Publié dans Nouvelles

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Un gros merci à tous pour vos gentils messages et vos encouragements! Je répondrais à chacun, à mon rythme.

Sortie dimanche dernier, intervention plus compliquée mais bien passée…

Après 8 jours avec 5 minutes de marche par heure (il reste quand 23h à l’horizontale!) je passe progressivement à 10 min. Le pied donc.

J’ai (et je lis toujours) beaucoup lu comme prévu donc gros retard pour les chroniques qui vont être nettement plus brèves pendant quelques temps. (taper sur l’ordinateur en position debout… )

BZZZZZZZZZZZZZZZZZZ

Publié dans Nouvelles

états d’âme

Un petit coucou à toutes les personnes qui suivent mon blog:

Suite aux ennuis de santé de mon mari cet été, j’ai fait des choses que je faisais plus depuis mon intervention (hernie discale) en janvier qui s’était bien passée et m’avait débarrassée d’une sciatique invalidante jusqu’à l’été donc.

Bingo : récidive de sciatique avec deux mois d’enfer… Et le neurochirurgien m’opère à nouveau dans deux jours.

Point positif, il a très bien compris la situation, je redoutais une engueulade méritée car c’est moi la responsable, mais on fait comme on peut, pas toujours comme on veut.

Je vais devoir rester allongée,  5 minutes de marche par heure au début, donc je vais lire beaucoup (ma PAL saute de joie) mais pour les chroniques il faudra attendre un peu et comme en janvier dernier elles seront courtes…

A bientôt

Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire

« Maintenant, comme avant » de Juliette Arnaud

Chronique simplifiée aujourd’hui avec :

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Peut-être qu’Elle sait pas comment revenir.

Dans son village du Sud de la France, Rose a de grands projets pour célébrer son entrée officielle dans l’âge adulte. Puisque s’ouvre l’été de ses 18 ans.

Lorsque débarque sans prévenir Manette. Qui se trouve être sa mère.

Celle qui s’est éclipsée, quand Rose était bébé, pour suivre sur les routes son groupe de rock préféré. Abandonnant et l’enfant et le père.

Si cela ne tenait qu’à elle, Rose accueillerait son chat fugueur de mère à coups de balai. Sauf qu’Emiliano, le père de Rose, n’a pas la même opinion des chats fugueurs en général, et de celui-là en particulier.

A-t-il jamais cessé d’aimer Manette ?

Débute alors un long, incertain et périlleux été.

Roman initiatique et tendre, Maintenant, comme avant évoque la famille décomposée, la question taboue des mères qui n’élèvent pas leur enfant et les maux d’amour avec un humour féroce.

 

Ce que j’en pense

 

Comment réagir quand on se retrouve face à sa génitrice qui vous a abandonné il y a dix-huit ans alors qu’on était un bébé ?

Rose prend la fuite chez son ami et voisin Moïse, car elle ne s’y attendait pas, et la rancœur l’anime : son père Emiliano, toujours amoureux de sa Manette (Marie-Antoinette) ouvre sa porte bien-sûr.

De l’autre côté de la haie Rose espionne et s’aperçoit que sa grand-mère, qui l’a élevée, quitte précipitamment sa propre maison pour aller se réfugier dans « son abri antiatomique » ou bunker comme on veut près de la piscine, manière de manifester son opposition à ce retour.

Rose va ainsi nous raconter ce qu’elle sait de l’histoire de ses parents, leur rencontre, la fascination de Manette pour un groupe de rock qui va déterminer son choix de fuite aussi bien que le choix du prénom de Rose…

On apprend aussi qu’Emiliano, lorsqu’il est revenu de Paris où il vivait avec Manette, son bébé sous le bras a noyé son chagrin dans l’alcool de façon immodéré, à tel point que sa mère lui a intimé l’ordre de cesser de boire pour s’occuper de Rose qui, après tout, n’avait rien demander. Ils établissent un contrat : Emiliano n’aura le droit de prendre une cuite mémorable un seul jour par an : le jour du départ de Manette.

Rose nous raconte à sa manière, avec son langage fleuri et sans concession de jeune adulte, ce qu’elle ressent, la haine, le lien très fort qui la lie à son père comme à sa grand-mère et elle est très attachante avec son côté un peu nombriliste qui ne se remet jamais en question. Mais on la comprend si bien qu’on regarde d’un œil amusé son comportement et sa maladresse verbale…

Juliette Arnaud a choisi de laisser l’adolescent s’exprimer et propose en alternance un récit de chaque « cuite anniversaire » d’Emiliano ce qui équilibre bien le récit et entretient le suspense.

Un livre intéressant, écrit avec un langage « jeune » qui est tout à fait adapté.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond pour m’avoir permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure.

#Rentreelitteraire2019 #NetGalleyFrance

 

 

L’auteure

 

Juliette Arnaud est comédienne, dramaturge et chroniqueuse sur France Inter. Après Comment t’écrire adieu (Belfond, 2018), Maintenant, comme avant est son deuxième roman.

 

Lu en septembre- octobre 2019

Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire

« La tentation » de Luc Lang

Place aujourd’hui à ce roman :

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

C’est l’histoire d’un monde qui bascule. Le vieux monde qui s’embrase, le nouveau qui surgit. Toujours la même histoire… et pourtant. François, chirurgien, la cinquantaine, aime chasser. Il aime la traque, et même s’il ne se l’avoue pas, le pouvoir de tuer. Au moment où il va abattre un cerf magnifique, il hésite et le blesse. À l’instant où il devrait l’achever, il le hisse sur son pick-up, le répare, le sauve. Quel sentiment de toute-puissance venu du fond des âges l’envahit ?

