Publié dans Littérature française, Littérature jeunesse

« Émile et Mado, enfants dans la Résistance » de Sophie de Mullenheim

Ah, les nuits de la pleine lune et leur cortège d’insomnies !!! quitte à ne pas fermer l’œil autant en profiter pour lire ! le roman dont je vous parle aujourd’hui a été mon compagnon durant ces heures qui n’en finissaient pas et je l’ai dévoré…

Résumé de l’éditeur :

Paris, printemps 1942.

Depuis l’emprisonnement de son père par les Allemands dès le début de la guerre, Émile, 12 ans, vit seul avec sa maman et leur chien Puce. Les conditions de vie sont difficiles à cause de l’occupation et du rationnement. La mère d’Émile qui est infirmière doit travailler double. Mais ce soir – ou plutôt cette nuit – Émile est inquiet. Il est deux heures du matin et sa mère n’est toujours pas rentrée.

« Si un soir, je ne reviens pas, l’a prévenu sa maman, tu dois quitter immédiatement Paris et aller chez ma sœur Jeanne à Chartres. Prends Puce avec toi et quelques bagages que tu glisseras dans la sacoche de ton père. Il y tient beaucoup. J’aimerais qu’il la retrouve à son retour. Ensuite, va. Et ne te retourne pas. »

Fidèle à sa promesse, Émile prend la route de Chartres. En chemin, il rencontre Mado – Madeleine de son vrai nom –, 12 ans elle aussi qui tente de passer en zone libre.
Les deux enfants sympathisent et font la route ensemble. A deux, il est plus facile d’affronter de multiples dangers…

Ce que j’en pense :

Il fait nuit, Émile entend des bruits bizarres dans le couloir, c’est Puce sa chienne qui l’a réveillé par ses grognements. Et sa mère, infirmière de nuit, qui n’est pas rentrée ! que se passe-t-il ? La peur monte, il a les yeux rivés sur la pendule, les heures défilent et elle ne rentre toujours pas… Ils vivent tous les deux dans ce petit appartement sous les combles, son père, officier a été fait prisonnier en 1940. Il se répète les consignes de sa mère : il doit fuir en emmenant le strict nécessaire dans la sacoche en cuir de son père et aller à Chartres retrouver la sœur de sa mère.

En même temps, Madeleine s’apprête aussi à prendre le train pour Chartres car ses parents ont été arrêtés, dénoncés par une voisine trop polie pour être honnête ! une autre voisine, toujours discrète a pu la recueillir et lui procurer des papiers. Elle récite sans arrêt sa nouvelle identité.

Sur le quai de la gare, le couple qui devait venir la chercher n’est pas là. Elle attend jusqu’à la dernière minute mais panique en apercevant des soldats allemands, lâche sa valise qui se renverse. Au même moment, Émile se fait refouler car les chiens ne sont pas autorisés dans les trains. Ils partent à pied, longeant la Seine, mais Chartres est plus loin qu’Émile ne le pensait.

On va suivre ces deux enfants, âgés de douze ans à peine, dans leur périple tandis que les miliciens cherchent à tout prix à récupérer des documents appartenant à la mère d’Émile, mettant tout à sac sur leur passage, y compris chez le propriétaire de l’appartement, Monsieur Carbonnet qui leur tient tête du haut de ses quatre-vingt et quelques années.

Ce roman raconte l’histoire d’une belle amitié qui s’installe entre deux enfants qui fuient Paris, pour se mettre à l’abri, alors que résonnent les bottes des Allemands et celles des collabos pas toujours très futés mais avides de promotion… on découvre aussi la vie sous l’Occupation, les tickets d’alimentation, le marché noir, la difficulté de faire confiance quand on a été trahi, la méfiance qui s’installe…

Sophie de Mullenheim décrit très bien cette époque, ses bassesses mais aussi les belles rencontres, la Résistance qui s’organise à tous les niveaux (comme le colibri cher à Pierre Rabhi, certains font leur part comme la mère d’Émile, sa tante alors que d’autres trahissent.

C’est une histoire assez courte qui s’adresse à un public jeune pour lui faire comprendre tout ce qui s’est passé à l’époque, et en tant qu’adulte d’âge mur, elle m’a bien plu. L’écriture est belle, l’auteure ne nous noie pas dans des détails qui pourraient distraire son public, mais reste constamment dans l’action et l’émotion. La couverture est splendide.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fleurus qui m’ont permis de découvrir ce roman et de faire la connaissance de la plume de Sophie de Mullenheim que je ne connaissais pas et j’ai bien envie de me plonger dans ses livres dont le nombre est impressionnant…

#ÉmileetMadoenfantsdanslarésistance #NetGalleyFrance

9/10

L’auteure :

Sophie de Mullenheim écrit des livres pour enfants : des livres de jeux, puis des livres documentaires, des contes, pour arriver au roman avec « FBI et les neuf vies du chat » en 2007.

On lui doit, « Rosa Parks, la femme qui osa dire non », « Sissi impératrice rebelle », des collections comme « Les sœurs Espérance » ou « Les demoiselles chéries » et tant d’autres. Sa bibliographie est impressionnante.

Extraits

Madeleine ferme les yeux et récite une nouvelle fois tout bas : « Je m’appelle Madeleine Germain. Je suis née le12 mars 1931 à Juvisy-sur-Orge dans l’Essonne. Je m’appelle Madeleine Sarb… » la jeune fille s’arrête, se mord la langue puis recommence…

Alors, Émile descend sans faire de bruit l’escalier de service que personne n’emprunte jamais hormis sa mère et lui. En passant devant la porte de la cuisine de l’appartement de monsieur Carbonnet, il hésite un instant. Il aimerait tant dire au revoir au vieil homme et voir une dernière fois son visage si couvert de rides qu’il ressemble à une carte du monde. Mais le garçon sait que sa mère ne voudrait pas qu’il s’arrête. Elle lui a dit de partir sans se retourner. Monsieur Carbonnet risquerait de le retenir et de le convaincre de ne pas y aller. Quand Émile ouvre la porte qui donne sur la rue, celle-ci lui paraît inhospitalière tout-à-coup. Jamais il ne s’est trouvé ainsi livré à lui-même…

La perspective de se retrouver si loin de chez elle terrifie Madeleine mais elle ne peut pas rester à Paris. Pas après ce qui est arrivé à ses parents.

La jeune fille scrute une dernière fois la gare, à la recherche du couple qui doit s’occuper d’elle. Au lieu de cela, son regard accroche un groupe de soldats allemands qui patrouillent avec un chien. Ils cherchent certainement quelqu’un. Madeleine s’affole…

Monsieur Carbonnet regrette juste de n’avoir pas résisté davantage aux Allemands et à leurs collaborateurs. Il a trouvé savoureux tout à l’heure de leur faire monter à pied les six étages…

Madeleine lui emboite le pas sans poser de question. A deux, ce sera plus facile, a-t-il dit. Il a raison. Sans lui, de toute façon, elle n’a plus rien. Elle est toute seule et cette pensée la terrorise. Au moins, Émile a l’air gentil et sa chienne aussi.

Lu en juin 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

5 commentaires sur « « Émile et Mado, enfants dans la Résistance » de Sophie de Mullenheim »

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