Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire

« La folle ardeur » de Michelle Tourneur

 

Je vous parle aujourd’hui d’un livre étonnant que j’ai choisi sur NetGalley car il se déroule au XIXe siècle qui est , ce n’est un secret pour personne mon siècle préféré.

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Pendant dix ans, trois des plus grands génies du romantisme ont vécu dans une étroite intimité.
Delacroix fait flamber la couleur dans ses toiles et dans ses somptueux décors muraux.
Chopin enchante le piano avec des irisations et des mirages.
Entre les deux, George Sand veille. Inspiratrice, admiratrice, amie, amante, parfois soignante.

Et la nuit, elle écrit.

Méandres amoureux, ardeur au travail, défi à tous les canons artistiques du temps.
Leurs lieux de résidence à Paris sont si proches qu’ils partagent repas, sorties au théâtre ou à l’opéra, fêtes officielles, soirées musicales.

Quand le besoin de paix se fait sentir, ils retrouvent la douceur du Berry : Nohant, le petit bois, la table abondamment servie, le grand Pleyel au salon.

Jusqu’à ce que la soudaine violence des événements mette en pièces leur étincelant trio.

 

Ce que j’en pense

Eugène Delacroix arrive chez George Sand à Nohant. Un tableau est prévu. On va assister à la rencontre entre trois géants de l’époque, George bien-sûr, mais aussi Chopin, son amant depuis quelques années et les échanges savoureux entre ces trois artistes, tant sur le plan sentimental que des réflexions sur la peinture, la musique et l’écriture et la manière dont elles interagissent.

Chopin est malade, et le diagnostic finit par tomber : phtisie et la pauvreté n’arrange rien, commet se nourrir quand on a peu d’argent et que la survie est liée aux cours qu’il donne…. Et il voit son cher amour s’éloigner de lui. Il continue à composé avec plus ou moins de succès car il est trop lié à George donc les critiques qu’on lui adresse ne concernent pas sa musique mais visent à attaquer l’écrivaine. Il s’acharne sur une barcarole qui sera mieux accueillie. Son pays lui manque, notamment les sonorités de la langue et seule sa sœur Ludowicka lui permet de garder le contact.

Pour Delacroix, il y a aussi des problèmes d’inspiration, il s’attaque à une Pieta qui n’est pas du goût des bien-pensants, il a aussi des projets de plafonds entre autres, ou son travail su Sardanapale. Il sait garder la bonne distance avec George Sand.

Le trio partage sa vie entre Paris où tout se passe, où tout le monde s’agite, et Nohant, où l’on vient se reposer au calme et profiter de la nature qui inspire, mais où la promiscuité relative (la maison est grande, dans ce Berry où il ne fait pas très chaud) ravive des souffrances, des amours déçues ou finissantes, et où traîne l’ombre de Musset qui est pourtant parti depuis longtemps.

« Alfred de Musset dessine, sans doute en avez-vous entendu parler ? N’importe où, n’importe quand, il dessine, il a ce don-là aussi. Il les a tous, en plus de celui de se détruire. »

D’autres personnages gravitent, les enfants de George notamment et sa fille n’est pas en reste dans le domaine de la séduction et de la manipulation.

Michelle Tourneur n’a pas choisi les années au hasard, c’est la fin d’un régime, on s’achemine vers 1848, les trois glorieuses, les révoltes. Elle utilise beaucoup les lettres échangées entre les trois héros, ce qui donne encore plus de relief au texte.

George Sand, n’a jamais hésité à exposer ses opinions et à défendre les pauvres, les paysans, ce qui ne lui vaudra pas que des amis.

J’ai beaucoup aimé ces trois personnages : je connais assez bien la vie de Chopin que j’admire énormément, j’ai lu des livres de George Sand comme tout le monde, mais je connaissais très mal Delacroix, à part « la liberté guidant le Peuple » comme tout un chacun…

Les discussions sur l’art, la conception de chacun sur sa discipline, les sonorités, associées aux couleurs et à la valse des mots de l’écriture, le tout baignant dans les sentiments amoureux, sont passionnantes et l’écriture de Michelle Tourneur est très belle, digne du XIXe siècle auquel elle rend un bel hommage.

C’est un superbe roman plein de magie, de douceur, de tristesse ou d’exaltation…Je l’ai refermé à regret et je m’y replongerai sûrement, en me procurant la version papier…

Un énorme merci à NetGalley et aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir ce beau roman.

 

#LaFolleArdeur #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Romancière et scénariste, Michelle Tourneur est passée maître dans la restitution par l’écriture des émotions artistiques.

Chez Fayard, elle a publié La beauté m’assassine, Cristal noir et La ballerine qui rêvait de littérature.

 

Une petite touche personnelle :

 

Je ne résiste pas à l’envie de vous proposer quelques vidéos de compositions de Chopin , évoquées dans le roman

 

Tout d’abord ce lien avec « La Barcarole » de Chopin dont il est question dans le livre

 

Personnellement, fan de Chopin, je préfère « les nocturnes » entre autres et dans les vidéos qui suivent  je réunis mes deux passions : Chopin interprété par Katia Buniatichvili pianiste pour laquelle j’ai une véritable adoration…

 

 

 

 

 

Extraits

 

Avant de se retirer, il a pris avec Chopin l’infusion de tilleul qui calme les nerfs et que les enfants refusent. Chopin ne s’est pas beaucoup exprimé non plus. Par instants, il sortait de sa rêverie. Il l’appelait « cher ami, mon cher Delacroix », le regardant comme s’il mettait sa présence en doute. Elle l’avait prévenu à demi-mot de cet état : « Nous vous attendons avec une impatience pleine de bonheur. Venez donc, cher bon petit. Mon Chopinet est bien heureux et bien agité de vous attendre. » 

 

 À cette heure il est probable qu’il dorme. Que tous soient endormis.  Elle ne l’est pas.  La nuit est un voyage. L’écriture s’y déploie au fil des heures comme un ruban qu’on dévide dans un compartiment fermé : la chambre.

 

Est-elle en train d’écrire à l’heure qu’il est ? Édifie-t-elle un château enveloppé de brume, quelque part dans le flot du temps, alors que la clarté de la lune inonde la façade ? Il pressent. Il voit. Tous deux ont la disposition unique de partager ces vibrations à distance. Depuis huit ans leurs relations s’inventent et se réinventent à travers cette faculté.  Depuis leur rencontre officielle à l’atelier, exactement.

 

 

Tout portrait est une capture, le peintre est capturé à son tour. Il lui semble qu’elle confonde sa vie avec ce qu’elle s’apprête à écrire, et que peu à peu il y prenne place lui-même. À mesure qu’elle lui entre dans l’œil, son expression absente devient attention, l’attention le cerne

 

Aujourd’hui elle sait, elle ne l’ignore pas, qu’après l’épisode blessant du portrait le peintre n’avait désiré la revoir que pour rencontrer Chopin.

Pour les mirages éblouissants déployés un soir chez Pleyel, ce sylphe de vingt-huit ans devant un parterre subjugué. Eugène en était. Envoûté par la fougue d’exécution, par les éclats et par les miroitements où il lui semblait retrouver ses propres visions ; touché par la gracilité de ce jeune homme …  Eugène avait adoré la musique et le musicien. Il avait éprouvé l’envie de le rencontrer personnellement. On lui avait appris peu après la nouvelle rocambolesque de sa liaison avec celle dont il avait fait le portrait à l’automne. Il s’était mis à répondre assidûment aux invitations.

 

 

Gloire. Gloire absolue et confort cultivé contre les offensives imprévisibles du zal slave.   Mais guérit-on de la nostalgie par l’absorption des philtres euphorisants de la gloire ? Guérit-on des bronches quand ni les boissons émétiques, ni les eaux de Reizneck n’ont réussi à apaiser l’inflammation chronique de l’enfance ?

 

George Sand observe et s’informe. Elle capte les atmosphères. En matière de musique, elle a un sens instinctif d’animal sauvage à l’affût. Dans sa petite enfance, elle se blottissait sous le clavecin de sa grand-mère. Lorsque Liszt est au piano elle se replie sous l’instrument pour sentir la vibration des accords passer sur sa peau. Mais elle ne pense qu’à Chopin. Progressivement, l’obsession lui est venue de ce jeune Polonais au génie étrange, un artiste, un vrai, ce qu’elle révère, ce qu’elle préfère, et cette idée fixe la fait souffrir.  On connaît la liste de ses amants, les élans mystiques qui la traversent dans les intermèdes.

 

Il joue des airs tristes du bord de la Vistule. Il joue sans s’interrompre, hanté par la certitude d’avoir trahi un pays de troïkas perdues dans la neige et de maisonnettes en bois aux charpentes toutes de guingois. Un pays blessé, sans cesse soumis à la fatalité des destructions et des partages. Il ne voit pas celle qui vient d’entrer. Il ne voit ni décor ni présence. Il perçoit la tiédeur de son souffle comme il perçoit les respirations dans les concerts au point que parfois il suffoque. Et à l’instant il sent ses yeux à elle chercher les siens. Son corps tendu l’appeler. Ses yeux ne plus le quitter. Un torrent d’énergie le pénètre et le réchauffe. Assiégé, submergé par ces regards, il chancelle.   Il ne connaît rien de l’amour.

