Publié dans Littérature jeunesse, Littérature Royaume-Uni

« Summer Mélodie » de David Nicholls

Je vous parle aujourd’hui d’un livre dont le résumé et la couverture m’ont immédiatement tapé dans l’œil :

Résumé de l’éditeur :   

On n’oublie jamais son premier amour… Dans la veine du magnifique Un jour, David Nicholls signe son grand retour avec un délicieux roman d’apprentissage, de passion, d’amitié et de nostalgie, sur fond de brit pop 90’s.

Jusqu’à présent, la vie de Charlie Baxter, seize ans, était, au mieux, banale, au pire morne, avec un horizon réduit aux copains bruyants du lycée, à la miteuse station-service où il travaille la semaine et aux week-ends passés à essayer de distraire son dépressif de père. 

Mais ça, c’était avant. 

Avant de rencontrer la grâce, la fougue et le théâtre shakespearien. Il aura suffi d’un moment fugace avec Fran Fisher, incandescente créature renversante de beauté, jusque-là inaccessible, même dans ses rêves les plus fous, pour que s’ouvre soudain un nouveau champ des possibles. Et l’espoir d’une love story. 

En cet été 1997, les frères Gallagher chantent encore ensemble, Lady Di vit ses derniers jours et Charlie Baxter, lui, va voir sa vie changer à jamais… 

Ce que j’en pense :

Été 1997. Charlie a seize ans, et tout autour de lui n’est que tristesse : son père disquaire, passionné de jazz a fait faillite, sa mère, au terme de multiples disputes est partie avec un autre homme, emmenant sa sœur Billie avec elle et le laissant seul avec son père, sous prétexte qu’ils s’entendent bien !

Mais le père sombre dans l’alcool, la dépression (il ne faut surtout pas prononcer ce mot, tabou !) c’est Charlie qui est obligé d’inverser les rôles et de le prendre en charge, car il ne fait plus rien à part la télévision… Ce n’est pas son rôle , mais il ne veut en parler à personne et, rongé par la crainte de le trouver un jour avec une overdose d’alcool plus médicaments, il ne fait plus rien en cours et se retrouve en échec scolaire.

Cet été, synonyme de plaisirs pour les autres, il décide de rester le moins possible à la maison et de s’adonner à la lecture, partant en bicyclette pour aller lire en plein champ. Il rencontre Fran, qui fait partie d’une troupe de théâtre qui travaille « Roméo et Juliette » et pour elle il va intégrer la « troupe » alors qu’il s’estime dénué de tout talent.

« Pendant six semaines, on a juste l’impression d’être au mauvais endroit avec les mauvaises personnes et de passer à côté de tout. C’est pour ça que l’été est si triste – parce qu’il faudrait qu’on soit si heureux.« 

Pour Fran, il fait des efforts, apprend son texte, répète avec elle, fuyant de plus en plus la maison et la bande de copains pas toujours très nets. Au début, il désire juste un rendez-vous, pour lui offrir un café ou autre chose:

« Le thé était insipide et platonique, tandis que le café était une boisson plus ténébreuse, plus enivrante.« 

David Nicholls nous offre une très histoire, étudiant au passage, tous les aspects de l’amour : parental, ou amical, avec ses copains sous fond de beuveries, plus ou moins toxique, le premier amour, avec la découverte de la sensualité, et une autre forme : la relation particulière qui les unit pendant les répétitions…

En parallèle, il décrit les doutes de l’adolescence, le manque de confiance en soi, le regard critique sur les parents qui ne pensent trop souvent qu’à eux, et la limite proche qui existe entre l’amour pour le père et la détestation pour ce qu’il doit subir, le tout dans une visite de la pièce de Shakespeare et son côté actuel malgré une langue quelque peu désuète.

C’est un peu long au démarrage, mais une fois le rythme de lecture trouvé, c’est un régal, on s’attache à ce héros très discret, trop discret, celui dont on dit qu’il est noyé dans la photo de classe, à tel point qu’on ne se souvient plus de lui des années plus tard.

C’est le premier livre de David Nicholls que je lis et il m’a vraiment beaucoup plu, auteur à suivre donc. Il nous propose à la fin une playlist que l’on peut télécharger : de Gloria Gaynor « I will survive », à Madness, Whitney Houston, George Michael… et même les Spice Girls….

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman plein de sensibilité et la belle plume de son auteur.

#Davidnicholls #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Né en 1966, David Nicholls a d’abord envisagé une carrière d’acteur avant de se tourner vers l’écriture. Il a été scénariste pour la télévision, signant notamment les adaptations BBC de Beaucoup de bruit pour rien et de Tess d’Urberville et, pour le cinéma, de la pièce de Sam Shepard, Simpatico, et des Grandes espérances de Charles Dickens. Récemment, il a remporté un BAFTA pour Patrick Melrose, une mini-série inspirée des romans de Edward St Aubyn, qui lui a également valu une nomination aux Emmy Awards.

Il est l’auteur de Pourquoi pas ?(2012), Pour une fois (2013), et de Nous (2015). Son troisième roman, Un jour (2011) a reçu un très bel accueil lors de sa sortie et s’est vendu en France à plus de 400 000 exemplaires. Il a également fait l’objet d’une adaptation cinématographique à succès, avec Anne Hathaway dans l’un des rôles principaux.

Extraits :

On était une matière plastique, malléable, et on avait encore le temps de tester et revoir notre écriture, nos convictions politiques, notre façon de rire, de marcher ou de nous asseoir, avant de durcir et de nous figer.

Ma grande occupation cet été-là serait d’éviter mon père. J’avais appris à évaluer son état d’esprit au bruit qu’il faisait et à le pister à la manière d’un chasseur.

L’ennui était un état naturel pour nous, mais la solitude était taboue, et tout en pédalant sans les mains, je tentais d’afficher un air mystérieux et solitaire, l’air d’un franc-tireur qui n’a besoin de personne. Sauf, que chercher à ne pas paraître seul, quand vous l’êtes, cela exige un grand effort ou, à l’inverse, de paraître heureux quand vous ne l’êtes pas.

Mon désœuvrement m’avait poussé, pour la première fois de ma vie à me réfugier dans la lecture.

Ces romans que je transportais chaque jour dans mon sac sont bientôt devenus mon rempart contre l’ennui et mon alibi pour rester seul.

Lorsqu’on raconte de telles histoires – des histoires d’amour – il est difficile de ne pas donner un sens et un caractère inéluctable à des évènements en réalité innocents et fortuits. De les repeindre aux couleurs du romantisme.

Ce n’était pas juste l’amour qui s’enfuyait entre eux, c’était aussi le respect et la compréhension, et on ne pouvait rien y faire.

J’aurais parfois aimé qu’il se montre plus joyeux, qu’il fasse cet effort pour moi. La tristesse et l’angoisse sont contagieuses, et, à seize ans, j’avais assez de soucis comme ça.

Le plus grand mensonge véhiculé sur la jeunesse est qu’elle serait totalement insouciante. Bon sang, personne ne se souvient-il de rien ?

La musique, les livres, les films, et même l’art semblaient avoir un pouvoir accru à notre âge. Comme une amitié, ils pouvaient changer votre vie, et quand j’avais le temps… quand j’aurais le temps, je m’ouvrirais à de nouvelles choses.

Il m’effrayait, et quand je n’étais pas effrayé, j’étais tout simplement furieux. Furieux qu’il me prive de ma tranquillité d’esprit et de mon pouvoir de concentration à l’heure où ils m’étaient le plus nécessaires…

Je n’étais donc pas un garde-malade. Plutôt un garde-rancune. Le terme existait-il ? « Garde-rancune à domicile ».

A côté de moi se trouvait la fille la plus intelligente, la plus géniale, la plus éblouissante que j’aie jamais rencontrée, l’antidote à tout ce qu’il y avait de pourri dans mon existence.

Mais l’amour est barbant. C’est quelque chose de déjà vu, de banal pour un observateur extérieur. Idem avec le premier amour, qui n’est qu’une version brouillonne et boutonneuse. Shakespeare devait le savoir…

Lu en juin 2020

Publié dans littérature USA

« Isabelle, l’après-midi » de Douglas Kennedy

Il y avait un moment que je n’avais pas ouvert un roman de l’ami Douglas, (pour être parfaitement sincère j’ai mis du temps à m’intéresser à la littérature états-unienne), et comme ce titre éveillait ma curiosité, j’ai foncé :

Résumé de l’éditeur :

Après La Symphonie du hasard, Douglas Kennedy nous offre une œuvre sensuelle, délicate, nostalgique, sur les amours contrariées, le destin que l’on se forge et les regrets qui peuvent jalonner l’existence. C’est aussi sa déclaration d’amour à Paris, ville de tous les possibles et de toutes les réinventions.

Avant Isabelle, je ne savais rien du sexe.

Avant Isabelle, je ne savais rien de la liberté.

Avant Isabelle, je ne savais rien de la vie.

Paris, début des années 1970.

Dans une librairie de la rive gauche, un jeune homme rencontre une femme. Il est américain, étudiant, sans le sou, et a tout quitté pour assouvir ses fantasmes de la Ville Lumière ; elle est française, un peu plus âgée, sophistiquée, mystérieuse et… mariée.

Entre Sam et Isabelle, c’est le coup de foudre.

Commence alors une liaison tumultueuse, des cinq à sept fiévreux, des rendez-vous furtifs, des moments volés. Mais Sam veut plus. Isabelle lui a ouvert les portes d’une autre vie mais est-elle prête à tout lui sacrifier ? La passion saura-t-elle résister au quotidien, aux épreuves et au temps qui passe ? 

Ce que j’en pense :

Samuel étudiant américain, peu argenté est venu passer quelques mois à Paris. Petit intermède avant d’intégrer Harvard, découvrir la magie de la ville, fuir une famille peu aimante.

