Publié dans Littérature Royaume-Uni

« Les enfants perdus de St Margaret » d’Emily Gunnis

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi pour son résumé et sa belle couverture :

Résumé de l’éditeur :

 Des lettres bouleversantes. Une jeune femme enfermée. Un mystère à résoudre.

1956. Ivy Jenkins s’apprête à donner naissance à son premier enfant. Mais la société puritaine britannique des années 1950 ne lui permettra pas de profiter de ce bonheur. Abandonnée par son amant, répudiée par sa famille, elle est internée de force à St. Margaret, un couvent pour mères célibataires.  Très rapidement, l’institution la sépare de son bébé. 2017. Samantha Harper, une jeune journaliste, tombe sur des lettres déchirantes qui révèlent les terribles conditions de détention d’Ivy Jenkins à St. Margaret. Au fil de ses recherches, elle découvre une série de morts suspectes. Alors que le couvent est sur le point d’être démoli, il ne lui reste plus que quelques heures pour faire éclater la vérité. Avant qu’elle ne soit ensevelie à jamais…

Un premier roman suffocant, inspiré de faits réels, qui mêle avec brio mystère et suspense. Aussi émouvant que dérangeant, Les Enfants perdus de St. Margaret s’est déjà vendu à plus de 350 000 exemplaires dans le monde.

Ce que j’en pense :

L’histoire débute, en 1956, avec une lettre qu’Ivy est en train d’écrire à Elvira, une petite fille qu’elle a prise sous sa protection à St Margaret, pour lui donner des consignes pour s’échapper. Pour protéger la fuite de l’enfant, elle détourne l’attention sur elle-même et fait le grand plongeon.

Le récit va ensuite se dérouler en alternance sur plusieurs périodes : 1957-59, 1968-69, 1976, 2000 et l’époque actuelle 2017.

En 2017, Sam est journaliste, rubrique « Chiens écrasés », quand elle rédige un article c’est un autre qui signe bien-sûr. Son mariage avec Ben bat de l’aile, et elle retourne vivre avec sa grand-mère Nana et sa fille Emma, âgée de quatre ans. Elle a des horaires de travail compliqués ce qui n’arrange pas la tension dans le couple, surtout Ben se contente de « chercher du travail » …

Sam arrive en retard à l’anniversaire de Nana et la découvre endormie, tenant dans ses mains une lettre signée d’une certaine Ivy, dont l’encre s’est un peu estompée avec le temps, écrite en 1956. Il s’agit d’un appel au secours, car Ivy est enceinte, non mariée et on l’a envoyée accoucher à St Margaret. En faisant des recherches sur Internet elle tombe sur un établissement lugubre.

La mère de Sam, toxicomane est morte jeune, et le grand-père est mort l’année précédente. On comprend assez vite qu’il y a des secrets de famille.

Sam enquête, à l’insu de son chef, sur un institut abandonné depuis longtemps et qui doit être prochainement détruit, pour faire place à un projet immobilier de luxe mais les travaux ont été interrompus car on a découvert le squelette du père Benjamin, porté disparu depuis quelques années. Une présentatrice télé sur le départ, Kitty Cannon a assisté à l’audience concernant ce décès classé accidentel.

Emily Gunnis nous raconte ainsi l’histoire de ce lieu sinistre où l’on envoyait accoucher les jeunes mères célibataires, qui étaient une honte pour leur famille. Elles étaient prises en charge par des religieuses catholiques, qui les traitaient en esclaves, les tuant au travail jusqu’à la veille de leur accouchement, les nourrissant à peine d’une soupe style brouet clair digne de Dachau. Elles étaient là pour souffrir et expier leurs fautes !

Elles ne recevaient aucune aide pour accoucher, cela durait des heures et on les laissait avec le minimum de soins avec une mortalité maternelle et infantile importante, sans oublier les malformations dues aux conditions d’accouchement.

Le père Benjamin avec la complicité d’un médecin, s’occupait de débarrasser les familles « du problème » moyennant finance et les filles devaient rembourser en trimant… Et, bien-sûr, on leur enlevait leur enfant dès la naissance, en les obligeant à signer les formalités d’adoption. Si elles se révoltaient, elles étaient punies…

On se croirait dans l’univers de Dickens ou de Balzac, mais ceci se passait il n’y a pas si longtemps, dans les années 50-60. Et il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas si longtemps les femmes mourraient en couches, c’est ce qui est arrivée à ma grand-mère paternelle, en 1924, et cela a laissé beaucoup de souffrance dans notre famille, je peux vous l’assurer.