 

Vous êtes aussi un artiste immense. Depuis le premier jour où j’ai découvert La Mort de Sardanapale à l’atelier, je vous ai senti à la recherche de clés qui ouvrent sur des profondeurs vertigineuses.   – De clés ? Je ne sais pas du tout… La peinture est une puissance silencieuse, elle ne parle qu’aux yeux d’abord, il ne faut pas chercher l’idée… elle s’empare de l’âme ensuite.

 

Ensuite, presque immédiatement, le long commentaire ébloui de Berlioz.  « Chopin se tient toujours à l’écart… on dirait qu’il a peur de la musique et des musiciens. Tous les ans, une fois, il sort de son nuage et se fait entendre quelques instants dans le salon de Pleyel… Son jeu est toujours le type de la grâce capricieuse, de la finesse et de l’originalité, et ses nouvelles compositions ne le cèdent point à leurs aînées pour la hardiesse harmonique et la suavité des mélodies… »

 

La maison est silencieuse à cette heure. Les Préludes sont chargés de réminiscences. Le no 4 retient la détresse du moment où il a été composé

 

Chopin, l’admiré des femmes et des grandes familles, Chopin l’adulé des capitales d’Europe, consigné sous les voûtes d’une cellule « en forme de grand cercueil ». Enfermé là pour cause de contagion mortelle. Le froid, la bronchite aiguë, la toux, le sang qui tache les mouchoirs. Le mal et la nouvelle du mal se propageant plus rapidement que les coups de vent sur l’île assiégée par la sauvagerie des éléments.   Le mot a été lâché, il file de hameau en hameau : phtisie. Autant dire la peste noire, à Majorque.

 

Le souvenir revient au peintre, avec ce rouge incandescent resté dans son regard au sortir de l’église, de la bague en rubis rouge au doigt de George Sand.   Rouge cinabre intense. Rouge du sang des batailles et rouge du cri de toutes les révoltes, il revient à ce détail qui n’est pas un détail.  – Ce rubis de famille est une sorte de pont entre deux mondes, elle ne le quitte pas. Sa grand-mère l’a donné à sa mère après des mois de provocation et de haine.

 

Ce que nous avons à donner nous, artistes, ce ne sont pas des idées. Elles courent les rues. Comme le dit Balzac, Spinoza ou Kant, ouvrir ou fermer une porte, le mouvement est toujours le même… Ce que nous avons à donner est plus rare. Et sacré. C’est l’émotion… Il faut qu’elle le comprenne…

 

Chopin a entrouvert sa fenêtre sur la fin d’après-midi ensoleillée.   On entend parler depuis la cour. Piano, silence, piano, voix du maître : « … vos harmonies naissent des relations entre les accords… de leurs reflets. Elles s’enchaînent. En peinture, c’est pareil. Les contours n’existent pas, la lumière les brise, les ombres glissent, elles n’ont aucun point d’arrêt distinct… »

 

Soudain une pensée malicieuse le traverse. Qui, dans les temps futurs, soupçonnera que le Dante représenté de profil par Eugène Delacroix au Luxembourg pourrait être le compositeur Frédéric Chopin ?

 

Viens, ma chérie. Suis-moi au salon, Ludwika ! Je te jouerai tout ce que tu voudras, lübia moya, mais auparavant, donne-moi ton rire…

… Celui-ci, le Prélude numéro 12, je l’ai écrit presque mort, enfermé derrière des seaux de pluie qui ne voulaient pas cesser. Ce sont mes états d’âme, j’en ai composé 24, ordonnés selon les 24 tons de la gamme.

 

Lu en octobre 2019

 

CHALLENGE 1% 2019

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« La trahison de Thomas Spencer » de Philippe Besson

Bessonmania oblige, voici un autre livre de Philippe BESSON qui m’a beaucoup plu aussi dans un genre différent de ceux dont j’ai parlé jusqu’à présent. Et oui, après l’uppercut de « Son frère », j’ ai enchaîné ses romans à l’époque…

 

La trahison de Thomas Spencer de Philippe Besson

 

 

Ce que j’en pensais alors :

 

Ce livre raconte l’histoire de deux enfants, Paul et Thomas, qui sont nés le même jour dans la même ville le jour où la bombe a été lancée sur Hiroshima. Cela va créer chez eux un lien très fort. Ils se considèrent comme frères jumeaux, font tout ensemble découvre la télévision ensemble, Elvis Presley…ils se protègent mutuellement à l’école.

Le grand frère de Paul est mort en héros lors de la guerre de Corée à l’âge de 18 ans. La famille tient une épicerie et elle est très rigide.

Ils vont découvrir le racisme : leurs parents leur interdisent de jouer avec un petit garçon car il est noir dans cet état du Sud où le racisme est ancré profondément, il y a les restes encore présent et actifs de l’esclavage.

Ils vont grandir ensemble et Philippe Besson met en parallèle l’évolution de « l’Amérique » l’élection d’un jeune président John Fitzgeral Kennedy les fait rêver, et l’épisode de la baie des cochons les amènent à détester le communisme. L’assassinat de JFK les traumatise: comment cela peut-il arriver dans notre pays.

Ils ont des expériences avec les filles; Thomas obtient une bourse à l’université et suit un parcours littéraire, milite contre l’injustice avec une amie de l’époque puis décide de  tout lâcher pour rentrer dans sa ville.

Leur destin commun continue avec une amitié toujours aussi solide et une fille Claire qu’ils avaient connue enfant revient dans leur vie devenant la compagne de Paul. Alors surgit un nouveau bouleversement  avec l’assassinat de  mort de Martin Luther King suivi de près de celui de Bob Kennedy, avec en toile de fond la guerre au Vietnam.

Le trio vit normalement pourrait-on dire mais Paul est rongé et finit par s’engager pour le Vietnam….

C’est un roman bouleversant sur l’amitié pure entre deux garçons et le fait que l’on peut trahir alors qu’on aime. On se jure que c’est  « à la vie à la mort » mais  ce n’est pas si simple que cela et on le découvre en grandissant.

Dans ce livre, il y a un 3ème héros qui s’appelle  le Mississippi, ce fleuve dans lequel ils ont connu leurs premiers émois et qui est aussi capricieux que la vie.

 

Et aujourd’hui?

 

Ce roman est encore très présent dans ma mémoire, car c’est l’histoire d’une belle amitié, avec ses joies, ses découvertes, ses peines aussi et Philippe Besson en parle avec une telle sensibilité… Il n’enjolive jamais, reste au plus près des émotions, des ressentis, vis-à-vis du racisme, de la lâcheté, de la manipulation de « la Grande Amérique » pour justifier ses actions. « Make America great again » répétait sans cesse tel un mantra un récent candidat aux élections ….

On traverse les évènements majeurs d’une époque qui est la mienne: j’avais quatorze ans quand J.F.K. a été assassiné, en classe, avec les copines, on pleurait, car on était toutes plus ou moins amoureuses de lui et la violence venait d’entrer brutalement dans notre vie jusque là bien protégée.

 

Extraits :

 

A dix ans j’ai appris en une seule phrase, prononcée sur un ton désolé et néanmoins badin tout le racisme du sud.

 

Il en va de la solitude comme des plantes : il en existe plusieurs variétés.

 


Première variété : la claustration. Oui, j’ai eu l’impression d’être placé en quarantaine, à l’isolement. La solitude est une prison, un cloître. On s’y sent comme entre quatre murs. On cogne contre une porte close et personne ne nous entend, personne ne vient ouvrir. On est ravitaillé régulièrement par le dehors, histoire de ne pas mourir tout à fait, de ne pas disparaître au monde. Mais même si ces rations données comme à un chien sont la mesure de notre enchaînement. Et puis, on apprend l’endurance, la résistance. Enfin, on reconnaît au premier coup d’oeil ses compagnons d’infortune car les visages des enfermés se ressemblent tous.

 


Deuxième variété : l’abandon. On est laissé, démuni. On est dans une pauvreté incroyable, on ne possède plus rien, on n’appartient plus à rien, on est un déclassé, on n’a personne à qui se raccrocher. On perd la réalité. Les alentours deviennent imprécis. On peut trouver du plaisir à se délester ainsi, à devenir aussi léger. Pourtant, on se rend compte rapidement que ce dénuement n’est que de l’inconsistance. La sensation du vide est effrayante.

 


Troisième variété : l’exil. C’est comme un bannissement, un départ obligé, une déportation, un ostracisme. On est renvoyé, relégué. On se sent importun, en excès. Il faut partir, s’éloigner, ne plus déranger. Même en accomplissant une distance infime, on se retrouve au plus loin. Et les autres, ceux qui restent, deviennent inaccessibles, intouchables. On se voit les perdre.

