein de poésie de sensualité et de tendresse. C’et la première fois que j’ouvre un livre d’Amanda Sthers que je snobais jusqu’à présent, et cela a été une très belle découverte. Je ne sais pas si précédents livres sont de la même mouture, mais, en tout cas, j’ai envie de renouveler l’expérience.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvre ce roman épistolaire et son auteure.

#Lettredamoursansledire #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

C’est avec enthousiasme et passion qu’Amanda Sthers, scénariste et auteur dont les récents succès tant dans l’univers de la littérature adulte (« Chicken Street ») que dans celui du théâtre (« Le vieux juif blonde ») ont montré l’étendue de la palette, s’est consacrée à l’écriture de ce premier ouvrage pour les petits. Maman de deux jeunes enfants, elle y traite, avec douceur et sensibilité, des thèmes de l’amitié et de la tolérance.

Extraits :

Je sais maintenant que le mot Ukiyo n’existe pas dans mon langage, qu’il veut dire profiter de l’instant, hors du déroulement de la vie, comme une bulle de joie. Il ordonne de savourer le moment, détaché de nos préoccupations et du poids de notre passé.

Jamais je ne m’étais fait autant masser. Nous n’avions pas beaucoup de moyens et j’ai toujours donné la priorité à d’autres choses. Le corps n’avait pas de place dans nos vies. Nous l’habitions pour nous déplacer, manger, prendre du plaisir honteusement ou recevoir des coups, mais l’idée qu’il puisse exister en soi ne faisait pas partie de mon éducation.

Grâce à vous, mon corps s’est, en quelque sorte, remis à vivre. Il est devenu plus chaud, mon sang circule plus vite, je sens des fourmis dans le bout de mes doigts, comme une résurrection.

En taisant mon corps, mes sensations, pores fermés, nourriture sans jouissance, nuits sans amour, j’ai tu une partie de mes souvenirs, sans doute pour oublier.

A la fin de nos massages, l’odeur de votre peau sur la mienne était un pansement, et complétait mon parfum pour en créer un autre : nous.

Seul un être brisé peut en réparer un autre. On ne comprend la douleur que si on l’a fréquentée.

En japonais, tout est d’une mélancolie qui rend la mort douce. L’éphémère est ce qui semble créer la plus grande des émotions.

Je vais vous raconter des morceaux de ma vie afin que vous sachiez qui je suis et que vous puissiez m’accueillir sans mensonges ou que vous fermiez la porte à jamais.

Apprendre le japonais me permet de ralentir ma vie et de ne pas me sentir bousculée vers le précipice où ma mène chaque couloir de métro, chaque ruelle, chaque remous de Paris.

Un être amoureux calcule-t-il ? Si on se réfrène, c’est que le cœur déjà n’est plus le gouvernail, que la tête à pris le dessus, que l’on part au combat. J’ai plusieurs fois voulu croire au grand amour, mais il s’est bien moqué de moi.

Je découvre les romans minuscules de Kawabata, ces histoires qui tiennent dans le creux de la main mais disent tout d’une vie.

Je suis un fantôme qui ne fait pas peur, hanté par des souvenirs qu’il a tus.

Dans ce monde de riches, il semble désormais qu’il y ait une injonction au bonheur ou un besoin de montrer un visage lisse sans cesse. Soyons tous des poupées de plastique !

Le papillon est l’emblème de la femme chez les Nippons, deux papillons, celui de la félicité conjugale.

Je suis à un âge où vous savez bien que vous ne brillez que si les gens s’éteignent par intermittence en votre faveur. Pour cela, il faut qu’ils vous aiment.

Lu en juillet 2020

Publié dans spiritualités

« Femmes chamanes » Audrey Fella

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi pour magnifique couverture et son thème et qui m’a donné un peu de mal :

Résumé de l’éditeur :

Une immersion éclairante au cœur du chamanisme féminin et occidental d’aujourd’hui.

Autrice de nombreux ouvrages sur les femmes et le sacré, Audrey Fella a souhaité explorer le chamanisme au féminin, afin de découvrir ses spécificités. Plongée dans une aventure intime et personnelle, elle a rencontré six femmes remarquables, auprès desquelles elle a mené l’enquête. Un voyage chamanique, un stage de chant sacré, un atelier de peinture de sable, une diète de rose et d’autres rituels l’ont ainsi conduite sur un chemin de transformation, où elle a le sentiment d’accoucher d’elle-même. Et d’entrevoir une nouvelle manière d’être au monde, qui invite chacun à naître à soi, pour se relier plus harmonieusement aux autres et à la Terre mère.

Psychothérapeutes, artistes et enseignantes, Maud Séjournant, Claire Barré, Lorenza Garcia, Myriam Beaugendre, Brigitte Pietrzak et Sandra Ingerman ont été initiées par des chamanes de diverses traditions, amérindienne, amazonienne et mongole, et les esprits de la nature ; elles ont acquis une connaissance vivante, pour soigner et guider les autres. Elles nous offrent ici leur enseignement et leur sagesse.

