Publié dans Littérature russe, XIXe siècle

« Les ombres » de Vladimir Korolenko

Je vous parle aujourd’hui d’un court texte, classé dans la rubrique nouvelle, de cet auteur russe du XIXe siècle que j’ai découvert il y a quelques années avec son roman « Le musicien aveugle ». Il s’agit donc de :

Résumé de l’éditeur :

Dans l’œuvre de Korolenko, les ombres se démarquent des autres romans de l’auteur russe.
L’action du roman ne se situe pas en Russie mais en Grèce. Alphabet cyrillique oblige diraient les plaisantins.

 Heureusement Korolenko n’en est pas un, son roman répond à une quête ancienne et légitime de l’auteur, donner une suite à « l’apologie de Socrate » de Platon.

Ce roman a été traduit par Anna Langovoy en 1902.  

Ce que j’en pense :

Socrate vient d’être condamné, accusé d’avoir détruit la foi aux dieux. Il a été dénoncé par ses élèves Mélite et Anite.

Ont-ils eu raison ou tort de le dénoncer là est la question. Le peuple d’Athènes demandait sa condamnation car Socrate disait : « je suis ton œstre, j’aiguillonne ta conscience pour que tu ne t’endormes pas. Ne dors pas, veille et cherche la vérité, ô peuple d’Athènes »

Il est bon de réfléchir à la raison pour laquelle Socrate a été condamné et le bienfondé de ce motif. S’il est facile de condamner, est-on sûr de ne pas commettre une injustice ?

Après sa mort, Socrate se retrouve dans les ténèbres et échange des réflexions avec Elpide, un « croyant ». Les ténèbres font vraisemblablement allusion aux enfers, alors que survient un orage, l’orage des pensées, le côté sombre de l’homme… Il s’agit d’une discussion entre un philosophe et un tanneur que tout oppose, sous la forme de « deux ombres qui cheminent » égarées dans les ténèbres.

Socrate est mort, empoisonnée par la cigüe, comme chacun sait, alors que Elpide est décédé d’une hydropisie et a souffert trois jours avec de mourir, soulevant au passage une autre question : y-a-t-il une mort plus noble que l’autre ? Sous-entendu, les dieux de l’Olympe seront-ils plus indulgents avec l’un qu’avec l’autre ?

On va ainsi suivre le questionnement : Socrate avait-il raison, ou pas ce qui nous entraîne sur une réflexion sur la foi, la croyance, la piété ou le doute… L’homme peut-il trouver la lumière en lui ou à l’extérieur ? Cela me rappelle une phrase du Bouddha « Sois à toi-même ta propre lumière, sois à toi-même ton propre refuge ».

Au passage, l’auteur aborde aussi un problème d’actualité : le blasphème…

Vladimir Korolenko évoque aussi le sacrifice fait aux dieux pour obtenir telle ou telle chose dans la vie, l’espoir est -il dans la foi en un esprit supérieur ou est-il en nous ?

J’ai choisi ce texte court, en pensant au départ que c’était une nouvelle, car j’ai beaucoup aimé « Le musicien aveugle », roman par lequel j’ai découvert Vladimir Korolenko, et en fait, ce petit texte m’a entraînée très loin dans la réflexion. C’est le genre de texte philosophique qu’on met plus de temps à lire qu’un roman de 300 pages, tant le propos est dense. Et c’est encore pire pour rédiger une chronique sans dévoyer le texte.

Si vous ne connaissais pas l’auteur, je vous engage à découvrir « Le musicien aveugle » https://leslivresdeve.wordpress.com/2017/03/21/le-musicien-aveugle-de-vladimir-korolenko/

Un grand merci au site https://bibliotheque-russe-et-slave.com/index1.html dans lequel je vais souvent chercher des livres surtout du XIXe siècle depuis quelques années.

Cette lecture vient clore pour cette année ma participation au challenge « Le mois de l’Europe de l’Est »

9/10

L’auteur :

Vladimir Galaktionovitch Korolenko, né à Jytomyr le 27 juillet 1853 et mort à Poltava le 25 décembre 1921, est un écrivain ukrainien engagé d’inspiration populiste, auteur de nouvelles, journaliste et défenseur des droits de l’homme.