 


Quatrième variété : la méditation. On loge dans une tour d’ivoire, on se recueille, on réfléchit, on se persuade qu’on a décidé de son sort, on est bien là où on est, on prend du recul. Du reste, on voit mieux de loin. Vrai, cela s’apparente à une retraite, un renoncement délibéré. Il arrive souvent qu’on s’y ennuie.

 

 

Cinquième variété : la séparation. J’ai parlé de ça, ce retranchement. Cette ombre. Une sauvagerie.
(p. 117-119)

 

 

On est persuadé qu’on ne trahira jamais. On serait prêt à en faire le serment. On a cette certitude que rien ne peut ébranler. Et à ceux qui osent mettre notre parole en doute, on répond par un haussement d’épaules ou par un énigmatique « Tu ne peux pas comprendre. »
J’étais sincèrement, intimement convaincu que je ne trahirais jamais Paul. Je le savais, je le disais. Cette affirmation n’exigeait de moi aucun courage, aucun aplomb. J’avais, au contraire, le sentiment très net de proférer une évidence, d’enfoncer une porte ouverte.
[…]

 

De mon côté, j’ai découvert que je pouvais me tromper. Renoncer à mes principes, abdiquer mes certitudes, m’arranger avec ma mauvaise conscience. J’ai trahi.
[…]

 

Et certains soirs, où la tristesse est plus violente qu’à l’accoutumée, où elle vient cogner contre les parois de ma carcasse, où elle coupe ma respiration, le souvenir de cette trahison me donne envie d’ouvrir les fenêtres et de sauter dans le vide.
Mais je suis en vie. On est donc parfaitement capable de vivre avec la conscience de sa bassesse, avec le dégoût de soi.
Je suis en vie. J’écris. (p. 73-74)

 

 

 

Et, à l’instar des vrais scélérats, nous avons décidé de vivre cachés, dissimulés aux regards, dérobés aux jugements. Nous n’éprouvions pas de honte mais nous redoutions l’opprobre, le déferlement de haine et de mépris, les crachats. (p. 240)

 

 

 

 « Il y a des pans entiers de notre destin qui sont peuplés de rien, à propos desquels on n’a rien à raconter des années après, qui ne sont émaillés d’aucun évènement, d’aucun accident, qui ne laissent pas de traces. Toutefois, cette vacuité n’est pas synonyme de fadeur, insignifiance. C’est un temps apparemment sans relief mais pas sans saveur car nous y sommes tranquilles et chanceux, en paix et réjouis, cette harmonie nous satisfait.

 

 

 

Maman m’a simplement répondu qu’il fallait se garder de fréquenter le petit Carter. Comme je lui demandais la raison de cette interdiction, elle a eu ces mots, qui sont restés pour toujours gravés dans ma mémoire : »Mais parce que Franklin est noir, mon chéri. »

Voilà, à dix ans, j’ai appris, en une seule phrase, prononcée sur un ton désolé et néanmoins badin, tout le racisme du Sud.

 

Lu en juin 2013

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« Nous étions faits pour être heureux de Véronique Olmi

Retour aujourd’hui, sur ce livre que j’ai bien aimé. Je connaissais Véronique OLMI de nom mais je n’avais lu aucun de ses livres. Je ne regrette vraiment pas d’être entrée dans son univers.

 

Nous etions faits pour etre heureux de Véronique Olmi

 

 

Ce que j’en pensais :

 

J’ai bien aimé ce livre, le premier que je lis de Véronique Olmi. Elle nous raconte l’histoire de Serge, la soixantaine, qui est marié à une femme superbe, Lucie la trentaine. Serge est agent immobilier, gagne très bien sa vie, dans une maison cossue, dans un quartier bourgeois et il a eu deux enfants avec Lucie : Théo 7 ans et Chloé 3 ans.

Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Un jour, il croise Suzanne qui a, à peu près, le même âge que lui, venue accorder le piano que Lucie vient d’acheter pour Théo. Il ne remarque pratiquement pas.

De son côté, Suzanne vit avec Antoine depuis longtemps. Ils forment un drôle de couple. C’est elle qui assure la stabilité du ménage, elle regarde les matches de foot afin qu’il puisse en parler avec les collègues de travail à la pause café sinon, il n’a rien à partager avec eux.

Suzanne doit venir plusieurs fois accorder le piano et Serge finit par la voir et il se sent attiré irrésistiblement vers elle. Il va la suivre chez elle et faire l’amour avec elle car c’est vital pour lui et elle le laisse entrer dans sa vie sans bien comprendre ce qu’il veut vraiment.

Il l’entraîne dans un appartement qu’il n’arrive pas à vendre et il va peu à peu lui raconter ce qu’il n’a jamais dit à personne : un lourd secret d’enfance qu’il a enfoui à jamais au fond de sa mémoire pour pouvoir vivre normalement.

Peu à peu, il raconte son enfance, sa mère morte quand il avait 10 ans qui jouait du piano dans le salon, son père violent tyrannique, les coups qui pleuvent, une scène importante à laquelle il assiste et qui va le perturber toute sa vie.

Je ne dévoilerai pas plus l’intrigue car c’est important de découvrir la fragilité de Serge, qu’il cache derrière une réussite plutôt flamboyante, la culpabilité de faire souffrir Lucie, le contact qu’il n’arrive pas à établir avec Théo son fils (il ne l’écoute jamais jouer du piano car cela déclenche d’affreuses migraines, il ne partage pas ses jeux, car il ne sait pas communiquer. Il y a une tendresse et une souffrance infinies chez cet homme.

C’est cela qui pousse Suzanne à l’écouter, avec elle, il se sent bien, en sécurité, donc il pourra dire ce qui le hante. C’est une femme pleine d’empathie, qui sait écouter, donner sans attendre quelque chose en retour.

Chacun voit sa vie se transformer, tout au long du récit mais vont-ils suivre ce que leur dicte leur instinct ? Pouvons-nous aimer sans avoir peur de perdre l’autre, s’il connait nos faiblesses ?

Dans ce roman, il y aussi la musique, Liszt occupe une place importante dans la vie de Serge, sa mère répétait pendait des heures, « un rêve d’amour » qu’elle avait du mal à maitriser au piano, et Suzanne est accordeuse de piano (comme elle tente de ré accorder la vie de Serge qui écoute Faust et le chante).

 

 

Et aujourd’hui?

 

Bon roman, belle écriture. J’aime bien les récits tournant autour des difficultés relationnelles, les non-dits …. Donc, j’aurais probablement du plaisir à le relire. Je pensais lire d’autres romans de Véronique Olmi et en fait je n’ai lu que « Bakhita » que j’ai beaucoup plus aimé…

 

Extraits :

 

C’est étrange comme il suffit d’un rien pour qu’une vie se désaccorde, elle aussi, que notre existence, tellement unique, si précieuse, perde son harmonie et sa valeur. Comme si elle était faite d’air, et rien que de cela.

 

Il ne peut rien refuser à Lucie, elle est belle et elle a trente ans de moins que lui, c’est finalement la seule dette qu’il ait en ce monde, cette sensation d’avoir à rendre toutes ces années qu’il lui vole, et tout ce qu’il lui tait, comme on tait l’essentiel de ses frayeurs à une enfant que l’on ne chérit que pour son innocence.

 

Il y a partout autour de lui des vérités qu’il ignore, des évidences qu’il ne soupçonne même pas, et des êtres prédestinés, à qui il n’a pas encore fait attention.

 

Il y a tant de façon de s’aimer et ce désir qui se nourrit de lui-même, qui se renouvelle à peine assouvi, les accapare tout entiers. Ce qu’ils ont laissé avant de venir, ce qu’ils rejoignent quand ils se quittent, ils n’en parlent pas. Ils le savent. Il n’est question que de l’instant partagé. Le reste est un décor, celui d’une vie familiale qui ressemble à une position sociale.

 

J’étais enfant unique. Ça m’allait bien, j’aimais ça. Seul avec ma mère. Je ne pouvais pas m’imaginer grandir et la quitter. Je ne l’ai pas quittée. C’est l’enfance qui s’est barrée, quand j’avais huit ans, l’enfance s’est cassée en deux, crac ! Du petit bois qu’on brise et puis qu’on jette, d’un coup, comme ça un soir, sans prévenir, c’était fini. Et on ne le sait pas ce soir-là, on ne peut le deviner qu’après… qu’on sera quelqu’un d’autre. La vie sera une autre vie, un truc horrible, qu’on aurait jamais pu imaginer, c’est comme… se découvrir dans un cauchemar : qu’est-ce qu’on fait là, on se le demande, mais qu’est-ce qu’on fait là ? Et on y reste. C’est ça le plus angoissant.