Quand la porte du relais de chasse en montagne s’ouvre sur ses enfants, que peut-il leur transmettre ? Une passion, des biens, mais en veulent-ils seulement ? Son fils, banquier, a l’avidité du fauve. Sa fille, amoureuse éperdue, n’est plus qu’une bête traquée. Ce sont désormais des adultes à l’instinct assassin. Qui va trahir qui ? Luc Lang a écrit ici son histoire familiale de la violence. Son héros croit encore à la pureté. Cet ample roman nous raconte superbement sa chute et sa rédemption.

 

Ce que j’en pense

 

Je suis encore sous le charme de cette lecture et j’ai du mal à parler de cette histoire comme si j’avais peur de l’abîmer !

François Rey est chirurgien orthopédiste dans une clinique qu’il a créée à Lyon. Il est connu pour sa technique rigoureuse, sa dextérité et le respect du patient, de la déontologie qui ont fait sa notoriété.

Côté famille, c’est plus compliqué : son épouse passe sa vie en retraite dans différents monastères et les séjours ont tendance à se prolonger. Son fils Mathieu a abandonné ses études de médecine pour se consacrer à la finance et s’enrichir sur le dos des autres.

Sa fille Mathilde continue les siennes mais jusqu’à quand car elle vient de tomber amoureuse d’un financier un peu glauque.

François vient passer les vacances de Toussaint dans son relais de chasse, dans les Alpes et rencontre un cerf magnifique, majestueux selon ses termes. Il l’ajouterait bien à son tableau de chasse, mais une seconde de réflexion, une fascination pour l’animal, il rate sa cible et le blesse.

On est médecin ou on ne l’est pas : il va chercher du matériel et opère l’animal…

J’ai adoré ce roman, avec presque une identification avec François, un des derniers dinosaures de ce monde en train de s’écrouler, où on respectait le travail, l’argent bien gagné, car il a un patrimoine important, des parts dans sa clinique… Son face à face avec le cerf est extraordinaire, deux forces de la nature qui s’observent et se « respectent ».

Reconnaissez que le cerf a de la classe (de la gueule)  quand  même sur la couverture!

Son sens des valeurs, le respect de l’autre, le fait d’être là pour ses enfants malgré tout m’ont plu, et je connais bien son milieu professionnel. Solidarité par le travail ou par la génération ? Entre dinosaures peut-être simplement.

Par contre, ses enfants sont imbuvables, seul l’argent les intéresse, en le piquant aux autres de préférence. Une phrase pour illustrer la vision du monde de Mathieu quand son père lui dit que ses mains valent de l’or, et sont assurées : « Aujourd’hui, on ne gagne plus d’argent avec son métier, avec son travail. On le gagne avec de l’argent. »  Ou bientôt ce seront les robots qui feront les interventions chirurgicales…

J’ai aimé la manière d’écrire de Luc Lang, de tenter de semer le lecteur, démarrant en douceur pour s’emballer, avec les requiem ou messe que François écoute en boucle. J’avais déjà été emballée par « L’autoroute » il y a quelques années.

Coup de cœur donc ! et pourtant la chasse me hérisse… C’est dire à quel point l’histoire et l’écriture peuvent faire plonger dans un roman!

Un grand merci à NetGalley et aux éditions  Stock qui ont bien voulu de faire confiance…

#LaTentation #NetGalleyFrance

coeur-rouge-

 

Extraits

 

 François lui avait expliqué (à son fils) un jour qu’il fallait penser les opérations comme des chorégraphies parfaitement réglées, même s’il existait toujours une part d’improvisation. Les hésitations, les repentirs s’inscrivaient dans les chairs en autant de lignes brisées rendant malaisée la cicatrisation, sans parler de la perte sévère d’une souplesse des tissus.

 

Ils se parlaient au téléphone une fois la semaine, c’était à peu près tout. Mathilde passait parfois en coup de vent, toujours charmante, légère, la grâce de ses vingt-deux ans. Mais il ne se méprenait pas sur la profonde indifférence polie de sa jeunesse, seulement intéressée d’elle-même. Une attitude somme tout assez convenue.

 

Quand il l’observait à l’instant devant l’âtre, replaçant les bûches, il voyait un dos puissant, des épaules d’homme, il doit s’y reprendre, un bégaiement, pour admettre que ce corps puisse être celui de l’enfant dont il se sent encore si proche aujourd’hui et qui a bel et bien disparu.

 

Enfin, qu’ils fassent ce que bon leur semble, Mathieu et Jennifer appartiennent à un autre monde, la GPA leur correspond, c’est de la technologie dernier cri, dans une économie libérale accomplie où l’on peut louer des utérus…

 

Jennifer ne serait plus seule donc, au centre du monde et de leur couple, il faudrait partager l’attention et les prévenances dont elle était l’unique objet, si tant est que dût survenir autre chose qu’une simple naissance…

 

… un corps et un visage d’adulte qui surgissent ex nihilo, qu’aucune espèce d’évocation du passé, la plus circonstanciée soit-elle ne peut ni expliquer ni circonvenir. Comme si la vie se réinventait par phase à partir d’elle-même, sans qu’on puisse jamais en préméditer la courbure. C’était la métamorphose de son fils qui l’occupait….

 

Reconstituer un récit cohérent ne préserve pas de la chute. L’explication du déséquilibre ne préserve pas de la chute. Ils sont exactement dans cet instant, ils tombent.

 

 

Lu en octobre 2019

Publié dans Littérature française, Non classé

« Les victorieuses » de Laetitia Colombani

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, même pas doudou, lu entre deux romans qui m’ont plu bien davantage, comme une pause en somme… et c’était le seul roman récent disponible à la bibliothèque…

 

les victorieuses de Laetitia Colombani

 

 

Quatrième de couverture

 

A 40 ans, Solène a tout sacrifié à sa carrière d’avocate : ses rêves, ses amis, ses amours. Un jour, elle craque, s’effondre. C’est la dépression, le burn-out. Tandis qu’elle cherche à remonter la pente, son psychiatre l’oriente vers le bénévolat : sortez de vous-même, tournez-vous vers les autres, lui dit-il. Peu convaincue, Solène répond pourtant à une petite annonce :  » association cherche volontaire pour mission d’écrivain public «.

