Publié dans Histoire, Littérature jeunesse

« Le libraire de Cologne » de Catherine Ganz-Muller

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai eu la chance de recevoir via une opération masse critique spéciale de Babelio et dont la couverture est splendide :

Quatrième de couverture :

Quand l’amour des livres et plus fort du la haine…

Cologne, Allemagne, 1934.

Poussé à l’exil par les lois anti-juives, le libraire Alexander Mendel est obligé de partir vivre en France avec sa famille. Il confie se Librairie à son jeune employé : Hans Schreiber.

Par fidélité à son mentor et par haine du régime nazi, Hans décide de se battre pour que la Librairie survive dans cette période tragique, malgré les menaces et les bombes.

Le combat d’un libraire, héros d’un pays où règnent la haine et la terreur, qui tente de faire triompher les livres… et la liberté.

Ce que j’en pense :

Nous sommes le trente-et-un décembre 1933 à Cologne. Ludwig Brodski arrive en retard au réveillon chez son oncle Alexander Mendel et sa tante Clara. Il doit y retrouver tous les membres de la famille, sa mère Martha, la sœur d’Alexander comme tous les ans. Mais cette année, l’ambiance n’est pas à la fête, même si Clara a mitonné un bon repas.

Hitler a été nommé chancelier, son parti étant arrivé en tête (42% des voix) et la propagande nazie bat son plein via son ministre Goebbels et l’antisémitisme aussi.

La discussion s’installe : doit-on rester en Allemagne et résister, ou se résoudre à l’exil, Paris, la Palestine, l’Amérique… une chose est sûre, chacun sent bien que c’est le dernier réveillon en famille.

Alexandre finit par vendre sa Librairie à son employé, Hans Schreiber, à qui il a enseigné depuis des années, la littérature : il lui a fait connaître toutes sortes de livres, et partagé son amour des auteurs de tous les pays, de l’Antiquité à ce jour. Dans sa Librairie, il avait installé une partie bibliothèque, une collection de livres anciens protégée sous clés. Tout avait été conçu pour que tout le monde puisse lire…

Il sait que Hans fera tout son possible pour préserver la Librairie. Celui-ci les accompagne jusqu’au train qui les emmène vers la France, le pays des droits de l’homme et de la liberté… Leur fille Liese va entretenir une relation épistolaire avec lui, afin de ne pas perdre le lien précieux qui les unit.

Mais, même si Hans n’est pas juif, la Librairie est vue d’un mauvais œil par les nazis : pour eux, c’est un magasin juif et on lui n’épargnera rien : les descentes pour confisquer tous les livres qui ne plaisent pas au régime, pour saccager tout.

Ce roman nous livre le combat d’un homme pour sauver, au péril de sa vie, la Librairie, les livres, et à travers eux, la liberté de penser, dans un régime où la propagande lobotomise tout le monde (enfin beaucoup de personnes) et entretient la haine via la désinformation.

Il y a des passages très forts sur la nuit de cristal : comment Hitler a manipulé les gens pour qu’ils aillent tout briser. Hans a été un résistant aux nazis, comme son voisin de palier, Herr Becker, un vieux professeur de français, avec qui il pouvait parler, échanger en écoutant en douce la BBC, ou le vendeur de glaces. Des gens ont tenté de résister, tel Ludwig Brodski, par exemple, et malgré la clandestinité….

Catherine Ganz-Muller, s’adresse aux adolescents, et montre de très belle manière la désinformation, la réécriture de l’Histoire, car la perte de la guerre en 1918 a traumatisé beaucoup d’Allemands, ainsi que la crise économique. Elle a construit son récit de manière chronologique pour que les ados comprennent bien comment les faits se sont enchaînés, comment l’antisémitisme a gagné les cerveaux : c’est tellement plus simple de désigner un coupable et c’est toujours en vogue…

Elle évoque la vie des Colonais, dans toutes les périodes : l’euphorie des nazillons, les oriflammes qui tapissent la ville, mais aussi les retombées quand le régime commence à battre de l’aile, les bombardements de Cologne, le refuge dans les abris.

Catherine Ganz-Muller évoque aussi tous les auteurs chers au cœur du libraire et à celui du lecteur : Herman Hesse, Thomas Mann, Tolstoï, Balzac, Stendhal, Dostoïevski et bien d’autres… et les lettres échangées entre Liese et Hans sont des moments plus légers pour permettre au lecteur de reprendre son souffle et de continuer à espérer.

A la fin du roman, elle fait un récapitulatif de la chronologie de l’arrivée des nazis au pouvoir jusqu’à la fin de la guerre et elle propose un glossaire, où elle revient sur des thèmes qu’il faut hélas encore marteler de nos jours : autodafés, pogroms, Shoah, déportation, camps…

Cette Librairie a bien existé et le nom de Hans a été modifié, bien-sûr mais certains personnages ont existé, tel Herr Denker, le marchand de glaces qui aide Hans à transporter ses livres pour éviter leur destruction. Et côté français, la vie ne sera pas rose non plus pour Alexander…

Passionnée par cette période de l’Histoire, ce livre me tendait les bras. Bien-sûr, je n’ai rien appris de plus sur les évènements tragiques, mais j’ignorais l’existence de cette Librairie et j’ai eu beaucoup de plaisir à le lire.

Un immense merci à Babelio, et aux éditions Scrineo qui m’ont permis de découvrir ce roman lors qu’en opération masse critique spéciale, roman qui mérite d’être lu par un maximum d’ados pour ne jamais oublier…

Un petit mot sur les éditions Scrineo, que je découvre avec ce roman et qui propose des titres très intéressants parmi lesquels :

« Un ado nommé Churchill », et « Pour qui meurt Guernica de Sophie Doudet, « L’enfant d’Oradour » de Régis Delpeuch ou encore « Rosa Parks, elle a dit non au racisme » de Florence Lamy par exemple pour expliquer l’Histoire et les personnalités qui l’ont marquée, aux ados. Une collection mythologie est en cours…

https://www.scrineo.fr/

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L’auteure :

Après des études de lettres, Catherine Ganz-Muller devient monteuse dans le cinéma.
Passionnée de littérature, elle ouvre une librairie à Paris puis se tourne vers le métier de bibliothécaire. Elle a écrit des articles pour des magazines, des nouvelles, des romans pour les adolescents, un roman pour enfant lauréat du Prix Chronos 2010, et des romans pour adultes.

http://www.catherineganzmuller.fr/

Extraits :

Aussi loin qu’il remonte dans son enfance, les souvenirs, bons ou mauvais, sont toujours accompagnés des siens, comme ils sont encore là dans sa vie de jeune homme. Ludwig ne peut concevoir un avenir sans cette famille, rassemblée ce soir de réveillon dans l’appartement de la Budengasse.

En fait, beaucoup d’Allemands, déçus par la défaite de 1918, puis victimes de la crise, se sont sentis abandonnés par le gouvernement Hindenburg. Ils se sont tournés vers le national-socialisme qui leur a fait croire qu’il serait un régime fort, capable de résoudre tous leurs problèmes. Ils sont maintenant à leur merci.

Ils fuient. La famille Mendel fuit devant les lois promulguées par l’état nazi. Les Mendel sont aussi peu pratiquants d’une religion que le sont bien des Allemands. Mais pour Hitler, avant d’être Allemands, ils sont juifs.

Hans a du mal à maîtriser son émotion. Le cœur serré, les larmes aux yeux, il traverse une ville qui a changé de visage. Il lui semble qu’elle est devenue totalement grise, écorchée par la seule couleur qui émerge comme autant de balafres : le rouge des oriflammes nazis. Le cœur de Hans bat de plus en plus vite. Des images de la librairie saccagée brouillent sa vue.

La chaussée n’est plus qu’un cimetière de vies brisées. La police tente de faire circuler les véhicules dans un dédale d’objets hétéroclites. Hans entend tout au long de son parcours les commentaires haineux à l’encontre des juifs. Beaucoup ont été arrêtés et déportés dans des camps.

Deux jours plus tard, la presse appellera cette nuit du 9 novembre, la « nuit de cristal », Reichkristallnacht. Jusqu’à ce jour, le cristal était pour Hans un verre pur et limpide, donnant un son mélodieux. Il n’ose pas croire que l’épuration de tant de juifs soit associée à la pureté dans l’esprit des nazis !

« L’homme ne vit pas seulement sa vie personnelle comme individu, mais consciemment ou inconsciemment, il participe aussi à celle de son époque et de ses contemporains » Thomas Mann dans la montagne magique.

Que suis-je au milieu de tout cela ? se demande-t-il. Un jeune libraire qui tente de sauver quelques livres pour l’amour d’un homme qui n’est même pas mon père. Pour la passion de la littérature, de cette liberté incomparable qu’elle offre aux lecteurs. Et pour tenir tête aux nazis.

Le quartier est en feu. Hans se précipite dans un abri avec les autres locataires de son immeuble. Transis de peur, ils y passent une nuit d’angoisse. Le silence qui règne entre les réfugiés de cet espace souterrain est plus terrifiant encore que le vacarme du dehors. « Ce silence, pense Hans c’est celui du déshonneur, celui de la fin d’une Allemagne qui s’est vendue au nazisme »

Le silence inonde les vestiges de la ville. Hans est sur le seuil de la Librairie. « Vivre sans espoir, c’est cesser de vivre ». Cette citation de Dostoïevski lui revient en mémoire en regardant les Colonais reprendre leur vie en main…

Lu en février 2020

Publié dans Tombé des mains

« Tel père, telle fille » de Fabrice Rose

Place à un polar, aujourd’hui avec ce livre que je n’ai même pas pu terminer:

Résumé de l’éditeur :

Visite au parloir de la maison d’arrêt de Fresnes. Alexandra, vingt-quatre ans, exige de son père l’impensable : qu’il abandonne sa vie de braqueur et devienne le père dont elle a toujours rêvé. Mais comment résister à une existence dopée à l’adrénaline ? Deux mois plus tard, Marc Man s’évade.