 

Il est à quelques centimètres de moi. Il est à une main. Un geste de moi. Et je ne le fais pas. Alors, je peux survivre à tout. Toutes les solitudes, toutes les peurs, tous les élans. Si je m’en vais avant de saisir le visage de cet homme dans mes mains et d’enfoncer ma langue dans sa bouche, et tenir, longtemps, ce baiser plein de sang et de reconnaissance, si j’arrive à ce froid-là, cette inhumanité, alors plus rien jamais ne pourra m’atteindre. Je ne suis plus une femme. Je suis la désincarnation. La sublimation désespérée. Enfermée en moi-même, pire qu’un couvent.

 

 

Lu en juin 2013

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« Son frère » de Philippe Besson

Aujourd’hui,  je partage un des premiers romans de Philippe Besson que j’ai lus et qui est à l’origine de ma Besson-mania.

 

Son Frère de Philippe Besson

 

Résumé

 

Une histoire simple et déchirante par l’auteur de « En l’absence des hommes ».

Thomas meurt. Thomas accepte de mourir. C’est ici, dans la maison de Saint-Clément, la maison de l’enfance, qu’il choisit d’attendre de mourir. Je suis auprès de lui. C’est encore l’été. J’ignorais qu’on pouvait mourir en été. Je croyais que la mort survenait toujours en hiver, qu’il lui fallait le froid, la grisaille, une sorte de désolation, que c’est seulement ainsi qu’elle pouvait se sentir sur son terrain. Je découvre qu’elle peut tout aussi bien exercer sa besogne en plein soleil, en pleine lumière.

Je songe que Thomas l’accueillera en pleine lumière. » Un jour, Thomas apprend qu’il est gravement malade et qu’il va probablement mourir. La nouvelle touche en plein cœur ce jeune homme si vivant, si amoureux. Comment supporter une telle épreuve? Lucas, son frère va l’accompagner pendant ces quelques mois. Ils iront se réfugier dans la maison d’enfance, la maison blanche de l’île de Ré. Non pas pour attendre la mort mais pour vivre intensément chacune des heures qui leur est donnée.

On retrouve dans ce nouveau roman les qualités de « En l’absence des hommes », premier roman très remarqué de Philippe Besson paru en janvier 2001. « Son frère » a été adapté par Patrice Chéreau, avec Eric Caravaca et Bruno Todescini. Le film sera diffusé sur Arte au printemps 2003, puis sortira en salle. Il a reçu l’Ours d’argent du Festival du film de Berlin (la Berlinale).

 

Ce que j’en pense

 

Ce livre est très émouvant. Un homme nous raconte la lente agonie de son frère atteint d’un cancer.

On a en parallèle l’histoire de la maladie et celle de leur relation, des liens profonds qui les unissent.

Ils partagent les ressentis, les doutes, les espoirs liés aux traitements puis les échecs et l’espoir qui s’en va. Les amis qui peu à peu s’éloigne, la mère qui est consternante par son attitude égocentrique et va même jusqu’à dire : « pourquoi c’est arrivé à toi et pas à ton frère, tu ne méritais pas ça… », ils se rendent compte qu’un fils est préféré à l’autre mais cela les rapproche tandis que la mère fuit, ce qui arrive est trop dur pour elle comme si c’était elle la malade. On ne sent pas de chaleur chez cette mère. La fin est superbe dans une maison qu’ils aiment.

Ce livre est émouvant, pudique. Il parle directement à notre cœur comme sait si bien le faire Philippe Besson.

 

coeur-rouge-

 

Et aujourd’hui?

 

Pour une fois, je n’ai rien à rajouter, pas de bémol… Il m’a suffi de relire ce que j’avais écrit, ainsi que les extraits, pour que l’émotion que j’avais ressentie à l’époque m’envahisse à nouveau…

A l’époque, j’avais choisi de m’étendre très peu et de laisser la parole à Philippe Besson, d’où l’abondance des extraits.

 

Extraits :

 

« Il est encore paisible lorsqu’il m’apprend cet évènement. C’est qu’il parle d’un autre. Il parle de cet autre qui est lui, qu’il est devenu, un être extérieur pourtant un être consubstantiel. Le débit est monocorde, lent, il s’est beaucoup ralenti, le signe, peut-être, d’un affaissement général. Je pourrais finir par m’habituer à cette horreur ordinaire, m’accoutumer à cette tragédie familière. Je pourrais à mon tour finir par croire qu’il ne s’agit pas de mon frère, de ma chair, du plus proche, de ce double original et, dans le même mouvement, assumer comme une évidence acceptable qu’il s’agit bien de lui, que c’est ainsi, sanas doute possible. Je pourrais, moi aussi contempler ce corps comme celui d’un étranger et l’éteindre aussitôt pour retrouver tous les repères de l’enfance, un toucher d’éternité. Dans mon expression, je jure qu’on serait incapable de distinguer désormais l’empreinte d’une surprise, de débusquer l’indice d’une épouvante. Le calme de Thomas me rend moi-même paisible. »

 

« Thomas meurt. Thomas accepte de mourir. C’est ici dans la maison de Saint-Clément, la maison de l’enfance, qu’il choisit d’attendre de mourir. Je suis près de lui. C’est encore l’été. J’ignorais qu’on pouvait mourir en été.
Je croyais que la mort survenait toujours en hiver, qu’il lui fallait le froid, la grisaille, une sorte de désolation, que c’est seulement ainsi qu’elle pouvait se sentir sur son terrain. Je découvre qu’elle peut tout aussi bien exercer sa besogne en plein soleil, en pleine lumière. Je songe que Thomas l’accueillera en pleine lumière. »

 

 

« Voilà. Il faut retrouver cette terreur, désormais presque familière. Il faut vivre avec cela, la peur que tout s’arrête, en une minute, que l’hémorragie survienne et l’emporte. Je songe qu’à tout instant, la tête pourrait partir en arrière, explosée de sang, comme si elle avait été atteinte par une balle tirée de loin. J’ai cette image saugrenue dont je ne parviens pas à me débarrasser, celle du président Kennedy, à Dallas, le 22 novembre 1963, à l’arrière de sa Lincoln décapotable. Je vois la tête qui part en arrière, sous l’impact des balles, le corps qui s’affaisse. Je vois l’affolement et je songe que ce qu’il pourrait nous être donné de connaitre. J’ai beau me dire que c’est absurde, malsain sans doute, je n’arrive pas à éloigner cette vision. Dans l’ignorance où nous nous trouvons, il y a la place pour tous les fantasmes, tous les cauchemars. »

 

 

« Saint-Clément, c’est la terminaison d’un monde, comme l’était dans mon imaginaire enfantin le Cap Horn. C’est le point au-delà duquel les eaux prennent le dessus, à partir duquel les hommes doivent déposer les armes. On raconte que les bateaux se sont perdus dans les eaux mauvaises, au large, malgré le phare, que des marins se sont noyés, que leurs cadavres ont été charriés par les marées, ramenés par elles à la terre ferme. On raconte des histoires extraordinaires. »

 

« Ici, on peut facilement éprouver une manière d’abandonner, comme si on était le dernier homme, et comme s’il suffisait de se laisser aller désormais, de n’avoir plus aucune prise sur rien. Ce sentiment, c’est autant celui du relâchement que celui de l’offrande, autant celui de la solitude imposée que celui de l’exil choisi. »

 

 

« On n’est pas préparé à la perte, à la disparition d’un proche. Il n’y a pas d’apprentissage de cela. On ne sait pas acquérir l’habitude de la mort. La mort de l’autre, nous prend forcément par surprise, elle est un événement qui nous désarme, qui nous laisse désemparé, y compris lorsqu’elle est prévisible, le plus prévisible des événements. Elle est une occurrence absolument certaine et cependant pratiquement inconcevable, et qui nous précipite dans une étrange hébétude.
On sait la nommer , parler d’elle et lorsqu’elle est là , lorsqu’elle survient , lorsqu’elle fauche un proche , lorsqu’elle s’empare d’un ami , d’un frère , on est dans la détresse intégrale , dans l’ignorance de ce qu’il faut faire , dire , on est sonné comme un boxeur qui a vu le coup arriver et qui est pourtant surpris par sa violence , qui vacille sur ses jambes avant de s’écrouler sans pouvoir s’y opposer . La chute , on ne peut pas l’empêcher »

 

 

Lu 25/02/2013

Publié dans Lectures anciennes

« Dix-neuf secondes » de Pierre Charras

Aujourd’hui, arrive dans le giron de mon blog, ce petit livre de 144 pages que j’ai plutôt bien aimé à l’époque et que j’avais eu envie de  partager…

 

Dix neuf secondes de Pierre Charras

 

Ce que j’en pense : 

 

Ce petit livre est étonnant, on s’attend à une histoire d’amour qui se délite entre un homme Gabriel et une femme Sandrine (ceci pourrait être n’importe lequel d’entre nous). Ils se fixent un challenge car ils sentent que l’amour entre eux ne ressemble plus à celui des premiers jours afin de faire le bilan, voir s’il faut continuer à vivre ensemble, s’ils peuvent encore partager des choses. Ils se donnent rendez-vous dans une station de métro(Zeus), lui attend sur le quai et elle doit se trouver dans le troisième wagon. Si elle descend comme prévu à cette station, leur couple sera sauvé sinon ce sera la séparation.

