Publié dans littérature USA, Nouvelles

« Propriétés privées » de Lionel Shriver

J’ai choisi ce recueil de nouvelles pour faire enfin la connaissance d’une auteure appréciée sur les sites littéraires :

Résumé de l’éditeur :

Ne dit-on pas que les choses que l’on possède finissent toujours par nous posséder ?

Alors que son meilleur ami décide de l’exclure de sa vie, une artiste tente de récupérer le cadeau démesuré qu’elle lui avait offert. 

Un couple entreprend de bouter hors de chez lui son fils de trente ans qui, en bon millenial, va mettre en scène cet « abandon » sur les réseaux sociaux et devenir une star du net. 

Un businessman détourne l’argent de son entreprise et s’envole pour une vie dorée au soleil, avant de se voir rongé par la culpabilité. 

Une femme s’acharne à posséder une maison qui ne veut pas d’elle… 

Portées par la verve sarcastique, l’esprit d’analyse, la provocation d’une Shriver au meilleur de sa forme, douze histoires sur un sujet aussi inattendu que central : la propriété. Celle que nous nous octroyons sur les autres, sur les objets, celle qui définit notre statut social, celle qui nous aliène aussi.  

Critique acerbe de nos sociétés malades, miroir peu flatteur de notre course effrénée à la possession, une œuvre d’une brûlante actualité, salutaire et éclairante.

Ce que j’en pense :

J’ai donc choisi ce recueil de nouvelles pour faire la connaissance de Lionel Shriver, dont le roman « il faut qu’on parle de Kevin » a été encensé.

L’auteure aborde le thème des propriétés privées sous divers angles : la propriété dans le sens maison, mais dans un sens beaucoup plus poussée :appartient-on à quelqu’un quand on l’épouse, comme c’est le cas dans la première Novella « Le lustre en pied » où on trouve Jillian et Baba,  un duo amis depuis dans années, qui ont été amants à certaines périodes, mais l’amitié peut-elle résister quand la future épouse déteste Jillian, et somme son « futur » de mettre un terme à cette relation… Un bel exemple de lâcheté masculine…

Grand procrastinateur devant l’Éternel, il avait encaissé les bénéfices liés au fait de laisser tomber Frisk sans en payer le prix. Le plus dur était l’autre moitié de la décision qui, du fait même que c’était le plus dur, constituait en réalité toute la décision : parler à Frisk. Car il avait juste assez d’intelligence pour comprendre que, lorsqu’on annonce la fin d’une relation, celle-ci se termine instantanément.

La deuxième « Le sycomore à ensemencement spontané » évoque la solitude du veuvage et la capacité à ne pas s’y enfermer, surtout quand le jardin dont s’occupait amoureusement le mari est soudain envahi par les pousses du sycomore du voisin. Celle-ci est plutôt drôle. Est-ce que l’arbre du voisin vous appartient un peu quand il vous envahi (peut-on le faire tailler?)

Pourtant, dès le début, l’angoisse avait été amplifiée par le fait de savoir à l’avance que l’acuité de sa perte s’émousserait, en entraînant une seconde : la perte de la perte.

Quand j’ai abordé la troisième, avec le fils de la maison qui joue les Tanguy s’incruste, ne fait rien tout le jour et spécule sur la sénilité future de ses parents pour prendre possession totalement de la maison, les parents étant, dans un premier temps, relégués au sous-sol, c’était trop pour moi. S’il s’était agi d’un livre version papier, je l’aurais fracassé, mais je tiens trop à ma liseuse…

J’ai donné une chance encore à « Repossession » dans laquelle Helen, comptable fiscaliste, qui achète une maison sur un coup de tête et dont l’ex propriétaire a été expulsée et tout se met à aller de travers, comme si des fantômes y avaient élu domicile. Jusqu’où peut-on aller pour garder sa maison ? très loin dans le cas d’Helen.

Comptable fiscaliste, Helen tenait les règles en haute estime. Elle n’éprouvait aucune sympathie pour les gens qui ne contrôlaient pas leur situation – qui laissaient leur vie partir en vrille, créant un souk pas possible que des citoyens responsables devaient ensuite gérer à leur place.

