Publié dans Littérature anglaise, Médecine

« Vas, vis, guéris » de Julia Buckley

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai mis beaucoup de temps à lire mais cela en valait la peine:

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Comme un tiers de la population de Grande-Bretagne, Julia Buckley souffre de douleurs chroniques. D’après ses médecins, cette douleur est incurable. Mais elle refuse de les croire et pense qu’un miracle est possible. Il faut seulement trouver le bon.
La quête de guérison de Julia va prendre des allures de tour du monde ; elle se lance dans l’exploration de tous les domaines des sciences, de la psychologie et de la spiritualité. Elle va rencontrer des praticiens qui interviennent en marge de la médecine conventionnelle, traditionnelle et alternative. De la réinitialisation neuroplastique du cerveau à San Francisco à la marijuana médicinale dans le Colorado, en passant par les rites vaudous en Haïti à la « chirurgie sacrée » au Brésil, elle est prête à tout. Sa route croise celle de de tous ceux qui affirment détenir la clé des maux : savants, psychiatres, sorciers ou guérisseurs… Elle a ainsi essayé une trentaine de traitements alternatifs à travers les cinq continents.

Ce livre soulève des questions fondamentales sur les pratiques de la médecine contemporaine côté patients ; il souligne le combat à mener pour conserver une image positive de soi face aux soignants. Ces soignants qui n’hésitent pas à qualifier leurs patientes d’hystériques pour masquer leur impuissance.

Ce récit foisonnant, à la fois drôle et émouvant, passe au crible les relations que nous entretenons non seulement avec les soignants mais aussi avec nous-mêmes et nos certitudes. Une lecture qui nous permet de redécouvrir l’importance de la foi, de l’espoir et d’un certain cynisme.

Traduit de l’anglais par Laurence Kiefe 

 

Ce que j’en pense

 

Julia à la suite d’un faux mouvement pour attraper une tasse de café (refroidi depuis longtemps en plus !) se retrouve avec une douleur fulgurante évoquant une névralgie cervico-brachiale. Mais très vite la douleur s’incruste, malgré tous les médicaments ingurgités, massages… et se « chronicise ».

Tout son corps va être envahi par la douleur, et Julia ne sera plus que douleur désormais.

Elle va suivre scrupuleusement les programmes que lui propose le système de santé britannique, ce qui permet au passage de voir comment il fonctionne !

On va lui poser des tas de diagnostics, aux noms tous plus fumeux les uns que les autres, bien cachés derrière des acronymes c’est encore mieux.

On assiste, peu à peu, à une chute dans les profondeurs de l’Enfer : la douleur omniprésents, traitée à coup d’opiacés, inefficaces mais avec des effets secondaires qui pourrissent la vie. Et surtout, comment cela peut conduire à des idées noires et des envies de suicide…

L’auteur évoque très bien la différence de comportement des médecins selon que le patient en face d’eux est de sexe masculin ou féminin : on prend toujours plus au sérieux le sujet masculin, et la prise en charge, du diagnostic au traitement, sera différente.  C’est ce qu’on appelle « le syndrome de Yentl », autre manière de dire que la prise ne charge médicale est sexiste.

Un exemple tout simple : l’infarctus du myocarde chez la femme est moins bien pris en charge, sous-diagnostiqué car les symptômes sont différents, beaucoup moins typique que « la douleur thoracique qui irradie…

Le terme « syndrome de Yentl » a été inspiré par le film de Barbra Streisand où l’héroïne se déguise en homme pour avoir droit à une éducation, à des études qui lui étaient refusées parce qu’elle était une femme.

Julia parle donc très bien de son parcours, de la manière dont les femmes sont traitées de haut par les médecins hommes : « c’est forcément dans la tête madame ».

Elle va finir par se tourner vers les médecines parallèles, gourous, guérisseurs, pèlerinages à Lourdes, (à la quête d’une guérison) qui seront finalement des belles rencontres.

Au départ, je ne voulais pas lire ce livre, car je suis atteinte, moi-aussi, de douleurs chroniques, invalidantes, et j’ai eu droit à des « pinaillages » (je n’ai pas trouvé d’autre terme) entre ma rhumatologue et mon algologue, il suffisait que l’un évoque une maladie pour que l’autre en affirme une autre, par contre les ordonnances, elles, se ressmblaient beaucoup : des opiacés à la tonne, j’ai même eu droit à ce réputé Oxycontin, antidépresseur (à petite dose, les tricycliques marchent sur la douleur !)

Vous êtes fatiguée ? C’est une dépression… que Julia se rassure, même en étant médecin, malade, ce n’est pas mieux, quand le médecin (homme) en face de vous, vous envoie une phrase du style « Descartes a encore des adeptes ! quand on pose une question je vous laisse imaginer ce qu’on peut ressentir : « face à moi, qui suis spécialiste en douleur, ferme-là, je sais ce que je fais. Je suis sûr de mon diagnostic. »

Voici une anecdote pour rire (jaune et à postériori !) : pendant 9 mois, je lui ai dit que je souffrais énormément de ma sciatique, réponse, « c’est une « pseudo sciatalgie » due à une contracture musculaire (sic) et c’est ma généraliste qui a fini par me prescrire un scanner, et bingo : hernies discales !!!! Inutile de préciser qu’on ne s’est pas quittés en très bons termes…

Le fait d’aller voir ailleurs : magnétiseur, ostéopathie, auriculothérapeute (ça c’était assez efficace, mais courte durée, idem pour la mésothérapie…. Je n’ai pas rencontré Jean de Jésus au Brésil, mais des Maîtres tibétains qui m’ont changé la vie…. les vertus de la Foi, de la prière, de la spiritualité en général, sont reconnues.

En fait, chacun doit trouver, SEUL, ce qui lui est bénéfique : la douleur est toujours, fait partie du quotidien, elle est parfois en sourdine, il faut vivre avec et non s’identifier à elle. On passe par les mêmes étapes que dans le processus de deuil.

Ce qui marche pour moi, ce sont : la musicothérapie, la sophrologie, la méditation.

Désolée, j’ai beaucoup parlé de moi, aujourd’hui, mais c’était pour dire que je comprenais le parcours de Julia de l’intérieur. Peut-être que j’écrirai un jour à propos de mon parcours, mais chaque chose en son temps.

Que vous soyez ou non atteint de douleur chronique, ce livre est très intéressant car Julia Buckley ne se contente pas de parler de son expérience personnelle, elle a beaucoup lu, étudié la douleur, sur le plan neurologique, neuromédiateurs, pharmacologie, sans jamais étaler « sa science » et elle donne des références.

J’ai beaucoup apprécié le ton qu’elle emploie, elle n’est pas dans le côté, « parlez de moi, il n’y a que cela qui m’intéresse » et son auto-dérision, (c’est la seule arme pour se protéger des remarques perfides qui viennent parfois des « amis » ou de la famille.

C’est un pavé, qui fait réfléchir, et qui déride (l’image de Julia recouverte de sang et d’abats de poulet » est marquante et amusante.