J’ai lu ce roman d’une traite, comme un polar, malgré le sujet douloureux, car le sinistre institut n’existe pas en réalité, mais l’auteure l’a créé en rassemblant une énorme documentation sur les établissements de ce genre qui ont existé surtout dans la très catholique Irlande mais aussi au Royaume Uni. Il s’y est passé des choses sordides que je vous laisse découvrir et qui vont traumatiser les enfants sur plusieurs générations, car l’adoption n’est jamais un long fleuve tranquille. Le poids des secrets, les répétitions des scenarii de vie peuvent conduire à des actes qu’on peut imaginer…

 C’est le premier roman d’Emily Gunnis et c’est une réussite car elle a su utiliser des faits ayant vraiment existé pour bâtir une fiction bien maîtrisée et tient ainsi le lecteur en haleine tout au long de son livre. Elle nous donne une série d’ouvrages traitant de ce sujet qui n’ont, pour la plupart, pas été traduits.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#LesEnfantsperdusdeStMargaret #NetGalleyFrance

❤️ ❤️ ❤️ ❤️

L’auteure :

Diplômée de journalisme, Emily Gunnis a longtemps travaillé pour la télévision avant d’écrire son premier roman. Elle vit aujourd’hui à Brighton.

« Les enfants perdus de St Margaret » est son premier roman.

Extraits :

Ivy ouvrit la fenêtre grâce à l’une des clés de sœur Angelica. Elle baissa les yeux vers le sol si lointain et elle imagina Elvira en train de fuir dans les tunnels pour disparaître dans la nuit. Au moment où sœur Faith allait l’atteindre, elle déploya les bras et sauta.

Quand on perd quelqu’un, on croit qu’on va juste regretter ses bons côtés, mais c’est faux. En fait, on regrette tout. Le bon et le mauvais.

Ma sœur, serait-il possible que je travaille à la cuisine cet après-midi ? J’ai des contractions atroces.

— Non, ce n’est pas possible. Tu ne vas pas accoucher aujourd’hui, c’est trop tôt. Remets-toi au travail !

Ivy s’était traînée jusqu’à son poste. Tous les regards étaient sur elle, mais personne n’osait dire un mot. À l’heure du dîner, elle ne tenait plus debout. Les autres filles étaient parties et mère Carlin et sœur Edith étaient venues la toiser alors qu’elle était recroquevillée par terre dans un coin, se serrant le ventre et pleurant de souffrance.

Arrête cette comédie et va donc à l’infirmerie, mon enfant. Dépêche-toi, avait dit mère Carlin.

Je croyais que ces douleurs abominables étaient l’annonce que notre bébé ne survivrait pas. Plusieurs sœurs sont passées, me disant de rester tranquille, d’arrêter de faire autant de bruit, que c’était le châtiment pour mes péchés de chair. J’essayais d’être brave, mais avec cette douleur, c’était impossible. J’appelais maman, papa, toi. Personne ne venait.

Lu en mars 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

8 commentaires sur « « Les enfants perdus de St Margaret » d’Emily Gunnis »

  1. Oh ! Mais que je vais lire ce livre. Le sujet m’intéresse depuis ce qui est de quasi identique en Espagne du temps de Franco. Le livre : L’hiver des enfants volés de L’auteur, Maurice Gouiran. Il est possible que je t’en aie parlé ? Depuis lors j’ai déjà vu pas mal de documentaires à ce sujet, un film émouvant et un autre tel ce que tu décris dans ce livre. Une horreur pour ces femmes et une facette du catholicisme pas du tout glorieuse….brrrkkk. Et tout cela pour de l’argent et par des femmes monstrueuses.
    Je suis née hors mariage de père présent. La reconnaissance eut lieu bien plus tard. Maman a été rejetée par sa famille ultra catholique, sauf mes grands parents, mon grand-oncle de France, et des cousins proches de ma grand-mère. Il faut dire en souriant que maman avait fait la totale. L’amour pour ces histoires n’ont rien à voir avec mon histoire. Ce fut pour moi une découverte en lisant le livre cité et les hasards qui s’en sont suivis de mes curiosités. J’avais également entendu parler en Angleterre et en Irlande de la découverte de ces pensionnats, bagne pour ces enfants.

    Aimé par 1 personne

    1. Je sais ce qui s’est passé sous Franco surtout parce que j’ai lu des articles..
      dans sa saga « Épisodes d’une guerre interminable » sur le franquisme Almudena Grandes en parle, mais je n’ai lu qu’un des 5 tomes (pavés)
      au Portugal, cela a existé aussi du temps des Salazar & Cie mon mari m’en a parlé, mais il faut que je chercher des récits de l’époque…
      une de mes copines en 3e s’était retrouvée enceinte (elle avait 16 ans…) elle a été renvoyée du lycée (public) alors qu’elle s’est mariée rapidement… 1965! à quelques mois du brevet…

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  2. Un livre que tu me donnes vraiment envie de découvrir et que bien entendu je vais rajouter à ma liste en attente ! Le sujet me touche beaucoup moi-aussi et ce doit être un livre émouvant. Merci pour tes extraits et ta critique. Bises prends soin de toi surtout

    Aimé par 1 personne

    1. Ce livre est construit comme un polar basé sur des faits réels et en faisant des allers-retours présent passé avec des lettres d’Ivy comme les cailloux du petit Poucet c’est passionnant et l’horreur est tenue un plus à distance…
      c’est sûr que ces sœurs, je les aurais flinguées avec plaisir et elles n’ont jamais éprouvé aucun regret (comme dans la réalité) mortes tranquillement dans leur lit, persuadées qu’elles commettaient de bonnes actions ….

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