Elle déchante lorsqu’elle est envoyée dans un foyer pour femmes en difficultés… Dans le hall de l’immense Palais de la Femme où elle pose son ordinateur, elle se sent perdue. Loin de l’accueillir à bras ouverts, les résidentes se montrent distantes, insaisissables. A la faveur d’un cours de Zumba, d’une lettre à la Reine d’Angleterre ou d’une tasse de thé à la menthe, Solène va découvrir des femmes aux parcours singuliers, issues de toutes les traditions, venant du monde entier.

Auprès de Binta, Sumeya, Cynthia, Iris, Salma, Viviane, La Renée et les autres, elle va se révéler étonnamment vivante, et comprendre le sens de sa vocation : l’écriture.

Près d’un siècle plus tôt, Blanche Peyron a un combat. Capitaine de l’Armée de Salut, elle rêve d’offrir un toit à toutes les femmes exclues de la société. Sa bataille porte un nom : le Palais de la Femme. Le Palais de la Femme existe.

Laetitia Colombani nous invite à y entrer pour découvrir ses habitantes, leurs drames et leur misère, mais aussi leurs passions, leur puissance de vie, leur générosité.

 

 

Ce que j’en pense:

 

Solène, avocate de son métier, contre toute attente, vient de perdre un procès, et son client opte pour une solution radicale… Tout tangue autour d’elle : quarante ans, elle n’a vécu que pour son travail, son « compagnon » si l’on peut dire car chacun vivait chez soi, uniquement centré sur leur job, l’a laissé tomber…

Conclusion : burn-out, elle finit par tout envoyer promener pour faire du bénévolat sur les conseils de son psychiatre et devenir « écrivain public » dans un foyer d’accueil pour femmes « le palais de la femme ».

Visiblement, elle n’a bien compris la différence entre écrivain public et écrivain tout court. Elle finit par se rapprocher de ces femmes en situation précaire, venant de pays ou continents différents, en les accompagnant au cours de zumba.

L’auteur retrace, en parallèle, l’histoire du Palais de la femme, et donc celle de Blanche et Albin Peyron, un siècle plus tôt, couple extraordinaire qui se sont engagés pour la vie, chacun relevant l’autre, en cas de défaillance, vaillants soldats de l’Armée du salut.

J’ai beaucoup d’admiration, pour Blanche, qui arpente la ville la nuit pour servir une soupe chaude, qui se bat à chaque instant contre l’injustice sociale, va haranguer les foules pour récolter de l’argent.

Comme pour le précédent roman de Laetitia Colombani, j’ai trouvé que les deux histoires étaient trop inégales, Solène n’ayant pas l’aura de Blanche : une petite heure de bénévolat par semaine à côté d’une vie à parcourir les rues pour aider les autres. Sacerdoce pour l’une, bénévolat pour l’autre, trop nombriliste pour être crédible.

Déception donc, mais j’ai fermé ce roman en essayant d’en savoir plus sur ce couple admirable, et ô combien discret…

Et en plus, la quatrième de couverture n’a rien arrangé, avec seulement quelques phrases consacrées à Blanche, Albin n’étant même pas cité, les trois-quarts étant consacrés à Solène, avec, en prime une couverture rose fuchsia sur laquelle trône une femme  BCBG, entourée de profils (ébauchés bien-sûr) de toutes les couleurs, forcément pour signifier que les autres femmes sont la pour glorifier la madone, en restant bien dans l’ombre.  GRRRRR

Paradoxalement je n’ai gardé qu’une citation consacrée à leur combat, comme si je voulais respecter leur désir de rester, le plus possible, anonymes. Les temps ont changé… et en plus, au départ je ne voulais pas le lire. Merci Blanche, (devenue officier à l’Armée du Salut) de m’avoir suffisamment captivée pour que je le termine.

 

Le palais de la femme

 

Cliquer pour accéder à Une%20Victorieuse%20Blanche%20Peyron.pdf

 

 

 

Extraits

 

Elle est en panne, telle une voiture sans carburant au bord de la chaussée. En panne l’année de ses quarante ans.

 

« Tu as tout pour toi » disent-ils (les parents) « une place dans un cabinet réputé, un bel appartement » … Et après ? songe Solène amèrement. Sa vie ressemble à une maison témoin que l’on fait visiter. La photo est jolie, mais il manque l’essentiel. Elle n’est pas habitée…

 

… Ah cette manie de ne rien jeter, comme si l’on conservait par le truchement de souvenirs futiles un peu de sa jeunesse envolée…

 

C’est ainsi, dit-elle, dans rue les femmes doivent se cacher pour survivre. Un cercle infernal et vicieux : en devenant invisible elles s’effacent, disparaissent de la société. Elles sont des Intouchables, des fantômes errant à la périphérie de l’humanité.

 

C’est Albin, le partenaire fidèle et dévoué, le complice de toujours, le compagnon d’armes et de cordée qui trouve les mots pour la relever. Ils se l’étaient promis, ce jour-là, sur le grand-bi :si l’un tombe, l’autre le rattrapera. Ainsi font les soldats. A deux, on est plus fort. Seuls on ne va jamais loin. Blanche se souvient de ce qu’il avait dit…

 

Les mots sont des papillons, fragiles, volatiles. Il faut le bon filet pour les attraper.