La relation d’un homme qui a inventé « un truc génial » révolutionnant la dialyse et qui a oublié d’être un père : que faire lorsque celui-ci est proche de la mort et exige la présence du seul de ses enfants à ne pas être parti à des milliers de kilomètres ? celle-ci est assez drôle, car « le baume à lèvres » est le héros de l’histoire ou du moins un symbole, un « truc génial » qui peut pourrir la vie…

De fait, Dod n’avait pas été un père cruel. Il avait été peu investi, ce qui était pire. Au moins, la cruauté impliquait une certaine forme d’attention.

J’ai continué bravement ma lecture en râlant et trainant des pieds, mais la dernière Novella m’a achevée, j’ai abandonné car ma liseuse était à nouveau en péril et c’eût été dommage pour elle…

Je pense avoir compris le message, le désir de provoquer, mais la notion de parasite, de spéculation sur la mort des parents pour hériter, j’ai connu et je ne peux pas prendre au second degré ! … une de mes copines employait l’expression :  « la génération TPMG » (Tout Pour Ma Gueule)

Je me suis donnée une journée supplémentaire pour poster cette chronique, mais quand cela ne veut pas, cela ne veut pas ! Je suis passée à côté de ce recueil, ce n’était peut-être pas le bon moment…ou alors je vieillis mal …

« Il faut qu’on parle de Kevin » est dans ma PAL depuis des lustres et je crois qu’il bien qu’il va y rester encore quelques temps.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce recueil et son auteure.

#Propriétésprivées #NetGalleyFrance

4/10

L’auteure :

Née en 1957 en Caroline du Nord, Lionel Shriver a fait ses études à New York. Diplômée de Columbia, elle a été professeur avant de partir parcourir le monde. Elle a notamment vécu en Israël, à Bangkok, à Nairobi et à Belfast. Après Il faut qu’on parle de Kevin (Belfond, 2006 ; J’ai Lu, 2008), lauréat de l’Orange Prize en 2005, La Double Vie d’Irina (Belfond, 2009), Double faute (Belfond, 2010), Tout ça pour quoi ? (Belfond, 2012 ; J’ai Lu, 2014), Big Brother (Belfond, 2014 ; J’ai Lu, 2016) et Les Mandible, une famille (Belfond, 2017 ; Pocket, 2019), Propriétés privées est son septième roman traduit en français. Lionel Shriver vit entre Londres et New York avec son mari, jazzman renommé.

Encore quelques extraits :

« Le lustre en pied »

Le corollaire inhérent à cette tendance – celle de susciter ce type de détestation – est la propension à se creuser les méninges afin de découvrir ce qui peut bien provoquer des réactions épidermiques si radicales.

En plus de toutes ses horribles manières, il lui suffisait de se retrouver en présence d’une personne dont elle savait être détestée pour qu’apparaissent en surface nervosité, contrition et crise de doute, au point d’en arriver à rallier son ennemi au lieu de le combattre.

Tous, nous constituons l’auditoire de notre propre vie, et en écoutant la symphonie de ses propres sentiments, Baba était comme ces prodiges de la musique capables d’entendre l’absence d’une altération – si bémol, et non si naturel – au cinquième alto du pupitre, ce qui gâchait pour lui tout le morceau, alors que des auditeurs moins attentifs auraient trouvé l’orchestre juste.

« Terrorisme domestique »

 Rien ne changeait-il donc jamais ? Est-ce que personne n’aimait ses parents et ne se réjouissait à l’idée de les voir ? Ou tous les enfants devenus adultes lançaient-ils des regards furtifs à la montre de leur père pour évaluer s’ils avaient purgé une partie suffisante de leur peine et pouvaient être relâchés pour bonne conduite ?

Lu en mars 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

19 commentaires sur « « Propriétés privées » de Lionel Shriver »

  1. Comme je l’écrivais chez Krol, « Il faut qu’on parle de Kevin » m’a marquée au fer rouge !! J’ailu par la suite deux autres titres de l’auteure, mais ils m’on déçue, j’avais presque du mal à croire que la même plume se cachait derrière ses titres !
    Ingannmic

    Aimé par 1 personne

    1. à ce point-là! j’avais décidé de lire « Il faut qu’on parle de Kevin » à sa sortie, je vais tenter quand même mais il faut que je l’achète en poche occasion car la BM ne l’a pas 🙂
      au fait, contente de te retrouver 🙂

      J'aime

    1. je pense qu’il vaut mieux lire « Il faut qu’on parle de Kevin » pour se faire une idée de l’auteure:-)
      ce sont les thèmes évoqués qui ne passent pas, je suis restée au 1er degré 🙂

      J'aime

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