Publié dans Littérature française

« Nos rendez-vous » d’Eliette Abecassis

Place aujourd’hui à un livre d’un tout autre genre que mes précédentes lectures avec:

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Ce roman d’une passion d’amour contrariée est aussi le roman d’une époque.

Amélie et Vincent se rencontrent, jeunes, à la Sorbonne à la fin des années 80. Chacun ressent un coup de foudre sans oser l’avouer à l’autre : aucun des deux ne se sent «  à la hauteur  », aucun ne fait le premier pas, aucun n’a la maturité de saisir son bonheur…

Ils se donnent rendez-vous, la jeune femme est en retard  : A quelques minutes près, ce jour-là, ce n’est pas un simple rendez-vous qu’elle rate, c’est sa vie.

Puis la vie prend le dessus, les emporte malgré eux vers des destins qu’ils ne maîtrisent plus, leur fait prendre des bifurcations comme on emprunte des portes, puis des couloirs, de dix ans, de vingt ans, de trente ans…

On suit en parallèle la trajectoire intime et professionnelle d’Amélie et de Vincent, et chaque fois que les hasards de l’existence les remettent en présence, ce n’est pas « le bon moment ».

« Trente ans que nous nous connaissons… Des mariages, des divorces, des deuils, des enfants, des centaines de voyages, parfois au bout du monde, des succès, des échecs, des espérances déçues, des rêves d’enfance perdus, des enfances déchues…Trente ans de rêves et de désir ».

 

Ce que j’en pense :

 

« C’est un beau roman, c’est une belle histoire, c’est une romance d’aujourd’hui », cette chanson résonnait dans ma tête en commençant à rédiger ma chronique… En fait, c’est plus compliqué…

C’est l’histoire d’une belle rencontre : leurs regards se sont croisés dans les couloirs de la Sorbonne, puis au secrétariat pour s’inscrire, ensuite ils ont discuté devant un café, puis dîner, et enfin, sont allés boire un verre, passant  une partie de la nuit à se parler comme s’ils s’étaient toujours connus, alors qu’ils se rencontraient pour la première fois. Ils parlent de leurs auteurs préférés, Amélie regarde « Apostrophe », alors que Vincent préfère Michel Polac. Ils n’osent pas se toucher, ni s’embrasser, éducation rigide oblige…

Ayant du mal à se quitter, ils se donnent rendez-vous pour le lendemain.

Vincent arrive en avance, Amélie, qui manque de confiance en elle, tergiverse trop longtemps : rendez-vous raté, chacun va suivre sa trajectoire, se marier, avoir des enfants, se planter, mais se voiler la face.

Ils vont ainsi se rencontrer plusieurs fois, en une trentaine d’années, choisir des vies qui ne leur conviennent pas. Ils pensent, régulièrement l’un à l’autre mais n’écoutent pas leurs cœurs, leurs destins sont scellés et le pire, c’est qu’ils les ont scellés eux-mêmes.

Vincent s’est enfermé dans son travail, voyage beaucoup, gagne bien sa vie, mais l’argent…

L’auteur fait une allusion aux attentats du 11 septembre, car Vincent est à New-York, pas très loin des tours jumelles.

J’ai beaucoup aimé ce roman, plein de douceur et de tendresse, alors que Vincent et Amélie auraient peu devenir aigris, ils assument. Amélie a choisi le métier qu’elle voulait, elle a sa librairie, mais Vincent a dû faire le deuil de la musique pour obéir à un père intransigeant.

Il faut se libérer de ses chaînes pour prendre sa vie en mains et ne pas laisser le destin décider à notre place. Ces chaînes, elles peuvent être extérieures, à cause de la rigidité familiale, et elles peuvent être intérieures, car ce n’est pas parce qu’on a mis de la distance géographique avec ses parents qu’on est libéré du carcan de l’éducation.