 

Lu en novembre 2019

Publié dans Lectures anciennes

« Elle s’appelait Sarah » de Tatiana de Rosnay

Retour sur une lecture ancienne avec:

 

Elle s'appelait Sarah de Tatiana de Rosnay

 

Résumé de l’histoire:

 

            L’histoire commence le 16 juillet 1942, dans un appartement parisien où habite une petite fille, Sarah avec ses parents et son petit frère Michel. Les policiers frappent à la porte violemment alors que son père est caché quelque part dans une cave car la rumeur court qu’il va peut-être y avoir des arrestations dans les familles juives.

            Prise de panique, elle cache son petit frère dans un placard dérobé, invisible pour qui ne le connaît pas en lui promettant de revenir le chercher plus tard.

            Bien sûr c’est le début d’un épisode sombre de la guerre : la rafle du Vel d’Hiv, tristement célèbre où vont être déportés des milliers de Juifs dont 400o enfants.

            Julia Jarmond est une Américaine, vivant à Paris depuis ses études, mariée à un Français issu d’un milieu bourgeois, architecte, très imbu de lui-même avec lequel elle a eu une petite fille prénommée Zoé âgée d’une dizaine d’années. Elle travaille pour un journal américain destiné aux américains vivant en France et son patron lui demande d’écrire un article sur la rafle du Vel d’Hiv dont cela ca être le 60ème anniversaire.

            Son mari l’emmène dans l’appartement de sa grand-mère entrée depuis peu en maison de retraite car il a le projet de le refaire pour aller l’habiter. Cette idée de plaît pas trop à Julia.

            Les deux histoires se déroulent en parallèle. Julia ne connaît pas ce qui s’est passé en juillet 1942 et elle va chercher sur Internet tout les documents qu’elle peut trouver, rencontrer des gens qui s’intéresse au sort des Juifs et aux camps de concentration, d’autres dont la famille a été déportés et a péri dans les chambres à gaz. Elle découvre avec surprise que c’est la police française qui a organisé, planifié avec minutie la rafle. Elle découvre l’horreur.

            Tandis que l’enquête de Julia avance, l’histoire de Sarah continue. La petite fille explique ce qu’elle voit, ce qu’elle comprend dans les événements qui s’enchaînent : le départ des cars vers le Vel d’Hiv, l’entassement sans manger sans boire, sans sanitaires, les suicides, les pleurs, la peur. Puis le parcours à pied pour se rendre à la gare pour les emmener à Drancy, la séparation les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre, puis une deuxième séparation, on arrache les enfants à leur mère. Sarah pense sans cesse à son petit frère à qui elle a promis de revenir le chercher, elle l’a trahi comment va-t-il s’en sortir…..

            Dans la famille de Julia, il y a d’autres souffrances, enfin d’une autre sorte, elle a fait de multiples fausses couches, au fur et à mesure que ses recherches avancent, elle sent qu’il y a un secret dans la famille de son mari.

            On va découvrir peu à peu qu’il existe un lien entre la famille de Sarah et celle du mari de Julia, Bertrand. Mais le poids du secret est là. Le  couple de Julia bat de l’aile. Et elle s’aperçoit qu’elle est enceinte et je vous laisse découvrir la suite.

 

Ce que j’en pense :

 

          Ce roman repose sur deux histoires qui se déroulent en parallèle, un chapitre consacré à l’histoire de Sarah, le suivant consacré à celle de Julia comme un concerto à deux instruments type le concerto pour violon et harpe de Mozart, à 60 ans d’écart. Celle de Sarah est poignante, elle nous plonge dans l’horreur, on a beau savoir ce qui s’est passé, cela reste en quelque sorte abstrait pour nous qui n’avons pas vécu à cette époque.

          Ici, la petite fille nous raconte les choses avec ses mots à elle, percutants, dans l’émotion au départ et après avec de plus en plus de froideur car c’est la seule façon pour elle de s’en sortir.

          En quelques jours, la petite fille de 10 ans est devenue une adulte. Elle résiste car elle a promis à son frère de revenir le chercher.

          Julia est l’américaine type, elle laisse sortir ses émotions au fur et à mesure de ce qu’elle découvre. Parfois, elle est énervante car elle semble donner des leçons, elle nous pousse à nous sentir coupable de n’avoir rien fait, de n’avoir pas voulu savoir et c’est pour cela qu’elle est attachante. (C’est vrai, j’avoue je ne connaissais pas les camps du Loiret notamment Beaune-la-Rolande.)

          Elle est extravertie alors que nous traînons cette vieille culpabilité due à notre éducation judéo-chrétienne avec le cortège des secrets de famille, des émotions tues car on ne doit pas se donner en spectacle et ça nous dérange. Et surtout elle pose la question qui hante (et que Jean-Jacques Goldman à si bien exprimé dans sa chanson « si j’étais né en 17 à … aurais-je été meilleur ou pire que ces gens…» » , de quel côté aurait-on été : résistants ou collabo ? « on ne saura jamais vraiment ce qu’il y a dans nos ventres… »

          J’aime ce personnage, car je la comprends et j’aime son combat pour la justice, la reconnaissance de ces crimes sur lesquels Jacques Chirac s’exprimera, ce sera la première fois qu’un Président de la République française osera reconnaître que la France a eu des responsabilités en 1942.

          Elle mène en parallèle un autre combat : alors qu’elle est plongée dans la mort des enfants juifs, elle se retrouve enfin enceinte et son mari lui demande froidement d’avorter car il ne veut pas de bébé, il veut vivre en bon égoïste qu’il est.

          Tous les personnages du roman sont intéressants, la grand-mère Mamé haute en couleur et en énergie, le père de Bertrand dont la personnalité se modifie à mesure que Julia découvre des choses du passé et une complicité s’installe entre eux d’ailleurs, Zoé qui soutient sa mère dans ses recherches avec de plus en plus d’enthousiasme.

