Publié dans Littérature française, Polars

« Trois jours et une vie » de Pierre Lemaître

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui m’attendait depuis pas mal de temps dans une liseuse qui s’était mise en grève pour une question d’adresse mail en double… et qui, via le wifi, a mis soixante-douze heures, peut-être même plus,  pour se réinitialiser, m’incitant au passage à télécharger des livres que j’ai lus il y a 5 ou 6 ans… la magie de l’électronique, et autres gadgets…

 

Trois jours et une vie de Pierre Lemaître

 

 

Résumé de l’éditeur

 

« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.
Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

 

Ce que j’en pense

 

Tout a déjà été dit sur ce roman, presque tout le monde l’a lu, je vais donc tenter de mettre une touche plus personnelle, mais je ne suis pas sûre d’y arriver…

Antoine, s’étant senti rejeté par la bande qui désormais préfère la console de jeux à la construction de cabane en forêt, se sent seul, et il va décider de construire une belle cabane, avec tout un système élaboré pour pouvoir faire monter son seul ami, le chien Ulysse, comme un ascenseur miniature, jusque dans son nouveau fief.

Ulysse qui le suit partout, va se faire renverser par une voiture, et devant les yeux d’Antoine, son maître, Mr Desmedt va l’achever d’un coup de fusil, sans même prendre le temps de consulter un vétérinaire.

Brisé par le chagrin, Antoine démolit sa cabane construite si minutieusement et Rémi qui a l’habitude de le suivre partout, s’approche et c’est le drame…

Tout le monde va tenter de retrouver Rémi, mais en l’absence de corps c’est difficile, tout le monde suspecte tout le monde… Antoine rumine mais se tait, même s’il réagit un peu bizarrement quand on arrête un instituteur, Mr Kowalski.

En ce jour de décembre 1999, toute la vie d’Antoine va basculer et n’être axée que sur cet acte. Deux autres évènements, en 2011, puis en 2015 font faire remonter des éléments à la surface.

J’ai beaucoup aimé ce roman, avec une tendresse particulière pour Antoine que la vie n’a pas gâté, ses parents s’étant séparés très tôt, son père vivant en Allemagne, élevé par une mère rigide, qui se doute bien de quelque chose mais motus et bouche cousue : « on n’en parle pas, cela n’existe pas ». C’est bien connu.

C’est le genre de livre qui fait réfléchir, sortir ses sentiers battus, car on n’a qu’une seule envie, c’est qu’Antoine s’en sorte, alors que le but d’un polar c’est de traquer et arrêter le coupable.

Il fait réfléchir aussi sur la notion de culpabilité : être coupable d’un acte, et se culpabiliser à cause de cet acte, sans jamais ne pouvoir en parler à un adulte.

J’ai aimé ce livre aussi pour la belle écriture et le rythme de la narration de Pierre Lemaître dont j’ai beaucoup aimé « Au revoir là-haut » et « couleurs de l’incendie » (dont j’attends la suite de pied ferme). Côté Polar, j’ai préféré « Robe de marié » à « Trois jours et une vie », et « La série Verhoeven » m’attend.

Juste un petit hic, j’ai choisi la version quarto en poche (750g !) tout comme pour « La trilogie berlinoise » de Philip Kerr, je vais devoir attendre encore un peu pour les manipuler….

❤️ ❤️ ❤️ ❤️

 

Extraits

 

Elle allait à la messe de Noël comme on visite une vieille tante. Il entrait aussi dans cet usage utilitaire de la religion une large part de conformisme. Madame Courtin était née ici, c’est ici qu’elle avait grandi et vécu, dans une ville étriquée où chacun est observé par celui qu’il observe, dans laquelle l’opinion d’autrui est un poids écrasant…

 

« Mais, la souffrance n’est pas un accident… Qu’est-ce que la souffrance ? C’est le plus merveilleux instrument de Dieu, car il sert à nous rapprocher de Lui et de sa Perfection… »

 

Sur la disparition de Rémi et le rôle qu’Antoine y avait joué, elle ne savait rien de précis, n’importe qui aurait été submergé par des images sordides, de l’épouvante à l’état pur, mais, Madame Courtin, elle, avait sa méthode…

 

…La vie doit toujours reprendre le dessus, elle adorait cette expression. Cela signifiait que la vie devait continuer de couler, non pas telle qu’elle était, mais telle qu’on la désirait. La réalité n’était qu’une question de volonté, il ne servait à rien de se laisser envahir par des tracas inutiles, le plus sûr pour les éloigner était de les ignorer. C’était une méthode imparable, toute son existence montrait qu’elle fonctionnait à merveille.

Le jeune curé (sans doute très occupé à expliquer à ses ouailles de tout le département que ce qu’il leur arrivait était, en fait, une belle et bonne chose, il avait du pain sur la planche, celui-là…) pourrait mesurer, lorsqu’il reviendrait, que Dieu est un être d’une extrême sensibilité, mais aussi un sacré farceur : l’église avait été relativement épargnée, à l’exception de la rosace, les vitraux avaient tous volé en éclats, sauf un seul représentant Saint Nicolas, souvent considéré comme le patron des réfugiés…

 

Lu en décembre 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

13 commentaires sur « « Trois jours et une vie » de Pierre Lemaître »

    1. le chien n’est pas un frein… sa mort est la cause du dérapage l’auteur n’entre pas dans les détails sordides. On est plus dans le psychologique.
      L’auteur est brillant quel que soit le style polar comme « au revoir là-haut » 🙂

      J'aime

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