Contrairement aux apparences, pour Alexandra, c’est un coup de chance : quand Marc apprend qu’elle est menacée par une bande de racketteurs fous dangereux, il organise une chasse à l’homme d’une rare férocité. Et, tant qu’à faire, il monte un casse spectaculaire. Dans la canicule d’août, chacun révèle sa vraie nature et les cadavres commencent à s’aligner.

« Plongez dans les ténèbres avec ce père prêt à tout pour sauver sa fille ! » Olivier Marchal.

Ce que j’en pense :

Le roman démarre plutôt bien : Alex vient voir son père au parloir. Il est en prison depuis qu’elle est enfant, détenu classé dangereux car auteur de vols à mains armée, évasions spectaculaires…

Elle est venue sans le prévenir et souhaite lui dire son ras-le-bol de cette situation et qu’elle veut un vrai père, donc qu’il arrête…

Le prologue est très intéressant car promet une réflexion sur la difficulté d’être la fille d’un braqueur, et son envie de construire une vraie relation.

Ensuite, tout part en vrille : son père s’évade une nouvelle fois et son ami Ludo disparaît, lui laissant un sac contenant une grosse somme d’argent.

Mais, il s’agit, ni plus ni mins que de la « Zakat » l’impôt musulman (270 720 euros en coupures de 500, 200, 100, 50, 20 et 10) que payent les fidèles.

Évidemment, Ludo se fait coincer par l’Émir et ses sbires et on a droit à des scènes de violence, (le terme tortures serait plus adapté).

A la page 36 (sur un livre qui en compte de 236 !) j’ai décidé que cela suffisait, avec des clichés comme « l’Émir qui torture, puis se lave les mains rajoute une prière pour que cet acte de torture sur un mécréant soit absous ipso facto !) …

Définitivement pas pour moi… J’ai choisi ce polar, d’après le résumé de l’éditeur, et la petite phrase d’Olivier Marchal, figurant sur le bandeau « plongez dans les ténèbres ». Certes côté ténèbres j’ai été servie, mais je ne m’attendais pas du tout à cela.

A l’exception d’Alex, tous les personnages sortent de l’imagination de l’auteur nous précise-t-on d’emblée.

Un grand merci, néanmoins à NetGalley et aux Editions Robert Laffont La bête noire qui m’ont permis de découvrir ce roman d’un auteur que je n’avais encore jamais lu…

#Telpèretellefille #NetGalleyFrance

L’auteur :

Fabrice Rose est né en 1953, d’un père français, pilote de chasse, héros discret de la Seconde Guerre mondiale, et d’une mère anglaise. Ancien braqueur, il a toujours obéi à ces deux principes légués par son père : « Jamais le sang ne doit couler pour de l’argent » et « La parole vaut l’homme ». Parce que sa fille le lui demandait, il a renoncé à sa vie d’incarcérations et de libertés. Le romancier qu’il est devenu s’est nourri de cette promesse. Sans être autobiographique, cette histoire est un peu la sienne.

Extraits :

Les extraits émanent tous du prologue….

Blonde, cheveux très courts, de grands yeux bleus dans un visage poupin, un corps élancé sapé vintage, Alex est le type de jolie fille que l’on imagine plus facilement dans une BD que mêlée à la chorale des proches venant voir leur détenu.

Elle tente de gouverner sa vie sans la verrouiller à l’amour mille-feuille qu’elle ressent pour son père. Un amour qui s’émiette parfois quand le souvenir de ses désertions afflue. Adolescente, Alex lui a exprimé ses colères noires, elle lui a dessiné ses douleurs d’enfant, lui a même signifié à quinze ans qu’il n’était qu’un père biologique, mais jamais elle n’a rompu le lien…

Elle n’était pas plus haute que trois golden quand sa mère l’y a amenée pour la première fois, puis elle se revoit adolescente y revenir seule. Rien n’a changé, ils ont juste ôté les plexis.

Elle ne l’a pas averti, elle veut lui parler, a besoin de ce huis clos pour lui dire combien sa vie altère la sienne.

Alex… il en a souri malgré son opposition à ce qu’elle vienne s’humilier ici. Le sang ne trahit pas, et qu’il l’admette ou pas, son émoi en la voyant adoucit la dureté habituelle de son regard.

Je ne peux rien gommer de ma vie, tu espères quoi ?

— Que tu arrêtes, que tu sois là, que je ne souffre plus de t’imaginer enfermé, recherché ou abattu. Je veux que tu arrêtes, je veux un père présent, je veux mon père…

Silencieux il la regarde droit dans les yeux, regard qu’elle soutient, comme elle s’appuie à l’amertume des plaisirs simples qu’ils ne vivent jamais ensemble. L’armure de son père se lézarde, il a beau garder une distance lucide avec les reproches d’Alex, il savait qu’un jour ou l’autre elle les lui balancerait.

Tombé des mains en février 2020

Publié dans Littérature française, Polars

« Madame B » de Sandrine Destombes

Petit détour par le thriller aujourd’hui avec ce roman qui sort de l’ordinaire :

Résumé de l’éditeur :

Blanche Barjac, Madame B, est nettoyeur de profession. Malfaiteurs, tueurs à gages et meurtriers, tous font appel à elle pour qu’il ne reste plus une trace de leurs crimes et délits. Après plusieurs années passées à s’imposer dans ce monde d’hommes, Blanche est devenue une professionnelle respectée dans ce milieu si particulier. Digne héritière de son beau- père qui l’a formée, elle est reconnue pour son efficacité, sa discrétion et son savoir-faire.

Si après chacune de ses interventions Madame B garde un indice comme « assurance-vie », elle n’est pas la seule à accumuler les preuves compromettantes.

En menant l’enquête sur le maître-chanteur qui la persécute et la fait douter chaque jour un peu plus de sa santé mentale, Blanche revient sur son passé et réalise que malgré les nettoyages, toutes les taches ne sont pas effacées. Et que chaque acte entraîne des conséquences.

Ce que j’en pense :

Blanche est nettoyeur pour la société « RécureNet & associés » : elle a une liste de clients fidèles (ou fidélisés comme on voudra car elle a peaufiné le carnet d’adresses que lui a laissé son beau-père quand il a décidé de « prendre sa retraite) et lorsque l’un d’eux l’appelle sur une « scène de crime » elle arriva avec son fourgon, ses produits ménagers, bref tous ses outils et fait disparaître le corps, et les indices…

Choquant ? En fait non car on s’attache à cette jeune femme dont le passé est difficile. Sa mère s’est suicidée en se tirant une balle dans la tête quand elle avait à peine dix-neuf ans, car elle était atteinte d’une maladie neurologique ou psychiatrique, on ne sait pas exactement au départ.

Adrian, très amoureux de sa mère, a décidé de prendre soin de Blanche et lui a « appris le métier ».

Elle a été appelée un jour par un avocat, pour débarrasser l’appartement de son fils, ingénieur en informatique, de toutes traces de culture de cannabis, car une descente de police était prévue.

Elle n’éprouve pas de culpabilité, car elle se dédouane en pensant que si ces personnes ont été exécutées, c’est qu’elles avaient commis des actes horribles, donc justifiant leur élimination. Parmi ses missions, une seule lui laisse des regrets : un jour, on lui a demandé de faire disparaître le corps d’une jeune fille, victime d’une chute « accidentelle » qui aurait compromis un jeune étudiant de sciences-po promis à un bel avenir.

La dernière mission, commandée par le Limier, un fidèle client et ami de longue date d’Adrian ne se déroule pas comme prévu : Blanche a tout nettoyé, emporté le corps, et apprend quelques heures plus tard, que l’on a mis le feu à la maison de l’homme en question…

A partir de là tout va aller de travers, c’est le moins qu’on puisse dire : piratage de ses mails, indices bizarres récupérés dans le sac du dernier « chantier » qui contient un foulard taché de sang ayant appartenu à sa mère…

Blanche redoute d’être atteinte de la même maladie que sa mère, car sa mémoire la trahit parfois, donc se met à douter d’elle-même, des autres puisque, soudain, Adrian disparaît. Chantage ? Règlement de comptes liés au passé ? Au passé de Blanche ou d’Adrian ? Un concurrent qui veut prendre sa place en la décrédibilisant ?

Il y a des passages savoureux, par exemple sur la manière de se débarrasser d’un corps, telle petit Lafarge… ou encore les crises d’angoisse de Blanche durant lesquelles elle récite dans l’ordre alphabétique les noms des différents états des USA…

Ce roman est très bien construit, puisqu’on doute de tout les protagonistes, Sandrine Destombes distribue des indices, au compte-gouttes, induisant en erreur le lecteur, les rebondissements sont nombreux.

Ce roman m’a bien plu, j’ai marché à fond dans l’intrigue, alors que le principe même de nettoyeurs me heurtent, (bonjour l’éthique !) mais le rythme de l’enquête et l’efficacité de l’écriture, m’ont emportée dans l’histoire, sans plus chercher à réfléchir…

Je n’avais encore lu aucun thriller de Sandrine Destombes, et s’ils sont tous de la même veine, je serais assez tentée de poursuivre l’aventure.