Un bonus, que j’allais oublier : au début de chaque chapitre, Julia Buckley nous propose une citation : auteur connu ou non, extraite d’un livre ou de la vie personnel de l’auteur, citation qui n’ai jamais choisie au hasard, mais reflète le propos qu’elle veut illustrer dans le chapitre en question.

Un énorme merci à NetGalley et aux éditions J.C Lattès qui m’ont permis de découvrir ce livre et son auteure, et m’ont laissé du temps pour lire ce pavé qui en vaut vraiment la peine.

#VaVisGuéris #NetGalleyFrance

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

 

Pour le syndrome de Yentl, ce lien vers le site de l’encyclopédie médico-chirurgicale:

https://www.em-consulte.com/en/article/1124114

 

 

Extraits

 

J’avais perdu la vie depuis un an mais je n’étais pas morte. Non, c’était bien pire – ou du moins c’était ainsi que je le ressentais à l’époque. Je souffrais de douleur chronique. Je ne suis pas sûre que « souffrir » soit le terme adéquat, car il implique l’idée d’une évolution assortie du temps nécessaire pour s’y’ adapter.

 

Mais la douleur chronique, c’est différent. Ce n’est pas simplement une douleur qui s’obstine, c’est une douleur omniprésente.

 

Les médicaments ne font pas d’effet et la science n’a pas – encore – repéré où se trouve le disjoncteur central à réparer…

… Les gens pensent, consciemment ou pas, que ces douleurs sont le fruit de leur imagination…

 

Je lirais tous les livres, j’essayerais toutes les thérapies et je rendrais visite à tous les charlatans, les gourous et les clones de Jésus possibles et imaginables…

 

Le traumatisme, comme je l’apprendrai trois ans plus tard d’un professeur de Harvard, est le marqueur principal de la douleur chronique.

 

Tu vas mieux, ma chérie, que tu t’en rendes compte au pas, dit-il. Je suis médecin, ma chère petite, donc je sais.

 

La science dit que plus on souffre longtemps, moins on a de chance que ça cesse. Au cours d’un processus qu’on appelle la neuroplasticité, le système nerveux entreprend de se réinitialiser : les chemins empruntés par la douleur se renforcent et les circuits normaux se retrouvent atrophiés.

 

Tu vois, Julia ! tout le monde a mal au cou. Si je souffrais infiniment plus que Becky, c’était parce que j’étais paresseuse, en mauvaise condition physique, démotivée…

… à force de m’ennuyer, je ne pensais plus qu’à mes douleurs dans la nuque.

 

Une fois enracinée, la douleur chronique réagit rarement aux médicaments mais si on parvient à briser le cercle, même de façon provisoire, la boîte à fusibles pourra éventuellement se réinitialiser.

 

La pensée positive, ça peut marcher. Mais parfois, ça ne fait qu’étaler sur la réalité un glaçage mièvre qui bloque tout. La TCC produit peut-être quatre-vingt pour cent de joyeux petits automates mais elle risque également de les empêcher de trouver la bonne solution.

 

La pensée négative rend la douleur encore plus prégnante et il n’existe pas de pensée plus négative que « votre état ne pourra jamais s’améliorer ». Parce que pour entuber les gens, on n’a pas encore trouvé mieux que de leur annoncer que, fondamentalement, leur vie est terminée.

 

Lu en octobre-novembre 2019

Publié dans Littérature française, Polars

« L’art du meurtre » de Chrystel Duchamp

Je vous parle aujourd’hui d’un polar très particulier, écrit par une auteure qui m’était jusque là complètement inconnue:

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Quatre victimes. Et aucun coupable.

Des relations amoureuses sans lendemain. Une mère possessive et intrusive. Des nuits entières à errer. La vie d’Audrey, 34 ans, pourrait se résumer à une succession d’échecs. Seul son métier de lieutenant à la PJ lui permet de garder la tête hors de l’eau.

En ce jour caniculaire de juillet, Audrey et son équipe sont appelés sur une scène de crime. Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Son corps a été torturé, mutilé, partiellement écorché, puis mis en scène sur une table dressée pour un banquet. Pour compléter cette vanité, un crâne humain lui fait face : celui de sa défunte épouse, dont la tombe a été profanée quelques jours auparavant.

Audrey et son équipe découvrent rapidement que l’homme est un habitué des clubs sadomasochistes parisiens et que, richissime, il a dépensé sa fortune en achetant des œuvres d’art. Au point de finir ruiné.

Quand un deuxième meurtre est commis dans des conditions similaires, Audrey sait qu’elle fait face à un psychopathe. A elle de plonger dans les milieux interlopes parisiens, des maisons de vente aux clubs SM, pour débusquer ce tueur, dont les méthodes extrêmes n’ont d’égale que son appétit meurtrier.

 

Ce que j’en pense

 

On vient de découvrir le corps torturé avec raffinement, mutilé de Franck Tardy, avocat réputé. Une puanteur immonde règne dans la pièce, ou le corps entièrement dénudé, est assis à table, en face de lui un crâne. La table est recouverte d’une belle nappe et il y a des assiettes pour d’autres convives. Une mise en scène terrifiante mais savamment orchestrée.

Côté police du 36, nous avons Patricia, la cheffe, à la fois protectrice et autoritaire, qui se débat pour sortir un de ses fils de la toxicomanie. Un médecin légiste, barbu un peu désabusé, et Audrey Durand, jeune policière qui depuis qu’elle a été abandonnée par son ex, mène une vie dissolue : alcool, haschich, virées nocturnes dont elle émerge avec une belle gueule de bois, au lit avec un homme, pêché la nuit-même et qu’elle sort de sa vie illico presto au matin.

Audrey a commencé des études d’art, (elle est toujours très douée et fait visiter le Louvres aux ados par exemple). A la mort de son père, policier émérite, elle a tout lâché pour entrer dans la police au grand dam de sa mère.

Sa relation toxique avec cette mère hyper-protectrice qui l’appelle dix fois par jour et cherche à la faire culpabiliser est très bien croquée.

Les autres membres de l’équipe ont chacun leur personnalité et leur domaine de prédilection, sans oublier le « commissaire-à-rien » qui se promène sur les scènes de crimes sans équipements, polluant sur son passage (il déteste ces flics transformés en spationautes !)

L’enquête démarre sur les chapeaux de roues, à travers les milieux glauques qu’affectionnait Tardy, mais un autre corps est trouvé torturé aussi, un notaire bien sous tous rapports mais qui fréquentait les mêmes milieux glauques. Idem, on a droit à une mise en scène théâtrale.

J’ai adoré ce polar, qui nous fait visiter le milieu SM, mais aussi les dessous trash du monde de l’art, parcourant au passage la Foire internationale d’art contemporain qui a lieu précisément à ce moment-là. On croise au passage Klein, Picasso avec une belle réflexion sur « Les demoiselles d’Avignon » sans oublier un hommage à Léonard de Vinci et ses planches d’anatomie.