 

Et aujourd’hui:

 

J’ai beaucoup aimé ce livre. Ce sujet me tient particulièrement à cœur. J’avais été séduite par le film où Kristin Scott-Thomas est éblouissante et c’est le film qui m’avait poussée à lire le roman.

Je suis plus nuancée qu’à l’époque, car Tatiana de Rosnay joue avec nos émotions, l’héroïne se posant parfois en donneuse de leçon, mais c’est important de le lire, et de le faire lire aux ados…

L’émotion est donc toujours là , ce livre est très présent dans ma mémoire, surtout avec les populismes qui montent inexorablement, le négationnisme qui surfe allègrement sur la vague…

 

 

Extraits :

 

         « C’est dans mon adolescence que j’ai senti les premiers appels de la France, une fascination insidieuse qui grandissait à mesure que le temps passait. pourquoi la France ? Pourquoi Paris ? La langue française m’avait toujours attirée. Je la trouvais plus douce, plus sensuelle que l’allemand, l’espagnol ou l’italien..

 

            Quand j’ai découvert Paris pour la 1ère fois, ce sont ses contrastes qui m’ont ensorcelée. Les quartiers rudes et populaires me parlaient autant que les quartiers haussmanniens. Je voulais tout savoir de ses paradoxes, de ses secrets, de ses surprises. J’ai mis vingt ans à me fondre dans cet univers, mais j’y suis parvenue. »

 

            « Dans la vie douce et protégée d’avant, qui semblait à présent si lointaine, la fillette aurait cru sa mère. Elle croyait tout ce que disait sa mère. Mais dans ce monde nouveau et cruel, la fillette semblait plus grande, plus mûre. Elle avait la sensation d’être plus âgée que sa mère. Elle était sûre que les autres femmes disaient la vérité. Elle savait que les rumeurs étaient fondées. Elle ignorait en revanche, comment expliquer cela à sa mère. Sa mère, qui était devenue une enfant. »

 

            « Des enfants avaient déjà quitté le camp, escortés par les policiers. Elle les avait suivis du regard, frêles créatures en haillons au crâne lisse. Où les emmenait-on ? Etait-ce loin ? Allaient-ils rejoindre les mères et les mères ? Elle en doutait. Rachel aussi en doutait. Si tout le monde devait aller au même endroit, pourquoi la police avait-elle séparés les parents des enfants ? Pourquoi tant de souffrance, tant de douleur ? C’est parce qu’ils nous haïssent lui avait dit Rachel de sa drôle de voix éraillée. Ils détestent les Juifs. Pourquoi cette haine ? elle n’avait jamais haï personne dans sa vie, à l’exception d’un institutrice »

           

 

Lu en août 2013

Publié dans Nostalgie

Il a neigé sur Yesterday…

Une pensée émue pour la fille au yeux d’or qui vient de nous quitter…

 

 

Il a neigé sur Yesterday
Le soir où ils se sont quittés
Le brouillard sur la mer s’est endormi
Et Yellow Submarine fût englouti

Et Jude habite seule, un cottage à Chelsea
John et Paul je crois sont les seuls
À qui elle ait écrit
Le vieux sergent Peppers a perdu ses médailles
Au dernier refrain d’Hello Good Bye
Hello Good Bye

Il a neigé sur Yesterday
Le soir où ils nous ont quitté
Penny Lane aujourd’hui a deux enfants
Mais il pleut sur l’île de Wight au printemps
Eleonor Rigby, vos quatre musiciens
Viennent séparément vous voir
Quand ils passent a Dublin
Vous parler de Michèle
La belle des années tendres
De ces mots qui vont si bien ensemble
Si bien ensemble

Il a neigé sur Yesterday
Le soir où ils se sont quittés
Penny Lane c’est déjà loin maintenant
Mais jamais elle n’aura de cheveux blancs

Il a neigé sur Yesterday
Cette année-là, même en été
En cueillant ces fleurs
Lady Madonna a tremblé
Mais ce n’était pas de froid

Il a neigé sur Yesterday
Cette année-là, même en été
En cueillant ces fleurs
Lady Madonna a tremblé
Mais ce n’était pas de froid

Il a neigé sur Yesterday
Cette année-là, même en été
En cueillant ces fleurs
Lady Madonna a tremblé

 

 

 

Publié dans Lectures anciennes

« No et moi » de Delphine de Vigan

Retour aux anciennes lectures avec:

No et moi de Delphine de Vigan

 

Je le rapatrie aujourd’hui car sur Canalblog j’ai encore trouvé des spams en russe, anglais, chinois …

Cela fait quand même du boulot pour tout recueillir, je ne voudrais pas oublier toutes ces analyses de mes lectures d’alors.

 

Mon résumé de l’histoire:

 

C’est l’histoire de Lou Bertignac, âgée de 14 ans. Intellectuellement précoce, elle est en classe de seconde avec des adolescents plus âgés qu’elle et notamment Lucas qui s’est mis en échec scolaire car personne ne s’intéresse à lui. Lou est différente des autres de la classe, elle ne pense pas de la même façon, se livre à des expériences bizarroïdes dans sa chambre, essaie de tout maîtriser par le mental. Elle est loin des préoccupations des filles de sa classe.

Un jour, un professeur demande de faire un exposé et Lou brillante à l’écrit peine à s’exprimer oralement et devant les sourires plutôt moqueurs des autres, elle se lance encouragé du regard par Lucas dont elle est sous le charme, elle fera son exposé sur les SDF car elle en croise une le matin en venant en cours.

Le professeur est surpris par ce choix difficile et promet de l’aider.

Paralysée par le trac elle va à la rencontre de No (Nolween en fait) et lui dit qu’elle veut l’interviewer pour son exposé et pour cela mieux la connaître autour d’un café, c’est tout ce qu’elle peut lui offrir avec son argent de poche.