Un immense merci à NetGalley et aux éditions Hugo Thriller (dont je deviens de plus en plus fan) pour m’avoir permis de découvrir ce roman et son auteure

#MadameB #NetGalleyFrance

L’auteure :

Née en 1971, Sandrine Destombes vit à Paris et travaille dans la production d’événements. « Madame B » est son septième thriller.

En 2018 elle a remporté, avec « Les jumeaux de Piolenc », le Prix VSD RTL du meilleur thriller français présidé par Michel Bussi, traduit en 6 langues.

Extraits :

Il (Adrian) avait bien tenté de lui transmettre la totalité de son savoir, mais Blanche préférait qu’il garde pour lui certains secrets. Elle était convaincue que tant que le vieil homme aurait des choses à lui transmettre, il resterait à ses côtés.

Un point jouait néanmoins en sa faveur. Personne ne s’attardait à observer une femme de ménage. Au mieux, un témoin pourrait évoquer une taille ou une allure générale, mais nul ne pourrait jamais décrire précisément son visage.

Officiellement, Blanche s’engageait à ne garder aucune trace de ses interventions. Les clients n’avaient rien à craindre d’elle, une fois la mission accomplie. Il en allait de sa réputation. Adrian lui avait même rédigé une phrase de circonstance si on l’interrogeait à ce sujet. Mais Adrian l’avait également alertée sur la précarité du métier et la nécessité de prendre des précautions.

Elle était restée des semaines dans les cours d’audience à observer des hommes de loi défendre leur client. Plus l’argumentation était tendancieuse, plus leur nom remontait dans le haut de sa liste. Passée cette première reconnaissance, Blanche avait démarché ceux qui lui étaient apparus comme les moins vertueux. Bien sûr, l’approche s’était faite dans les règles de l’art, agrémentée d’un discours tout en subtilité…

Il échangeait sur plusieurs réseaux sociaux avec un seul et même pseudo et conservait certaines photos de ses ébats. Blanche ne s’étonnait plus de la stupidité de certains de ses clients. Plus leur place dans la société était élevée, moins ils se protégeaient. La vanité semblait obstruer tout bon sens.

Faire appel au Limier était s’assurer une tranquillité de corps et d’esprit. En d’autres termes cela signifiait que cet homme réalisait à chaque fois le crime parfait.

Un petit Lafarge consistait à trouver un chantier en cours et à faire recouvrir sa victime de béton. Plus le chantier était gros, plus la manœuvre était aisée…

Alors oui, Blanche préférait croire que les victimes qu’elle coulait dans le béton le méritaient. Imaginer que cet homme puisse être au contraire un bienfaiteur, s’occupant d’enfants dans le besoin ou que tous ces chérubins soient en réalité ses petits-enfants, n’était pas ce dont elle avait besoin.

Après tout, n’était-ce pas la définition même de l’espoir ? Désirer l’insensé ?

Ils étaient pauvres en quittant l’Italie, la plupart étaient des « condatini », des paysans, qui avaient accepté de s’enfoncer dans les entrailles d’une terre qui n’était pas la leur pour réchauffe les foyers de ceux qui les rejetaient. Ils parlaient d’intégration, Adrian parlait d’abdication.

Il n’était pas rare qu’un vigile soit engagé pour surveiller les morts et leurs pots de chrysanthèmes. L’être civilisé pouvait tolérer certaines atrocités mais pas le manque de respect à leurs défunts devenus poussière.

Le Limier la fascinait et elle aimait s’en faire sa propre idée. Elle l’avait imaginé plusieurs fois, lui avait attribué une silhouette, une démarche et même une vie. Adrian lui avait dit que l’homme était toujours élégant et elle se l’était figuré sous les traits de Vittorio Gassman.

Lu en février 2020

Publié dans Littérature française

« La belle Hélène » de Pascale Roze

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi pour son titre qui me faisait penser à Offenbach et surtout sou auteure que j’avais très envie de retrouver :

Résumé de l’éditeur :

La lecture enrichit la vie comme la vie enrichit la lecture, c’est à cet art de lire qu’Hélène Bourguignon exerce ses étudiants de Sciences-po. Lire pour découvrir les expériences fondamentales à travers Buzzati, Tchekhov, Reza.


Chaque cours est un défi recommencé, d’une semaine à l’autre il se passe toujours quelque chose. Un souvenir, une émotion, une réaction et tout déraille dans la vie si organisée d’Hélène Bourguignon. Elle a perdu son mari, mais elle n’a perdu ni sa sensibilité ni sa fantaisie. Lorsqu’elle répond aux questions de ses étudiants, lorsqu’elle accepte une invitation à dîner, le présent est là, dans son intensité.


Et cette joie de vivre chaque instant pleinement devient communicative. Bientôt le lecteur aimerait croiser cette femme, marchant boulevard Pereire, ou bouquinant dans le transat du jardin de son immeuble, car elle est libre. Elle est libre d’entendre ce qu’un personnage de Tchekhov éprouve, comme elle est libre d’écouter les propositions d’un homme. Et de croire à un nouveau départ.


Un roman tour à tour émouvant, cocasse, et intime. Pascale Roze suit le regard de cette femme solitaire et lumineuse pour évoquer des lieux, Paris, la Bourgogne, la Corse ; jusqu’au finale, qui esquisse la possibilité d’une seconde jeunesse.

Ce que j’en pense :

Hélène Bourguignon est professeur de lettres à Sciences-po, et ce jour-là, elle a choisi une nouvelle de Brautigan. Elle choisit des nouvelles courtes n’excédant pas cinq pages. Le texte est dans ses mains, elle s’apprête à commencer son cours lorsqu’elle entend quelqu’un jouer de la guitare et chanter :

Quelqu’un chante… If you’re going to San Francisco/Be sure to wear some flowers in your hair… La surprise lui fait monter les larmes aux yeux.

Les souvenirs remontent, les drames de sa vie, la mort des gens qui la chantaient en 1967, notamment Xavier son premier mari qu’elle épousé très jeune, amoureuse de l’amour, puis le deuxième qui a vraiment compté : Laurent…

Elle, si bien organisée, qui arrive toujours en avance, en salle de cours, perd soudain le contrôle de son cours. Elle tente de faire le lien entre 67, et l’année où a été écrite la nouvelle (1939), la date du suicide de Brautigan, et donc cela conduit à une réflexion sur le temps : « La seule chose que tu possèdes c’est le présent » dixit toujours Marc Aurèle…

Elle leur montre ainsi qu’il faut toujours resituer dans le temps, les propos d’un auteur, et à compter en générations pour avoir des repères : trois générations les séparent de 1939…

Quand elle rentre chez elle, les souvenirs des êtres disparus refont surface. Elle regrette de s’être emballée à cause de la chanson, et d’avoir trop insisté sur le suicide de l’auteur…Et fait le bilan de sa vie.

Elle habite Paris, qu’elle arpente à pieds, alors que ses racines sont à la campagne : son frère a pris les rênes de la ferme familiale, et les relations dans cette famille sont loin d’être simples, alors il y va rarement, s’est même débrouillée pour ne pas assister à l’enterrement de son père.

Elle a une fille Lou, enceinte et une petite-fille Juliette, dont elle s’occupe assez. Elle va régulièrement faire des longueurs en piscine avec son amie Laetitia.

On va suivre son cours sur une nouvelle de Dino Buzatti « Esclave » puis, elle enchaîne avec Anton  Tchekhov, Yasmina Reza

Depuis la mort de Laurent, sa vie de femme est entre parenthèse, et elle est devenue une forteresse dire à conquérir pour un éventuel prétendant.

J’aurais adoré l’avoir comme prof ! j’ai envie de découvrir les nouvelles de Richard Brautigan, auteur que je n’ai jamais lu…

Ce livre m’a beaucoup plu, Pascale Roze m’a fait voyager dans Paris, en Bourgogne en Corse, mai surtout dans l’univers des auteurs que sa « belle Hélène » aime tant. L’écriture est belle, tous les thèmes sont bien traités.

J’ai découvert Pascale Roze en 1996 avec « Le chasseur Zéro » (pour lequel elle a reçu le prix Goncourt), un livre envoûtant, que j’ai dévoré littéralement, englouti sans le lâcher une seule seconde avant d’arriver à la fin et donc adoré. Je m’étais promis de lire d’autres romans de l’auteure et le temps asse, hélas, et il y a temps de romans et d’auteurs à découvrir.

J’ai beaucoup aimé « La belle Hélène » que j’ai dévoré avec le même appétit que « Chasseur Zéro » et retrouvé l’auteure avec un immense plaisir…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Stock qui ont bien voulu me faire confiance avec ce roman qui n’a qu’un seul inconvénient : il est trop court ! j’aurais aimé qu’il dure encore et encore.

#LabelleHélène #NetGalleyFrance

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L’auteure :

Pascale Roze est romancière et dramaturge, auteur d’une douzaine de romans dont « Chasseur zéro », qui reçut le prix Goncourt en 1996.

Elle est membre du prix Médicis.

Extraits :

À Paris, qui se préoccupe de savoir pourquoi vous marchez ? À Paris, on est invisible. Mais elle n’a pas grandi à Paris et elle a beau y vivre depuis qu’elle est adulte, son corps se souvient qu’à la campagne quelqu’un qui marche crève le paysage.

Tu es dans un lieu formidablement ouvert, moderne, innovant, comme l’avait affirmé Macron pas encore président dans son laïus de remise des diplômes. Pourquoi dire rien ne change alors que les choses changent inexorablement ? Tu es dans un lieu formidablement ouvert, moderne, innovant. Allez, en route.