« Picasso interroge sur l’esthétisme et représente la beauté où elle n’est pas. Il s’affranchit des règles de la peinture académique. L’absence de réalisme et la difformité de ces prostituées vont choquer le public de l’époque. Matisse et Braque seront scandalisés par ce tableau et qualifieront son auteur de « terroriste ». »

Jusqu’où peut aller un artiste contemporain pour qu’on parle de lui, comment les côtes peuvent monter, le rôle des galeristes…  Les rapports entre les différents membres de l’équipe sont bien étudiés, la manière dont on écarte ou non une piste… Je n’en dis pas plus, divulgâcher serait un crime !

Je suis conquise par le sujet abordé, la manière dont Chrystel Duchamp l’a abordé, le rythme de l’écriture qui s’accélère de plus en plus. Une fois commencé, je ne l’ai plus lâché et j’ai eu une furieuse envie de le relire, illico, pour faire durer le plaisir.

La couverture est splendide, rien n’a été laissé au hasard, l’Art est omniprésent. En fait, c’est du grand Art….

Un immense merci à NetGalley et aux éditions l’Archipel qui m’ont permis de découvrir, en « avant-première »,  cette auteure,  dont je vais guetter de pied ferme le prochain livre. Chapeau l’artiste !

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

 

#LARTDUMEURTRE #NetGalleyFrance

 

 

L’auteure :

 

Née en 1985, Chrystel Duchamp se passionne très tôt pour la littérature de genre, notamment le fantastique et la série noire. Elle et son conjoint, Eric Barge, montent la maison d’édition Le Miroir aux Nouvelles, où ils publient plusieurs romans illustrés de Chrystel : La Boîte aux objets perdus (2013), 47°9’S – 126°43’W (2014), La Vallée dérangeante (2015).

Son dernier suspense, À l’ombre des sureaux, a paru en 2018. Elle habite près de Saint-Etienne.

 

Extraits

 

Certes, la vue d’un cadavre est choquante, mais les jours passent et cette vision s’estompe. L’odeur elle, reste à tout jamais. Elle vous colle à la peau, elle imprègne vos cheveux et vos vêtements. Vous avez beau vous laver deux fois, dix fois mille fois, elle persiste. Les souvenirs olfactifs sont les pires. Ils ne vous quittent jamais.

 

J’aurais pu devenir conservatrice de musée ou travailler dans les plus prestigieuses, salles de ventes. Mais le décès de mon père, alors que j’étais en deuxième année, m’a anéantie. J’aimais cet homme d’un amour inconditionnel. Alors, sans réfléchir une seconde, j’ai tout plaqué.

 

L’art nous est vital depuis la nuit des temps. Laisser une trace est un besoin, ancré au plus profond de nous. Une quête d’éternité.

 

L’art a toujours été l’outil idéal pour critiquer la société. A travers les siècles, les artistes ont expérimenté de nouvelles techniques et de nouveaux moyens pour aborder les sujets les plus sensibles.

 

« Un tableau était une somme d’additions. Chez moi, un tableau est une somme de destructions. »  Pablo Picasso

 

La souffrance des autres est, et sera toujours, le plus divin des spectacles.

 

Elle resserre les liens autour de mes chevilles et de mes poignets par tous les moyens. Le cordon ombilical, elle ne l’a jamais coupé. Pire : elle s’en sert pour m’étouffer.

 

Lu en décembre 2019

Publié dans Album, Littérature jeunesse

« L’impératrice Joséphine, plus qu’une reine » de Stéphanie Lepers et Bettina Schopphoff

Petit intermède douceur aujourd’hui avec ce livre choisi sur Babelio lors de l’opération Masse critique jeunesse :

 

Les Superflus de l'Histoire de limperatrice Josephine

 

 

Quatrième de couverture

 

Marie-Joseph-Rose de Tascher de La Pagerie, c’est MOI !

Rose de Beauharnais et Joséphine Bonaparte… C’est MOI aussi !

Mais bizarrement, on me connaît sous le nom de Joséphine de Beauharnais… Pourtant, je ne l’ai JAMAIS été…
En revanche, je suis sans conteste L’IMPÉRATRICE JOSÉPHINE, l’épouse de NAPOLÉON 1er (ce qui n’est pas une mince affaire !) et une maman attentionnée.
Accessoirement, j’ai été BOTANISTE, prisonnière, grimpeuse et patineuse, diplomate et collectionneuse, un peu contrebandière, si nécessaire.
J’ai eu une vie sacrément bien remplie et des anecdotes, j’en ai des tas à partager !

 

 

Ce que j’en pense

 

Toujours autant branchée Histoire, ce livre m’était prédestiné et surtout j’ai réussi à l’avoir, ne m’étant pas réveillée assez vite (être connectée à 7h sur l’ordinateur pour participer, cela me coûtait beaucoup…)

Stéphanie Lepers nous raconte donc la vie assez extraordinaire de Marie-Joseph-Rose de Tascher de La Pagerie, née le 23 juin 1763, en Martinique, son enfance dans la plantation de canne à sucre (elle en a tellement mâché que sa denture est devenue catastrophique.

Un jour, un ouragan dévaste tout, la propriété est en miettes et tandis que tous regarde le désastre, une voyante Eliama lui prédit qu’un jour elle deviendra une femme très puissante, plus qu’une reine.

Son père la marie à Alexandre de Beauharnais, qui devait initialement épouser Catherine-Désirée, la sœur de celle qu’on appelait encore Yeyette. Mais, la sœur est décédée de tuberculose.

C’est le départ pour Paris, un mariage expédié avec un aristocrate quelque peu volage dont elle va avoir deux enfants : Eugène et Hortense. Mais nous sommes en 1794, il ne fait pas bon être aristo, et notre vicomte va y laisser sa tête….

Elle finit par rencontrer Napoléon Bonaparte qui l’épouse et décidera que son prénom sera désormais Joséphine.

Je n’insiste pas plus sur son destin, pour m’arrêter sur ses « folies » : le Château de Rueil Malmaison, (très bien dessiné) où elle va faire construire une gigantesque serre pour faire pousser toutes les plantes, arbres de son pays natal qui lui manque tant.

On connaît la vie un peu légère de « la veuve », elle aime les belles choses : vêtements, bijoux, comment assortir 60 étoles avec 600 robes par exemple, comment améliorer son teint, sa peau…

Stéphanie Lepers nous présente des pages avec données historiques ou de l’époque, qui se passent en même temps que les dates importantes dans la vie de Joséphine, ce qui permet de tout bien resituer dans le temps (n’oublions pas que c’est un livre pour la jeunesse) ce qui permet de découper en petits chapitres toute l’épopée de la Belle.

Il faut noter au passage, qu’elle a été Impératrice, épouse de Napoléon 1er et grand-mère de Napoléon III, fils de sa fille Hortense de Beauharnais.

Les dessins de Bettina Schopphof sont magnifiques, et dans les textes certains mots son en majuscule, en caractères gras avec des polices différentes pour donne vie aux mots en question.

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui est magnifique, et qui peut permettre d’apprendre tout en s’amusant. Superbe travail, côté texte, comme côté dessins, ce livre se tient dans les mains, comme un bijou.