Un jour, dans une librairie où une auteure est venue présenter son livre, il rencontre Isabelle, plus âgée que lui, mariée et le coup de foudre est immédiat. Ils vont se retrouver l’après-midi vers 17 h dans le studio où se situe le bureau d’Isabelle, traductrice de son métier.

Il tombe amoureux d’elle, à moins que ce soit plutôt amoureux de l’amour. Elle a subi un drame dans sa vie, son bébé étant décédé de la mort subite du nourrisson et elle s’en est mal remise, les blessures sont à vif, elle s’est contentée de continuer à vivre, pour se conformer à la tradition de la famille d’aristocrate de son époux. Lui, se console avec ses maîtresses sans même prendre la peine de se cacher. Alors ces rendez-vous de l’après-midi (on note au passage que c’est Isabelle qui décide du jour autant que de l’heure). Est-ce pour pimenter un peu ?

Cependant, tout a une fin. Sam doit rentrer aux USA, il aurait pu tout quitter pour construire un couple, une vie avec Isabelle mais elle l’a renvoyé dans ses pénates, lui annonçant qu’elle ne quitterait jamais son époux, son milieu aisé et que de toute manière elle voulait démarrer une nouvelle grossesse et donner une chance à son couple. En fait, elle n’est pas prête à abandonner sa vie avec Charles, elle est trop confortable : l’appartement luxueux, la maison familiale en Normandie…

Sam reprend donc ses études, il travaille d’arrache-pied car, comme il le dit si bien : « Contrairement à la plupart de mes condisciples, je ne me plaignais pas de l’emprise dévorante des études à Harvard. Ma vie ne contenait rien d’autre. »

Il rencontre une jeune femme, « libérée au lit » avec un comportement sadomaso souvent, cette violence contraste avec la douceur des relations qu’il avait avec Isabelle : il a choisi une femme complètement à l’opposé ; en fait ce serait plutôt Siobhan qui l’a choisi lui… Pour elle c’est un dernier défoulement avant de commencer une vie typique de l’Amérique des années 70. Elle est quand même lucide, a bien compris qu’il y a une femme dans l’ombre :

« Même quand tu auras trouvé ce que tu penseras être l’amour, tu te prendras à rêver d’une autre réalité. Tu ne poseras jamais tes valises. Ta solitude te hantera pour toujours, parce qu’elle fait partie de toi. C’est elle qui te définit » lui dit-elle !

Sam va tenter de se persuader qu’il peut tomber amoureux d’une autre femme lorsqu’il rencontre Rebecca, et finit par l’épouser. Il ne fait qu’obéir aux diktats de l’époque : un mariage ou plutôt une association de deux personnes compatibles qui ont les mêmes buts, dans la vie, un travail rémunérateur et qui confère un statut privilégié, des enfants…

Ce qui frappe dans ce roman, c’est d’abord l’aura de tristesse qui entoure Sam tout au long de son histoire. Sa mère est morte quand il était jeune, son père est d’une froideur extrême et il est sans cesse en quête d’amour, de reconnaissance, avec une estime de soi dans les chaussettes. Il a le chic pour tomber sur des femmes qui sont soit inaccessible, l’idéal de l’amour avec Isabelle qui ne peut que rendre les autres femmes ternes, car il subit sa vie au lieu de la vivre.

On baigne dans le mélodrame : Rebecca est « foldingue », elle relève de la psychiatrie, elle est alcoolique, obsédée par le rangement, et a complètement décompensé lorsque Sam a eu la promotion dont elle rêvait et qu’elle n’a pas eu dans le cabinet d’avocat où elle devait devenir associé… Elle se montre jalouse, une tigresse, mais même s’il est conscient qu’elle est malade, il continue à subir.

Sam est amoureux de l’amour, il ne cherche pas à agir, il préfère subir, et il est parfois lourd, le roman s’éternise car un pas en avant, deux pas en arrière. Il revoit régulièrement Isabelle, même si parfois des années s’écoulent entre deux visites, ils s’écrivent de la même manière, par période.

Douglas Kennedy nous offre une belle histoire d’amour et de souffrances, digne du Romantisme du XIXe siècle, avec des allusions fréquentes à « Madame Bovary » : Isabelle lui ressemble étrangement avec son ennui abyssal, et n’oublions pas que son mari se prénomme Charles. Il aurait d’ailleurs pu appeler son roman « La poursuite du malheur » ! (Clin d’œil à un de ses romans précédents « La poursuite du bonheur »). Il insiste sur la sensibilité du héros, ses états d’âme, et le côté rédempteur de la souffrance. Certes, c’est jouissif intellectuellement, mais on plonge vite dans la victimisation.

Petit bémol : même si c’est une lecture agréable, car les personnages sont bien étudiés, et la plume de Douglas Kennedy est quand même belle ; on a de jolies réflexions sur l’amour, l’espoir, les regrets mais il faut s’accrocher parfois pour pouvoir résister à ce côté mélancolique, fataliste même qui plombe un peu la lecture…

C’est le troisième roman de l’auteur que je lis et je n’ai pas retrouvé la fougue, l’inventivité de « L’homme qui voulait vivre sa vie » ou surtout, « La poursuite du bonheur » qui m’avait tant plu…Quitte à baigner dans la mélancolie ou le blues, je préfère la plume d’Olivier Adam

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver un auteur que j’apprécie.

#Isabellelaprèsmidi #NetGalleyFrance

7/10

L’auteur :

Douglas Kennedy est né à New York en 1955, et vit entre les Etats-Unis, le Canada et la France. Auteur de trois récits de voyages remarqués, dont Combien (2012), il s’est imposé avec, entre autres, « L’homme qui voulait vivre sa vie »et « La Poursuite du bonheur » (1998 et 2001), suivis des « Charmes discrets de la vie conjugale »(2005), de « La Femme du Ve »et tant d’autres,notamment sa trilogie « La Symphonie du hasard »

Extraits :

Après l’ « avant » et avant l’ « après »… C’est de ça que sont faites les histoires. Surtout celles qui ont trait aux choses de l’intime.

Toute vie n’est qu’un conte éphémère. C’est ce qui rend mon histoire, la vôtre, la nôtre, si essentielles. Toute vie a sa propre portée, si fugace et si mineure qu’elle puisse paraître.

Il était la voix de l’autorité, et je ressentais toujours le besoin de lui obéir. Si mon père avait été un homme complètement renfermé sur lui-même, il m’aurait sans doute été plus facile de rationaliser notre manque de proximité.

Comme je l’ai compris avec le temps, lorsqu’on commet une grossière erreur ou que l’on prend une décision stupide, on en vient souvent à réécrire l’histoire afin de s’épargner reproches et remords.

Mes tentatives pour initier un semblant d’intimité père-fils n’ont fait que le rendre plus évasif et mal à l’aise. Il n’y avait pas la moindre antipathie dans nos rapports ; juste un manque criant de proximité.

L’espoir amoureux n’est souvent rien d’autre que l’art de se dérober soigneusement à l’évidence.

Pourquoi est-ce qu’on veut toujours ce qu’on n’a pas ? Et pourquoi, dès qu’on obtient ce qu’on voulait, on se rend compte que ça ne valait pas du tout le coup de courir après pendant tout ce temps ?

Quand on est profondément amoureux, il est impossible de se borner à considérer l’instant présent. Notre regard se porte de lui-même vers l’avant, vers la vie à deux qui ne peut manquer de nous attendre. Former un couple, c’est se rendre à jamais captif d’une obsession : le futur.

Notre vie sentimentale est entièrement dirigée par cela : le désir de quelque chose au-delà de ce qu’on possède. La croyance en une meilleure expérience de l’amour. Un rempart contre les incertitudes de l’existence.

Elle était, à bien des égards, le meilleur choix à faire – à supposer qu’on puisse choisir quand tomber amoureux. Ces réflexions me semblaient désespérément pragmatiques, mais je ne cessais de me répéter que Rebecca était la femme que m réservait le destin, et qu’avec elle un avenir était possible…

Une action produit un résultat. L’inaction, un autre. Mais, à la fin, nous faisons tous nos choix en fonction des choix d’autrui. Qui eux-mêmes se décident en fonction des signaux que nous leur envoyons. Ou que nous ne leur envoyons pas.

On pleure sur ce qui aurait pu exister, sur une histoire triste à présent achevée et dont le dénouement ne changera jamais.

Je savais aussi que je vivrais toujours dans l’ombre de mon père qui, par son triste caractère, n’avait jamais été présent pour moi. Il y avait donc dans mon désir de devenir père une volonté de montrer à cet homme qui m’avait courtoisement évité toute ma vie que, contrairement à lui, je saurais me montrer disponible et aimant.

Il suffit d’une fausse note dans la symphonie du hasard pour précipiter un couple dans la mésentente.

Un regard échangé, deux vies bouleversées. Ainsi va la vie, lorsque le hasard répond à la plus humaine des quêtes : la recherche d’une passion qui ne s’éteint jamais.

Car le plus grand mystère de la vie n’est pas la personne auprès de laquelle on cherche l’amour. Le plus grand mystère réside en nous-même.

Lu en juin 2020

Publié dans Adultes jeunes, Littérature française

« Les roches rouges »: Olivier Adam

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai sélectionné lors de l’opération masse critique, spéciale jeunesse sur Babelio, en mai dernier, car j’avais très envie de retrouver la prose d’Olivier Adam :

Résumé de l’éditeur :

– Faut qu’on se tire d’ici.

– Et on ira où ?

– Je sais pas. T’inquiète. On trouvera.

– Et s’il revient ?

– Eh ben il reviendra.

– S’il s’en prend à tes parents ?

– C’est pas après eux qu’il en a. Qu’est-ce que Leila fout avec moi ?


