Publié dans littérature USA

« Le petit-fils » de Nickolas Butler

Il y un bon moment que j’avais remarqué l’engouement pour Nickolas Butler sur Babelio alors quand j’ai vu cette magnifique couverture sur NetGalley, je n’ai pas pu résister, il était temps   pour moi de faire enfin connaissance avec sa plume :

Résumé de l’éditeur :

Après trente ans à travailler dans un petit commerce, Lyle vit désormais au rythme des saisons avec sa femme Peg, dans leur ferme du Wisconsin. Il passe ses journées au verger où il savoure la beauté de la nature environnante. Leur fille adoptive, Shiloh, et leur petit-fils bien aimé, Isaac, se sont récemment installés chez eux, pour leur plus grande joie.


Une seule ombre au tableau : depuis qu’elle a rejoint les rangs des fidèles de Coulee Lands, Shiloh fait preuve d’une ferveur religieuse inquiétante. Cette église, qui s’apparente à une secte, exige la foi de la maison entière et Lyle, en proie au scepticisme, se refuse à embrasser cette religion. Lorsque le prédicateur de Coulee Lands déclare qu’Isaac a le pouvoir de guérison, menaçant par là-même la vie de l’enfant, Lyle se trouve confronté à un choix qui risque de déchirer sa famille.


Interrogeant les liens filiaux, la foi et la responsabilité, Le Petit-fils dépeint avec justesse, tendresse et amour le combat d’un couple de grands-parents prêts à tout pour leur petit-fils.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mireille Vignol.

Ce que j’en pense :

Lyle, à la retraite, a trouvé un petit job : il s’occupe du verger d’un couple plus âgé qui vit simplement, chichement, car Otis est plus radin qu’économe, mais ils ont connu la grande récession alors on comprend mieux. Ce contact avec la nature fait un bien fou à Lyle, car il vit en harmonie avec les saisons.

Il est marié à Peg depuis de longues années et les épreuves en ont fait un couple solide : ils ont perdu leur fils, âgé de neuf mois, ce qui aurait pu les détruire mais ils ont adopté Shiloh, dont la mère, adolescente, a accouché dans les toilettes, et leur a confié le bébé à l’adoption…

Shiloh a été choyée par ses parents qui l’aiment énormément, y compris quand elle dérape à l’adolescence. Ils pardonnent tout. Elle a eu un enfant Isaac, de père inconnu et tous les deux sont revenus vivre dans la maison de Lyle.

Mais, un malaise règne : Shiloh s’est entichée de Steven, un « pasteur » qui dirige une église qui s’apparente plus à une secte qu’à une église en fait, avec des prêches qui durent des heures, des chants, un endoctrinement pour faire simple.

Lyle fréquente le dimanche l’église luthérienne dont le pasteur est son ami Charlie, avec lequel il peut discuter de ses doutes : depuis la mort de son fils, il a perdu la foi, est rempli de doutes mais va à la messe quand même.

C’est un homme plein de qualités qui s’occupe de son ami Hoot, qui est malade, alors qu’il fume depuis l’âge de neuf ans et absorbe beaucoup de bière. Il aide Otis à ramasser et livrer ses pommes, est toujours disponible pour tout le monde.

Isaac tombe malade, alors qu’il est chez ses grands-parents et à l’hôpital on diagnostique un diabète. Mais Shiloh refuse de le soigner, seule la prière va le guérir, et c’est de la faute de Lyle, suppôt de Satan qu’Isaac est malade !!!

Ce roman est basé sur une histoire vraie, une petite fille morte, faute de soins appropriés, et Nickolas Butler, décrit très bien l’impuissance des parents qui voient leur fille sous emprise, tentant par tous les moyens de ne pas être exclus, coupés de leur petit-fils, tentant à tout prix d’empêcher le pire d’arriver, même s’il faut pour cela aller assister aux grand-messes de la communauté…

Il parle aussi du deuil, du chagrin causé par la perte d’un enfant, de l’amour que Lyle éprouve pour Shiloh alors qu’elle est odieuse avec lui.

J’ai beaucoup aimé ce roman, les réflexions de l’auteur sur la maladie, la mort, l’amour dans le couple et l’amour paternel, mais aussi, sur l’altruisme et l’amitié et tout ce que l’on peut faire pour ceux qu’on aime. La réflexion sur la foi est très intéressante également. Quel décalage entre ce grand-père bienveillant et le pasteur autoproclamé (ou presque) de la congrégation qui ne pense qu’à asseoir son pouvoir et à l’argent…

C’est le premier roman de Nickolas Butler que je lis, j’ai découvert l’engouement sur Babelio pour ses précédents ouvrages, et les critiques élogieuses dans l’ensemble pour celui-ci.

Un immense merci à NetGalley et aux Éditions Stock qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur que je vais suivre de près désormais.