La nuit, quand elle n’arrive pas à dormir, elle leur parle pendant des heures, elle fait cours dans son lit.

Hier soir, elle a vu Voyage à Tokyo d’Ozu. Le père et la mère sourient tout le temps. Les enfants jamais. Ils sont dans un temps hargneux où il y a toujours quelque chose à faire, les clients, les patients, le ménage. Forcément, les parents encombrent.

« Ne pas souvent et sans nécessité dire à quelqu’un ou lui écrire : je n’ai pas le temps. Et par ce moyen constamment ajourner les obligations que commandent les relations sociales, en prétextant l’urgence des affaires », Marc-Aurèle.

Aujourd’hui, Richard Brautigan, « Actualités Cotton Mather, 1692 » extraite du recueil La Vengeance de la pelouse. Bien compliqué le titre, pas ce qu’il y a de mieux, mais il a l’intérêt d’attirer la lecture vers le sens du texte. Elle aime Brautigan que la tragédie de son enfance a rendu poète.

Elle fait mieux cours lorsqu’elle peut tenir le texte comme une matière concrète, qu’elle peut le commenter, tourner autour de lui, le gribouiller sans qu’il se trouble, inaltérable, toujours disponible et un brin lointain. Trois pages. Les nouvelles qu’elle leur choisit, outre qu’elle les chérit, dépassent exceptionnellement cinq pages.

Comme ils ont eu du mal à vivre, les jeunes gens de 68… Ils se sont brûlés

J’ai entendu un historien remarquer qu’il n’y avait que quatre-vingts générations entre Jules César et lui. Comptez une de plus pour vous. L’histoire, la littérature ne parlent pas d’un autre monde.

Elle allume une bougie en souvenir de Laurent. Il y a beaucoup d’ombres autour d’elle, elle ne peut plus les compter, ceux qui sont partis parce que c’était l’heure, ceux qui sont partis trop tôt. Quand même, cette chanson…

Laurent ne supportait pas qu’elle appelle ainsi à table. Il voulait passer à table quand il en avait envie et non quand c’était servi. Vivre à deux, c’est un accord sur les rituels.

Jeune fille, elle avait avancé sans se retourner, guidée par la lumière naturelle dont leur avait parlé leur prof de philo adepte de saint Thomas d’Aquin, une lumière au fond de nous qui accorde foi et raison.

Lu en février 2020

Publié dans Littérature anglaise, Polars

« Le journal de Claire Cassidy » : Elly Griffiths

Je vous parle aujourd’hui d’un thriller avec :

Résumé de l’éditeur

Dans le collège où elle enseigne, Claire Cassidy donne chaque année un cours sur un classique de la littérature gothique, L’Inconnu, dont l’auteur, R.M. Holland, a vécu et enseigné dans le même collège qu’elle. Fascinée par ce personnage qui hante encore les murs de l’établissement, Claire travaille à l’écriture de sa biographie. Mais un jour, Ella, sa collègue et amie, est retrouvée morte. À côté de son corps, une citation de L’Inconnu… La littérature et le réel entrent alors en collision, et Claire devient suspecte aux yeux de la police. Le mystère s’épaissit lorsqu’elle ouvre son journal intime et découvre une écriture qui n’est pas la sienne : « Bonjour, Claire. Tu ne me connais pas. » L’inconnu, lui, connaît Claire, jusqu’à ses moindres secrets, et il n’est visiblement pas étranger aux meurtres qui vont se succéder au sein même du collège, toujours inspirés du livre de R.M. Holland.

Claire arrivera-t-elle à changer la fin de l’histoire ?

Ce que j’en pense

Ce polar se déroule dans un collège qui fût autrefois la maison de R. M. Holland, auteur de « L’inconnu » qui l’a rendu célèbre et sur lequel Claire Cassidy est en train d’écrire un livre.

Claire a été embauchée le même jour qu’Ella pour enseigner la littérature anglaise aux élèves. Elles sont amies, leur passe-temps favori, en dehors de la lecture, est de regarde « Danse avec les stars. Elles travaillent avec Rick, qui fantasme sur Claire, allant jusqu’à l’épier devant sa maison, mais il est marié et Claire l’envoie promener.

Lors d’un stage, c’est Ella qui cède aux avances de Rick…

On la retrouve chez elle, morte, poignardée, avec des blessures aux mains, tels des les stigmates de la crucifixion. Entrent alors en scène, le lieutenant Kaur, de son prénom Harbinder et son coéquipier le lieutenant Wilson.

En fait, tout le monde est suspect, il peut s’agir d’un autre professeur, notamment Rick le harceleur, mais aussi d’un élève, car certains sont particuliers…

Claire tient son journal depuis l’enfance pratiquement, à part quelques périodes où sa vie était plus heureuse (pendant son mariage par exemple) depuis son divorce elle écrit à nouveau, évoquant ses relations avec son ex, avec ses collègues, ou ses angoisses car Georgie « sort » avec Ty qui a quelques années de plus qu’elle.

Et, mystérieusement, quelqu’un rajoute des petites phrases dans ce journal…

En fait, tout le monde écrit, dans ce collège : Georgie, la fille de Claire tient son journal via internet « monjournalintime.com » où elle peut rendre public ce qu’elle veut, ce qu’elle juge bien écrit… Elle y retrouve Patrick, Tash, Venetia, les amis avec lesquels, elle participe à l’atelier d’écriture de Madame Hughes, qui est la professeure d’anglais des terminales, qui leur parle réincarnation, spiritisme et bien sûr, Claire n’est pas au courant…

Ce qui m’a plu dans ce thriller : le côté fantastique, avec le fantôme d’Alice Holland qui apparait parfois dans les escaliers, présage de mort, mais aussi tous les petits secrets des uns et des autres, car la communication entre adultes et adolescents est quasi inexistante.

Elly Griffiths alterne le récit de « L’inconnu » de Holland, et les journaux intimes, des uns et des autres, et les points de vue : celui de Claire, de Harbinder, de Georgie…

Notre lieutenant Kaur est géniale : à trente cinq ans elle habite toujours chez ses parents, des Sicks parents qui ne comprennent pas qu’elle fasse un métier d’homme au lieu de se marier avoir des enfants et faire la cuisine…

J’ai passé un bon moment, avec ce roman « so british » car l’intrigue est bien construite et on ne devine pas au milieu du livre qui est le tueur (ou la tueuse) et les indices sont distillés au compte-gouttes sur fond de littérature (on s’attendrait presque à voir passer Jane Austen). J’ai souvent pensé à Agatha Christie durant cette lecture…

Un grand merci à NetGalley et aux Editions Hugo Thriller qui m’ont permis de découvrir ce thriller, et son auteure.

#LejournaldeClaireCassidy #NetGalleyFrance

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L’auteure :

Née à Londres, Elly Griffiths vit aujourd’hui près de Brighton avec sa famille. Elle est l’auteur d’une quinzaine de thrillers.

Extraits :

J’ai l’esprit libre et quand je rentre à la maison, rien ne vient m’empêcher d’écrire toute la soirée. Je travaille à une biographie de R.M. Holland. Il m’a toujours intéressée depuis que dans mon adolescence j’ai lu L’Inconnu dans une anthologie d’histoires fantastiques.

J’allais enseigner la littérature anglaise pendant la journée et le soir, inspirée par mon environnement, j’écrirais sur Holland, sur sa vie de reclus, la mort mystérieuse de sa femme, sa fille disparue.

Il y a quelques histoires qui circulent. On dit qu’une femme est tombée du dernier étage. D’après certains, ça aurait été la femme d’Holland. Ou sa fille. Quelques élèves racontent qu’ils ont vu une femme en chemise de nuit blanche qui descendait l’escalier. Ou qu’on peut voir parfois une vague silhouette qui tombe. Apparemment la tache de sang est encore visible juste devant le bureau du directeur.

J’appris par la suite qu’Ella, qui était une fan de Jane Austen, s’identifiait à Elizabeth Bennet. Mais à mes yeux, elle ressemblait beaucoup plus à Emma.

« Il y a souvent des archétypes dans les histoires fantastiques, leur dis-je. Le jeune homme naïf, le confident, le traître, la femme maléfique.

On pouvait enfermer les femmes dans des institutions psychiatriques à cette époque si elles souffraient de dépression post-partum ou si elles désobéissaient à leur mari. Il y a même des cas où on enfermait les femmes parce qu’elles s’adonnaient à “la lecture excessive de romans”.

Kush travaille à la boutique et Abid est électricien. Mes frères ont cinq enfants en tout et ils portent tous deux encore leurs turbans. Du point de vue de mes parents, c’est là un succès retentissant. Quant à moi, moins on en dit, mieux ça vaut : trente-cinq ans, célibataire, occupée à faire ce que maman appelle « un travail d’homme ». S’ils savaient que je suis gay, ce serait la fin de tout.

Je n’ai rien contre les chiens, mais je préfère qu’ils aient l’air de chiens. Mes parents ont un berger allemand qui s’appelle Sultan. Il est censé garder le magasin, mais en fait il dort sur leur lit et on le traite comme un fils (et bien mieux que leur fille).

Le truc, c’est qu’aucune de nos mères ne nous comprend, elles en sont congénitalement et sociologiquement incapables.