J’ai tout juste dix-huit ans. Je vis chez mes parents. Je vais plus au lycée et j’ai pas de boulot. Je picole trop et je me bourre de médocs. Comment peut-elle croire que je suis capable de la protéger, de lui offrir quoi que ce soit de plus ou de mieux que son mec ?
Depuis qu’on roule elle m’a pas posé la moindre question. Elle m’a même pas demandé où on allait exactement. Je lui ai juste dit que je connaissais un endroit où on serait pénards. Et ça a semblé lui suffire…


Après le succès de La Tête sous l’eau, déjà en cours d’adaptation, Olivier Adam nous offre un nouveau roman bouleversant. Un de ceux qui vous marquent pour longtemps.

Ce que j’en pense :

Leila raconte sa vie de tous les jours, ses émotions ce qu’elle pense dans un carnet que lui a offert Antoine. Tous deux se sont connus à Pôle Emploi, se sont rapprochés au cours de jeux de rôles, et sont devenus amants. Tous les deux sont des estropiés de la vie et pourtant, Antoine n’a que dix-huit ans et Leila vingt-et-un.

Leila est mariée à Alex, vigile violent verbalement et physiquement. Il était son coach au volley et il l’a embrassée, harcelée, mise dans son lit et épousée quand elle s’est retrouvée enceinte, au grand dam de ses parents. Mais monsieur avait des principes, on n’avorte pas c’est un meurtre, mais cela ne le dérange pas d’être gros pervers, doublé d’un pédophile.

Comment Leila aurait-elle pu échapper à son emprise, alors que son père a toujours fait régner la terreur à la maison, violent avec sa femme, tyran avec ses filles, à tel point que la grande sœur de Leila a fui la maison sans jamais donner de nouvelles. Elle sent bien qu’il y a quelque chose d’opaque dans cette fuite mais préfère occulter.

Elle n’a jamais le droit de sortir le dimanche, même pour promener son fils Gabi, car Alex est vautré sur le canapé à regarder les matches de foot en picolant.

De son côté, Antoine qui a des parents aimants, chez lesquels il squatte, a complètement perdu pied, car un jour « il a pris une vie sans le vouloir » mais ça le hante et il est devenu marginal, carburant au haschich.

Mais, Alex les a surpris, on ne sait pas trop comment, vu qu’il bombarde Leila de messages pour la surveiller et frappe violemment Antoine, hurlant qu’il va faire la peau à « sa pute d’épouse » et c’est la cavale. Fuite dans le Sud, la mer, son décor somptueux, dans une maison appartenant à la famille, où ils se retrouvent nez à nez avec la sœur d’Antoine avec laquelle il est fâché : Lise qui veut en finir avec la vie…

Olivier Adam nous propose une belle histoire, qui fait parfois penser à « Thelma et Louise », avec des personnages cabossés par la vie, par leurs manques affectifs et leurs actes passés qui les rattrapent et qui vont être dans l’obligation de prendre leur vie en mains et sortir de l’adulescence en ce qui concerne Antoine, ou devenus adulte trop tôt pour Leila qui, répétant un scenario familial se retrouve sous l’emprise d’un pervers. On les voit évoluer, prendre conscience de leur capacité de résilience.

Tout acte a ses conséquences exprimant très bien la loi de causalité et tout de découle ou s’inscrit dans la continuité des traumatismes antérieurs ; cela soulève une question : comment réagir en face d’un pervers, violent, pour éviter que cela se termine par un féminicide ?

L’idée de faire écrire Leila dans son carnet est très intéressante car on se rend compte qu’elle est sincère, lucide, se posant les bonnes questions. Elle est sans concession vis-à-vis d’elle-même et des autres, mais elle garde les pieds sur terre devant tous ces évènements qui s’enchaîne sur le mode loi de Murphy dite de « l’emmerdement maximum ».

J’aime bien Olivier Adam pour son côté sombre, mélancolique, souvent blasé dans ses romans et qui aborde le désir de mourir, la mort intérieure qui précède la mort physique avec beaucoup de justesse et de sensibilité. J’ai lu plusieurs de ses romans et la plupart m’ont plu, je dois dire, pour ce côté noir. Là, il s’agit d’un roman pour adultes jeunes mais qui peut toucher tous les publics.

J’ai vraiment apprécié ce roman, j’ai essayé de le faire durer car j’ai retrouvé ce qui m’avait plu dans « Les falaises » ou « Les lisières » mais une fois plongée dedans, ce fut difficile…

Un grand merci à Babelio et aux éditions Robert Laffont pour m’avoir permis grâce à cette opération masse critique jeunesse, de lire ce roman et de retrouver l’auteur que j’avais un peu délaissé ces derniers temps. Olivier Adam fait partie comme Philippe Besson, Philippe Claudel, Serge Joncour ou Jean-Philippe Blondel (entre autres et pour ne parler que des hommes et que ceux que j’ai oubliés me pardonnent!) des auteurs que j’aime retrouver sans être une groupie : quand je n’aime pas je le dis, je ne cire pas les pompes…

8/10

L’auteur :

Né en 1974, Olivier Adam est l’auteur de nombreux livres : son premier roman « Je vais bien ne t’en fais pas » est publié en 2000 et sera adapté au cinéma avec succès.

On lui doit notamment « Passer l’hiver » Goncourt de la nouvelle en 2004, puis « Falaises », « à l’abri de rien », « Des vents contraires », « Les lisières », « Peine perdue » ou « La renverse » inspirée par l’affaire Georges Tron.

Il écrit également des livres pour la jeunesse : « On ira voir la mer » ou « La tête sous l’eau »…

Extraits :

.. Mariée à ce type que je déteste et qui m’effraie. Qui me considère comme sa chose, sa propriété, sa boniche. Mère d’un enfant que j’adore. Mais qui aurait mérité une autre vie. Un autre père. Une autre ère. Mieux armée que moi. Mieux préparée. Plus heureuse. Plus stable. Je m’inquiète tellement pour lui. Il doit bien sentir que je n’aime pas son père. Et qu’Alex me traite comme une merde. Comment on grandit dans ces conditions ?

J’ai dix-huit ans et je trouve la vie minuscule alors qu’il parait que c’est l’âge où on a encore des illusions, où on se l’imagine encore vaste et remplie de possibilités. De toute façon, pour moi, tout s’est arrêté il y a bientôt dix-huit mois. J’ai ôté une vie, même si je ne l’ai pas fait exprès. J’ai ôté une vie et on a pris la mienne pour me punir. C’est réglo, je trouve. Franchement, il n’y a rien à redire…

Qu’est-ce qu’elle voulait fuir à ce point ? Mes parents ? OK ils n’étaient pas drôles mais quand même. Pas au point de partir sans plus jamais donner de nouvelles. J’ai toujours pensé qu’il s’était passé quelque chose, mais quoi ? Les familles sont tellement pleines de mystères. Si opaques. De loin tout paraît simple mais quand on s’approcher, c’est gorgé de secrets dégueulasses, de silences qui cachent des trucs pas clairs, inavouables.

Avec des vieux qui tiennent à lui. Qui ont l’air de se soucier de lui. De l’aimer. De tout lui passer. De l’épauler. De le soutenir. Dans le confort de cette baraque. Il a l’air fracassé mais je me demande bien pourquoi. Quand tu as ce qu’il a, de quoi t’as besoin pour te tenir droit, pas faire de conneries, avoir confiance en toi et dans les autres.

Je ne sais pas ce que ça me fait. Ce que je pense. Où j’en suis. Ce que je vis exactement. Mais peut-être que ça n’a pas d’importance. Qu’il faut prendre acte. De ce qui advient. Et de ce qui a précédé. Et faire avec. Peut-être qu’il faut juste avancer au jour le jour. Même dans le brouillard. Même sans savoir où on va. Même sans savoir ce qu’on ressent, ce qu’on pense. Peut-être que c’est ça la vie. Des sentiments contradictoires. Un mélange permanent de douleur et de joie, de remords, de regrets et d’insouciance, de présent et de passé, de lumière et de ténèbres, de lourdeur et de légèreté.

Je ne sais pas combien de temps je vais continuer comme ça. A vivre tout en étant morte de l’intérieur. Quand je suis arrivée ici, je voulais en finir. Mais je n’étais pas pressée. J’étais seule. Je ne parlais à personne. Je n’existais pour personne. J’étais juste un corps posé sur le sable. Sous le soleil…

Avant que vous n’arriviez j’étais tranquille. J’allais mourir. J’attendais juste le bon moment. Je ne sais pas lequel. Mais, je me disais que je le saurais le moment venu. Évidemment, maintenant, c’est autre chose. Je ne peux pas mourir tranquille. Pas ici en tout cas.

Lu en juin 2020

Publié dans Littérature française

« Quelqu’un de bien » de Françoise Bourdin

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley car il y avait longtemps que je n’avais pas lu un roman de l’auteure :

Résumé de l’éditeur :

Faire face à l’adversité et se prouver qu’on est quelqu’un de bien.

Généraliste dans le Luberon, Caroline Serval exerce son métier avec passion et dévouement, aux côtés de sa sœur Diane, secrétaire médicale. Devant la pénurie de médecins qui sévit dans la région, elle doit accepter de plus en plus de patients, au détriment de sa vie privée. Sa seule perspective est de recruter un confrère pour agrandir le cabinet. Cependant, qui acceptera de s’établir dans ce village de Provence, certes magnifique mais loin de tout ?

Caroline et Diane fréquentent régulièrement les frères Lacombe. Paul et Louis vivent tous deux dans la propriété viticole de leur père désormais installé en maison de retraite. Paul, attaché à la terre et à la vigne, produit un vin nature, tandis que Louis, informaticien, vient de quitter Paris pour retrouver ses racines.

Les uns et les autres assument leurs choix personnels, et pourtant l’adversité guette. Entre les vocations chevillées au corps, les élans du cœur et les lourds non-dits familiaux, ces quatre-là vont devoir reconsidérer leur existence pour avancer. L’occasion donnée à chacun de se demander qui il est réellement, et d’essayer de se prouver qu’il est quelqu’un de bien. 

Ce que j’en pense :

Caroline est généraliste dans un village du Lubéron, seul médecin, dans ce territoire. Elle est débordée, bien que sa sœur Diane assure la prise des rendez-vous, fait entrer les patients… Elle est à la recherche d’un associé.