#Lepetitfils #NetGalleyFrance

9/10

L’auteur :

Nickolas Butler est un écrivain américain, né le 02/10/79 à Allentown, Pennsylvanie.


Diplômé de l’Université du Wisconsin et de l’atelier de l’écrivain Iowa, il vit actuellement dans le Wisconsin avec sa femme et leurs deux enfants.

On lui doit, entre autres : « Retour à Little Wing », « Des hommes de peu de foi » …

Extraits :

Le monde, il le savait, était divisé en deux camps, comme c’est si souvent le cas à moins qu’on ne le réduise tout aussi souvent à cela pour simplifier : les gens pour qui les cimetières étaient des endroits tristes et inquiétants ; et ceux, à son instar, qui y puisaient un sens d’unité, de stabilité et de continuité profondes.

Hoot était le meilleur ami de Lyle. Ils étaient différents à plus d’un titre mais ils avaient leur bon cœur en commun et la gentillesse compte pour beaucoup dans notre capacité à nous lier d’amitié avec autrui, et peut-être à aimer.

Peg et Lyle persistaient. Si Lyle avait perdu la foi, Peg avait depuis longtemps saisi son mari par le poignet et, alors même qu’ils s’agrippaient tous les deux à une falaise qui s’effondrait, elle ne le lâchait pas – elle croyait pour lui et aussi en lui, d’une certaine manière.

C’est ainsi que Lyle avait passé des années, d’innombrables dimanches, assis devant son ami pour l’écouter prêcher et ce qu’il appréciait le plus dans sa manière de diriger l’église, c’était que Charlie (en dépit de sa vie exceptionnelle et de sa taille) dégageait une certaine vulnérabilité.

Les fidèles l’adoraient car eux aussi percevaient chez le pasteur de vieux défauts et imperfections. Ils se reconnaissaient en lui.

« Papy, si l’homme descend des gorilles et des singes, est-ce que ça veut dire qu’Adam et Ève descendaient des gorilles et des singes ? Ils ressemblaient plus à des gorilles ou plus à nous ? À moins que ce soit juste une histoire ? Et si Adam et Ève étaient les premiers humains sur Terre, est-ce qu’ils ont toujours été grands ? Je veux dire, est-ce qu’ils ont été enfants ? Tu trouverais pas ça cool si à un moment donné on était tous des enfants ? Juste deux enfants sur la planète entière ? »

… (Otis) offrit de l’embaucher dans le verger Sourdough, un emploi qui valait ce qu’il valait, mais qui s’avéra une véritable aubaine pour Lyle. Pas pour l’argent qu’il lui rapportait – en vérité, le salaire était très modique –, mais parce que les cycles du verger lui donnèrent ce qui lui avait manqué sans même qu’il s’en aperçût : un sens à sa vie. Et aussi parce qu’il redécouvrit le bonheur de travailler en plein air.

et bien que Lyle n’eût pas la moindre envie de fréquenter une autre église que celle dans laquelle il avait été baptisé, confirmé et marié, il prit soudain conscience que sa fille avait le pouvoir d’éloigner son petit-fils de lui, une pensée déchirante qui s’apparentait à une amputation.

Tous les jours sont importants, tous, jusqu’au dernier. Plus on vieillit, plus c’est évident.

Si tu sais que quelqu’un est en danger de mort et que tu pries pour lui au lieu de l’amener chez le docteur, c’est de la négligence. Et si quelqu’un souffre et que tu penses que Dieu va trouver un moyen de le guérir par magie, c’est purement et simplement illégal : non-assistance à personne en danger.

Tu risques de ne plus la revoir. Ça devient un combat entre eux et le monde entier. Ils croient que tout le monde essaie de leur nuire. Et ça ne fait que renforcer leur foi.

Il n’existe aucune source d’espoir plus importante que celle des parents envers leurs enfants – perdre espoir en eux revient à perdre espoir dans le monde – et, même à ce stade, Lyle refusait de renoncer à croire en Shiloh.

Être parent, c’est aimer son enfant plus qu’il ne t’aimera jamais, avait-il dit.

Lu en mars 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

17 commentaires sur « « Le petit-fils » de Nickolas Butler »

  1. Je l’avais découvert avec « Retour à Little Wing » un livre que j’avais aimé et que j’ai d’ailleurs présenté sur mon blog, mais je n’ai plus rien lu depuis. Je note donc celui-ci car j’avais totalement oublié cet auteur et tu me donnes envie de me plonger à nouveau dans son univers…

    Aimé par 1 personne

  2. J’avais bien aimé Retour à Little Wing, et je n’ai pourtant jamais relu cet auteur depuis (trop de titres à lire, peut-être ?!!)..J’ai noté celui-ci chez Krol, qui en dit du bien aussi. Un sujet intéressant, mais difficile..
    Ingannmic

    Aimé par 1 personne

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