La décision doit se prendre en 19 secondes, c’est le temps que mettent les portes à se refermer. Chaque chapitre est en fait une seconde qui s’écoule donc 19 chapitres, durant lesquels vont se passer des tas de choses, car l’auteur fait intervenir d’autres personnages : un homme bizarre en blouson jaune qui aide une jeune fille Sophie à monter in extremis dans la wagon pour aller trouver son copain Ludo en cachette de ses parents, Emmanuel qui enseigne le Français à la faculté de Vincennes, homosexuel plus ou moins bien dans sa peau, Gilbert, photographe, Chrystelle qui fait le trajet tous les jours pour le travail (elle est la seule à travailler dans son couple, son mari devenu alcoolique.

Pierre Charras nous expose tantôt les cogitations des deux héros Sandrine avec sa tache de vin sur le cou (« son Gorbatchew » comme elle dit, qu’elle assume sans problème) et Gabriel, tantôt, il nous décrit les autres personnages. De ce fait, il y a un rythme saccadé, oppressant qui s’installe au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture. On se pressent que quelque chose de grave va se passer, on le devine même. La vie de tous va être bouleversée…

Ce livre prend possession de nous, l’angoisse monte à peine suggérée au début et on se laisse entraîner avec fascination. Pierre Charras essaie de nous démontrer que la vie peut basculer d’une seconde à l’autre, que chaque instant est fragile, que le bonheur est fragile et s’en va si on ne le cultive pas. C’est aussi une illustration du papillon et du cyclone.

(On retrouve aussi l’idée que le hasard n’existe pas.)

C’est bien écrit, les phrases sont percutantes et on s’immerge complètement dans ce petit livre. Tous les personnages sont attachants, certains plus sympathiques que d’autres, bien sûr, et la chute est bien….

 

Ce que cela me suggère aujourd’hui:

 

C’est terrible, je ne garde aucun souvenir de ce roman qui m’avait pourtant bien plu , semble-il. Je trouve l’idée originale et l’écriture est belle ainsi qu’en témoignent les extraits. Je devrais peut-être le relire.

Il a reçu le prix du roman FNAC 2003…

 

L’auteur :

 

Pierre Charras, né à Saint-Etienne en 1945, est un acteur, écrivain, et traducteur d’anglais. Il a publié plusieurs romans dont « Monsieur Henri », prix des deux Magots (1995), « Juste avant la nuit » (1998), « Comédien » (2000) et « Dix-neuf secondes », prix du roman FNAC 2003.

Sa filmographie est intéressante…

Il est décédé en 2014.

 

Extraits :

 

« Malgré son jean, ses grosses chaussures militaires, son blouson de cuir, ses cheveux courts, elle avait une grâce que rien ne peut entamer, qui dure quelques années, entre quatorze et dix-huit ans, le plus souvent. Avant, ce sont des enfants, ensuite ce sont des femmes, mais pendant la parenthèse, elles sont invincibles, inaltérables. Des sortes de déesses antiques. Ou, pour le moins, des Terriennes privilégiées qui auraient reçu des cieux ce cadeau hors de prix : plaire à tout le monde »

 

« Il a beaucoup de mal à classer les adolescents entre quatorze et dix-neuf ans. Comme si, au sortir de l’enfance, ils basculaient tous d’un bloc dans un âge commun. C’est à cause de cette dureté qu’ils ont aujourd’hui, indépendamment de leur milieu social, de l’entente de leurs parents, de leurs expériences intimes. Pendant quelques temps, après qu’ils ont quitté les rêves des premières années et qu’ils échappent encore aux illusions auxquelles les adultes sont bien obligés de se raccrocher pour survivre, ils sont durs, tout droits, héroïques, pourrait-on dire. Ils font bravement face à un avenir menaçant, désespérant, menacé. »

 

Il sent chez lui, parfois, une carence en haine. Car c’est reposant la haine, c’est naturel, c’est la plus grande pente. Comment expliquer, sinon, qu’elle soit si répandue ? Emmanuel ne hait personne. Cela ne veut pas dire qu’il a de la sympathie pour tout le monde, mais, enfin, il y a de quoi s’inquiéter.

 

Ça a commencé après la mort de Benoît. Emmanuel s’est perçu un jour comme imaginaire. Comme si celui qu’il voyait dans le miroir, qu’il lavait, qu’il habillait, qu’il nourrissait bouchée après bouchée, ce n’était pas lui mais encore Benoît. Cet effacement du corps, c’est son deuil, peut-être.

 

Personne ne semble avoir remarqué le sac. Emmanuel pense, amusé, qu’il pourrait bien contenir une bombe et il a presque envie de crier « attention » … mais il imagine la suite, lorsqu’on s’apercevra que le sac ne renferme que des chaussures de course et un short. Comme ils auront honte, tous, d’avoir eu peur et comme ils chercheront à noyer leur malaise en se retournant contre le messager.

 

 

Oui, comme ils se moqueront de lui, alors ! La moquerie, c’est bien ce qui le terrifie le plus. Comme tous les enseignants sans doute. Lorsqu’ils montent sur l’estrade, gagnent leur bureau et affrontent leur auditoire, ils préfèreraient n’importe quoi à une moquerie. Un coup de feu, de couteau. Une bombe, oui, justement. Plutôt mourir qu’avoir honte.

 

 

Lu en juillet 2013

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« Un garçon d’Italie » de Philippe Besson

Retour sur un roman qui m’a bien plu jadis:

 

Un garçon d'Italie Philippe Besson

 

Résumé

 

L’été finit à Florence, ville des princes et des énigmes.
Mon histoire, elle, commence.
Je m’appelle Luca et j’ai disparu.
Deux êtres s’en vont à ma recherche : Anna, ma compagne, tout en courage et en douleur, et Leo, jeune homme mystérieux qu’on voit souvent rôder aux abords de la gare.
Que je vous dise : je suis mort.
Pourtant, c’est bien moi qui vous parle.

 

 

 Ce que j’en pensais en 2013

 

Dans ce livre Philippe BESSON nous raconte l’histoire de 3 personnes : une femme Anna, son compagnon Luca et l’amant de celui-ci Léo. Luca est découvert mort dans les eaux de l’Arno, et chacun va s’interroger sur cette mort.

Est-elle naturelle, accidentelle ou criminelle avec l’inspecteur Tonello qui dirige l’enquête.

Peu à peu Anna comprend que celui qu’elle prenait pour son compagnon depuis cinq ans (ils vivaient séparément mais il lui disait qu’il l’aimait, sans jamais lui offrir de fleurs, sans avoir de délicates attentions comme le fait habituellement un homme amoureux, mais elle prenait cela pour de la timidité) avait en fait une double vie.

L’histoire est racontée par chacun des protagonistes : Anna qui analyse ses sentiments, fait le bilan de leur « vie commune » ; Luca qui explique peu à peu ce qui l’a poussé dans les bras d’un prostitué : ce qu’il ressent pour Anna, ses efforts pour avoir une vie » normale » hétérosexuelle pour faire plaisir à ses parents qui ne sont homophobes et qui nous parle du monde des morts : dans son cercueil, puis dans sa tombe; et Léo prostitué qui rencontre ses clients du côté de la gare dans des conditions plus ou moins sordides, glauques qui nous perturbent à la lecture du roman tant la souffrance est intense.

Anna est touchante car elle est perdue, se pose des questions, ressent de la culpabilité (est-ce de sa faute si Luca préfère les hommes), elle va jusqu’à fouiller l’appartement de Luca et ce qu’elle vit comme une violation pour ne pas dire un viol, c’est là qu’elle découvre l’homosexualité de Luca, c’est parce qu’elle cherche quelque chose qui pourrait expliquer l’attitude de non-dit des parents de Luca (à elle, la police ne peut rien dire, elle n’est pas mariée à Luca).

Rien n’est pire que ne pas savoir. A quel prix doit-on savoir et qu’est-ce qui en découle ? comment faire pour digérer ce qu’on apprend et qu’on présumait peut-être en préférant ne pas s’attacher à des petits détails qui auraient permis de creuser davantage.

Une fois de plus Philippe Besson nous raconte une belle histoire d’amour : amour entre un homme et une femme, entre deux hommes…. Tous les sentiments sont analysés en profondeur, creusés sans hypocrisie (et pourtant l’hypocrisie est présente dans le roman) mais chacun des protagonistes se livre avec douceur ou violence tel qu’il est.

Florence et l’Arno  sont eux-aussi des personnages à part entière dans le roman.