Il est publié dans la collection « Les superflus de l’Histoire », qui propose un livre sur Napoléon 1er ;

Je remercie infiniment Babelio et les éditions « Les superflus » qui m’ont permis de découvrir cet album plein de couleurs d’énergie et d’humour qui fait un joli cadeau de Noël.

http://www.bettina-schopphoff.fr/

 

Extraits

 

l'impératrice Joséphine 1

 

 

l'Impératrice Joséphine 2

 

 

L'impératrice Joséphine 3

 

 

l'impératrice Joséphine 4

 

Lu en décembre 2019

Publié dans Littérature allemande, Rentrée littéraire

« La Fabrique des salauds » de Chris Kraus

Je vous parle aujourd’hui d’un OVNI avec ce roman:

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

« Une poignée de douleur et de chagrin suffit pour trahir, et une seule étoile scintillant dans la nuit pour qu’un peu de lumière brille par intermittence dans toute cette horreur. »

Un roman hors normes, une fresque exubérante et tragique, pleine de passion, de sang et de larmes, qui retrace tout un pan du XXe siècle, de Riga à Tel Aviv en passant par Auschwitz et Paris.

À travers l’histoire de Koja, Hubert et Ev Solm, deux frères et leur sœur, sorte de ménage à trois électrique, Chris Kraus nous entraîne dans des zones d’ombre où morale et droiture sont violemment bafouées, et dresse en creux le portrait d’une Europe à l’agonie, soumise à de nouvelles règles du jeu.

Une œuvre impressionnante, magnum opus sur le déclin d’une époque et la naissance d’une nouvelle ère.

 

Ce que j’en pense :

 

L’histoire commence dans un hôpital : deux hommes partagent la même chambre, l’un atteint de fracture du crâne, avec en permanence une « soupape » pour drainer le liquide céphalorachidien pour éviter hypertension intracrânienne, hippie tout en cheveux, et l’autre, Koja, guère mieux loti car il a une balle dans le crâne impossible à extraire. Koja va raconter sa vie et celle de sa famille : épopée qui commence en 1905 pour s’achever autour de 1974.

On découvre ainsi la famille Solm, originaire de Riga. Lors des soulèvements de 1905, les bolchéviks s’en prennent à Großpaping le grand-père paternel, qui défend son église et périra noyé, assassiné par eux. Il a un fils artiste peintre qui a épousé la baronne won Schilling, qui a côtoyé le Tsar Nicolas II, au caractère bien trempé. Par opposition, le grand-père maternel est appelé Opapabaron.

De cette union naît Hubert, alias, Hub ou Hubsi pour les intimes, favorisé dès le départ : il est né le jour de l’assassinat de Großpaping donc béni des Dieux, surtout de sa mère. Ensuite vient Konstantin alias Koja auquel on fait comprendre que son aîné lui est nettement supérieur.

Enfin, Eva alias Ev’ une petite fille fait son entrée, dans la famille Solm. Ses parents sont morts pendant les premières émeutes ou échauffourées de Riga. Elle est confiée, via la nounou, à la famille Solm qui finira par l’adopter sans savoir (pas sûr) qu’elle est juive.

Le décor est planté pour la famille que l’on va suivre de Riga, ville où alterne les règnes passagers des populistes de tout bord. De persécutant on devient persécuté et le cycle recommence.

Hub est séduit par le nazisme, travaille en sous-main pour développer des services secrets pro-allemands. Fasciné par Heydrich, il grimpe les échelons pour arriver tout en haut de la hiérarchie (je ne vais pas vous infliger tous les grades allemands aux noms plus imprononçables les uns que les autres !). Koja traîne des pieds mais suit, sinon son frère n’hésitera pas à la trucider.

Koja qui est un artiste comme son père, est arrivé premier au concours des Beaux-arts, mais n’ayant pas la bonne nationalité, il sera rejeté et se tournera vers l’architecture, tout en continuant à peindre. Il va raconter au disciple de Gandhi toute l’horreur de la montée du nazisme en Lettonie, les horreurs commises en son nom, puis les exécutions en masse de juifs, puis les camps. On va côtoyer toute la fine fleur de Heydrich à Himmler, y compris les rencontres avec le Führer…

Et Ev’ dans tout cela ? Koja lui fait établir un parfait certificat d’aryanité, elle épouse un sbire du nazisme taré et violent, s’enrôle comme médecin au service du Reich et se fait engager… au camp d’Auschwitz en espérant s’occuper des prisonniers…

L’auteur décrit très bien les tentatives du Reich qui devait durer mille ans pour vaincre les russes, avec des opérations commandos pour tuer Staline, souvent délirantes, et Hub ne va pas hésiter à envoyer une amie russe de Koja , Maja, en URSS dans une opération qui ne peut que la détruire.

La haine entre les deux frères va loin, car Hub n’hésite pas à laisser Koja blessé sur place pendant la retraite. En fait, il a refusé d’être sauvé par son frère, préférant être arrêté par les Russes.

Tout aurait pu s’arrêter à la fin de la guerre et la mort de Hitler. Mais, après la guerre il faut reconstruire. Staline veille et manipule tout le monde. Koja va se retrouver prisonnier, victime de chantage par la Tcheka, le Kremlin devenant agent double, voir triple, car la création de l’état d’Israël va générer le Mossad…

J’ai adoré ce pavé car l’histoire de cette famille est passionnante, par les rivalités, entre les différents membres, la relation qu’entretiennent les deux frères avec Ev’ dont ils sont amoureux tous les deux….

Mais surtout, j’ai appris beaucoup de choses sur la vie des anciens SS !!! je croyais naïvement qu’ils étaient partis à la CIA, en Amérique du Sud pour inspirer certains dictateurs ou ailleurs et en fait, pas du tout, ils ont été mis au service des renseignements allemands (ils étaient si doués, pourquoi se priver d’un tel talent ?

Et on parlait de rapprochement franco-allemand (de Gaulle- Adenauer entre autres… J’espère que le grand Charles ne se doutait de rien) de construire l’Europe… on comprend mieux la puissance des néo-nazis en Germanie, les théories et l’antisémitisme a dû être bien entretenu dans ces familles…

J’ai toujours été une Européenne convaincue, mais là, ma confiance en a pris un sacré coup.

Les relations entre notre Hippie, branché non-violence, avec un mélange de Bouddhisme et d’Hindouisme et Koja à la gâchette facile met un peu de douceur dans cette fresque qui résume les trois-quarts du XXe siècle…

Je me suis rendue compte que je ne connaissais que superficiellement l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre, donc sujet à creuser, et je vais peut-être enfin pouvoir lire des livres sur Staline, ce que j’ai toujours reporté à plus tard car il me fait encore plus peur que Hitler.

C’est très difficile de parler d’un tel livre, sans en dire trop, sans radoter, et cette chronique m’a pris beaucoup de temps. C’est un uppercut ou un scud que j’ai reçu en pleine face.

Ce livre, dont le thème est vraiment très dur, m’a énormément plu. Chris Kraus a fait un travail extraordinaire. Parfois, la lecture a été difficile car il ne nous fait pas grâce des atrocités commises par les uns et les autres.  C’est difficile de parler ainsi, mais ce roman est un vrai coup de cœur.