Mais de toute manière, je ne veux pas de funérailles dans une église. Je veux être éparpillée aux quatre éléments. La terre pour mon corps, l’eau pour mon sang, l’air pour mon souffle, le feu pour mon esprit. »

Lu en février 2020

Publié dans Littérature française, Polars

« Une pluie de framboises » de Martie Glutton

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, découvert en avant-première sur NetGalley, que j’ai choisi pour l’originalité de sa couverture, de son titre et de son résumé :

Résumé de l’éditeur :

Manon rencontre William lors de la rentrée de la première année de master. Lui et le restant de la promotion – surnommé les Autres – se connaissent depuis la licence. William est lunaire dans son comportement ainsi que ses pensées et seule Manon semble apprécier cela. Alors qu’ils participent à une soirée, un Autre s’en prend à William, éveillant la curiosité de la jeune femme. Elle comprend qu’un lourd passé enveloppe cette promo. Mais a-t-elle raison de vouloir découvrir la vérité ? Car lorsque les masques tombent, il est peut-être déjà trop tard …

Ce que j’en pense :

L’histoire débute à la rentrée scolaire. Les étudiants ont terminé leur licence et entrent en master. Une nouvelle étudiante, Manon, arrive alors que les autres se connaissent depuis plusieurs années. Seul William, dont la personnalité une peu à part, style Asperger, est sympathique avec elle, alors que ceux qu’elle décide d’appeler « Les Autres » la tiennent à distance. Ils semblent être deux face à tous les autres qui se serrent les coudes.

On fait plus ample connaissance avec l’univers de Will, sa mère, ses rattes auxquelles il a organisé avec soin des parcours pour leur permettre de jouer et qui viennent se faire câliner sur le canapé.

Les Autres finissent par accepter que Manon participe à une soirée avec eux, et là Will dérape volontairement et tient des propos obscurs pour Manon, mais très clairs pour les Autres et cela ne se termine pas très bien : paroles violentes, agressivité…

Manon a compris qu’il s’était passé quelque chose de grave, l’année précédente, et qu’on veut à tout prix lui cacher la vérité, la tenir à l’écart d’un lourd secret.

Mais à l’ère des réseaux sociaux, il est facile de se renseigner, et la situation va devenir de plus en plus tendue. Et sur les pas de Manon, on va avancer, plus ou moins à l’aveuglette, car l’auteure nous complique les choses pour entretenir le suspense, et nous amener vers le meurtre, via un jeu de rôle…

Un élément m’a perturbée quand même durant cette lecture : ces étudiants dont l’âge tourne autour de 23 ans ou plus se comportent exactement comme des adolescents. Ils n’ont aucune maturité, sont inconscients de la portée de leurs paroles ou de leurs actes, et c’est vraiment horripilant, tout est un jeu pour eux, même la mort, le crime… et c’est assez déstabilisant.

L’écriture de Martie Glutton est originale, son univers déconcertant attise la curiosité, donc j’attends d’autres romans pour mieux la cerner…

Certes, on est assez loin des polars style Thilliez, ou Minier, mais l’histoire en elle-même est intéressante et plutôt bien construite et j’ai beaucoup apprécié William et son mode de pensée, de raisonnement, et ses framboises dans la tête, et Manon pour son opiniâtreté et sa maturité un peu plus importante que les Autres, pour lesquels il est difficile d’avoir de la sympathie…

J’ai quand même passé un moment agréable et je remercie vivement NetGalley et les éditions Plumes de marmotte qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure, qui va sortir en mars prochain.

#Unepluiedeframboises #NetGalleyFrance

L’auteure :

Martie Glutton est né en 1992 et est originaire de l’Aube. L’envie d’écrire lui est apparue un soir entre Noël et le Nouvel An, il y a quelques années maintenant.

Le goût d’inventer des histoires ne le quitte désormais plus. Aimant se laisser guider par ses personnages, Martie Glutton entraîne les lecteurs dans une intrigue palpitante où le suspense règne.

Extraits

J’ai comme le sentiment d’être retournée au collège tant l’ambiance me paraît enfantine, comme si, en face de moi, des gamins s’amusent avec un rien, s’embrouillent pour des broutilles ou s’esclaffent pour des situations qui ne sont plus drôles pour des personnes de notre âge. Une certaine nostalgie me gagne en repensant au temps qui nous fait vieillir et qui supprime les possibilités que nous avons en étant plus jeunes…

William doit le faire depuis quelques mois déjà (désherber le jardin de sa mère), néanmoins, rien pour lui n’indique qu’il faut agir immédiatement. Il estime et ce sont ses mots, « qu’a priori, aucune étude n’a montré que les plantes ne pouvaient pas souffrir lorsqu’on les arrache » alors il décide de ne pas prendre le risque de leur faire du mal.

Peut-être avais-je envie de répondre à cette proposition « facebookiale » de manière positive pour essayer de donner une énième possibilité aux Autres de nous accepter comme nous sommes…

La tranche de brioche. Parce que l’ampoule permet de voir dans le noir, l’avion d’observer les environs, mais la tranche de brioche nourrit.

Donc… Lorsque tu mourras, tu voudras te réincarner en tranche de brioche ?

Ouais !

Mais… Tu sais bien que tu ne peux pas te réincarner en une chose inanimée ?

Pourquoi ?

J’arbore un sourire mélancolique, perdu dans tout ce qui se passe dans ma tête. « Ma pluie de framboises »

Lu en février 2020

Publié dans Essai, Tombé des mains

« Coexistence » de Richard de Clausade

Je vous parle aujourd’hui d’un essai que j’ai choisi en accès direct sur NetGalley, attirée par la très jolie couverture et le résumé :

Résumé de l’éditeur :

Bonjour,

Très tôt dans la vie, je me suis aperçu qu’au fond, depuis toujours, j’étais en colère et, mieux encore, que du plus puissant au plus petit d’entre nous, j’étais loin d’être le seul !

Mais en colère pourquoi ? Contre qui ? Contre quoi ?

Tout simplement contre le monde, puisque, somme toute, il est mal foutu.

N’est-ce pas d’ailleurs la raison qui fait que chaque génération dépense une énergie considérable :

– pour les uns, à vouloir le changer…

– et pour les autres, à vouloir nous changer…

Le tout… sans jamais y parvenir ?

Mais alors pourquoi, malgré le temps passé, l’expérience acquise, l’intelligence, la sagesse, la religion, la philosophie, les arts, la science, le progrès… voire les révolutions, les guerres, les massacres… le monde s’obstine-t-il, encore et toujours, à être mal foutu et nous, encore et toujours, imparfaits ?

Voilà une bonne question ! Et pourquoi, à défaut d’y répondre, ne pas tenter d’y réfléchir ?

Ce que j’en pense :

Cela commençait plutôt bien avec cette citation pleine d’humour :

« Réfléchir ne rapporte souvent rien, mais ne pas réfléchir coûte toujours très cher »

(vieux philosophe chinois qui n’a jamais voulu dire son nom même sous la torture…

L’auteur dit « bonjour » à son lecteur en lui expliquant qu’il était depuis toujours en colère

« Tout simplement contre tout le monde, puisque, somme toute, il est mal foutu. »

Ce livre comporte quatre parties dont les titres semblaient prometteurs, notamment la première : « la théorie des poissons rouges » : on met des poissons dans un aquarium, avec des plantes, des pierres ou coquillages et on voit ce qui se passe : s’ils ne s’entendent pas, doit-on modifier le contenu de l’aquarium ou séparer les poissons ? agir sur le contenant ou sur l’individu si on veut extrapoler.

Et par conséquent, comment faire le tri ? séparer ce qui revient à l’individu et ce qui revient au collectif, pour en arriver à la notion d’individu collectif : individu car entité unique, collectif, car ne pouvant pas se passer d’autrui…

Puis petite explication sur l’inné et l’acquis, considérations sur l’alimentation : manger pour vivre ou vivre pour manger, en gros, ou la nécessité d’autrui ou encore, la capacité de nuisance…

Et soudain, la phrase de trop :

La « mise en relation » crée donc une interaction entre tous les membres de « l’ensemble », d’où émerge une interdépendance absolue entre eux.

Là, stop, je n’avais pas envie de me prendre la tête avec ces élucubrations, et j’ai laissé tomber à la page 20 (117 pages en tout). Soit, je suis allergique à la « sociologie » soit ce n’était pas le bon moment, je ne vais même pas chercher à me poser la question.

Un grand merci à Netgalley pour cet acte (choix) manqué, une fois n’est pas coutume !

Extraits :

Mais alors pourquoi, malgré le temps passé, l’expérience acquise, l’intelligence, la sagesse, la religion, la philosophie, les arts, la science, le progrès… voire les révolutions, les guerres, les massacres… le monde s’obstine-t-il, encore et toujours, à être mal foutu et nous, encore et toujours, imparfaits ?

On le comprend, s’il a un pouvoir de vie et de mort sur les poissons rouges, le collectionneur n’a ni le pouvoir de les améliorer, ni celui de les concilier ou même de les réconcilier.

C’est ici que se situe la différence entre l’inné (nécessité et capacité) et l’acquis (expérience, connaissance).

 En effet, nous pouvons utiliser nos capacités :

– soit pour simplement soulager nos nécessités : il faut manger pour vivre ;

– soit pour faire de l’assouvissement de ces nécessités une source de plaisir : l’art culinaire, qui n’est rien d’autre que le résultat de notre capacité à choisir et accommoder les aliments, ne fait-il pas évoluer l’assouvissement de notre nécessité de manger, du simple soulagement… au plaisir ?

   – soit encore pour augmenter nos capacités de nuisance : la connaissance des aliments ne nous permet-elle pas d’empoisonner qui nous voulons 

Si je ne veux pas que mon voisin m’agresse, je dois moi-même renoncer à l’agresser.