Entre chaque partie du roman,  il y a une phrase sublime de Cesare PAVESE tirée du livre « Le Métier de vivre « .

 

Qu’en reste-t-il  aujourd’hui?

 

Ce roman m’a beaucoup plu à l’époque, je découvrais l’auteur sa sensibilité, sa belle écriture… Je ne sais pas si je le lirais avec autant de plaisir, j’étais une groupie à l’époque…

Je m’étais promis de lire « Le métier de vivre » de Cesare Pavese car j’ai aimé toutes les citations que donne Philippe Besson pour introduire chaque chapitre, mais vous connaissez mon addiction à la littérature et donc l’état de ma PAL: il me faudrait trois vies pour lire tous les livres qui s’y trouvent et en plus dès que j’en sors un pour le lire, j’en rajoute deux ou trois autres alors…

Je me rends compte que je suis de plus en plus exigeante dans mes lectures et mes appréciations. C’est une belle histoire quand-même…

 

Extraits :

 

 

Depuis toujours, je suis celui qu’on cache, celui qui est interdit de paraître. Je me suis accommodé de ce secret. J’ai même trouvé mon compte à cette dissimulation. Je n’ai pas eu le désir de les rencontrer, tous ces gens de la famille. Je n’ai pas voulu qu’ils me crachent dessus. Surtout que je me serais senti obligé de leur rendre la pareille.

Voilà, j’ai vu ce visage tous les jours pendant 5 années, et je ne le reverrai plus. J’aurais dû contempler ce visage jusqu’à la fin du monde, le monde est encore là et lui n’y est plus. J’ai eu cette pensée toute simple, que je ne sais pas énoncer autrement qu’avec des mots simples. La tristesse parfois est une régression.

Et pourtant, le bonheur, ce pourrait être ça : ce moment de rien, cet instant tremblé, cette douceur froide, cette lenteur, cette inconséquence. J’ai accompli souvent des promenades comme celles-ci, et qui m’ont procuré une belle sérénité. Parfois, le bonheur et le malheur sont étrangement proches. Aujourd’hui, c’est frappant comme ils se rejoignent.

La souffrance, si je m’essaie à la lucidité, ne provient pas de la séparation physique, même si le corps de Luca me manque abominablement. Elle n’est pas l’effet de disparition, puisqu’il m’a fait défaut si souvent. Non, c’est autre chose, qui a à voir avec la certitude d’être dépareillée, incomplète, de ne pas suffire. Il fallait que je sache que nous étions deux pour prendre une consistance. Seule, je n’existe pas. Je ne sais pas être le singulier de notre pluriel d’avant.

Les questions sont une gêne, presque toujours. Seules les réponses, et de préférence les plus tranchées, assurent la tranquillité.

           Ce qui compte, c’est de savoir. Peu importe que nous soyons dévastés par ce que nous allons apprendre. Tout vaut mieux qu’une ambigüité, une obscurité.

On raconte que les femmes sont dotées d’une intuition très supérieure à celle des hommes, et, moi, j’y crois. On dit qu’elles ont une sorte de sixième sens presqu’infaillible, une aptitude à voir au-delà des simples apparences, et c’est sûrement vrai. Il n’aurait pas été absurde qu’elle devine mes efforts pour me taire parfois, ou simplement qu’elle s’essaie à démonter mes petits mystères, à éclairer mes zones d’ombre. Plus d’une fois, elle a dû me juger abscons, obscur, furtif. Pourtant elle ne m’a jamais questionné. Elle est de ces êtres qui estiment qu’en amour (en amour seulement) il ne faut pas poser de questions si on veut obtenir des réponses.

Le mépris, bien sûr, c’est impossible de ne pas en souffrir, les injures, c’est impossible de ne pas les entendre, les postures, c’est impossible de les ignorer. La méchanceté des autres, on la reçoit comme un bagage trop lourd. Elle nous leste, elle est là, présente, à chaque instant. Elle suinte, elle se susurre, ou elle se donne en spectacle. On doit la prendre avec soi. Le premier courage dans une vie, c’est résister à cette méchanceté-là, absolument gratuite, vulnérante, c’est de surmonter cette agression des bien-pensants, c’est recevoir sans broncher les coups assénés par ceux qui ne savent rien mais qui donnent des leçons, par les ignorants perclus de réflexes qu’on leur a inculqués, par les innocents dont la rage surgit du plus profond.

Désormais, ça va dérouler. Comme dans la tragédie. Il n’y a rien à faire. C’est déclenché, cela ne s’arrêtera plus. On aura beau espérer une rémission, un hasard, une chance, un accident, ça ira quand même jusqu’à son terme et ce terme, il est entendu.

J’aurais mis longtemps à cesser d’être naïve. Mais c’est précisément à quoi on reconnait les naïfs : ils ignorent leur état. Et, quand ils en prennent finalement conscience, il est déjà trop tard.

 

Lu en mai 2013

Publié dans Lectures anciennes

« Les lisières » : Olivier Adam

Retour sur un roman qui m’a bien plu à l’époque avec:

 

Les lisieres Olivier Adam

 

Mon ressenti en 2013:

 

Paul Steiner est un écrivain en déroute. Autant sur le plan professionnel que familial. Sa femme l’a quitté alors qu’il était en panne au niveau succès littéraire et aussi car elle ne pouvait plus le supporter alors que lui est toujours amoureux d’elle.

Il fait le bilan de sa vie, car il n’est heureux que lorsque ses enfants sont avec lui, mais il ne joue pas son rôle de père : ce sont trois enfants qui s’amusent car il ne perçoit pas que se baigner dans la mer froide peut avoir des conséquences sur la santé des enfants et engendrer une colère de sa femme qu’il ne comprend pas : qu’a-t-il fait de mal ?

Un jour son frère l’appelle pour qu’il vienne s’occuper, pour une fois, de ses parents car sa mère vient d’être hospitalisée et son père veut à tout prix quitter la maison familiale pour aller finir leur vie dans un petit appartement. Paul refuse cette décision, car cela signifie qu’une partie de sa vie s’écroule. Il découvre avec effarement que son père s’apprête à voter pour « la grande blonde » et que dans les cités règne la violence, l’insécurité qui poussent les habitants vers le front national.

Paul est dans sa bulle et comme d’habitude il a un déni de la réalité et cherche à fuir comme il l’a toujours fait. Ce n’est pas un hasard, s’il est parti s’exiler dans le Finistère (au bout de la terre, loin de la famille et de l’enfance). La Bretagne est magique avec ses vagues, sa démesure ‘qui nous rappelle « falaises » par la même occasion).

Durant son séjour en banlieue il va rencontrer des copains d’enfance dont il est toujours aussi différent et éloigné. En triant des cartons dans le grenier il tombe sur une photo remontant à l’enfance et qui lui faire comprendre pourquoi il a une amnésie concernant les dix premières années de sa vie, et qu’il y a un secret de famille important qui explique en partie sa pathologie.

Paul est en fait atteint de troubles bipolaires avec cette dépression profonde qu’il traîne partout avec lui. Il est en lisière de tout : sa vie de tous les jours, sa nature profonde qu’il cherche tout le temps avec comme un leitmotiv le Japon qu’il a tant aimé et qui est en plein tsunami. Ce Japon où il voudrait fuir encore une fois comme si la solution était ailleurs.

Un très beau roman qui décrit l’univers de la dépression, des deuils que l’on ne veut pas toujours faire, c’est tellement tentant de fuir. On pense évidemment que Paul et Olivier se ressemblent beaucoup, et que sa dérive est aussi celle de la France où les cités sont à la lisière de la vie en province.

Un beau roman donc, mais tellement percutant qu’on a besoin ensuite de lire un ouvrage léger pour pouvoir le digérer.

 

Et aujourd’hui?

 

C’était mon premier « contact » avec Olivier Adam, dont on parlait beaucoup dans les blogs, les émissions littéraires »  entre autres. Je me souviens qu’au club de lecture, il y avait les inconditionnelles et celles qui ne supportaient pas sa façon de jouer avec la caméra pour offrir son meilleur profil et sa mèche folle…

Cela avait suffi pour attiser ma curiosité; je précise quand même que j’avais adoré le film tiré de son roman « Je vais bien , t’en fais pas »….

J’ai lu d’autres romans de Olivier Adam par la suite et j’aime son côté mélancolique, la manière dont il parle de la dépression alors je pense que ce livre me plairait tout autant. aujourd’hui.

 

L’auteur :

 

Olivier Adam est un écrivain français né le 12 juillet 1974. Après des études en gestion des entreprises culturelles, il se lance dans l’écriture et devient rapidement un des écrivains les plus connus de sa génération.

Il participe à la création du festival littéraire « Les Correspondances de Manosque » et se fait connaître du grand public en 2000 en publiant son premier roman « Je vais bien, ne t’en fais pas » qui sera ensuite adapté au cinéma par Philippe Lioret avec pour acteurs Kad Mérad et Mélanie Laurent.