On comprend très vite qu’il y a un problème dans leur famille : leur père Théo tient un magasin de confiseries, leur mère ne se préoccupe que d’elle-même et des boutiques à dévaliser. Entre Diane et sa mère règne un climat glacial car elle a surpris des conversations téléphoniques…

Les deux sœurs sortent peu, mais se décident quand même à aller dîner un soir avec les frères Lacombe, Paul qui cultive du vin bio, au grand dam de son père, Jean-François adepte des produits chimiques, tandis que Louis ne s’intéresse pas du tout à la vigne et travaille dans l’informatique. Ils vivent dans la bastide de leur père, qui est en maison de retraite à la suite d’un problème de santé mais continue à semer la zizanie entre ses fils, et à dénigrer Paul pour ses choix. Sur ce fond de mésentente familiale se greffe une rivalité car les deux frères sont amoureux de Caroline…

Françoise Bourdin décrit la difficulté de l’exercice de la médecine, sur fond de luttes pour un meilleur service de santé, de catastrophe sanitaire, avec des clichés, on retrouve les pancartes des manifs du personnel soignant… elle évoque la difficulté de gérer seule un cabinet à la campagne : tout est plus simple à l’hôpital, on ne décide pas seul :

« D’abord, tu fais partie d’une équipe, tu n’es jamais seul à prendre en charge, à décider, et tu disposes de tous les moyens techniques de l’hôpital. »

Mais, connaissant le milieu médical de l’intérieur, je trouve qu’elle enfonce souvent des portes ouvertes, ce qui m’a irritée profondément.

J’ai mieux apprécié les difficultés du travail de viticulteur, l’amour de la vigne (Paul écoute pousser sa vigne, l’examinant cep pour cep avec amour, craignant de tout perdre à cause d’un orage, de la grêle, sur fond de conflit des générations : pourquoi changer des méthodes qui existent depuis des générations ? le climat ? foutaise pour le père…

J’ai lu quelques romans de Françoise Bourdin, autrefois car ma mère en avait quelques-uns dans sa bibliothèque, (presque aussi fournie et hétéroclite que la mienne) ainsi que des romans du terroir, mais je n’ai jamais vraiment accroché. On passe un moment sympathique, avec ce roman très vite lu, surtout pendant un dimanche de pluie mais trop bisounours à mon goût.

Tout est pratiquement dit dans le résumé…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de lire de roman et de retenter ma chance avec l’auteure.

#Francoisebourdin #NetGalleyFrance

6/10

L’auteure :

Écrivain et scénariste pour la télévision, Françoise Bourdin est un véritable phénomène dans le paysage littéraire avec une quarantaine de romans publiés, dont « Au nom du père » (Belfond, 2015), « Face à la mer » (Belfond, 2016), « Le Choix des autres » (Belfond, 2016), « Gran Paradiso » (Belfond, 2018) et « Si loin, si proches »(Belfond, 2019).

Extraits :

Erwan savait pourtant à quoi s’en tenir en épousant un médecin ! répliqua Caroline. Et puis, on s’est mariés trop tôt, trop vite, comme des tas de couples qui ne durent pas. Si tu savais ce que j’entends à longueur de consultation ! D’ailleurs, ce n’est plus en cabinet médical, c’est un confessionnal.

Les gens ont besoin de parler.

J’aimerais avoir le temps de les écouter parce que, dans bien des cas, s’épancher soulage mieux qu’un anxiolytique…

… Tu sais, à la fin des études, quand tu prononces le serment d’Hippocrate, c’est une envolée lyrique, une profession de foi, à ce moment-là tu es totalement sincère, mais rien ne te prépare à affronter la réalité. Le désarroi des gens, leur misère, leur angoisse de la maladie, de la vieillesse, de la solitude…

Avoir perdu sa mère trop tôt l’avait empêché jusqu’ici de s’attacher à une femme, par crainte de l’abandon, alors qu’au contraire Louis tombait facilement amoureux, comme s’il cherchait à compenser ce vide. Chacun, à sa manière, l’un et l’autre subissaient les conséquences du deuil prématuré qui les avait laissés seuls face à leur père, dans un huis clos que Jean-François n’avait pas toujours rendu facile…

Les bonnes initiatives émanaient là comme souvent des maires ruraux bien décidés à surmonter les difficultés, malgré l’indifférence des instances lointaines et leurs directives inadaptées…

Lu en juin 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Un pique-nique presque parfait » de Faith Martin

Je vous parle aujourd’hui de Tome 2 de la série Loveday et Ryder que j’ai pu découvrir grâce à une opération « masse critique » spéciale organisée par Babelio :

Résumé de l’éditeur :

Été 1960. Après une fête de fin d’année organisée par les étudiants de St Bede’s College sur les berges d’une rivière, le corps d’un certain Derek Chadworth est retrouvé flottant dans les eaux de Port Meadow. Et si tous les jeunes gens présents sur les lieux affirment que la mort de Derek est accidentelle, aucun d’entre eux ne peut attester avoir bel et bien aperçu l’étudiant à la fête. Confronté à des témoignages vagues qu’il juge peu crédibles, le Dr Clement Ryder décide d’ouvrir une enquête, assisté de la jeune policière Trudy Loveday, qui entreprend de se faire passer pour une étudiante de St Bede’s College. Trudy arrivera-t-elle à gagner la confiance des élèves et percer le mystère qui entoure la mort du jeune homme le plus populaire de l’université ? Car une chose est sûre : Derek Chadworth n’était pas un étudiant comme les autres…

Ce que j’en pense :

Le corps d’un homme a été retrouvé, flottant dans la rivière à Port Meadows, lors d’un pique-nique bien arrosé. Il s’agit de Derek Chadworth. Parmi les témoins du drame, étrangement, personne n’a rien vu, c’est tout juste si on pense qu’il était là. Tous els témoignages se ressemblent étrangement, comme si les étudiants avaient tous répété leur leçon avant. Il faut dire, que le « chef » est un notable, dont le père est influent…

Le Dr Clement Ryder relève des failles lors des témoignages et obtient qu’une enquête soit ouverte pour déterminer s’il s’agit d’un accident ou d’un meurtre. Il demande au chef de la police de lui adjoindre Trudy Loveday, stagiaire, pour l’aider dans son enquête car il a déjà travaillé avec elle, avec succès, sur une précédente affaire, ce que le chef n’apprécie guère, mais comme il n’apprécie pas que des femmes entrent dans la police, il accepte…

Ce roman propose une enquête intéressante, sur fond de sexisme, nous sommes en 1960, alors les femmes qui travaillent ne sont pas vues d’un bon œil et cela donne des réflexions savoureuses sur le sexisme dans la police, mais aussi sur l’influence des nobles sur ladite police : un coup de fil suffit pour bloquer une enquête pour que le rejeton ne soit pas inquiété !

On se promène avec plaisir dans la campagne anglaise et le duo Loveday et Ryder est plutôt attachant, même si parfois on a l’impression de se retrouver dans un épisode de « Barnaby » ce polar léger, sans hectolitres d’hémoglobine, mais plutôt orienté psycho-sociologique, est intéressant et se consomme sans modération.

Dès que j’ai découvert le livre dans ma boite aux lettres, je me suis précipitée dessus pour le lire, il faut dire que la couverture était alléchante, et en plus, il me permettait de commencer le challenge du « Mois anglais »…

C’est le premier livre de l’auteure que je lis, et j’ai vraiment envie de découvrir le premier opus de ce duo: « Le corbeau d’Oxford »

Un grand merci à Babelio et aux éditions Harper-Collins de m’avoir permis de faire la connaissance de ce duo fort sympathique et de l’auteure que je découvre.

7,5/10

L’auteure :

Faith Martin, également connue sous son véritable nom, Jacquie Walton, est l’auteure de nombreux romans policiers à succès. Née à Oxford et amoureuse de la campagne anglaise, elle situe nombre de ses romans dans le cadre bucolique de la région oxonienne.

Extraits :

Comme souvent avec les polars, j’ai relevé peu de citations, est-ce dû au fait qu’il s’agit d’un polar, ou à l’immersion dans l’action ?

Coroner depuis deux ans, Clement avait appris à lire les jurys aussi clairement que ses livres de médecine autrefois. Quelle que soit l’affaire, il s’était aperçu que tous les jurys présentaient certains points communs.

Par exemple, la majorité des jurés avaient conscience de la responsabilité qui leur incombait, et cela les inquiétait. C’était particulièrement visible dans les cas de suicide, où aucun d’eux ne voulant ajouter à la détresse de la famille endeuillée en s’appesantissant sur les raisons du passage à l’acte de leur proche, ils préféraient inclure dans leur verdict la formule « alors qu’il n’était pas en pleine possession de ses moyens »

Vraiment, la jeunesse d’aujourd’hui avait un comportement extraordinaire. Ils se déplaçaient sur des mobylettes Vespa bruyantes et avaient l’air ridicule avec leurs chaussures pointues et leur cheveux gominés. Elle se réjouissait simplement de n’avoir jamais vécu à Brighton, étant donné les problèmes qu’ils avaient eu là-bas avec les rockers ou Dieu savait quoi…

Lu en juin 2020

Publié dans Histoire, Littérature française

« Carmen et Teo » de Olivier Duhamel et Delphine Grouès

Je vous parle aujourd’hui d’un livre passionnant, découvert grâce à NetGalley : en lisant le résumé, je savais que c’était un livre pour moi!

Résumé de l’éditeur :

Une femme et un homme, nés au mitan du XXe siècle au Chili. Elle, Carmen, fille de la bourgeoisie, vit à Santiago ; lui, Teo, a grandi dans les mines de salpêtre au nord du pays. Tout les oppose. Mais voilà que le Chili gronde. Les mouvements révolutionnaires des années soixante secouent les corps et les consciences. Après l’élection d’Allende et la ferveur de l’Unité populaire, viendra le coup d’État du 11 septembre 1973, et avec lui, la violence de la dictature. Pour Carmen et Teo, la vie rime avec engagement, lutte, épreuves et exil. En ligne de mire un ennemi : Pinochet. Et un espoir : la liberté.