Eliette Abecassis trace au passage un portrait de l’époque : celle de leur première rencontre, où on lisait beaucoup, les gens se parlaient, mais se perdaient plus facilement de vue, et l’époque actuelle, avec les réseaux sociaux, (on peut se retrouver plus facilement, c’est sûr !) les vies qui s’y étalent, les ventes de livres qui chutent car les gens ont les yeux rivés sur leur téléphone, smartphone et autres…

Je n’avais pas encore lu un roman d’Eliette Abecassis, j’avais tenté « Qumran » il y a longtemps, mais il m’était tombé des mains. J’en avais conclu que ce n’était pas une auteure qui me convenait. Peut-être que ce n’était simplement pas le bon moment ou pas le bon roman.

Je vais rattraper le temps perdu, c’est certain, car son écriture pleine de poésie m’a beaucoup touchée…

Ce livre a été une bouffée d’oxygène après des lectures assez dures.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et de m’intéresser de plus près à son auteure.

#Nosrendezvous #NetGalleyFrance

❤️ ❤️ ❤️ ❤️

 

Extraits :

 

Les gens lisaient partout, à chaque moment de leur journée, à chaque heure de la vie, pour se raconter une autre histoire, pour fuir le réel ou le vivre plus intensément, pour comprendre les hommes ou pour les détester, ou simplement pour passer le temps.

 

Ils avaient été élevés tous les deux dans le but de faire plaisir à leurs parents, sous la loi du père. Mais, elle n’avait qu’une aspiration : prendre sa liberté et être indépendante. Lui était rentré dans le rang, car son père lui donnait de quoi vivre et achever ses études sans travailler.

 

C’était son grand-père qui lui avait transmis l’amour de la musique à travers le piano, puis il avait insisté pour l’inscrire au conservatoire, car il pensait qu’il avait un don, au grand dam de son fils. Un grand-père mélomane, qui aimait jouer du piano. Il gardait toujours la montre sur lui, comme un talisman, à mesurer le temps qui passe.

 

En vérité, c’est elle qu’il aimait le plus au monde. La musique. Il aurait voulu s’adonner à son art, mais son père ne lui avait pas laissé le choix.

 

Elle s’était libérée du poids de son éducation, et revenir en province provoquait chez elle des crises d’angoisse. Chaque fois qu’elle arrivait sur le quai de la gare à Bernay, elle avait l’impression de faire un bond en arrière, vers l’ancien monde.

 

Sur les berges de la Seine, Max et Amélie se parlèrent de la catastrophe du 11 septembre, de la vie, de la mort. Peu importe ce que l’on se dit. L’important, c’est le temps. Le temps qui s’arrêta, ce jour-là, pour eux. Le temps qui leur fit la révérence de les oublier, s’inclinant devant cette rencontre de deux cœurs qui se mêlent, et qui, l’espace d’un instant, se rejoignent.

 

… et encore pesé le pour et le contre, manqué de courage, bu un verre d’alcool, pris un café, puis un autre, s’être dit que ce n’était pas la bonne heure, ni le bon moment, remis au lendemain, puis au surlendemain, oublia d’espérer, espéra oublier, puis finit par l’appeler…

 

Quelque chose d’indéfinissable se passait entre eux, qui n’avait rien à voir avec ce qu’ils disaient. Un langage souterrain, qui émanait du corps et de l’âme. Ou sans doute, du plus profond de leurs cœurs.

 

Cette conversation qui s’éternisait, ou bien qui n’en finissait pas de mourir ; de mourir de ne pas dire, ne vois-tu pas que je meurs d’envie de t’aimer.

 

Ils ignoraient que la vie prend le dessus sur les rencontres et sur l’amour, que de fil en aiguille on est emporté malgré soi vers un destin qu’on ne maîtrise plus…

 

Lu en janvier 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

26 commentaires sur « « Nos rendez-vous » d’Eliette Abecassis »

    1. c’est une jolie histoire d’amour, même si parfois on a envie de les secouer tous les 2 pour qu’ils se prennent en mains, mais il faut tenir compte de l’époque et de l’éducation il y a trente ans 🙂
      et cela a fait le gagne-pain d’une génération de psy 🙂 🙂

      J'aime

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