Il en découle qu’on ne demeure « ensemble » que si les termes de la nature « d’individu collectif » de chacun trouvent à s’assouvir dans le « jeu social ».

Abandonné au bout d’une heure le 19 février 2020

Publié dans Non classé

« Marlène » de Hanni Münzer

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley pour la période historique pendant laquelle il se déroule, attirée par sa belle couverture et un résumé alléchant:

Résumé de l’éditeur :

QUI EST LA VÉRITABLE MARLENE ?


Munich, juillet 1944. L’une des femmes les plus recherchées du IIIe Reich se tient face à la maison bombardée de Deborah et de son frère, qu’elle croit enfouis sous les décombres. Si elle était arrivée la veille, Marlene aurait pu les sauver.


Mais qui est au juste cette femme ? La veuve d’un notable connu pour ses sympathies nazies ? Une actrice en devenir ? Une résistante ?


Marlene va devoir prendre l’une des décisions les plus difficiles de sa vie : épargner la vie de millions de personnes… ou sacrifier l’homme qu’elle aime.


Dans le sillage d’Au nom de ma mère, ce roman s’attache au destin d’une femme courageuse, confrontée aux soubresauts de l’Histoire.

Ce que j’en pense :

Nous sommes en décembre 2012, Marlène, qui est âgée de 97 ans, est dans son bureau, régnant en force sur son petit monde, Olivia, sa belle-fille dévouée, sa jeune secrétaire beaucoup trop moderne pour elle qui veut lui imposer un nouveau téléphone, son fils Noah, sa petite-fille Klaudia…

 Elle râle car une journaliste veut l’interviewer, et que chaque fois on interprète ses propos de travers. Elle attend l’arrivée de ses amis américains devant lesquels elle a décidé de lire son autobiographie, notamment des évènements que certains ne connaissent pas.

On bascule dans la deuxième partie du roman « le passé, le temps des ténèbres » : l’attentat contre Hitler a échoué, la répression terrible, tout le monde se méfiant de tout le monde.

Marlène qui appartient à une famille noble (son vrai nom est Anna von Dürkheim) est une résistante de la première heure, elle a fait partie du réseau de Jakob Wanda, l’un des chefs de la résistance juive de Cracovie, mort au combat, et doit se mettre en contact avec Jitzhak Zuckerman pour tenter un nouveau soulèvement.

Les bombardements ont détruit des immeubles, et elle ne retrouve plus trace de son amie Déborah, et ne sait plus comment joindre son contact, lorsqu’un jeune adolescent l’aborde et l’emmène à la planque, c’est ainsi qu’elle fait la connaissance de la jeune Trudi…

On va suivre Marlène dans sa traversée de l’Europe en guerre, les rendez-vous ratés avec la résistance, car Albrecht Brunnmann, un Nazi qui la connaît n’aura de cesse de la persécuter moralement, tentant de la réduire au silence, de la transformer en ombre d’elle-même allant jusqu’à la transformer en pute à nazis à Auschwitz sous la férule de Jolanka. Elle subira des viols, en serrant les dents, car le moindre signe de révolte est guetté et mâté. Mais une solidarité s’établira entre les filles.

Marlène va résister aux coups, physiques et moraux, car la violence est gratuite, omniprésente, Brunnmann le parfait nazi sadique pervers (c’est pratiquement un pléonasme !) charge son homme de main, Ewald des coups :il n’a qu’une seule limite ne pas trop l’amocher pour qu’elle puisse servir !

A retenir, une scène particulière où un aristocrate l’oblige à l’épouser pour pouvoir mettre la main sur son titre de baronne et ses terres. Il veut restaurer l’Empire germanique, et son raisonnement est tout aussi parano que les nazis mais il les méprise et veut prendre la place d’Hitler. On assiste à un mariage ubuesque, une nuit de noce (viol plutôt) qui se termine par un coup de poignard dans le dos, tuant le mari cinglé…

J’ai aimé la manière dont Hanni Münzer présente son roman, chaque chapitre commence par une ou plusieurs citations et ce qu’elle appelle « fragments de guerre » : ce qui se passe dans l’actualité en Allemagne, en Pologne ou en Amérique pendant que se déroule l’histoire de Marlène. On a une citation de Göring du 18 avril 1946 lors d’un entretien avec Gustav Gilbert, expert psychologue américain auprès des tribunaux pendant le procès de Nuremberg

Avec ou sans droit de vote, on peut toujours amener le peuple à exécuter les ordres des dirigeants. C’est très simple. Il suffit de lui dire qu’on l’a attaqué, de reprocher aux pacifistes leur manque de patriotisme et d’affirmer qu’ils mettent le pays en danger. Cette méthode fonctionne dans n’importe quel pays »

Le combat de Marlène qui garde suffisamment d’énergie pour arriver à résister jusqu’à la fin de la guerre et arriver à traquer Brunnmann pendant des années la rend attachante, et on l’admire. Ce nazi m’a fait penser à la traque d’Eichmann, à celle de Barbie, au combat de Serge et Beate Klarsfeld

Hanni Münzer mêle tellement bien ses héros et les personnages ayant vraiment exister que je suis allée souvent vérifier sur Internet…

Quand j’ai choisi ce roman pour la période historique, je ne savais pas que c’était la suite du précédent roman de l’auteure : « Au nom de ma mère », donc au départ, j’ai eu un peu de mal à mémoriser les noms de tous les protagonistes, mais en fait cela ne m’a pas gênée par la suite, car on comprend vite les intrications.

Bien-sûr, je lirai le premier tome, malgré les protestations de ma PAL, car j’ai beaucoup aimé Marlène malgré sa personnalité parfois clivante, son courage, sa détermination à ne pas céder d’un pouce, malgré tout ce qu’elle endure, vivant au jour le jour, car il s’agissait de tenir pour assister à la défaite de ses tortionnaires…

En outre, ses positions sur la guerre, la paix, l’amour, la haine, entretenus par les puissants, les politiques, les marchands d’armes, la manipulation par La propagande, désignant un ennemi pour tout justifier sont très proches de miennes, et hélas d’actualité.

J’ai beaucoup aimé ce roman et je remercie vivement NetGalley et les éditions L’Archipel qui m’ont permis de le découvrir, ainsi que son auteure.

#MARLENE #NetGalleyFrance

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L’auteure :

Née en 1965, Hanni Münzer est l’une des romancières les plus populaires dans son pays, et on la considère comme la nouvelle « Diva du roman historique allemand ».

Elle a conquis le public dès son deuxième ouvrage : « Au nom de ma mère » traduit en douze langues.

Prix Skoutzdu meilleur roman historique.

Extraits :

Mais l’épicier et sa femme n’étaient pas les seuls à avoir changé : elle aussi. En ce jour de juillet 1935, sa conscience politique s’était éveillée. Le temps de l’innocence était révolu.

Pour commencer, on me pose des questions sur l’actualité politique, mais quand mes réponses déplaisent, soit on les coupe, soit on sort des phrases de leur contexte. On me considère comme une Cassandre. Peuh ! Maintenant, c’est partout pareil, tout le monde est si formaté au politiquement correct que c’est le règne de l’angélisme.

Nous allons si vite que nous nous dépassons ! Et en chemin, nous oublions tout simplement de vivre. Je ne veux pas de numéro abrégé. Je veux composer un numéro entier sans me presser et à mon aise. Remporte-moi ça illico !

On mène le monde à l’abîme et en détournant les yeux, exactement comme autrefois. C’est la même politique d’apaisement qu’il y a quatre-vingts ans, et ça m’horrifie. Mais l’essentiel, n’est-ce pas, c’est que l’industrie mondiale de l’armement prospère…

Et au cœur de la guerre, elle avait vécu un amour si bouleversant qu’il la réchauffait encore. Mais elle avait également enduré des épreuves dont elle avait refoulé le souvenir dans les recoins les plus reculés de son âme. Était-elle vraiment prête à les tirer de l’obscurité, tous ces esprits et ces démons de son passé, à être de nouveau confrontée à eux ?

La réponse était oui. Elle avait une dette à régler et elle était dépositaire d’un secret qu’elle ne voulait pas emporter dans la tombe.

Les souvenirs sont des bêtes voraces, et pendant que j’écrivais ce livre, je me suis souvent sentie exposée sans protection aux tempêtes de mes émotions. Mon effrontée de petite-fille prétend que c’est mon grand âge qui me rend sentimentale. Si ce n’était que cela, j’en serais trop heureuse.

« Mon récit commence au 21 juillet 1944, le lendemain de l’échec de l’attentat de Stauffenberg. Ce jour-là, j’en ignorais tout. À l’époque, les nouvelles ne faisaient pas le tour du monde en quelques secondes comme aujourd’hui.

Plus l’armée allemande perdait du terrain sur le front, plus la Wehrmacht et la SS devaient battre en retraite, plus la Gestapo et d’autres fanatiques faisaient régner la terreur en Allemagne. Ils flairaient partout la trahison et la démoralisation, les dénonciations et les arrestations en masse se multipliaient, la torture et la détention de proches déliaient les langues. Les effectifs de la résistance diminuaient de jour en jour, mais le petit nombre de résistants qui subsistaient poursuivait vaillamment son combat pour changer le cours de la guerre.

La guerre finissait par périr du mal qu’elle engendrait, en se dévorant elle-même.

Elle-même avait depuis longtemps dépassé le stade de la peur. La mort était la mort et faisait sa moisson quand bon lui semblait. À la guerre, il n’y avait pas de vainqueur et pour l’instant, seuls les morts avaient vu la fin de cette guerre-là.