Ce que j’en pense :

Ayant à affronter des problèmes pour avoir des enfants, l’auteure va rencontrer plusieurs femmes, chamanes » reconnues pour avancer dans sa quête et explorer ce qui peut poser problème dans le désir et la conception d’un enfant.

Elle nous propose une définition du chamanisme, « source de spiritualité vivante, proche de la nature, réconciliant le corps, l’âme et l’esprit » et son application au quotidien, ce qu’il peut apporter à l’Occident, qui voit sur tout dans cette spiritualité les transes, alors que les rituels sont codifiés, avec la recherche du féminin sacré. Chaque étape dans l’évolution de la femme est marquée par un rituel, les premières règles, la grossesse… mais le côté, je vais rendre à la Nature le sang menstruel me laisse un peu septique :

« Le sang menstruel récupéré retournait à la Terre, leur mère, dont elles étaient les filles. C’était un geste de bénédiction et de reconnaissance. »

L’auteure, pour écrire son livre s’est engagée à participer aux différentes cérémonies ou rituels. L’auteure nous livre, chaque fois, la quête qu’elle adresse à la Chamane qu’elle rencontre, elle assiste aux rituels, aux rencontres avec des groupes pour apprendre sa technique et nous présente ensuite une interview de la femme en question, son parcours personnel, ce qui l’a guidée… Ce qui est très intéressant, tant leurs univers sont différents.

L’auteure va rencontrer ainsi son propre animal totem : le loup. Comment ne pas penser au bestseller « Femmes qui courent avec les loups » de Clarissa Pinkola-Estés… Livre que j’ai acheté il y a des années et jamais lu…

 On va rencontrer successivement Maud Séjournant, pour qui « il faut toujours opérer en soi le changement que l’on souhaite voir autour de soi ». Avec elle, on se trouve dans un approfondissement de la définition, les références à la culture Navajo, aux accords Toltèques, la Roue de la Médecine et le rôle de l’initiation qui est le commencement du chemin et comment on va aller vers la transformation.

Avec Claire Barré on est plus sur le charnel et la sexualité, l’accouchement vécu comme un état modifié de la conscience et la recherche de l’animal totem. Elle explique notamment sa « rencontre spirituelle » avec Sitting Bull et les états de conscience modifiée » via les tambours.

Puis, l’auteure va approfondir sa quête avec Lorenza Garcia qui s’inspire des Navajos, les Diné et qui utilise l’expression artistique notamment les couleurs et leur signification, la technique de la peinture de sable, telle un mandala, la musique avec les chants des voyelles et les vibrations qu’ils provoquent, comme on peut les retrouver en sophrologie.

On évoque ensuite le principe du jeûne, la purge et de la sudation avec la diète de rose ou une technique basée davantage sur la prière, la lumière … et de tout ce qui peut conduire à la « guérison » avec parfois des affirmations qui laissent dubitatif :

« Le chamanisme complète harmonieusement la psychothérapie. Tout d’abord, il prend en compte l’être dans sa totalité : le corps, l’âme et la psyché. Ensuite, il utilise la transe qui permet de le soigner en profondeur et autrement, incluant par là sa dimension spirituelle. Autrement dit, il propose un soin plus global… »

Les tambours qui guident les rituels, m’ont rappelé les rituels tibétains avec les damarus, les clochettes, qui mettent dans un état méditatif particulier et donnent une énergie énorme : on en sort, crevé et mystérieusement plein de tonus. Mais pas de transe en ce qui me concerne… Promis, un jour, je vous parlerai des instruments, des pratiques, plus en détails…

Toutes ces femmes ont une vision personnelle du chamanisme en fonction du « maître » qui les a initiées et certaines sont très intéressantes, d’autres moins et la dernière m’a paru un peu trop déjantée, avec ses références aux « substances psychédéliques » … cf. la dernière citation.

J’ai également eu plus de mal avec les expériences de « sortie du corps » par exemple.

Je ne connaissais pas grand-chose sur le chamanisme, mais étant ouverte à la quête de spiritualité, ce livre m’a permis d’apprendre des éléments importants et j’ai retrouvé des pratiques, des méditations, des références qui rappellent ce que je connais bien dans le bouddhisme, l’importance de la méditation, des rituels, du respect de la Nature, une médecine différente, au plus près des plantes, mais aussi des minéraux…

J’ai aimé le respect de la Terre Mère, de la féminité, de la proximité avec la Lune, ses cycles qui sont synchrones avec le cycle féminin, par rapport au soleil masculin, l’importance de la reliance avec la Terre, les arbres, le ciel masculin aussi les éléments eau air feu … on prend conscience ainsi des sagesses très anciennes  qui ont des points communs entre elles, et qui mettent la femme en avant, en opposition avec le christianisme qui a envoyé la femme aux oubliettes pour mettre en place une société patriarcale…

J’ai également beaucoup apprécié la chamane de Mongolie et son raisonnement sur la genèse de la maladie, la manière dont parfois on préfère garder ses douleurs et se victimiser, sa sagesse m’a plu, et celle-là j’aurais aimé la rencontrer…

Si certains m’ont donné envie d’en savoir plus et de les rencontrer même parfois, d’autres sont très éloignés de mon univers. « Descartes a encore des émules » aimait me répondre mon algologue lorsque je voulais comprendre, et même si je suis branchée spiritualité, il y a des territoires où je n’ai pas trop envie d’aller.