Peu à peu elle entre dans la vie de No, qui dort dans la rue la nuit, fait la manche dans l’indifférence générale, elle est sale, mal habillée mange quand elle peut… entre elles, un lien fort se noue, No arrive à faire confiance à Lou car elle est différente et accepte de la suivre un jour chez ses parents.

Après être passées chez Lucas, pour se laver et se montrer sous un jour plus propre dans la famille de Lou qui en fait ne raconte qu’une partie de la tragédie de No, sinon ils auraient dit non, elle va entamer une autre vie. Au début elle dort des jours entiers car elle dormait d’un œil jusqu’ici, participe aux travaux de la maison..

La mère de Lou est dépressive depuis qu’elle a perdu son deuxième enfant (mort subite du nourrisson) et depuis elle est en mode survie, les rôles sont inversés, c’est Lou qui la protège, qui joue la maman alors que le père fait ce qu’il peut comme il dit. La mère de Lou se réveille au contact de la détresse de No, enfin elle s’intéresse à quelqu’un (et ce n’est pas Lou) donc sort de la torpeur où la plongent ses médicaments. No finit par trouver un travail, très dur et peu à peu commence à boire. Et d’autres problèmes vont commencer….

 

Ce que j’en pensais alors :

 

         Delphine de Vigan nous raconte l’histoire de 3 solitudes : celle de Lou enfermée dans son « surdouement » qui intellectualise tout, raisonne sans cesse mais est incapable de nouer ses lacets et qui pense pouvoir sauver No parce que rien ne doit être impossible. Elle est seule dans sa famille, face à la dépression, aux silences, au manque d’intérêt de sa mère qu’elle défend pourtant quand la famille ne supporte pas qu’elle ne fasse pas d’effort. Elle est enfermée dans un monde sans émotion, les adultes et les autres lycéens ne comprennent pas son mode de pensée.

            Puis la solitude de No, que sa mère a abandonnée quand elle était enfant car issue d’un viol collectif et qui a eu une vie à peu près normale tant que sa grand-mère a été là. Sa mère qu’elle cherche à retrouver mais qui la repousse toujours comme si elle voulait l’effacer de sa vie. Elle doit essayer de survivre quand les autres vivent, avec la cigarette dans une main la bière dans l’autre, dans le dénuement le plus absolu et l’indifférence générale.

            Il y a aussi une troisième solitude, celle de Lucas, jeune homme rebelle de 17 ans qui passe son temps à se faire renvoyer d’un lycée à un autre, qui se fait expulser des cours car il est dans la provocation. Il vit tout seul dans l’appartement d’un de ses parents. Son père est parti à l’étranger et vit sa vie, sa mère habite avec un autre homme et passe de temps en temps remplir le frigo et laisser de l’argent pour se donner bonne conscience.

            Delphine de VIGAN nous décrit superbement bien ces trois êtres paumés, réunis par leur vie solitaire et qui trouvent, en aidant No qui est encore plus abîmée qu’eux par la vie, un sens à la leur par l’empathie. Ils sont révoltés par l’indifférence générale vis-à-vis des SDF et refusent de restés passifs devant cette misère.

            Un beau livre bien écrit, qui m’a encore plus touchée que « rien ne s’oppose à la nuit » où je trouvais que les émotions étaient bridées.

 

Et aujourd’hui:

 

En relisant cette chronique l’émotion et l’enthousiasme sont toujours là. Je ne change pas un iota…

Ce livre est un de mes préférés, peut-être mon préféré parmi tous les livres de Delphine de Vigan que j’ai lus.

 

Extraits :

 

            Parler, je n’aime pas trop ça, j’ai toujours l’impression que les mots m’échappent, qu’ils se dérobent, s’éparpillent, ce n’est pas une question de vocabulaire ni de définition, parce que des mots, j’en connais pas mal, mais au moment de les dire, ils se troublent, se dispersent, c’est pourquoi j’évite les récits et les discours, je me contente de répondre aux questions que l’on me pose, je garde pour moi l’excédent, l’abondance, ces mots que je multiplie en silence pour approcher la vérité.

 

            Ma mère est tombée malade. Nous l’avons vue s’éloigner petit à petit, sans pouvoir la retenir, nous avons tendu la main sans pouvoir la toucher, nous avons crié sans qu’elle semble nous entendre….     …….Maintenant, je sais une bonne fois pour toutes qu’on ne chasse pas les images, et encore moins  les brèches invisibles qui se creusent au fond des ventres, on ne chasse pas les résonances ni les souvenirs qui se réveillent quand la nuit tombe ou au petit matin, on ne chasse pas l’écho des cris et encore moins celui du silence.

 

            Elle n’aime pas parler d’elle. Elle le fait à travers la vie des autres, ceux qu’elle croise, ceux qu’elle sui, elle raconte leur dérive, et parfois avec violence, elle parle des femmes, elle précise, pas des clochardes, non, pas des timbrées, elle dit note bien ça Lou, avec tes mots, des femmes normales qui ont perdu leur travail, ou qui se sont enfuies de chez elles, des femmes battues ou chassées qui sont hégergées en centre d’urgence ou vivent dans leur voiture, des femmes qu’on croise sans les voir, sans savoir…

 

            Parfois, il me semble qu’à l’intérieur de moi quelque chose fait défaut, un fil inversé, une pièce défectueuse, une erreur de fabrication, non pas quelque chose en plus comme on pourrait le croire, mais quelque chose qui manque.

 

            Noël est un mensonge qui réunit les familles autour d’un arbre mort recouvert de lumières, un mensonge tissé de conversations insipides, enfoui sous de kilos de crème au beurre, un mensonge auquel personne ne croit.

 

            La nuit, quand on ne dort pas les soucis se multiplient, ils enflent, s’amplifient, à mesure que l’heure avance les lendemains s’obscurcissent, le pire rejoint l’évidence plus rien ne parait tranquille. L’insomnie est la face sombre de l’imagination.