Flamboyant, enlevé et virtuose, voici le roman vrai de deux héros qui n’ont jamais renoncé à leurs idéaux et continuent de nous inspirer aujourd’hui.

Ce que j’en pense :

La famille de Téo est originaire de l’Atacama, où l’on travaillait à extraire le salpêtre destiné à fertiliser les campagnes du monde entier mais qui tuaient ceux les travailleurs, jusqu’au jour où une explosion fait de terribles dégâts. La famille quitte alors la région pour la ville.

« En cette année 1959, des centaines de familles partaient en errance, cœurs étreints par l’angoisse du lendemain. »

Toute sa vie, Téo gardera dans le cœur ces Indiens Ayramas, vivant sur les hauts plateaux des Andes et cherchera à cultiver leur culture, leurs coutumes. Son père est un loser, alcoolique et violent, c’est la mère Atina qui fait tourner la maison. Du fait de leur pauvreté, Téo se fera maltraiter à l’école.

Carmen Castillo vient d’un milieu bourgeois ; elle a un caractère affirmé comme ses parents Fernando et Monica, car elle doit trouver sa place dans la famille. Son arrière-grand-père maternel était président du Sénat, et dirigeait un des principaux journaux politiques de l’époque, jusqu’à ce qu’un colonel prenne le pouvoir et le contraigne à l’exil.

Deux milieux complètement différents, donc, mais un engagement politique quasi identique. Carmen est proche de Beatriz Allende, fille aînée de Salvador Allende, admiratrice de Guevara et du régime castriste.

On va assister à la lutte de chacun pour que Salvador Allende arrive au pouvoir, certains plus violents que les autres adhèrent aux méthodes controversées du MIR le Mouvement de la Gauche Révolutionnaire.

Mais, pour la CIA et Nixon en tête, il est inenvisageable qu’un autre pays d’Amérique du Sud devienne « communiste », pour eux, le mot socialisme signifie communisme, œil de Moscou etc… qu’à cela ne tienne, Nixon va dépenser des milliards de dollars pour finance la campagne de candidat de la droite dure, Eduardo Frei, allant jusqu’à envoyer des armes…

En effet Salvador Allende, contrairement aux sondages de la CIA a fini par être élu, dans la liesse populaire et tenter de redistribuer les richesses détenues par les familles catholiques : augmentation des salaires, nationalisations… Mais, l’inflation galopante se profile, les denrées alimentaires se font rares, le général qui était un peu trop « favorable » au président finit par démissionner et l’armée fait appel à « un général discret et obéissant » : Augusto Pinochet pensant qu’il était facilement manipulable (comme un certain KGB fit plus tard appel à Vladimir Poutine, le pensant suffisamment peu futé pour être manipulable !!!

On assiste à un soulèvement de l’armée, télécommandé par Nixon et ses sbires, Salvador Allende refusant de quitter le palais présidentiel va se suicider sur place enregistrant un message d’adieu très fort et émouvant, et la dictature de Pinochet se met en place avec ses arrestations, ses tortures, des milliers de personnes vont ainsi « disparaître », on va jusqu’à les jeter du haut d’un avion en haute mer (technique très appréciée et largement utilisée par Salazar au Portugal)

Ce roman retrace l’histoire du Chili durant la brève présidence de Salvador Allende et les années de la dictature. Teo va être arrêté et torturé mais tiendra bon, les arrestations et les disparitions parmi leurs proches vont se multiplier et Carmen sera contrainte à l’exil. Mais les plus convaincus ne renonceront jamais à résister, avec des commandos formés à Cuba par exemple comme ce fut le cas pour Teo.

A travers l’histoire de ces deux familles, on a l’histoire de la résistance à la dictature et la douleur de l’exil. Carmen se persuade qu’elle amoureuse d’Andrés Pascal Allende, et confond l’amour avec l’admiration pour son militantisme ; elle finit par l’épouser tout en sachant qu’elle s’enferme dans une autre cage, car le statut des femmes n’est pas terrible…

 « Révolutionnaire ou non, la domination masculine était bel et bien une réalité. Elle admirait Andrés qui l’avait initiée à nombre de découvertes, à la militance active. Depuis qu’elle s’était plongée dans l’aventure du Mir, elle aspirait à plus encore d’intensité, plus d’espace pour s’épanouir… »

Comme Carmen, Teo rejoindra le Mir, en quête de ce qu’il appelle une communauté, une autre famille en somme.

J’ai beaucoup aimé ce roman historique, surtout pour tout le rappel du contexte politique du Chili, mais les héros sont très intéressants (ce qui n’est pas toujours couru d’avance, car il y a souvent un décalage entre l’Histoire et la petite histoire et là je trouve que les auteurs s’en sortent très bien.

J’ai suivi de près la période « Pinochet » au Chili, comme celle de toutes les dictatures qui se sont succédé en Amérique du Sud d’ailleurs : comment ne pas se souvenir de tous ces dictateurs dans leurs habits de lumière trônant aux obsèques de Paul VI par exemple !) et Pinochet ne sera jamais jugé de son vivant, malgré des initiatives courageuses, conduisant à son arrestation en Grande-Bretagne en 1998. Comment oublier que ce vieillard diminué en fauteuil roulant, a envoyé promener le fauteuil dès qu’il a posé le pied sur le sol chilien à sa descente d’avion, bras d’honneur au monde entier ! il ne sera jamais inquiété et s’éteindra en 2006 ! avec un détail croustillant : pas si à l’aise que cela, le vieillard soi-disant amnésique,  il a demandé à être incinéré pour être sûr que sa tombe ne soit pas profanée !

Certains des protagonistes m’ont un peu dérangée par leurs méthodes ultra-violentes, et leur militantisme forcené sans concession leur jusqu’au-boutisme mais on voit Teo évoluer, prendre ses distances avec eux, il est capable d’entendre les idées des autres sans les rejeter de manière systématique comme il le faisait au début.

L’écriture est belle, très rythmée, on ne s’ennuie pas une seconde et la couverture est très bien choisie!

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Stock Arpège qui m’ont permis de découvrir ce livre passionnant ainsi que les deux auteurs et d’apprécier la qualité de leur travail.

#CarmenetTeo #NetGalleyFrance

Coup de cœur donc !

Les auteurs :

Olivier Duhamel, professeur émérite, spécialiste des institutions et de la vie politique, intervient sur Europe 1 et LCI. Il a publié en 1974 « Chili ou la tentative », de nombreux essais et manuels, et un premier roman, « Colette et Jacques » (Plon, 2019 ; Pocket, janvier 2020). Il est le fils de l’homme politique, Jacques Duhamel

Delphine Grouès, directrice de l’Institut des compétences et de l’innovation de Sciences Po, est autrice d’une thèse sur la protestation populaire chilienne, « Cris et écrits de l’opprimé », et d’une pièce de théâtre, « La Lueur de l’ombre », sur les silences mémoriels.

Extraits :

Le salpêtre du Chili, connu du monde entier, le salpêtre qui viendrait fertiliser les campagnes anglaises, françaises, allemandes russes, et de quelques autres pays encore. Le salpêtre, toujours le salpêtre qui brûle les poumons et rompt les corps.

A quoi bon en perler, les frères se moqueront, et le père… le père, à quoi bon ? Et la mère, la mère courait, se courbait pour soutenir la famille ; les soucis d’un petit garçon de douze ans seraient dérisoires au regard des siens, ou pire, s’ajouteraient au fardeau qu’elle portait déjà sur les épaules.

L’insouciance des premières années de Teo sur sa terre natale s’était brisée. Sa terre du Nord… la nostalgie de la nature et du désert l’envahissait. Est-ce qu’un jour il parviendrait à retrouver ses grands espaces, la liberté, le lien avec la lune, les étoiles et le soleil, comme le grand-père aymara le lui avait appris ? Et le silence ? Combien il aspirait à retrouver quelques secondes de silence. Voulant échapper au vacarme, Teo s’isolait comme un oiseau blessé.

Pire encore, ce pays du bout du monde ne devait pas révéler que l’alliance entre le socialisme et la démocratie était envisageable. Un président socialiste légalement élu ? Impossible. Inacceptable.

Les messages enflammés du Mir, l’euphorie de l’espérance, la certitude que tous pourraient jouer un rôle dans a transformation de la société, séduisaient de nombreux jeunes gens qui se lançaient à corps perdu dans le mouvement. Ils voulaient rejoindre ce collectif, cette nouvelle famille, se rapprocher d’une flamme qui donnerait un sens à leur avenir.

Teo s’épanouissait. Il s’épanouissait enfin. La fin de son adolescence portait le sceau de l’engagement. Il avait trouvé un sens à l’exil que la compagnie du salpêtre avait imposé à sa famille. Rejoindre le Mir, c’était s’insérer dans une communauté. Une communauté d’intention et aussi de protection. Trouver une place, posséder une identité.

Il s’agissait d’un axe central de la stratégie de Nixon et Kissinger pour renverser Allende : créer un mouvement social d’opposition dans les classes moyennes secteur par secteur. Le mouvement s’étendit à nombre d’avocats, médecins, patrons de PME… les chauffeurs de taxis et les pilotes de ligne furent aussi de la partie…

Une part grandissante de la bourgeoisie souhaite un coup d’État pour retrouver ses privilèges, la caste militaire pour améliorer les siens, et les États-Unis pour empêcher toute contagion en Amérique latine…

Les présidents se succédaient, Pinochet, lui, demeurait Commandant en chef des Armées. Les exilés rentraient au pays, et plusieurs d’entre eux choisissaient quelques mois, quelques années plus tard de repartir vers les terres qui les avaient protégés. Le temps et les espaces avaient été brisés. L’exile ne s’arrêtait pas, ce qu’ils avaient perdu ne pourrait être retrouvé. Ils ne reconnaissaient plus la nation de leurs souvenirs, ils y avaient perdu leur place…

L’impunité exerçait sa violence et sa terreur au quotidien. L’incompréhension, le dégoût et la révolte submergeaient les victimes. La bataille ne faisait que commencer.