Il est classé parmi les auteurs russes.

Extraits :

Un mois et deux jours s’étaient écoulés depuis que les juges, acclamés par le peuple d’Athènes, prononcèrent la sentence de mort du philosophe Socrate, accusé d’avoir détruit la foi aux dieux. Il était pour Athènes ce qu’un œstre est pour le cheval. L’œstre pique le cheval pour qu’il ne s’endorme pas et qu’il aille vaillamment son chemin. Le philosophe disait au peuple d’Athènes : « Je suis ton œstre, j’aiguillonne ta conscience, pour que tu ne t’endormes pas. Ne dors donc pas, veille et cherche la vérité, ô peuple d’Athènes ! » ainsi débute le récit.

Et maintenant les images des Olympiens sont assombries et la vieille vertu a succombé. Qu’en résultera-t-il donc ? Ne faut-il pas d’un seul coup mettre fin à la sagesse impie ?

Faisons nos adieux – dit-il aux juges qui venaient de le condamner – rentrez dans vos foyers, et moi j’irai à la mort. Amis, je ne sais pas qui de nous choisit le meilleur sort.

Souvenons-nous de nos entretiens sur la justice, sur la vie et sur la mort. N’avons-nous pas dit que l’homme sage devait appréhender non la mort, mais ce qui est contraire à la vérité ?

N’as-tu pas remarqué que les sommets sont les premiers éclairés par les rayons ? Eh bien je me dis : il paraît qu’une grande loi pousse les hommes) chercher eux-mêmes, dans les ténèbres, le chemin de la source de la vie.

Les deux ombres cheminèrent plus loin, et l’âme de Ctésippe, ravie à son enveloppe mortelle, s’envola à leur suite, avide des sons clairs du discours bien connu de Socrate qui lui semblaient éclairer les domaines même des ténèbres désespérantes.

C’est la jalousie qui te fait parler ainsi, avoue-le, répliqua Elpide amèrement. Je te plains, malheureux Socrate. Soit dit entre nous, tu as réellement mérité ton sort et il m’est arrivé de dire plus d’une fois au sein de ma famille qu’il était bien temps de mettre fin à l’impiété propagée par toi.

Voilà justement ce que je voulais te dire, malheureux. Tu as été condamné à mourir par la ciguë !

 — Mais je le sus le jour de ma mort et même avant ! Et toi, heureux Elpide, qu’est-ce qui a causé ta mort ?

 — Oh ! moi, c’est différent ! J’ai eu l’hydropisie de l’estomac. Un médecin fort cher fut appelé de Corinthe ; il se chargea de me guérir pour deux mines, dont la moitié lui fut payée d’avance. Mais je crains bien que Larisse, faute d’expérience dans ces sortes de choses, ne lui ait versé aussi le reste.

Mais s’il arrive qu’en comparant la grandeur divine à la pauvre vertu humaine, on trouve que la mesure comparative est plus grande que la chose mesurée, il s’ensuit que l’origine divine même condamne les Olympiens.

Lu en mars 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

10 commentaires sur « « Les ombres » de Vladimir Korolenko »

  1. Voilà une lecture peu ordinaire et exigeante. Intéressant ! Je note aussi l’adresse du site pour trouver des idées nouvelles de lecture. Et encore merci pour tes nombreuses participation au Mois de l’Europe de l’Est !

    Aimé par 1 personne

    1. je l’ai téléchargé. J’ai découvert l’auteur il y a deux ans en parcourant le site et le titre « Le musicien aveugle » m’a attirée… un auteur que je vais continuer à explorer 🙂

      J'aime

    1. il a au moins deux idées par pages dans sa démonstration donc, pour la chronique cela a été compliquée, j’ai retenu ce qui me plaisait le plus 🙂
      « Le musicien aveugle » est une belle histoire, l’écriture est belle et sur le site, les traductions sont bonnes 🙂

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.