 

Extraits :

 

 « Je n’étais jamais là. Je ne l’avais jamais vraiment été. C’était comme une maladie. Qui remontait aux origines. Ma vie s’ouvrait sur un trou noir. Une absence. Un socle dont rien ne subsistait et dont je continue aujourd’hui à me dire qu’il m’a toujours manqué. Ma vie était bâtie sur du sable. Des années opaques dont ne subsistait qu’une matière opaque, impénétrable. Et mes premiers souvenirs n’étaient que souvenirs de disparition. »

 

« Je m’étais posté face au vide, à l’abri des regards. Je me souviens du néant qui m’a aspiré à cet instant précis, m’a siphonné de l’intérieur, vidé de toute substance. Et aussi, de la joie que j’ai éprouvée alors. Du soulagement. J’avais dix ans et je voulais mourir. »

 

« Mon père finit par nous avouer qu’il avait dû prendre un crédit pour financer nos activités. Mais il voulait que jamais il ne fût dit qu’il n’avait pas les moyens de nous payer des cours de musique ou de sport. La vérité était pourtant telle. Il n’en avait pas les moyens et l’argent le en concevait de la douleur, peut-être même de la honte. »

 

« On est ce que l’on peut. On a certes le devoir de l’être de son mieux mais enfin, on est ce qu’on peut. »

 

« J’avais beau avoir grandi dans un camp, j’avais beau me sentir toujours aussi mal à l’aise au milieu de la bourgeoisie intellectuelle qui peuplait majoritairement le milieu auquel je devais me frotter par obligation professionnelle, j’étais passé de l’autre côté. En dépit de tout ce que je pouvais en dire ou écrire, je n’étais plus d’ici. Et puisqu’il semblait acquis que je ne serais jamais non plus d’ailleurs, j’étais désormais condamné à errer au milieu de nulle part. »

 

« D’où venait qu’après tant d’années une mère et son fils se connaissaient si mal, se parlaient si peu, se témoignaient si peu de tendresse ? D’elle ou de moi ? Etait-ce là un symptôme de plus de mon incapacité à entrer réellement en contact avec les autres, de cette manie que j’avais de les fuir, de ce paradoxe qui me faisait me replier sur moi et refuser les marques d’affection, les démonstrations d’intimité, an même temps que je me plaignais intérieurement de ma solitude, de la froideur et l’abstraction des liens qui m’unissaient aux autres : mes amis, mes parents, mon frère ? »

 

« J’avais l’impression qu’ici chacun était venu pour se sauver. Chacun tentait de faire peau neuve. Chacun fuyait sa vie son passé son présent ses fantômes, essayait de les tenir à distance et de les noyer quotidiennement en fixant l’étendue marine, et plus encore en s’y plongeant comme on se lave. »

 

« Car, si je réalisais soudain combien mes parents m’avaient peu ou mal aimé, et combien cela avait conditionné ma vie, mon incapacité à être au monde, ma soif inextinguible de reconnaissance, d’affection, de preuves, de gestes, de signes, de mots, l’inverse était sans doute tout aussi vrai. »

 

« Et je ne parle pas du mépris que lui avaient inspiré les différentes manifestations de la Maladie qui me rongeait depuis toujours. Que j’arrête de manger, que je maigrisse jusqu’à devenir translucide, que je traverse de longues phases de douleurs dont sels les médicaments parvenaient à me sortir relevait à ses yeux, au mieux de la complaisance, au pire d’une volonté suspecte de faire le malin, de se faire remarquer. »

 

« Non, je n’étais jamais là, j’étais plus poreux à la vie des autres qu’à la mienne, j’étais plus ému par la fiction que par le réalité, j’étais un handicapé, ou un malade, et si tout ça me servait pour écrire des livres, si je m’en vantais même, en tant qu’être humain ça me rabaissait à une simple merde. »

 

Lu en mai 2013

Publié dans Lectures anciennes

« L’ombre du vent » de Carlos Ruiz-Zafon

 

J’ai relu cette critique, postée en 2013, en ressentant la même émotion et le même enthousiasme qu’à l’époque. Alors je n’ai pas changé un iota. Il a longtemps fait partie de la rubrique « Livres pour une île déserte » sur Babelio. Depuis il a été détrôné par d’autres…

Je m’étais promis de lire les suivants mais le temps passe si vite… Ils trônent sur une étagère de ma bibliothèque et je sens quelque fois un regard lourd de reproche….

 

L'ombre du vent de Carlos Ruiz-Zafon

 

 

Quatrième de couverture:

 

1945. Barcelone se réveille après neuf années de guerre. Dans une ruelle étroite, deux silhouettes émergent au petit jour. Un père, libraire, et son fils de 10 ans s’en vont sacrifier à un rituel centenaire. Bientôt, le Cimetière des Livres Oubliés leur ouvrira ses portes. Parmi les fantômes et les rayonnages, le jeune Daniel choisira un volume, un seul. Ce sera « L’ombre du vent ». Dès lors, la recherche de son auteur, Julian Carax, obsèdera Daniel jusqu’à façonner le cours de son existence.

 

  Ce que j’en pense :

 

C’est le premier roman de Carlos Ruiz-ZAfon que je lis et c’est une découverte fantastique. Je viens juste de le refermer et j’avoue que j’ai du mal à m’en détacher.

Ce livre nous raconte l’histoire de Daniel Sempere qui se déroule dans Barcelone et débute en 1945. Il est orphelin de mère depuis qu’il est tout petit et aide son père qui tient une librairie. Ils s’aiment profondément tous les deux mais ont du mal à communiquer.

Son père l’emmène dans une maison étrange, un vieil hôtel particulier, de style gothique, où se trouve  un endroit appelé « le cimetière des livres oubliés ». Là, son père lui demande, comme c’est la tradition dans la famille, de choisir un livre, et de l’adopter en prenant soin de lui durant son existence. Après avoir erré dans un labyrinthe de couloirs, touché plusieurs ouvrages, sous l’œil bienveillant d’Isaac, gardien des lieux il trouve « son livre  » : « l’ombre du vent » de Julian Carax. Il a dix ans et ce livre va bouleverser sa vie.

Il le lit et fasciné par l’auteur autant que par le roman, il va essayer d’en savoir plus. Qui est Julian Carax ? a-t-il écrit d’autres romans ?

Dans sa quête, il va rencontrer des personnages parfois truculents comme Fermin Romero de Torres, clochard rencontré dans la rue dont l’histoire est touchante et qui va venir travailler dans la librairie du père de Daniel, mais parfois horribles comme le sinistre policier Francesco Javier Fumero qui a collaboré dans toutes les affaires louches pendant la 2ème guerre mondiale et la guerre civile espagnole. Tout lui est prétexte à torturer.

Peu à peu, on découvre cet homme mystérieux qu’est Julian, romancier et pianiste la nuit pour vivre. On découvre les amis d’enfance, son grand amour Pénélope, les petites trahisons des uns et des autres et on se rapproche du secret monstrueux qui a bouleversé sa vie et au fur et à mesure des découvertes, on se rend compte de certaines similitudes entre la vie de Daniel et celle de Julian. Leurs histoires se ressemblent, s’emmêlent parfois.

On avance peu à peu avec Daniel dans sa recherche, ses rencontres dans des lieux bizarres que je vous laisse découvrir.

Ce livre est remarquablement écrit, Carlos Ruiz-Zafon entretient le suspens, il nous décrit l’évolution de Barcelone, les ramblas, les bâtiments anciens, l’architecture, la magie de cette ville qu’il aime et qui joue un rôle important dans le livre.

 Il se lit comme on déguste une friandise, telle celle que distribue Fermin aux personnes dans le chagrin, il se savoure avec gourmandise, chaque page amenant un autre évènement, un autre personnage et on le laisse avec regret, le temps passe si vite, qu’on ne voit pas passer les cinq cent pages. Certains pourraient être amputés de quelques pages car le récit s’étire, se perd dans des détails sans trop d’intérêt, celui-là non. Rien n’est superflu, tout est plaisir.

 L’idée qui sert de trame au roman est superbe, on est embarqué avec les personnages, on sent l’odeur de livres anciens, l’amour des personnages pour les livres. Bref, c’est un livre magnifique et je vais continuer à explorer l’univers de cet auteur que je ne connaissais pas et dans lequel les fidèles de Babelio m’ont donné envie de plonger.

 

L’auteur :

 

Carlos RUIZ-ZAFON est né à Barcelone en 1964. A l’âge de quatorze ans, il écrit son premier roman, une histoire de 500 pages, à dix-neuf ans, il choisit pourtant de faire carrière dans la publicité, qu’il quitte rapidement pour se consacrer à l’écriture et son roman « Le Prince de la brume » publié en 1993 qui obtient le prix Edebé, prix de littérature de jeunesse espagnol. « L’ombre du vent » a obtenu le prix Planeta.