Je tiens à préciser que la rédaction de ma chronique a été compliquée, car parmi toutes les informations, il est difficile de faire une synthèse. La bibliographie, à la fin du livre est gargantuesque, presque autant que les 113 notes de bas de pages. Je salue le travail de l’auteure, d’où la note. Pour moi qui aime beaucoup les loups, la couverture est splendide !

Une lecture très intéressante donc, et je dis un grand merci à NetGalley et à Mama éditions qui m’ont permis de découvrir ce livre et son auteure et peut-être d’explorer davantage le chamanisme, mais j’ai bien peur que ma PAL ne se mette en grève, étant donnée la vitesse à laquelle je l’alimente…

#Femmeschamanes #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Audrey Fella est une historienne, essayiste et journaliste, spécialisée dans le fait religieux et spirituel. Ses recherches portent sur la femme et le sacré, la mystique chrétienne et laïque. Elle s’intéresse également aux diverses expressions de la spiritualité contemporaine incarnée par les femmes, et à la manière dont la religion et la spiritualité peuvent participer à la quête de sens de nos contemporains.

Parmi ses titres, on retrouve « Les Femmes mystiques », « Histoire et dictionnaire », « Mélusine et l’éternel féminin » « Hildegarde de Bingen, la sentinelle de l’invisible »

Extraits :

Au sortir de ce rêve éveillé, je m’interroge sur la nature de ce léger état d’hypnose et la conscience, qui n’est peut-être pas le cerveau – comme tendent à le prouver de nombreux chercheurs aujourd’hui.4

Car le travail intérieur, qui consiste à se déconditionner, se libérer de ses croyances et de ses peurs limitantes, est sans fin…

Dans la société occidentale, l’arrivée des règles est souvent cachée et honteuse. Non célébrée, elle est souvent mal vécue. Cela vient de la culture religieuse judéo-chrétienne, qui considère les femmes comme impures et intouchables pendant celles-ci…   …. A l’inverse, la plupart des sociétés traditionnelles accompagnent rituellement les femmes tout au long de leur vie…

… beaucoup de femmes s’organisent et se réunissent lors de cercles chamaniques, de stages et d’ateliers de tous genres, inspirés par de nombreuses traditions pour réveiller leur féminin sacré. J’entends par là leur force de vie intérieure, qui leur permet d’être et de créer matériellement et spirituellement.

Le chamanisme répond donc au désir de spiritualité, de reliance et de transcendance, de ceux qui n’ont pas trouvé leur bonheur dans les religions ou ailleurs.

Le chamane ne se proclame jamais lui-même comme tel. Il est choisi par les esprits de sa tradition et reconnu par les membres de sa communauté.

Tel est le but principal de cet ouvrage : inviter le lecteur à voyager à l’intérieur de lui-même pour rencontre son être profond.

On touche ici au mystère de la création en soi : la faculté de se réaliser, qui implique d’écouter son féminin à travers sa petite voix intérieure pour que son masculin puisse manifester ce qu’elle lui souffle à l’extérieur, faire la relation avec le monde et réaliser un projet.

Elle (l’initiation chamanique) demande de l’engagement, de la patience et du discernement, afin de ne pas croire qu’on a atteint l’éveil alors qu’on est juste dans le gonflement de l’ego.

L’humanisme a fait cette erreur : mettre l’homme au-dessus de tout, ce qui a engendré la destruction de son environnement.

La mère qui « donne naissance » est donc le modèle type de la plupart des formes de ce que l’on appelle chamanisme…

J’avais l’impression d’avoir une dette envers Sitting Bull, car il m’avait ouvert à une nouvelle vie où, fermant les yeux, bercée par le rythme du tambour, j’avais accès à de nouveaux territoires de la conscience.

« Quand le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée et le dernier poisson pêché, alors l’homme s’apercevra que l’argent ne se mange pas ». Phrase souvent attribuée à Sitting Bull

Dans les sociétés amérindiennes actuelles, l’art est à la fois un outil de création, l’expression d’une sagesse et un mode de contestations.

Le chant permet de mettre le corps en mouvement et de le faire résonner. Car le corps est un instrument qui s’alimente d’inspire et d’expire. Chanter, c’est donc avant tout respirer.

La grande découverte du chamanisme a été de pouvoir prier avec mon corps. Ce qui était très différent de ma pratique spirituelle d’alors, qui a débuté avec le christianisme où je priais avec son cœur, assise dans une église.

La compassion est autre chose que l’affect, elle est sans sensiblerie et relativise notre sens de la possession. Elle permet de se reposer sur l’ouverture du cœur, sans attachement.

Néanmoins, le chamane n’est pas un médium. Le médium est passif alors que le chamane est actif.

Puis, à l’âge de sept ans, j’ai été frappée par la foudre. Dans le chamanisme, un tel évènement est considéré comme un appel à devenir chamane. C’est le point de départ d’une initiation traditionnelle.

Lu en juin 2020