Il n’y a pas de bon côté en temps de guerre. Le bien est une illusion dont le diable se rit. En réalité, nous tuons tous. Vous avez tué et j’ai tué. En temps de guerre nous devenons tous de bêtes.

Les hommes politiques ne sont jamais coupables de rien et ont toujours un bouc émissaire sous la main…

La cupidité est sans frontière au sens propre du terme. Il n’y aura jamais de paix durable, la guerre passera d’une région à l’autre comme le témoin dans une course de relais. La paix est une illusion créée par les dirigeants pour que la populace puisse de temps en temps se croire en sécurité. Dixit le comte

Lu en février 2020

Publié dans Lectures anciennes

« La rue des silences » d’Olivier Darrioumerle

Retour sur une lecture ancienne avec ce roman découvert grâce à une opération masse critique de Babelio en 2013 :

Résumé

Ce livre nous raconte l’histoire de Roméo, dont la mère prostituée est morte très jeune d’une maladie honteuse et dont le père a disparu sans laisser d’adresse. Il a été élevé par Maria Santa, une mère maquerelle reconvertie dans la boulangerie et qui n’est du tout gentille avec l’orphelin qu’elle rabroue sans cesse et exploite au travail.

Roméo est rouquin, celui qui porte malheur et on l’appelle Ragondin  n’est pas très heureux, il est souvent dans les rues de Naples, avec son copain Ciro qui improvise des chansons et un vieux clochard anglais Somerset. Il mime les gens dans la rue choisis au hasard et il est très doué. Ils sont des « Scugnizzi » : gosses des rues.

Il n’a vu son père qu’en photo mais il sait que c’était un chef de la Camorra surnommé Syracuse le Millionnaire, de son vrai nom Paulo Siragusa et qu’il est mort assassiné.

Un jour, alors qu’il se livre à sa pantomime habituelle, il se fait agresser par des délinquants plus âgés. C’est un chef de clan, Joe qui le tire de leurs pattes et Ragondin s’aperçoit que Joe connait tout de lui.

Maria Santa va en profiter pour le mettre porte sous prétexte qu’il ne travaille pas assez. Maria Santa va faire circuler la rumeur qu’il fréquente les camorristes via Joe, et de ce fait, tout le monde se met à rejeter Ragondin même son ami de toujours Ciro, ce qui lui fait beaucoup de peine. Il erre dans les  rues de Naples, sa valise à la main, à la recherche de son identité. Il croise, dans cette errance, Sara dont il est amoureux.

 Somerset l’aide à ne pas se contenter d’être une marionnette mais à devenir un vrai mime et lui explique qu’il a un beau prénom : Roméo. Il ne l’appellera jamais autrement car il déteste le surnom de Ragondin dont on l’a affublé. Cf. citation. Il se révèle  excellent dans son rôle de mime dont il vit depuis que Maria Santa l’a mis dehors. Jusqu’au jour où elle le voit.

Elle va trouver Joe et on apprend alors que c’est Mimi-Canin qui lui a financé sa pâtisserie et qu’il la paye depuis des années pour éduquer Ragondin car il voulait le protéger de la Camorra et éviter qu’il devienne délinquant. On apprend aussi, au passage, qu’il est le meurtrier du père de Ragondin. Elle exige de l’argent pour disparaître car elle a rompu le pacte passé avec Mimi-canin (surnommé ainsi à cause des deux molosses agressifs qui l’accompagnent partout et qui n’est autre que le cousin de Joe.

Joe, ancien garagiste qui règne sur le quartier espagnol de Naples à la demande de son cousin,  comprend donc que cet enfant est l’héritier du royaume, le futur « roi de Naples ». Il va donc le faire récupérer dans la rue par ses hommes de main et lui faire tatouer un ange avec de petites ailes portant un parchemin enroulé sur lequel est inscrit en lettres gothiques O.R.F.A.N.O, « orphelin »(p131) par un  médecin tandis qu’un prêtre lui donne l’absolution. Après ce rituel initiatique il entre dans le clan et une autre vie commence pour l’orphelin, que je vous laisse découvrir….

Ce que j’en pense :

 J’ai eu beaucoup de mal à m’accrocher à l’histoire durant les cinquante premières pages car je cherchais la lettre dont l’auteur a décidé de se passer volontairement comme Perec dans le temps, et après j’ai été séduite. Il y a l’histoire de cet adolescent malheureux rejeté  par tout le monde car les roux portent malheur. Roméo Ragondin orphelin est attachant car il essaie de se construire dans cette ville de Naples dominée par le Vésuve et la Camorra.

On est frappé d’emblée par la présence des couleurs surtout les jaunes, les rouges ou les violets qui sont cités très souvent par l’auteur et également pas les odeurs qui émanent, les rues avec leurs dédales, leurs croisements, leur revêtement qui résulte de la lave qui donne cette couleur noire. Les gamins qui jouent avec les sacs d’ordure.

Au début, c’est plutôt gai, lumineux, l’odeur des pâtisseries, la mer est tout près ; les gens ne sont pas très gentils mais, on se sent à l’aise ; puis, peu à peu, au fur et à mesure que l’histoire se déroule, le tableau s’assombrit, avec Maria Santa qui devient de plus en plus odieuse, marâtre, la violence qui émerge avec les délinquants qui apparaissent et qui contrastent avec la douceur du mime (pantomime, comédia del arte). C’est insidieux, ça monte tout doucement au fur et à mesure que l’on en apprend davantage sur Roméo.

Puis entrent en scène, les trafics, la cocaïne, les autres drogues aussi d’ailleurs, et les règlements de comptes, les tueries.

Naples tient une place importante dans le roman, elle est liée à la violence quelque soit l’époque, l’éruption du Vésuve, Vulcain y règne en maître avec sa forge. A tout instant, il pourrait y avoir une nouvelle éruption qui étendrait ses tentacules noirs sur les rues, comme les tentacules de la Camorra, tout aussi noire et brutale. On a d’un côté les quartiers pauvres et de l’autre, les propriétés des mafieux dont l’une surplombe la ville avec une vue magnifique sur la mer.

Je retiendrai aussi l’importance de la Madone, omniprésente, et tous ces parrains qui vont à la messe et tuent tout le monde. Tous ses assassinats laissent un silence impressionnant derrière eux, tout se tait soudain, alors que la vie s’agitait quelques instants auparavant.

Les couleurs refont leur apparition plus tard, dans le livre pour atténuer la violence qui monte. Il y a des scènes hilarantes comme les discussions avec le Christ ou le cauchemar de Roméo, ses dessins pour tenter de mettre de l’ordre dans ses idées.

C’est difficile pour cet adolescent de trouver un but, un sens dans sa vie. Il se pose souvent la question de savoir qui il est vraiment. Il cherche avant tout à être aimé, respecté. Sa sexualité est très éveillée, stimulée par ce qui l’entoure : Sara, Sofia… on espère tout au long du livre qu’il va sortir.

Ce livre est aussi une réflexion sur violence et aussi sur la mort, et j’ai beaucoup apprécié l’évocation du film le bon la brute et le truand : «Tu vois Tuco, le monde se divise en deux : il y a ceux qui ont le flingue chargé et ceux qui creusent (p224).

Enfin, on note que l’auteur a apporté beaucoup de soin à la couverture du livre : on retrouve toutes ces couleurs chaudes dont il parle dans le roman et le bleu de la mer. La mise en page est originale ainsi que la numérotation des pages.

 C’est le premier roman d’Olivier Darrioumerle et cet auteur est, à mon avis,  très prometteur. Ce livre fait beaucoup réfléchir même si, petit bémol, les quarante dernières pages sont dures à lire. Par contre, on oublie très vite de chercher la lettre manquante, je vous la laisse trouver…

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Qu’en reste-t-il aujourd’hui?

Je garde un très bon souvenir de ce roman, à la fois violent et très coloré, autant que l’est sa couverture. La description de Naples est restée dans ma mémoire, de même que l’écriture pétillante d’Olivier Darrioumerle et pourtant le sujet était loin d’être simple. Je n’ai qu’un seul regret, n’avoir pas lu un autre livre de l’auteur depuis car ma PAL suffoque sous les tentations …

Extraits

Naples était sa mère, une mère sans âge. A chaque coin de rue elle l’interpellait. Lui qui était orphelin inconsolé, lui qui ‘avait rien d’autre que cette terre sous les plis de la pierre entre lesquels il aurait voulu se glisser. Retourner se cacher dans les entrailles de sa mère, cette vierge fantôme. Sa vraie mère était une figure floue, quelques souvenirs, un sein généreux, des formes grossières, des odeurs de cuisine de sueur, de lessive (p39).

Ragondin n’avait pas eu de père pour le défendre, ni de mère pour le consoler, il avait alors consciemment décidé de gratifier de son mépris complet les expressions collectives sous toutes leurs formes. C’était sa règle. Il s’y tenait. Un modèle paternel aurait  pu lui suggérer quelques règles. Mais Ragondin, son père il ne le connaissait qu’en photo (p 40).

De là où il était, Ragondin apercevait le Vésuve qui dominait le golfe de Naples. Il aurait pu adorait sa ville comme l’adoraient Ciro et la plupart des Napolitains, mais ce Vésuve lui signifiait seulement misère et destruction, illusion et désespoir. Ils étaient donc condamnés à vivre sous la menace de ce monstre et de toutes les peurs qu’il engendrait. Quelle idée de poser la première pierre sur les enfers ! (p56)

La fierté est l’honneur du suicidaire ou la ruine du prince. En l’occurrence, Ragondin n’était ni l’un ni l’autre ! à cet instant, la fierté n’était plus pour lui qu’une cicatrice de guerre, une sorte de médaille qu’il avait gagné dans la rue en défendant son maillot de Maradona, sa deuxième peau. Et elle lui restait coincée dans la gorge.il fallait la cracher dans la minute. L’affreux l’attendait, un sourire sur les lèvres. Ragondin toussota, se racla l’arrière-gorge et rangea les poings dans ses poches (p74).