Le titre est on ne peut mieux choisi, la plume magnifique et la couverture est superbe.

Un immense merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir cette pépite et son auteur.

#Rentreelitteraire2019 #NetGalleyFrance

 

coeur-rouge-

 

L’auteur

 

Chris Kraus est né en 1963 à Göttingen, en Allemagne, et vit aujourd’hui à Berlin. Réalisateur, scénariste, écrivain, il a notamment étudié à l’Académie allemande du film et de la télévision de Berlin. Il est l’auteur de plusieurs œuvres cinématographiques qui lui ont valu de nombreux prix.

Son long-métrage « Quatre minutes » (2006) a obtenu un grand succès critique et commercial en France, et a été adapté au théâtre. Outre des fictions, Chris Kraus a également coréalisé un documentaire sur l’écrivain et réalisateur Rosa von Praunheim, Rosakinder (2012).

Chris Kraus est par ailleurs l’auteur de quatre romans. La Fabrique des salauds est son troisième ouvrage, paru en Allemagne en 2017, le premier à paraître en France.

 

Extraits

 

J’ai choisi des extraits uniquement dans la première partie pour donner envie de lire le livre sans trop divulgâcher.

 

Mon voisin de lit échevelé n’est contre rien du tout. Parce que l’opposition existentielle nuit à l’unité existentielle. Il croit au Bien. Pas au mieux, comme les idéologues. Mais au Bien. Tel le mahatma Gandhi.

 

Un manchot et un homme avec une balle dans la tête. À nous deux, nous comptons plus de cent trente ans, nous avons quatre jambes, trois bras et une femme. (L’hôpital ne vous confronte pas seulement au caractère éphémère de l’existence, mais aussi à sa vélocité : dans un bar dansant, par exemple, on ne remarquerait absolument pas à quelle vitesse on s’amenuise.)

 

Il s’agissait de dix-neuf cinq et de l’Empire russe vacillant dans lequel nous avions grandi. Ma mère disait toujours : Annus mirabilis. Pour elle, c’est ce qu’était l’année dix-neuf cinq, que nous n’appelions jamais dix-neuf cent cinq, car seuls les Allemands de l’Empire allemand parlaient ainsi. Pour maman, le temps est toujours resté quelque chose d’organique, qui a une volonté et un but propres, susceptible d’être bon ou mauvais, un peu comme une personne. Et en cette onzième année de règne de Sa Majesté le roi des empotés, le tsar Nicolas II, l’ordre sous toutes ses formes partait en fumée. La Russie était à feu et à sang, de Saint-Pétersbourg jusqu’aux provinces les plus reculées.

 

Mon grand-père, que nous avons toujours appelé Großpaping et qui, au contraire des autres pasteurs de sa circonscription, ne se décidait pas à fuir, parce qu’il n’aurait jamais laissé en plan la paroisse que Dieu lui avait confiée – autant laisser en plan Dieu en personne –, ce Großpaping du nom de Hubert Konstantin Solm (Huko pour ceux qui s’y risquaient) aurait été en train de travailler tranquillement à ses arbres fruitiers quand, par une chaude après-midi du mois d’août, une troupe de gueulards armés de faux marcha droit sur lui à travers le verger.

 

Maman allait quotidiennement se promener au marché avec son ventre arrondi, passant devant les rassemblements publics des socialistes, silhouettes fantomatiques et couvertes de cambouis dont les regards la rayaient, elle et sa couvaison, de la surface de la planète, car Anna Marie Sybille Delphine, baronne von Schilling, était une vraie, au sens fort du terme – une jeune fille de bonne famille, nourrie aux mamelles de la domination dès sa plus tendre enfance, qu’elle avait passée dans un château suspendu au-dessus de l’eau non loin de Reval.

 

Mais celle de mon frère eut la particularité de se produire au milieu du chaos et de l’hystérie. À dire vrai, ce fut plus une émanation qu’une naissance, car elle eut lieu le soir même et à l’heure précise où notre grand-père quittait ce monde. Chez les brahmanes comme vous, on parle de renaissance, et il est bien possible que mon frère, en pleine expulsion par la filière pelvienne, ait pris sur lui la souffrance de son illuminé de Großpaping qui, à une demi-journée de voyage de là, attendait son destin.

 

Mais une chose est vraie : alors qu’ils n’étaient encore que Hubsi et Koja, Hubert et Konstantin étaient déjà des systèmes solaires à la numérotation différente. Je ne suis né ni le jour de la mort de Großpaping, ni le jour de sa naissance, ni un dimanche, ni un jour de fête, en nul jour doté, pour ma famille, d’une signification quelconque. Je ne suis pas même un Solm d’août ou de décembre, comme les deux tiers de mes proches qui sont presque tous nés au cours de ces deux mois.

 

Lu en novembre-décembre 2019

 

CHALLENGE 1% 2019

Publié dans Littérature anglaise, Polars

« Les détectives du Yorkshire: T1 » de Julia Chapman

Je vous parle aujourd’hui du premier tome de la série « Les détectives du Yorkshire » dont le sous-titre est « Rendez-vous avec le crime »:

 

Les détectives du Yorkshire T1 de Julia Chapman

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

La mort est aveugle.

Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais œil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson ? et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !
Premier volet d’une série so british, Rendez-vous avec le crime est un polar drôle, plein de charme et au casting haut en couleur.

 

Ce que j’en pense

 

Le retour de Sansom O’Brien dans sa petite ville natale du Yorkshire, Bruncliffe, ne fait pas que des heureux. Il était parti à Londres, policier infiltré, après une xième dispute avec son père, alcoolique notoire surtout après la mort de sa femme, décédée alors que Sansom n’avait que huit ans.

Sa dernière mission sous couverture dans le milieu de la drogue, s’étant, semble-t-il, mal terminée il est obligé de rentrer au pays, discrètement pour se faire oublier. Il ouvre une agence de détective privé au rez-de-chaussée de la bâtisse où Delilah Metcalfe tient une agence de rencontre et anime des speed dating.

Les morts étranges s’accumulent en quelques jours, dans cette petite ville où il ne se passe pas grand-chose habituellement (des crimes en série à la mode « Barnaby » série anglaise bien connue).

 Il semblerait que les « victimes » étaient toutes des clients de Delilah… Evidemment, les pistes vont se croiser entre notre détective et la belle informaticienne qui mène sa propre enquête pour voir s’il peut y avoir des failles dans son site…

Le tout sur fond de pintes de bière, tourtes au fromage, concours de fléchettes, avec des habitants à la rancune tenace, un policier dépassé, des magouilles financières…

J’ai bien aimé ce premier tome, car l’enquête est sympathique, le décor et les protagonistes tout autant, et j’ai eu d’assez nombreux fou-rires, ce qui me donne bien-sûr l’envie de continuer l’aventure.

Voici ce que je connaissais du Yorkshire avant ma lecture :

 

Haïti début décembre 2019

 

Je vous présente Haïti : version je soutiens ma maîtresse qui, depuis quelques temps, passe son temps au lit au lieu de m’emmener en promenade, et pourtant j’insiste lourdement….