 

            Je croyais que l’on pouvait enrayer le cours des choses, échapper au programme. Je croyais que la vie pouvait être autrement. Je croyais qu’aider quelqu’un ça voulait dire tout partager, même ce qu’on ne peut pas comprendre, même le plus sombre…..    la vérité c’est que je n’arrive pas à faire mes lacets et que je suis équipée de fonctionnalités merdiques qui ne servent à rien. La vérité c’est que les choses sont ce qu’elles sont. La réalité reprend toujours le dessus et l’illusion s’éloigne sans qu’on s’en rende compte. La réalité a toujours le dernier mot.

 

            Avant de rencontrer No, je croyais que la violence était dans les cris, les coups, la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence est aussi dans le silence, qu’elle est parfois invisible à l’œil nu. La violence est ce temps qui recouvre les blessures, l’enchaînement irréductible des jours, cet impossible retour en arrière. La violence est ce qui nous échappe, elle se tait, ne se montre pas, la violence es ce qui ne trouve pas d’explication, ce qui à jamais restera opaque.

 

Lu en juillet 2013

 

Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire

« Civilizations » de Laurent Binet

Je vous parle aujourd’hui d’un livre dont la lecture m’a pris du temps, il fallait assimiler les noms Incas, faire appel aux souvenirs de l’Histoire des deux camps.

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Vers l’an mille : la fille d’Erik le Rouge met cap au sud.
1492 : Colomb ne découvre pas l’Amérique.
1531 : les Incas envahissent l’Europe.

À quelles conditions ce qui a été aurait-il pu ne pas être ?
Il a manqué trois choses aux Indiens pour résister aux conquistadors. Donnez-leur le cheval, le fer, les anticorps, et toute l’histoire du monde est à refaire.

Civilizations est le roman de cette hypothèse : Atahualpa débarque dans l’Europe de Charles Quint. Pour y trouver quoi ?
L’Inquisition espagnole, la Réforme de Luther, le capitalisme naissant. Le prodige de l’imprimerie, et ses feuilles qui parlent. Des monarchies exténuées par leurs guerres sans fin, sous la menace constante des Turcs. Une mer infestée de pirates. Un continent déchiré par les querelles religieuses et dynastiques.
Mais surtout, des populations brimées, affamées, au bord du soulèvement, juifs de Tolède, maures de Grenade, paysans allemands : des alliés.

De Cuzco à Aix-la-Chapelle, et jusqu’à la bataille de Lépante, voici le récit de la mondialisation renversée, telle qu’au fond, il s’en fallut d’un rien pour qu’elle l’emporte, et devienne réalité.

 

Ce que j’en pense

 

Une idée brillante ! on refait l’Histoire en partant de trois postulats :  les Incas ont été vaincus par les envahisseurs venus d’Europe car ils n’étaient pas immunisés contre toutes les infectieuses apportés dans les « cales et les corps » des marins, donc des morts en masse.

Ils ne possédaient pas de chevaux, ni les techniques maîtrisées par les colonisateurs. Donc impossible de lutter…

Première idée de génie : les Vikings ont débarqué quelques siècles auparavant et ont permis une sélection naturelle : une partie les Incas se sont immunisés naturellement contre certaines maladies infectieuses et qui dit anticorps dit résistance à l’arrivée des miasmes des colonisateurs, donc exit l’hécatombe et l’infériorité numérique.

De plus, guerre fratricide entre deux frères descendants du Soleil : Huascar et Atahualpa. Acculé à la défaite, ce dernier s’enfuit avec ses hommes au bord du dernier bateau (et oui, ils étaient tellement en retard sur la science européenne qu’ils ne savaient pas fabriquer et encore moins maitriser les navires!

Atahualpa aépousé une princesse cubaine Higuénamota qui va jouer un rôle important dans sa conquête et lui servir souvent d’ambassadrice, d’égérie… il s’est entouré de conseillers aux noms tous aussi imprononçables tel Chalco Chimac,  Quizquiz…

Poussés par des vents favorables (cela tient à si peu de chose une découverte et un effet papillon !) Atahualpa et ses hommes débarquent à Lisbonne puis dans l’Espagne de l’Inquisition, où l’on exécute à tour de bras tout ce qui ne pense pas catholique pur et dur. Il assiste horrifié aux scènes où les gens sont brûlés vifs.

Comment faire pour s’installer et mettre en place le culte du Soleil à ces croyants obtus qui vénèrent un « Dieu cloué » pour reprendre son expression ? S’allier à ceux que l’on persécute : « morisques », juifs, mettre en place sa propre lignée en épousant des reines ou princesses (ils sont tous cousins entre eux, même s’ils se font la guerre…)

Une invention de génie permet à Atahualpa de lire « Le prince » de Machiavel et il va s’en inspirer pour mettre en place ce qui ressemble beaucoup au premier régime socialiste : laisser les paysans profiter de la terre qu’ils cultivent au lieu d’être rançonnés par les Seigneurs qui ont besoin de toujours plus taxer les pauvres pour faire des guerres…

Atahualpa comprend aussi très vite qu’il faut produire pour se nourrir, favoriser le commerce (on dirait de nos jours équitable) donc il établira des liens avec toutes les dynasties en place pour les réformer…

On va croiser ainsi Charles Quint, François Ier, Luther qui veut imposer sa religion et à qui on va réserver un sort impressionnant, sans oublier un personnage extraordinaire : Hassan al-Wazzan alias Léon l’Africain qui m’a toujours fascinée et que j’ai découvert grâce au roman magnifique d’Amin Maalouf que j’ai lu au moins deux fois…

Quelle belle revanche sur Pizzaro et Cortes, héros tristement célèbres de la conquête du Nouveau Monde !