Il n’y avait aucune place pour lui, nulle part. Il était condamné à revivre sa tragédie, sans pardon ni grâce de personne. On lui avait collé une étiquette. Point de rédemption. Il haïssait ces familles qui montraient toujours une heureuse image, mais qui n’ouvraient jamais vraiment leur porte à personne ; ces familles agitées pas la peur que l’on puisse découvrir leurs petits secrets (p-87).

Ce visage vierge et innocent s’appelait Roméo. Il retenait dans ses yeux tristes de l’amour à l’état pur. Ce garçon était fait d’une colère sauvage et indomptée mais tellement créative. S’il avait tendance à gesticuler, il apprenait petit à petit à anticiper les gestes du modèle, les émotions à imiter, et par la force des choses, à maîtriser les siennes. Le miroir qui montre reflet inversé des existences devait être d’une finesse et  d’une délicatesse particulière (p97).

Joe était un gestionnaire aux méthodes spéciales, mais elles apportaient des résultats. De peur de mal faire, il avait calqué son nouveau métier sur l’ancien. Garagiste, parrain, c’était la même chose. Il avait conservé les attitudes et les gestes de sa vie antérieure. Ainsi, il stockait les flingues et les munitions comme les vis et leurs écrous, huilait les rouages de la police lorsqu’il sentait que ça grinçait un peu, et vidangeait de temps en temps les ordures ménagères pour l’entretien de son quartier (p107).

A mesure qu’il fréquentait le monde de la nuit, le petit Ragondin se découvrait. Il était en quête de reconnaissance, mais d’une essence particulière, quasi-divine, comme s’il devait prouver quelque chose à quelqu’un qui n’existait pas ; il n’était qu’un enfant sans père. Cette révélation lui été apparue tandis qu’il risquait de casser les verres avec lesquels il était en train de jouer (p 156).

Sa haute stature carrée, ses cheveux frisés, son nez droit et ses yeux translucides lui avaient fait penser, dans les premiers temps, à une statue gréco-romaine. Mais, s’il avait eu l’impression que les grandes eaux jaillissaient de son esprit, dès qu’il avait commencé à vivre au quotidien  avec le drogué, ses yeux tellement vides n’étaient devenus que le reflet vitreux d’un aquarium où Ragondin s’attendait, à tout moment, à voir passer un poisson rouge.

Lu en octobre 2013

Publié dans Littérature française, Littérature jeunesse

« Entre pétales et épines de rose » de Lucie Farigoul

Je vous parle aujourd’hui d’un livre sur l’adolescence (plutôt que livre pour ados) que j’ai choisi pour sa belle couverture et en pensant faire une pause après des lectures superbes mais dures émotionnellement et cela a été moins simple que prévu :

Résumé de l’éditeur :

Maëlle est une jeune fille pétillante de 17 ans qui a tout pour être heureuse : une famille unie, un groupe d’amis formidable, un petit copain attentionné… Mais l’adolescence n’est pas une période facile et tout finit par basculer dans sa vie amicale, amoureuse, familiale… Comment l’adolescente va-t-elle réagir à cela ? Va-t-elle traverser les épreuves avec le sourire, comme elle le faisait auparavant ? Sera-t-elle toujours aussi sûre que la vie est belle ?

Ce que j’en pense :

Tout va bien pour Maëlle ; elle a dix-sept ans, une famille heureuse et équilibrée : ses parents, Laurent et Caroline, travaillent, elle a deux frères plus jeunes Thomas et Gauthier, et une petite sœur, Agathe, est venue se rajouter à la famille des années plus tard.

Elle a un groupe d’amis solide : Romain, Florian, Camille et Charlotte, soudés depuis longtemps, on les a d’ailleurs surnommés « le club des cinq » …

Tout roule donc, en apparence du moins. A la rentrée scolaire, Maëlle n’est pas dans la même classe que la bande, et peu à peu, s’isole, sans que les autres s’en aperçoivent. Elle interprète parfois de travers et surtout elle est très déstabilisée par les attentats du Bataclan.

Cette ado, toujours joyeuse, dans l’empathie en permanence, (trop) se referme sur elle, revoit les JT en permanence, fait des recherches sur l’identité des personnes qui ont trouvé la mort. Cela tourne peu à peu à l’obsession, elle ne retient plus que ce qui est négatif, se pose des questions sur la vie, la mort, la spirale infernale se met en marche.

Pour compléter le tout son père a un malaise cardiaque et elle veut continuer à protéger ses frères et sœur, accrochant au mieux un sourire de circonstance sur ses lèvres.

J’ai trouvé cette adolescente très touchante, sur laquelle tout le monde se reposait, y compris ces parents qui n’ont rien vu ou voulu voir à part les résultats scolaires qui devenaient catastrophiques, le bac étant au bout.

Lucie Farigoul décrit très bien le passage difficile de l’adolescence, les ravages que tous les attentats ont pu causer sur une personnalité fragilisée, sur laquelle reposaient des choses qui incombaient plus aux parents (elle s’occupe de la petite sœur comme une mère, surveille les petits-frères…). Elle décrit aussi la place de l’information dans la vie de tous les jours, JT, Internet… Tout ceci est anxiogène et peut entraîner une culpabilité à être heureux, à être survivant quand d’autres sont morts.

Maëlle sait qu’elle ne sera plus jamais la même, après ce qui lui est arrivé, et que cela aura des conséquences, elle aura appris.

J’ai beaucoup aimé ce roman pour ados qui s’adresse aussi aux adultes, et même s’il commence un peu trop en romance, à mon goût, l’auteure affine de plus en plus sa « démonstration » et fait réfléchir.

Un grand merci à NetGalley et aux Editions Plumes de Marmotte qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#Entrepétalesetépinesderose #NetGalleyFrance

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L’auteure :

Lucie Farigoul est diplômée à l’Académie ESJ (École supérieure de journalisme) Lille (2016-2019).

En 2017, elle publie son premier roman « À jamais dans mon cœur », un livre où l’amour filial et la passion pour les chevaux sont omniprésents. Lauréat de Haute-Normandie au Prix de l’Auteur Sans Piston 2018 (organisé par Edilivre).

Extraits :

Ils partaient tous du principe qu’un ami devait nous faire voir les choses en face, même si cela ne faisait pas toujours plaisir. Un ami était présent pour nous faire voir les bons côtés de nous-mêmes, comme les mauvais et c’est ainsi qu’on avançait. Beaucoup les enviaient, mais personne d’autre n’arrivait à atteindre ce résultat.

Lorsqu’un événement malheureux survient, nous avons trois choix : le laisser définir notre vie, le laisser nous détruire, ou s’en servir pour devenir plus fort…

Elle assistait aux cours, mais sans vraiment écouter, puis rentrait chez elle où elle passait son temps à s’occuper d’Agathe. Les médias continuaient de parler de l’attentat. Il y avait eu quatre-vingt-treize morts et cent vingt blessés dont la vie de certains était encore en jeu. Maëlle n’arrêtait pas d’y penser. Elle se disait qu’on ne pouvait jamais être sûr d’être en sécurité, que tout pouvait arriver, que la vie pouvait nous arracher notre famille, nos amis d’un instant à l’autre et nous briser à jamais.

Elle se demandait comment les proches des victimes faisaient pour supporter cela. Elle pouvait voir la souffrance qu’ils avaient. Et elle se demanda pourquoi eux et pas elle ? Elle se sentit coupable parce que pendant que des gens souffraient un peu partout dans le monde, elle, vivait sa vie tranquillement, était heureuse et elle se dit qu’elle n’avait pas le droit.

Personne ne comprenait que si elle ne parlait pas, si elle faisait la tête, c’est qu’elle n’allait pas bien. Elle avait envie que les autres la rattrapent quand elle les envoyait balader, qu’ils insistent pour savoir ce qui n’allait pas, mais ils n’en faisaient rien. Maëlle savait très bien qu’elle s’isolait elle-même, mais elle n’avait plus le courage de se battre.

C’était tellement inimaginable que la personne avec qui on passe toute notre vie ne soit plus. C’était tellement cruel que des enfants de cet âge dussent grandir sans leur mère. Personne ne pourra la remplacer. Ils ne pourront jamais oublier l’accident.

C’était cela la vie en fait ? On en q qu’une, pensait Maëlle, et on la bousille, on est comme prisonnier alors qu’il faudrait faire ce que l’on veut, découvrir le monde, faire des expériences… C’est tellement triste de mourir en ayant toujours fait la même chose, en ayant jamais bougé pour voir d’autres pays.

Elle voulait être libre de faire ce que bon lui semblait. Elle voulait découvrir le monde et ne pas être réduite à un métier dans le but de gagner de l’argent pour se nourrir, se loger. Pour survivre en fin de compte. C’était un cercle vicieux et elle ne voulait pas tomber dedans.

La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre comment danser sous la pluie.

Elle était déterminée à redevenir comme avant, mais elle savait que cela allait être compliqué et elle sentait qu’au fond d’elle, quelque chose s’était brisé.

Laisse ton sourire changer le monde mais ne laisse pas le monde changer ton sourire.

Lu en février 2020