 

Haïti 4 11 2019

 

Version, mon maître m’a emmenée chez le toiletteur. Bof!  je suis mieux ébouriffée, non? Puisque c’est comme ça, je squatte le canapé!

 

Lu en décembre 2019

Publié dans Littérature française, Polars

« L’anneau de Moebius » de Franck Thilliez

Comme promis, je continue mon immersion « polardesque » avec :

 

L'anneau de Moebius de Franck Thilliez

 

Quatrième de couverture

 

Pour sa première enquête, Victor Marchal aborde son métier de flic par sa face la plus noire : une ex-star du porno torturée, une mise en scène macabre, et une plongée dans le monde interlope des déviants sexuels et des monstres de la nature.

Depuis toujours, Stéphane Kismet est hanté par des images prémonitoires mais cette fois elles obéissent à une indéchiffrable et terrifiante logique. Dans ses rêves, Stéphane possède une arme, il est recherché par la police, une petite fille est morte…

Les trajectoires de Victor et Stéphane vont se rejoindre. C’était écrit.

 L’un n’a encore rien vu, l’autre ignore qu’il sait déjà tout…

 

 

Ce que j’en pense

 

On fait la connaissance d’un jeune policier, Victor Marchal, qui vient d’intégrer une brigade qui le méprise, le traitant de pistonné avec toutes les versions possibles, la plus fréquente étant V8 V pour Victor, 8 comme référence aux 8 pistons évoquant les puissantes voitures, tout cela parce que, sorti frais émoulu de sa promo, il ne peut donc être là que parce que son père a été un policier en vue, reconnu par ses pairs.

Il débarque du Sud pour atterrir en banlieue parisienne, dans un appartement riquiqui alors que son épouse est enceinte.

On aimerait bien en faire le préposé au café, ou autres joyeusetés du même genre, mais on vient de découvrir le corps mutilé d’une prostituée.

On fait aussi la connaissance de Stéphane Kismet, qui fabrique, seul dans sa cave, des monstres pour le cinéma, afin de rendre plus trash des scènes violentes. Il fait des rêves prémonitoires, durant lesquels il voit les corps des femmes assassinées, ou des lieux de débauche. Lorsqu’il essaie d’en parler à sa femme, celle-ci veut le faire interner, car il y a eu, malencontreusement des accidents, des morts sur sa route depuis l’enfance…

L’originalité de ce polar réside dans le milieu glauque du sadomasochisme, des pervers qui ne prennent leur pied qu’en ayant des monstres devant eux : déformations, doigts ou orteils supplémentaires, avec au passage une visite au musée Dupuytren qui expose toutes les monstruosités qui ont pu être découverte en médecine.

Cela m’a d’ailleurs permis de découvrir, (à côté des siamois, hermaphrodites, sujets atteints de neurofibromatose et autres pathologies connues) les Syméliens (sirène) dont les membres inférieurs sont collés… et justement un « bébé sirène » a été dérobé au musée !

Autre découverte: l’attirance (déviance serait plus adapté)  d’une des victimes pour toutes ces horreurs qu’elle photographie avec avidité.  Tous les goûts et surtout toutes les pathologies  sont dans la nature, dans ce roman! et probablement dans la vie.

Franc Thilliez, nous entraîne dans les failles du temps, avec un récit alternant les rêves prémonitoires de Stéphane, et les découvertes des enquêteurs, un vrai dédale dans lequel on se perd parfois (pour notre plus grand plaisir, le mien en fait !) et pose une question très intéressante : peut-on modifier l’avenir, lorsqu’un rêve prémonitoire annonce une tragédie.

En lisant les premiers chapitres, je me suis demandée, avec instance, si Stéphane n’était pas simplement schizophrène, et prise par le rythme, le désir de ne pas me perdre dans le temps, suivant bien les « diagrammes » en tête de chapitre, je me suis laissée portée par cette histoire qui m’a énormément plu.

Une fois de plus la magie Thilliez a bien fonctionné et j’ai dévoré ce livre, même si le sadomasochisme n’est pas du tout ma tasse de thé, et j’ai éprouvé beaucoup de sympathie pour les deux protagonistes, Victor et Stéphane… et je m’intéresse aux rêves prémonitoires, donc ce livre ne pouvait que me tenter.

Ce n’est pas forcément mon préféré parmi ses livres, mais c’est un très bon cru. Le prochain sur ma liste est  « Pandémia », mais je vais attendre un peu, il nefaut pas abuser des bonnes choses, car on les apprécie moins….

 

Lu en novembre-décembre 2019

Publié dans Tombé des mains

« Un dangereux plaisir » de François Vallejo

Chronique très sobre aujourd’hui avec :

 

Un Dangereux Plaisir de François Vallejo

 

Résumé de l’éditeur :

 

En dépit de la nourriture que ses parents lui imposent et qu’il rejette avec constance, Élie Élian s’attarde à l’arrière du restaurant qui s’est ouvert dans son quartier. Les gestes qu’il observe, les effluves dont il se délecte sont une révélation : il sera chef-cuisinier. Son passage dans l’établissement de la veuve Maudor sera déterminant. Elle l’initie à l’amour fou et lui offre d’exercer son incroyable génie culinaire. Puis ses errances dans un Paris en proie aux émeutes le mèneront jusqu’au Trapèze, le restaurant où son destin de magicien des sens, des goûts et des saveurs s’accomplira.

 

Ce que j’en pense

 

Déjà, cela ne démarrait pas très bien, l’auteur prévenant le lecteur en disant : « C’est un roman de la Bouffe, de la Faim et de L’Appétit  » !

Tout commence avec un petit garçon, Elie Elian, obligé chaque jour, à terminer son assiette par ses parents, alors que sa mère cuisine mal, et que les plats n’ont aucun goût.

L’enfant rêve d’odeurs, de saveurs alors qu’il est obligé de mâchouiller et surtout de ne pas tricher en vidant son assiette même avec beaucoup d’inventivité.

Il passe tous les jours en rentrant chez lui devant un restaurant réputé, mais son attirance va, non vers la vitrine, mais vers l’arrière de la boutique où s’affairent les commis, les cuisiniers…

Il veut être cuisinier plus tard, au grand dam de ses parents : si tu fais ce métier surtout n’utilise pas notre nom (ce serait déchoir !)

Le rythme est lent, Élie répète les mêmes erreurs chaque fois qu’il arrive à se faire une place dans un restaurant. On se croirait avec Pinocchio, et ses bêtises … Je n’ai jamais pu éprouver la moindre sympathie pour le héros, donc c’est vite devenu un pensum.