On fait beaucoup d’autres rencontres et la dernière partie est excellente mais je n’en dirai rien pour ne pas divulgâcher… (j’adore ce mot, tellement plus beau, mystérieux et savoureux que « spoiler »

Ce livre, une uchronie, est excellent car il repose sur les solides connaissances de Laurent Binet sur Christophe Colomb, les cultures amérindiennes, mais aussi l’histoire de l’Europe. L’imagination marche si les bases sont solides au niveau culturel et historique.

Cela m’a un peu gênée au début de ma lecture, car je me suis peu documentée sur « la découverte des Amériques » parce que pour moi, Christophe Colomb a sur les mains le sang des Amérindiens, premier génocide qui mériterait d’être reconnu par les Ricains mais à l’ère du trumpisme flamboyant, (j’allais écrire triomphant mais flamboyant convient mieux, plus adapté à la chevelure du maître de l’univers), on en est loin.

Cela a failli me coûter cher, m’empêchant de savourer pleinement ce roman. En fait j’exagère un peu, je ne suis pas aussi ignare que je le prétends et ce livre m’a rappelé un ouvrage qui m’avait passionnée à l’époque : « 1492 » de Jacques Attali. Il m’a donné une furieuse envie de m’y replonger.

 J’ai fait une pause dans ma lecture pour aller réviser un peu et cela m’a permis de savourer pleinement chaque instant, chaque phrase… C’est une lecture qui se mérite, il faut prendre son temps. J’en suis sortie d’ailleurs avec une envie folle d’aller explorer la civilisation Inca…

L’écriture de Laurent Binet est superbe, on peut s’immerger dans le passé simple, l’imparfait du subjonctif avec délectation. Et dire que « La septième fonction du langage attend toujours dans ma PAL…

Bref, vous avez compris ce roman est un coup de cœur, je pourrais en parler pendant des heures,  et bingo, il vient de recevoir le grand prix de l’Académie Française !

Un immense merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de lire cette pépite. Je vais acheter la version papier pour le plaisir de me replonger dans cette belle fresque historique….

#Civilizations #NetGalleyFrance

coeur-rouge-

 

Étant donné qu’on ne peut pas diffuser des photos Atahualpa sous peine de poursuites, je fais un petit clin d’oeil à un musicien célèbre Atahualpa Yupanqui

 

 

 

Extraits

 

Ici, comme en tous lieux que j’ai découverts et que j’espère découvrir avant mon retour en Castille, je dis que toute la Chrétienté trouvera grand négoce, et spécialement l’Espagne à qui tout doit être soumis.

 

Ils atteignirent la mer et surent que l’île était une bande étroite qu’on pouvait traverser dans sa largeur en quelques jours. Ils n’avaient pas pénétré ce territoire en conquérants mais en fugitifs et cela, assurément, ne fut pas sans conséquence sur le sort de Cuba et du monde.

 

Les sacrifices humains n’étaient pas étrangers aux Incas. Pourtant nous savons qu’Atahualpa, même s’il n’ne voulut rien laisser paraitre, fut choqué par le spectacle des corps qui se tordaient en se consumant, et par les cris des suppliciés.

 

Il voulut leur expliquer qu’un dieu qui exigeait qu’on brûlât des hommes vivants, quel qu’ait pu être leur crime, était un dieu mauvais, car le corps des morts devait être conservé afin qu’ils puissent continuer à vivre après la mort, et qu’un tel dieu ne méritait pas qu’on l’adore. 

 

Au sud, proche de l’Espagne mais séparée d’elle par la mer, il y avait une région qui semblait l’objet de toutes les convoitises, l’Italie, terrain de guerres perpétuelles, où vivait le chef des tondus, représentant sur terre du dieu cloué. Le grand rival de Charles (Quint) pour la suprématie du Nouveau Monde était le roi d’un pays qui coupait son empire en deux, la France, dont le territoire lui-même était menacé par une île du Nord, l’Angleterre…

 

Atahualpa reçut un très jeune homme en provenance de Florence, la ville de l’amauta Machiavel qu’il avait étudié à Salamanque. Le jeune homme se faisait appeler Lorenzino, il était issu d’une grande famille, les Médicis…

 

Un amauta, arrivé lui aussi d’Augsbourg, vint l’entretenir de la présence réelle du dieu cloué lors des cérémonies religieuses impliquant de boire du breuvage noir et de manger du pain. Il s’appelait Mélanchthon et portait un chapeau plat en tissu noir…

 

Isabelle, anéantie par le mort de son fils, n’eut pas la force de repousser une seconde fois la demande d’Atahualpa ; ainsi la veuve de Charles Quint devint-elle son épouse secondaire.

 

« Rien ne fait autant estimer un prince que ne le font les grandes entreprises, et de donner de soi des exemples exceptionnels » disait Machiavel dans les feuilles qui parlent. (les livres)

 

Atahualpa buvait les mots de ce Machiavel parce qu’il lui semblait qu’ils racontaient son histoire à travers celle d’un autre.

 

Le pape lui-même lui dépêcha son géographe personnel, un Maure converti du nom d’Hassan al-Wazzan, qu’on appelait Léon l’Africain pour sa grande connaissance du monde mahométisant.

 

Pour les Espagnols, Atahualpa était désormais le « conquistador ». Pour les Maures, le libérateur…

 

Cependant, en Allemagne qui préparait le sacre de Ferdinand continuait à se déchirer… On jugeait que l’Église romaine avait suffisamment profité de la crédulité des pauvres gens et que si le corps du dieu cloué était contenu dans une galette de sel ou dans un bout de pain, ce bout de pain n’en restait pas moins un bout de pain.

 

Pourquoi avoir donné le libre arbitre aux hommes, si c’est pour leur permettre de faire le mal ?

 

Lu en septembre octobre 2019

 

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