Lu en juin 2020

Publié dans Littérature française, Peinture

« Que les blés sont beaux » de Alain Yvars

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui m’accompagne depuis plusieurs mois déjà et ma chronique a tardé à venir, tant j’avais envie de rester avec Vincent :

Quatrième de couverture :

Une prémonition ? : « Je voudrais faire des portraits qui un siècle plus tard aux gens d’alors apparussent comme des apparitions » En écrivant cette phrase à sa sœur Wil, le 5 juin 1890, Vincent Van Gogh pouvait-il se douter que son souhait se réaliserait ?


Je me suis rendu dans cette petite commune d’Auvers-sur-Oise où la présence de Vincent Van Gogh est toujours perceptible. Je l’ai rencontré. Il est devenu un ami. Je n’ai eu qu’à l’écouter.


Tour à tour joyeux, mélancolique, il m’a raconté, au jour le jour, son activité durant les deux mois qu’il a passés dans cette ville où il était venu pour oublier son mal et se soigner. Intarissable, il m’a fait tout partager : ses joies, ses doutes, ses rencontres, sa tendresse pour son frère Théo. Il m’a décrit ses journées occupées à courir la campagne en quête de motifs et de modèles. Au sommet de son art, il peignait parfois plus d’un tableau par jour. Il m’a expliqué sa technique, sa passion pour cette peinture qui lui faisait dire : « Il y a du bon de travailler pour les gens qui ne savent pas ce que c’est qu’un tableau ».

Ce que j’en pense :

On suit les traces de Vincent durant les trois derniers mois de sa vie : du 17 mai au 27 juillet 1890 pour être précise. Il sort d’une crise éprouvante après vingt-sept mois passés dans la lumière d’Arles et vient passer du temps à Auvers-sur-Oise, rencontre le fameux Dr Gachet, dont Pissaro lui avait parlé et que son frère Théo lui a conseillé de consulter.

Il loge dans la pension des époux Ravoux, couple haut en couleur, et prend ses repas avec un autre artiste, Martinez, qui flirte ouvertement avec la patronne.

Sa première « consultation » avec le docteur Gachet est assez curieuse, de même que ses méthodes thérapeutiques et Vincent va finir par côtoyer cette famille de très près, découvrant les tableaux du médecin, ses estampes, la fameuse presse où il va tester les eaux-fortes, faisant également son portrait et celui de sa fille.

On rencontre aussi Théo et son épouse Jo ainsi que leur bébé, le petit Vincent Willhem, dont il est le parrain, qui sont tous les trois chers au peintre, même s’il a des désillusions parfois, ou se sent coupable d’être entretenu par son frère qui ne roule pas sur l’or.

Vincent va arpenter la campagne pour peindre les blés, les paysans, et le chapitre où l’auteur décrit la manière dont il peint l’église d’Auvers est sublime. On voit le tableau apparaitre sous nos yeux, la manière de manier les brosses. J’ai ressenti une émotion immense, Alain Yvars m’a transmis son amour pour la peinture de Van Gogh, dans cette description, je me suis sentie en osmose. J’aime beaucoup ce peintre torturé et la découverte de ce tableau de la cathédrale a été un choc. Comme tout le monde, j’aime « les tournesols », « Les iris » ou « Nuit étoilée sur le Rhône » entre autres, mais celui-ci m’avait échappé !

C’est Jo qui exprime le mieux ce que représente la peinture de Vincent, lors d’un déjeuner avec le docteur Gachet :

« Je vais vous faire une confidence : dans les « modernes », mon peintre préféré est … Vincent. Ce n’est pas parce qu’il est mon beau-frère, mais sa peinture est celle que je comprends le mieux : franche, directe, expressive. Il peint ce qu’il voit, sans fard, avec un cœur énorme. Je l’admire. »

Le docteur Gachet le complimente aussi : « je perçois chez Vincent la peinture du futur, une sorte de phare pour la peinture moderne » dit-il, et on ne peut qu’être d’accord mais comme on ne peut jamais être sûr de sa sincérité…

On sent la souffrance, la mélancolie de Vincent dans ses attitudes, dans sa peinture et cet ultime voyage nous emmène très loin dans son intimité. Je l’appelle Vincent, comme l’auteur, car nous sommes devenus intimes, il m’a tenu la main, ou j’ai tenu la sienne, je ne sais plus très bien, et surtout car il préférait qu’on l’appelle par son prénom, car on prononçait mal son nom en français.

Vincent ne se contente pas de peindre, il est sa peinture, le pinceau semble être un prolongement de sa main, comme le sont l’archet du violoniste ou celui du violoncelliste par exemple. J’aimerais bien passer une nuit avec lui dans un musée…

Un petit mot du style : l’auteur s’exprime à la première personne, c’est Vincent qui parle, qui raconte ces trois derniers mois, ce qui renforce l’impression d’intimité, de recevoir ses dernières confidences… C’est une très belle idée.

J’ai beaucoup aimé ce livre et il occupe une place particulière dans ma vie durant cette dernière année : Alain Yvars me l’a proposé lors de ma période alitement, sciatalgie, interventions et il ne m’était pas possible de le lire autrement qu’en position debout, pour ne pas l’abimer, car il est très beau, l’auteur a soigné son aspect, en choisissant « Les blés » comme couverture. Il m’a fallu du temps et pour rédiger ma chronique, en fait je l’ai relu pour retranscrire tout mon ressenti.

Je remercie Alain Yvars que les Babeliotes connaissent bien sous le nom de « jvermeer » qui parle si bien de son amour pour la peinture, pour ce cadeau et pour sa patience, ma chronique s’étant fait attendre… son autre livre « Conter la peinture » a lui-aussi été plébiscité par les lecteurs.

Inutile de préciser qu’il s’agit d’un coup de cœur bien-sûr.

Quelques toiles

Extraits

Dans la capitale, je m’étais fait plein de nouveaux amis, les peintres impressionnistes et leur peinture de lumière dont je n’avais pas conscience en Hollande où ma palette restait sombre : Lautrec, Bernard, Pissaro, Anquetin, Koning, Russel, Guillaumin, Gauguin. Nous formions un groupe de pensée et notre religion était la même. Notre art était celui de l’avenir…

Le docteur avait raison, j’allais faire de grandes choses dans ce village. Une étrange connivence s’était déjà installée entre lui et moi… Pourquoi ? Je ne le savais pas vraiment, mais ce lieu me plaisait…

Personne ne m’avait rien demandé sur mon passé. Les idées noires qui me poursuivaient à Saint-Rémy s’étaient évacuées. Une seconde vie commençait.

Mes premières estampes d’aquafortiste n’étaient pas d’un rendu parfait. Je les trouvais incroyablement belles et nouvelles perspectives d’avenir envahissaient mon esprit agité. Je pourrai reproduire mes meilleures toiles avec ce procédé ? Mes motifs du midi… Mon art sera accessible à tous…

Ma palette chargée de pâte s’impatientait. Mes brosses que je saisis savaient déjà ce qu’il fallait faire : emplir de manière colorée les vides laissés par le dessin préparatoire, en variant l’intensité des couleurs. Les taches bleu outremer posées sur les vitraux donnèrent du poids, de l’épaisseur aux murs gris vert. Quelque touches orangées et rouges illuminèrent les toits.

Je peins la vie comme je la ressens. Ma méthode : peindre en une seule fois en se donnant tout entier ; exagérer l’essentiel et laisser dans le vague, exprès, le banal. Un tableau doit être autre chose qu’un reflet de la nature dans un miroir, une copie, une imitation. J’ai compris qu’il ne fallait pas dessiner une main, mais un geste, pas une tête parfaitement exacte mais l’expression profonde qui s’en dégage, comme celle d’un bêcheur reniflant le vent quand il se redresse, fatigué…

Je ne martyrise pas la toile Pacalini, je me bats avec elle ! la peinture est un combat dont le peintre ne sort pas toujours vainqueur…

J’avais besoin de violenter mon nouveau corps qui répondait à mes moindres désirs. Cette fureur sourde de travail allait me guérir. Parfois, le soir, seul, je doutais encore de la persistance de cette forme physique inhabituelle. Depuis deux ans, mes périodes d’accalmie après chaque crise n’excédaient guère trois mois. La dernière avait pris fin vers la mi-avril. Deux mois déjà…

Je peignais pour connaître ces moments-là, ces combats fougueux avec la toile qui voyait le motif inerte me faisant face, s’animer, s’exalter, pour se transformer en quelque chose de nouveau… une œuvre d’art.

Je contemplais le ciel. Depuis mes débuts en peinture, il m’avait procuré mes plus belles émotions. J’aimais toutes ses nuances : plombé, diaphane, laiteux, troublé du Brabant ou de l’île de France. Sans oublier les lumineux, les violents qui m’éblouissaient dans le Midi.

Lu en 2019-2020

Publié dans Littérature française

« Les jours brûlants » de Laurence Peyrin

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui m’a tentée pendant ces mois compliqués de confinement, il faut bien passer le temps, alors pourquoi pas explorer des univers différents. C’est un peu « Rendez-vous en terre inconnue » pour moi :

Résumé de l’éditeur :

Pourquoi une épouse amoureuse, une mère aimante décide-t-elle de disparaitre ? Un roman subtil, viscéral. Une magnifique histoire de femme. 

À 37 ans, Joanne mène une vie sereine à Modesto, jolie petite ville de Californie, en cette fin des années 70. Elle a deux enfants, un mari attentionné. Joanne veille sur eux avec affection. Elle est une jeune femme comblée. Une épouse et une mère accomplie. 