Bref, j’ai tenu tant que j’ai pu (les 2/3 ?) et fini par lâcher ma lecture, car les recettes un peu étranges, les mélanges des préparations style nouvelle cuisine, la cuisine et la bouffe en général ce n’est pas trop mon truc (en lecture du moins, mais je suis également incapable de suivre une émission culinaire et encore moins les toutes les shows : le meilleur pâtissier et ses dérivés)

C’est la première fois que je lis un roman de François Vallejo et je suis passée complètement à côté,  alors que j’ai plutôt tendance à donner le plus longtemps possible une chance à un auteur de me convaincre…

 

Lu en novembre 2019

Publié dans Littérature française, Polars

« Train d’enfer pour Ange rouge » de Franck Thilliez

Je vais, quand même, parler des premiers livres que j’ai lus après l’intervention chirurgicale, donc les souvenirs sont quelque peu amoindris! Je fonctionne avec deux liseuses (on ne rigole pas!) car il faut alterner couchée sur côté G puis, petite marche et couchée sur le côté D! un côté pour les polars, un côté pour les livres sérieux

je commence avec :

 

Train d'enfr pour Ange rouge de Franck Thilliez

 

Quatrième de couverture

 

Un cadavre en morceaux artistiquement répartis est retrouvé aux environs de Paris. La victime a été décapitée et son corps martyrisé a fait l’objet d’une mise en scène défiant l’imagination.

Le commissaire Franck Sharko est dépêché sur les lieux. Les ténèbres, il connaît : sa femme a disparu depuis six mois. Aucun signe de vie, aucune demande de rançon.

Et cette nouvelle affaire, en réveillant le flic qui dormait en lui, va l’emmener au cœur de la nuit, loin, beaucoup trop loin…

 

Ce que j’en pense

 

Waouh !

Le commissaire Sharko est appelé sur une scène de crime particulièrement sophistiquée : une femme mutilée, torturée, attachée grâce à un système de cordes compliqué, (comme ces lustres gigantesques avec des ampoules multiples, dignes de Versailles, et décapitée. Le tueur lui a extrait les yeux des orbites et posé à l’envers comme si elle contemplait le chef-d’œuvre de son tortionnaire.

Chose étrange : le légiste a découvert des traces de poudre de granit, qui oriente notre commissaire vers la Bretagne où une autre jeune fille a disparu.

Franck Sharko part à la chasse sur les traces d’un tueur en série, accompagnée d’une jeune profileuse qui l’aide à décrypter le mode de pensée, de fonctionnement du tueur en question.

Franck Thilliez nous entraîne ainsi dans le milieu sadomasochiste, les pratiques, le côté sombre surtout, alors que Sharko baigne lui-même dans les ténèbres car sa femme a disparu depuis six mois et qu’il n’a toujours trouvé aucun indice, même s’il persiste à la croire vivante pour ne pas s’écrouler.

Ce roman tient en haleine de début à la fin, ne nous épargne rien dans la violence qu’ont subie les victimes, on sent presque dans son propre corps, certaines tortures !

C’est une amie qui me l’a donné et comme je voulais en savoir plus sur les débuts de Sharko que j’aime bien, j’ai souffert mais le rythme haletant de l’auteur m’a emportée comme d’habitude.

Si j’avais commencé à lire les polars de Franck Thilliez, je n’aurais peut-être pas continué. Heureusement j’ai commencé avec « Puzzle » que j’ai adoré, et la trilogie « Le syndrome E, Gattaca et Atomka » ce printemps qui m’a passionnée, alors je vais continuer à suivre le commissaire Sharko, (et d’autres policiers qui enquêtent dans les polars de l’auteur).

En refermant le livre, les scènes dures s’évanouissent de la mémoire, je n’ai gardé que l’enquête, et le rythme haletant… (peut-être le côté magique de l’anesthésie générale !)

La prochaine fois, ce sera « L’anneau de Moebius »

 

Lu en novembre 2019

Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire

« La petite sonneuse de cloches » de Jérôme Attal

Je vous parle aujourd’hui d’un livre dont le titre a attiré mon attention, car il s’agissait de Chateaubriand :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

1793.Le jeune Chateaubriand s’est exilé à Londres pour échapper à la Terreur. Sans argent, l’estomac vide, il tente de survivre tout en poursuivant son rêve de devenir écrivain. Un soir, tandis qu’il visite l’abbaye de Westminster, il se retrouve enfermé parmi les sépultures royales. Il y fera une rencontre inattendue : une jeune fille venue sonner les cloches de l’abbaye. Des décennies plus tard, dans ses Mémoires d’outre-tombe, il évoquera le tintement d’un baiser.

De nos jours, le vénérable professeur de littérature française Joe J. Stockholm travaille à l’écriture d’un livre sur les amours de l’écrivain. Quand il meurt, il laisse en friche un chapitre consacré à cette petite sonneuse de cloches. Joachim, son fils, décide alors de partir à Londres afin de poursuivre ses investigations. Qui est la petite sonneuse de cloches ? A-t-elle laissé dans la vie du grand homme une empreinte plus profonde que les quelques lignes énigmatiques qu’il lui a consacrées ? Quelles amours plus fortes que tout se terrent dans les livres, qui brûlent d’un feu inextinguible le cœur de ceux qui les écrivent ?

 

Ce que j’en pense :

 

L’idée de départ est originale : alors que son père Joe J Stockholm, spécialiste de Chateaubriand, vient de mourir, Joachim s’aperçoit que dans son dernier opus, il s’intéressait à une petite sonneuse de cloche.

Tout part d’une phrase dans les « Mémoires d’Outre-tombe » : « J’entendis le bruit d’un baiser, et la cloche tinta le point du jour ». S’agit-il d’une histoire d’amour méconnue de Chateaubriand, alors qu’il était en exil à Londres en 1793 ?

Joachim, aidé d’un ami de son père, qui croit que cette jeune fille n’existe pas, et qu’elle sort tout droit de l’imagination fertile du Chevalier, dont la vie sentimentale fût mouvementée. Il nous emmène donc sur les traces du grand homme, via l’Eurostar, et tente de refaire le parcours de François-René dans les rues de Londres de l’époque.

Tout commence par un rendez-vous chez le dentiste (le gentil dentiste dit-il) pour Chateaubriand, pour un arrachage de dent, avec en guise d’anesthésie une « ébauche d’hypnothérapie ». Il se rend ensuite à l’Abbaye de Westminster, où reposent des hommes célèbres, s’y laisse enfermer et un baiser le réveille.

On va ainsi alterner le parcours de Chateaubriand dans le Londres de l’époque, à la recherche de la jeune fille dont il pense être tombé amoureux et ses conditions de vie on ne peut plus précaires et celui de Joachim qui se lance sur ses traces, pour vérifier si la petite sonneuse de cloches existe vraiment.

J’ai choisi ce livre pour Chateaubriand, évidemment, et découvrir un petit secret dans sa vie, pourquoi pas ? Mais, déception car on a droit à une « historiette d’amour » dans histoire d’amour…

Dommage, car Jérôme Attal écrit vraiment très bien et son sujet était prometteur. J’ai lu, il y a longtemps, un livre sur les histoires d’amour du Chevalier, écrit par un autre spécialiste de Chateaubriand, alias Jean d’Ormesson, : « mon dernier rêve sera pour vous » qui m’a laissé un grand souvenir…

Il m’avait convaincue de lire « Les Mémoires d’Outre-tombe » qui trônent fièrement dans ma bibliothèque et que…. Je n’ai pas encore lues !

J’ai quand même passé un agréable moment de lecture, car la plume de l’auteur m’a plu. Jolie petite histoire. Et, la couverture est très jolie.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Robert Laffont qui m’ont permis de découvrir ce livre et son auteur.

 

#LaPetiteSonneuseDeCloches #NetGalleyFrance

 

Extraits

 

« La science avance à grands pas, mais pour foudroyer la douleur, on ne trouvera jamais mieux que l’arrachage ! »

Le jeune homme déglutit.

« Vous êtes bien monsieur Chat O’ Bryan ?

Chateaubriand. Pas Irlandais, Français…

 

Mais un souvenir peut-il seulement être agréable ? Un souvenir n’est-il pas chargé en essence d’une dose de mélancolie qui en corrode obligatoirement le caractère agréable ?

 

Dans mon journal intime, à la date du 30 août, je m’étais contenté de noter : « avec ses tuyaux partout, mon père ressemble au Centre Pompidou.

 

… Ce qui différencie les grands écrivains des grands criminels réside dans le fait que les premiers ne sont jamais aptes à être jugés par leur époque.

 

Cette fois, mon père projetait de recenser les femmes que l’écrivain, grand coureur de jupons devant l’Éternel, avait désirées, convoitées, ou fantasmées, pour la plupart possédées.

 

La petite sonneuse de cloches. Et la famille aura gardé le trésor dans un coin du grenier. Exactement comme les lettres cryptées du comte Axel de Fersen et de Marie-Antoinette qu’on a retrouvées des dizaines d’années après la bataille ! pareil, dans un grenier.

Lu en novembre 2019

 

CHALLENGE 1% 2019

Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire

« Le temps des orphelins » de Laurent Sagalovitsch

Je vous parle aujourd’hui d’un livre sur les camps de concentration, la Shoah un peu différent de ceux, nombreux,  que  j’ai pu lire jusqu’à présent :

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Avril 1945.

Daniel, jeune rabbin venu d’Amérique, s’est engagé auprès des troupes alliées pour libérer l’Europe. En Allemagne, il est l’un des premiers à entrer dans les camps d’Ohrdruf et de Buchenwald et à y découvrir l’horreur absolue. Sa descente aux enfers aurait été sans retour s’il n’avait croisé le regard de cet enfant de quatre ou cinq ans, qui attend, dans un silence obstiné, celui qui l’aidera à retrouver ses parents.

Quand un homme de foi, confronté au vertige du silence de Dieu, est ramené parmi les vivants par un petit être aux yeux trop grands.

« Lorsque, des années plus tard, ils se souviendraient de cette guerre, ce ne serait ni les plages ensanglantées de Normandie, ni la lente et interminable avancée dans les Ardennes, ni la libération de Paris auxquels ils songeraient mais à ce camp, à cette matinée d’avril où leurs vies avaient basculé. »

 

Ce que j’en pense:

 

Daniel Shapiro, rabbin dans l’état de Washington, marié à Ethel, est apprécié des fidèles de la synagogue. Mais, il désire s’engager dans l’armée américaine pour soutenir le moral des troupes qui ont la même foi que lui.

Après un stage de formation éclair, il s’engage et va participer au débarquement en Normandie, aux combats qui l’emmène sur les différents champs de bataille jusqu’à l’Autriche.

Il va ainsi se retrouver face à l’horreur, découvrant le camp d’Ohrdruf, puis Buchenwald. Il est derrière son bureau et reçoit les rescapés qui ne veulent que des nouvelles de leurs familles, remplissant des fiches de renseignements. Mais, les rescapés sont nombreux, et il ne peut pas les recevoir tous. Une mini-révolte se déclenche quand il veut « s’arrêter là pour le premier jour ». Il n’est pas là pour cela, il veut prier avec eux.

Quand il commence à réciter des textes religieux, tout le monde s’enfuit. Comment ces survivants peuvent-ils entendre ces mots-là alors que leur Dieu a laissé faire toutes ces horreurs ?

Le doute s’installe dans l’esprit de Daniel également, peut-il, encore avoir la foi, lui-aussi. Il a choisi le rabbinat pour faire plaisir à son père et non par conviction.

Un petit garçon est debout immobile depuis le matin et il attend, alors Daniel décide de l’aider à retrouver sa famille, restée probablement à Buchenwald, alors que lui a été expédié tout seul dans un train pour Ohrdruf. Mais l’enfant ne parle pas…

Ce récit m’a plu car il envisage la Shoah l’extermination massive, les camps de concentration, d’une autre manière : un rabbin qui découvre tout cela de ses propres yeux et ne peut que douter. Il n’apporte rien de plus que ce qu’ont pu écrire Primo Levi, Semprun, Marceline Loridan-Ivens (entre autres) mais il permet d’entretenir le souvenir et de clouer le bec aux négationnistes de tout poil, les nazillons qui pullulent en Europe actuellement.

Le récit est adouci par les lettres que Daniel échange avec sa femme Ethel, leur futur bébé, car ses mots à elle sont pleins de tendresse, comme pour temporiser l’horreur.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Buchet-Chastel qui m’ont permis de découvrir ce livre et son auteur qui est loin d’être un débutant.

Je me suis procurée la version papier pour le faire lire autour de moi, les plus jeunes notamment…

 

#LeTempsDesOrphelins #NetGalleyFrance

 

L’auteur

 

Laurent Sagalovitsch, né en 1967 à Montreuil, habite à Vancouver depuis 2009. Il a été critique littéraire à Libération, aux Inrocks, à L’Évènement du jeudi. Il a publié ses premiers romans chez Actes Sud, de Dade City (1996) à Un juif en cavale (2013). Il a reçu en 1997 la bourse de la fondation Hachette pour La Canne de Virginia (1998).

Son troisième roman, « Loin de quoi ? », s’est vendu à 14 000 exemplaires. Il anime depuis juillet 2011 un blog sur slate.fr : You will never hate alone.

Son dernier roman, Vera Kaplan, est sorti chez Qui Vive en 2016.

 

Extraits

 

La routine de la guerre, cette folie qui pousse les hommes, à se battre les uns contre les autres pour conquérir des territoires que le temps leur reprendrait un jour ou l’autre.

 

Les effroyables meurtres de masse auxquels ils avaient assisté, y échappant par miracle. Les souvenirs de villages entiers livrés aux mains des SS ; les Juifs réunis sur la place centrale sous l’œil goguenard des habitants qui applaudissaient parfois, leur crachaient au visage, les insultaient.

 

« Lorsque nous nous sommes connus, ce chimpanzé d’Hitler n’était même pas au pouvoir, tu te rends compte ? Tout juste si nous savions qui c’était. Nous étions si jeunes. Et si naïfs. J’ai parfois l’impression que ce temps n’a jamais existé et que la guerre a tout englouti.»

 

Dans la solitude glacée de cette nuit venteuse et glacée, où la lune se cachait, dérobée au regard par un tombeau de nuages, je compris que m’attendait une tâche grandiose qui exigerait de moi non seulement une dévotion de tous les instants, un amour illimité des hommes mais aussi, mais surtout une foi en Lui que je n’étais pas certain de posséder.

 

 

Lu en novembre 2019

 

CHALLENGE 1% 2019