Mais un jour qu’elle rentre de la bibliothèque à vélo, elle est agressée. Un homme surgit, la fait tomber, l’insulte, la frappe pour lui voler son sac. Joanne s’en tire avec de multiples contusions, mais rien de grave. En apparence du moins, car à l’intérieur d’elle-même, tout a volé en éclats.

De plus en plus chaque jour, elle perd pied. Elle se conduit bizarrement, fait même peur à ses proches. Et comprend alors qu’il est temps de partir.  De disparaitre. Laissant tout derrière elle, elle monte dans sa Ford Pinto beige et prend l’autoroute 99, la Golden State Highway. Direction Las Vegas.

Ces jours brûlants passés dans la « Cité du pêché » parviendront-ils à redonner à l’épouse et à la mère qu’elle est devenue le goût de l’adolescence enfuie ? Lui permettront-ils de retrouver la paix ?

Laurence Peyrin signe avec ce roman une magnifique histoire de femme à la rencontre d’elle-même.

Ce que j’en pense :

Joanne Linaker, jeune femme mariée à un chirurgien qu’elle a connu jeune, avec deux enfants vit dans une maison à Modesto en Californie. Sa vie se déroule sans heurts pour cette experte en cocktails, malgré une adolescente qui la traite avec mépris : nous sommes au royaume des « desperate housewives ». Un jour, tout bascule : en revenant de la bibliothèque, en bicyclette elle se fait agresser par un junkie qui la traite au passage de « connasse » « salope » car elle refuse de lui donner son sac.

Des points de suture, qui vont balafrer le front, des contusions multiples vont entraîner un état de sidération puis une plongée dans les eaux profondes de la dépression, de l’alcoolisme… Elle n’arrive pas à s’identifier à autre chose qu’à « salope, connasse » qu’elle se répète en boucle.

L’alcool au volant, comme il se doit, elle se retrouve dans le fossé, la voiture en fourrière, et la phrase assassine de son mari : : « tu me fais peur, tu fais peur aux enfants ». Elle pense qu’elle est devenue toxique, et qu’il ne lui reste qu’une solution la fuite. « Elle fuit pour leur bien à tous. » et c’est le début d’une autre aventure, finie la femme au foyer, elle ne se sent plus légitime et surtout elle a découvert que son monde protégé était un peu trop « idéal » . Alors direction Las Vegas, au volant de sa Punto!

C’est une histoire sympathique, un voyage initiatique car elle se confronte à la souffrance des autres femmes qu’elle va rencontrer, la survie dans un monde dont elle ne connaît rien, avec les douleurs qui s’installent quand on serre trop les dents pour avancer coûte que coûte et surtout ne montrer aucun signe de faiblesse.

Laurence Peyrin décrit assez bien les raisons pour lesquelles on décide de fuir, et à travers la question : « qu’est-ce qui fait que ? », montre que le problème se pose différemment selon qu’on est un homme ou une femme, l’homme peut choisir de disparaître alors qu’il a une famille, sans que cela choque vraiment, tandis que la femme qui abandonne son foyer ou ses enfants cela choque forcément.

J’ai bien aimé les achats compulsifs de céréales du petit-déjeuner qu’elle stocke par kilos n’importe où, les échanges de chariots dans les magasins…

C’est le premier roman de Laurence Peyrin que je lis, et j’ai passé un bon moment, alors que ce n’est pas trop le genre de romans que je lis d’habitude. Je pense que je vais faire un bilan de mes lectures durant le confinement en juin 2021 (ce n’est pas une faute de frappe, j’ai bien dit 2021 !) pour comparer avec les années précédentes, avec le recul, cela devrait être intéressant !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Calmann-Levy qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

Vous allez rire, je viens de solliciter le dernier roman d’Amanda Sthers que je snobais jusqu’à présent pour me faire une idée de sa prose ! dois-je appeler les urgences psy ?

#Lesjoursbrûlants #NetGalleyFrance

7/10

Extraits :

Dans l’esprit de sa fille, Joanne, elle, était probablement renvoyée au stade primaire de la femme qui attendait son chasseur-cueilleur dans sa caverne.

De toute façon, l’auto détenue Linaker s’était mise à l’isolement, au point qu’elle oubliait l’heure des repas – « ton amaigrissement », avait constaté son mari, « ton amaigrissement » et « ton survêtement informe ». C’était bien cela, une geôle intime.

Qu’est-ce qui fait qu’un jour, le suicide social est la seule voie possible ? Un danger, un crime des dettes, la justice qu’on fuit. Aux États-Unis, ce territoire immense où l’on peut changer d’identité comme d’État, cette fuite-là était du domaine masculin dans les années 70.

Qu’est-ce qui fait qu’un jour, on sacrifie au désir inconscient de l’inconnu ?  un mal-être profond, une situation d’échec, l’incapacité de gérer. Tous ces gens, des dizaines de milliers chaque année, inféodés à l’idéal de la réussite – professionnelle, familiale, financière, et un jour, le « moi », selon la topique freudienne, chutait et s’éclatait.

Joanne avait bien reçu tous les signaux que son corps lui envoyait : le poids du fardeau, la confiance en soi entamée, le manque d’amplitude et de vision. Elle subsistait avec le minimum vital que la culpabilité voulait bien lui laisser.

… son vrai prénom puis celui d’une chanteuse aussi déglinguée qu’elle, et enfin le nom d’une romancière à l’eau de rose : à cet instant précis, elle devenait Joanne Janis Cartland…

La plupart du temps, c’était ainsi qu’elle fonctionnait : en mode séquentiel. Dormir, manger, répondre, remplir des verres. Une chose en entraînait une autre, dans une logique rassurante, comme lorsqu’elle alignait ses pots de crème sur sa coiffeuse à Modesto…

Lu en juin 2020

Publié dans Littérature française, Littérature jeunesse

« Émile et Mado, enfants dans la Résistance » de Sophie de Mullenheim

Ah, les nuits de la pleine lune et leur cortège d’insomnies !!! quitte à ne pas fermer l’œil autant en profiter pour lire ! le roman dont je vous parle aujourd’hui a été mon compagnon durant ces heures qui n’en finissaient pas et je l’ai dévoré…

Résumé de l’éditeur :

Paris, printemps 1942.

Depuis l’emprisonnement de son père par les Allemands dès le début de la guerre, Émile, 12 ans, vit seul avec sa maman et leur chien Puce. Les conditions de vie sont difficiles à cause de l’occupation et du rationnement. La mère d’Émile qui est infirmière doit travailler double. Mais ce soir – ou plutôt cette nuit – Émile est inquiet. Il est deux heures du matin et sa mère n’est toujours pas rentrée.

« Si un soir, je ne reviens pas, l’a prévenu sa maman, tu dois quitter immédiatement Paris et aller chez ma sœur Jeanne à Chartres. Prends Puce avec toi et quelques bagages que tu glisseras dans la sacoche de ton père. Il y tient beaucoup. J’aimerais qu’il la retrouve à son retour. Ensuite, va. Et ne te retourne pas. »

Fidèle à sa promesse, Émile prend la route de Chartres. En chemin, il rencontre Mado – Madeleine de son vrai nom –, 12 ans elle aussi qui tente de passer en zone libre.
Les deux enfants sympathisent et font la route ensemble. A deux, il est plus facile d’affronter de multiples dangers…

Ce que j’en pense :

Il fait nuit, Émile entend des bruits bizarres dans le couloir, c’est Puce sa chienne qui l’a réveillé par ses grognements. Et sa mère, infirmière de nuit, qui n’est pas rentrée ! que se passe-t-il ? La peur monte, il a les yeux rivés sur la pendule, les heures défilent et elle ne rentre toujours pas… Ils vivent tous les deux dans ce petit appartement sous les combles, son père, officier a été fait prisonnier en 1940. Il se répète les consignes de sa mère : il doit fuir en emmenant le strict nécessaire dans la sacoche en cuir de son père et aller à Chartres retrouver la sœur de sa mère.

En même temps, Madeleine s’apprête aussi à prendre le train pour Chartres car ses parents ont été arrêtés, dénoncés par une voisine trop polie pour être honnête ! une autre voisine, toujours discrète a pu la recueillir et lui procurer des papiers. Elle récite sans arrêt sa nouvelle identité.

Sur le quai de la gare, le couple qui devait venir la chercher n’est pas là. Elle attend jusqu’à la dernière minute mais panique en apercevant des soldats allemands, lâche sa valise qui se renverse. Au même moment, Émile se fait refouler car les chiens ne sont pas autorisés dans les trains. Ils partent à pied, longeant la Seine, mais Chartres est plus loin qu’Émile ne le pensait.

On va suivre ces deux enfants, âgés de douze ans à peine, dans leur périple tandis que les miliciens cherchent à tout prix à récupérer des documents appartenant à la mère d’Émile, mettant tout à sac sur leur passage, y compris chez le propriétaire de l’appartement, Monsieur Carbonnet qui leur tient tête du haut de ses quatre-vingt et quelques années.

Ce roman raconte l’histoire d’une belle amitié qui s’installe entre deux enfants qui fuient Paris, pour se mettre à l’abri, alors que résonnent les bottes des Allemands et celles des collabos pas toujours très futés mais avides de promotion… on découvre aussi la vie sous l’Occupation, les tickets d’alimentation, le marché noir, la difficulté de faire confiance quand on a été trahi, la méfiance qui s’installe…

Sophie de Mullenheim décrit très bien cette époque, ses bassesses mais aussi les belles rencontres, la Résistance qui s’organise à tous les niveaux (comme le colibri cher à Pierre Rabhi, certains font leur part comme la mère d’Émile, sa tante alors que d’autres trahissent.

C’est une histoire assez courte qui s’adresse à un public jeune pour lui faire comprendre tout ce qui s’est passé à l’époque, et en tant qu’adulte d’âge mur, elle m’a bien plu. L’écriture est belle, l’auteure ne nous noie pas dans des détails qui pourraient distraire son public, mais reste constamment dans l’action et l’émotion. La couverture est splendide.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fleurus qui m’ont permis de découvrir ce roman et de faire la connaissance de la plume de Sophie de Mullenheim que je ne connaissais pas et j’ai bien envie de me plonger dans ses livres dont le nombre est impressionnant…

#ÉmileetMadoenfantsdanslarésistance #NetGalleyFrance

9/10

L’auteure :

Sophie de Mullenheim écrit des livres pour enfants : des livres de jeux, puis des livres documentaires, des contes, pour arriver au roman avec « FBI et les neuf vies du chat » en 2007.

On lui doit, « Rosa Parks, la femme qui osa dire non », « Sissi impératrice rebelle », des collections comme « Les sœurs Espérance » ou « Les demoiselles chéries » et tant d’autres. Sa bibliographie est impressionnante.

Extraits

Madeleine ferme les yeux et récite une nouvelle fois tout bas : « Je m’appelle Madeleine Germain. Je suis née le12 mars 1931 à Juvisy-sur-Orge dans l’Essonne. Je m’appelle Madeleine Sarb… » la jeune fille s’arrête, se mord la langue puis recommence…

Alors, Émile descend sans faire de bruit l’escalier de service que personne n’emprunte jamais hormis sa mère et lui. En passant devant la porte de la cuisine de l’appartement de monsieur Carbonnet, il hésite un instant. Il aimerait tant dire au revoir au vieil homme et voir une dernière fois son visage si couvert de rides qu’il ressemble à une carte du monde. Mais le garçon sait que sa mère ne voudrait pas qu’il s’arrête. Elle lui a dit de partir sans se retourner. Monsieur Carbonnet risquerait de le retenir et de le convaincre de ne pas y aller. Quand Émile ouvre la porte qui donne sur la rue, celle-ci lui paraît inhospitalière tout-à-coup. Jamais il ne s’est trouvé ainsi livré à lui-même…

La perspective de se retrouver si loin de chez elle terrifie Madeleine mais elle ne peut pas rester à Paris. Pas après ce qui est arrivé à ses parents.

La jeune fille scrute une dernière fois la gare, à la recherche du couple qui doit s’occuper d’elle. Au lieu de cela, son regard accroche un groupe de soldats allemands qui patrouillent avec un chien. Ils cherchent certainement quelqu’un. Madeleine s’affole…

Monsieur Carbonnet regrette juste de n’avoir pas résisté davantage aux Allemands et à leurs collaborateurs. Il a trouvé savoureux tout à l’heure de leur faire monter à pied les six étages…

Madeleine lui emboite le pas sans poser de question. A deux, ce sera plus facile, a-t-il dit. Il a raison. Sans lui, de toute façon, elle n’a plus rien. Elle est toute seule et cette pensée la terrorise. Au moins, Émile a l’air gentil et sa chienne aussi.

Lu en juin 2020

Publié dans Littérature française, Uchronie

« Survivre » de Vincent Hauuy

Petit détour par l’uchronie, aujourd’hui, avec ce roman :

Résumé de l’éditeur :

2035. La Terre est en sursis : les catastrophes climatiques se multiplient, les sociétés sont en ébullition et les réserves d’eau potable se raréfient. Le survivalisme prend de l’ampleur. Survivre devient à la fois un défi et une obsession. C’est aussi le thème et le nom du grand jeu télévisé que lance le milliardaire Alejandro Perez, magnat des intelligences artificielles.

Dans l’énorme complexe construit ad hoc dans l’Idaho, le lancement de Survivre s’annonce spectaculaire. Mais lorsqu’un agent de la DGSE infiltré dans l’organisation de Perez disparaît, son frère, l’ex-journaliste Florian Starck, se décide à intégrer l’émission.

Et découvre un envers du décor aussi mystérieux que terrifiant.

Car la promesse d’un grand divertissement dissimule un objectif beaucoup plus sombre.

Dès la première épreuve, le compte à rebours commence.

Pour les candidats.

Pour Florian Starck.

Et pour nous tous.

Ce que j’en pense :

Florian Starck, ancien journaliste qui donnait des conférences partout dans le monde sur le réchauffement climatique a tout laissé tomber quand un ouragan a coûté la vie à sa femme et à sa fille alors qu’il n’était pas avec elles. Rongé par la culpabilité et le chagrin il a quitté Paris, la « civilisation » pour se transformer en ermite dans les Alpes, où il vit en autarcie, chasseur-cueilleur dans sa cabane dans les arbres.

Sa sœur, ministre de l’Intérieur, le convoque car leur frère Pierrick qui travaillait comme conseiller auprès d’un magnat de l’Intelligence Artificielle, Alejandro Perez qui a d’ailleurs reçu le prix Nobel pour ses travaux, a brusquement disparu. Ils étaient de mettre au point une sorte de jeu, téléréalité « Survivre ». Elle tente de le convaincre d’aller enquêter…

Dans un premier temps, il refuse et retourne dans son havre de paix. Mais les pillards rodent, détruisant tout sur son passage et sa cabane, son potager ont été mis à sac, et un meurtre a même été commis dans le camp de réfugiés climatique, tout près.

Il s’envole pour l’Idaho, rencontre Perez, est observé, questionné sous toutes les coutures par Chloé, Intelligence Artificielle pour être recruté comme coach dans le jeu. Et on lui adjoint comme concurrente à former Zoé…

Le centre est ultra-sécurisé, des drones partout, abris de survie, aux USA dont le président Johnson est encore plus irresponsable que Trump, comme quoi on peut toujours faire mieux dans la connerie humaine :

« … j’ai du mal à considérer la destitution de Johnson comme une mauvaise nouvelle. Ce type est l’enfant maudit de Trump et Bolsonaro… »

A l’extérieur, les ouragans, les catastrophes climatiques se multiplient, les glaciers ont fondu, le niveau des océans monté donc englouti des pans entiers des côtes. Dans ce chaos où règne en maître l’IA les groupement religieux, sectes anti-robots se multiplient dans le but de tout détruire au nom de la lutte contre le progrès. Ils sont armés jusqu’au dents, avec des armes sophistiquées (connectées, on est contre mais on en profite !), sans parler des attentats, des querelles, voire guerres entre pays : exemple une guerre de l’eau entre USA et Canada…

Fidèle à mon obsession de ne pas divulgâcher, je ne dirai rien de l’intrigue qui m’a bien plu, alors que je lis peu d’uchronies, et en fait je me rends compte que j’aime finalement bien ce style de littérature. Les personnages sont intéressants, chacun ayant une personnalité bien campée, le suspense est présent…

J’ai beaucoup aimé ce voyage en 2035 parmi tous les cataclysmes, les collapsologues, survivalistes de tous bords, les enragés de l’Intelligence Artificielle, les robots auxquels certains tentent d’inculquer l’empathie, les interfaces et tant d’autres choses qui pourraient nous tomber sur la tête « incessamment sous peu ».

Excellent moment de lecture donc car j’ai dévoré ce roman qui m’a donné envie de connaître davantage l’univers de Vincent Hauuy.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Hugo Thriller (que j’aime bien !) qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

#Survivre #NetGalleyFrance

9/10

L’auteur :

Né à Nancy, Vincent Hauuy est un concepteur de jeux vidéo, romancier et scénariste.

« Le tricycle rouge », son premier roman, a obtenu le Prix VSD-RTL du meilleur thriller français 2017. Il publie ensuite « Le brasier » en 2018 et « Dans la toile » en 2019.

Extraits :

Quand on tout perdu, la perspective de la mort n’est plus un frein.

J’ai croisé des silhouettes aux démarches flegmatiques, des visages peinés, résignés. Comme si tous espéraient un miracle et s’accrochaient du mieux possible en attendant la prochaine vague, la dernière. Une ambiance de fin du monde. J’adorais cette ville (Paris). Pourtant, je n’avais qu’une envie : repartir le plus loin possible, le plus vite possible…

Je ne pouvais m’empêcher de voir dans ce ciel féérique une fresque de fin de monde. Une élégie célébrant l’extinction de l’humanité. Et plus j’observais l’horizon, plus une question grandissait : combien de matinées comme celles-là, avant que nous ne disparaissions tous ?

Les collapsologues américains spéculaient sur l’imminence d’une éruption du super volcan de Yellowstone ou l’avènement du Big One. Pour ma part, je pensais qu’il n’y avait pas besoin d’un super volcan ni d’un tremblement de terre dévastateur pour achever l’humanité. Elle y parvenait très bien toute seule et je craignais plus la montée en puissance des groupes religieux militarisés et autres sectes…

En fait, depuis que vous êtes entré, vous avez été observé et étudié. Votre démarche, votre ton, vos expressions faciales, le choix de vos mots. Tout cela a été transmis à Chloé qui l’a analysé et m’a fourni un profil psychologique…

J’ai beaucoup d’ennemis. Les sectes religieuses anti-IA (Intelligence Artificielle) ont pris énormément d’importance ces cinq dernières années. Certains hommes politiques les soutiennent, et elles ont recruté à tour de bras parmi les nombreuses victimes de l’impact climatique. Comment les blâmer ? Que nous reste-t-il quand nous n’avons plus à manger ni à boire ?

L’empathie des IA me posait une colle. Ce concept revenait en boucle dans ma tête. Était-ce pour analyser le comportement humain ? Pour mieux l’imiter ? Les deux ?

Après avoir conçu des drones-soldats (le premier véritable humanoïde avait été présenté en 2025 par Boston Dynamics), nos scientifiques étaient tout à fait capables de fabriquer de faux animaux ou de faux insectes, et de leur programmer des routines.

L’être humain aime son confort et il est incapable de pense à long terme. C’est aussi simple que ça.

Quand je regarde ce lever de soleil, je me dis qu’on a vraiment merdé quelque part. on avait tout, pourtant. Mais non, il a fallu qu’on finisse par scier la branche sur laquelle on avait posé notre cul.

Lu en mai 2020