Il y a quelques années, il s’est installé à Los Angeles où il écrit (livres et scenarii)

 

 

Extraits :

 

 » Si j’avais pris le temps de réfléchir un peu, j’aurais compris que ma dévotion pour Clara n’était qu’une source de souffrance. Mais, je ne l’en adorais que plus, à cause de cette éternelle stupidité qui nous pousse à nous accrocher à ceux qui nous font du mal »

 

 « Dans une vitrine, je vis un placard publicitaire de la maison Phillips qui annonçait l’arrivée d’un nouveau messie, la télévision, dont il était dit qu’elle changerait nos vie et nous transformerait tous en créatures du futur, à l’image des Américains. »

 

 « – La télévision est l’Antéchrist, mon cher Daniel, et je vous dis, moi, qu’il suffira de trois ou quatre générations pour que les gens ne sachent même plus lâcher un pet pour leur propre compte et que l’être humain retourne à la caverne, à la barbarie médiévale et à l’état d’imbécillité que la limace avait déjà dépassé au Pléistocène. ce monde ne mourra pas d’une bombe atomique, comme le disent les journaux, il mourra de rire, de banalité, en transformant tout en farce et, de plus, en mauvaise farce. »

 

« comme nous l’enseigne Freud, la  femme désire l’opposé de ce qu’elle pense ou déclare, ce qui, a bien y regarder, n’est pas si terrible, car l’homme, comme nous l’enseigne monsieur de la Palice, obéit, au contraire, aux injonctions de son appareil génital ou digestif ».

 

« La méchanceté suppose une détermination morale, une intention et une certaine réflexion. L’imbécile, ou la brute, ne s’attarde pas à réfléchir ou à raisonner. il agit par instinct, comme un bœuf de labour, convaincu qu’il fait le bien, qu’il a toujours raison, et fier d’emmerder, sauf votre respect, tout ce qu’il voit différer de lui, que ce soit par la couleur, la croyance, la langue, la nationalité ou, la manière de se distraire. »

 

 Les mots avec lesquels on empoisonne le cœur d’un enfant, par petitesse ou ignorance, restent enkystés dans sa mémoire et, tôt ou tard, lui brûlent l’âme. »

 

 Julian est mort seul, convaincu que personne ne se souviendrait de lui, ni de ses livres et que sa vie n’aurait eu aucun sens. Ça lui aurait fait plaisir de savoir que  quelqu’un voulait le garder vivant, conserver sa mémoire. Il disait souvent que nous existons tant que quelqu’un se souvient de nous. »

 

  « Quelqu’un a dit un jour que se demander simplement si on aime est déjà la preuve qu’on a cessé d’aimer. »

 

 « Rien n’alimente l’oubli comme une guerre, Daniel. Nous nous taisons tous, en essayant de nous convaincre que ce que nous avons vu, ce que nous avons fait, ce que nous avons appris de nous-mêmes et des autres est une illusion, un cauchemar passager. Les guerres sont sans mémoire, et nul n’a le courage de les dénoncer, jusqu’au jour où il ne reste plus de voix pour dire la vérité, jusqu’au moment où l’on s’aperçoit qu’elles sont de retour, avec un autre visage et sous un autre nom, pour dévorer ceux qu’elles avaient laissés derrière elles. »

 

 « Béa prétend que l’art de la lecture meurt de mort lente, que c’est un rituel intime, qu’un livre est un miroir où nous trouvons seulement ce que nous portons déjà en nous, que lire est engager son esprit et son âme, des biens qui se font de plus en plus rares »

 

 

10 juillet 2013

Publié dans Lectures anciennes

« Le soleil et la cendre » de Frédérique Jourdaa

Parlons Histoire aujourd’hui avec une lecture qui me rappelle bien des souvenirs… Ma chronique est déjà un peu mieux structurée que la précédente mais des progrès restent à faire…

Chose curieuse, il y a eu très peu de critiques sur ce livre sur les réseaux sociaux…

 

le soleil et la cendre de Frédérique Jourdaa

 

Résumé

 

En 1659, Louis XIV doit épouser l’Infante Marie-Thérèse en gage de paix avec l’Espagne. Il abandonne à regret Marie Mancini, son premier amour. Mais à Bordeaux, les négociations de paix s’enlisent et le mariage ne se profile pas avant de longs mois, obligeant la Cour à se déplacer à Toulouse pour éviter la honte d’un retour précipité à Paris.

 

Ce que j’en pense :

 

Grâce à Masse critique, je viens de découvrir ce livre et j’avoue qu’il me plaît beaucoup. Ce livre raconte les pourparlers autour du mariage de Louis XIV avec sa cousine germaine Marie-Thérèse, sous la férule de Mazarin dans le but de faire cesser la guerre avec l’Espagne qui dure depuis 30 ans et constitue un gouffre financier pour le royaume de France.

Or, le roi est amoureux de Marie Mancini, nièce de Mazarin, lequel a dans un premier temps favorisé cet amour multipliant leurs rencontres, leurs tête-à-tête. Brutalement, Mazarin va décider d’écarter sa nièce, de géographiquement l’éloigner du roi qui n’est pas d’accord et se targue de sa majorité pour vouloir imposer son choix amoureux.

On assiste aux intrigues de Mazarin, personnage fascinant, haut en couleur, fin politicien, retors passé maître dans l’art de l’intrigue et de la manipulation, alternant flatteries et sévérité pour qu’on lui obéisse, la main de fer dans le gant de velours, les reproches exprimés le sourire aux lèvres, tout son comportement fait qu’il est respecté et craint. Il ne laisse pas indifférent, car on ne peut qu’admirer son génie dans la politique qui peut s’avérer fascinant.

On voit évoluer aussi Fouquet, surintendant des finances qui adore le luxe et se construit un château digne d’un monarque. Il se fait fort de se rallier la confiance du roi en favorisant les rencontres en cachette avec Marie Mancini, frivole certes mais sincèrement amoureuse du roi.

Colbert aussi sort ses armes et les trahisons entre camps sont omniprésentes car la guerre coûte cher, et il faut lever des impôts alors que les tractations avec le roi d’Espagne coûtent une fortune, la cour se déplaçant vers la Bidassoa en direction de Saint-Jean-de-Luz, tandis que Marie Mancini est envoyée avec sa famille vers Bordeaux. Et sans oublier bien sûr l’omniprésence en filigrane de Condé et toute une cohorte de personnages plus ou moins truculents que je vous laisse découvrir…

En parallèle, Mazarin charge de mission  le petit fils de Nostradamus : Pierre de Nostredame chargé de veiller sur Marie par Mazarin dans le but de l’espionner et qui vit lui-même une histoire d’amour avec Louise tout en étant sensible au charme de Marie (la petite histoire dans la grande.

Les longues chevauchées où l’on épuise les chevaux sans se préoccuper de leur nourriture ou leur repos……

J’avais des souvenirs scolaires d’Anne d’Autriche qui me paraissait être un personnage froid alors qu’en fait elle porte une grande souffrance en elle car elle a été maltraitée par son époux, sa famille (elle a été longtemps stérile), et sa relation avec Mazarin est plutôt trouble.

 J’aime le délié de l’auteur, les descriptions des paysages et des situations qui nous font découvrir la France de l’époque avec ses complots, ses trahisons, ses manœuvres politiciennes qui sont encore tellement d’actualité. On ne s’ennuie jamais car on est happé dans l’histoire.

Cet épisode méconnu de l’histoire de France est passionnant, car même si on connaît la conclusion dès le départ, on se prend au jeu et je conseille vivement de lire cet ouvrage …..

 

L’auteur :

 

Frédérique JOURDAA est journaliste et écrivain; on lui doit notamment : « le Baiser de Qumrân » et  « la planète Attali ».

Elle est également l’auteur du spectacle « Les noces royales de Louis XIV » créé en 2010 sur le bassin de Neptune au château de Versailles.

Depuis 2006, elle a produit une série d’émissions sur France Musique et France Culture.

 

Extraits :

« Mazarin voulait la paix à tout prix: la paix des peuples bien sûr, mais aussi la paix des princes, car pour Anne qui fut à quatorze ans, échangée contre Élisabeth de France, la fille d’Henri IV et future épouse de Philippe d’Espagne sur la rivière Bidassoa, à la frontière des deux pays, l’heureuse conclusion de toutes ces luttes passait par une union entre son fils aîné et Marie-Thérèse, sa nièce. La limpieza de sangre, cette vertu héritée de l’Inquisition, qui commande aux vieux chrétiens de favoriser les unions entre mêmes familles pour ne pas souiller leur souche avec des sangs impurs, confinerait ici au sublime »

 

« C’est là-bas, sur les voiles de frégates, sur ces terres vierges dont il lisait les récits faits par les explorateurs, que se jouait l’avenir du royaume.  La vieille Europe était un rêve terminé. Pour Fouquet, le devenir de la  France, ce n’était pas les ors ternis de l’Espagne ou la poussière des Habsbourg, c’était là-bas, l’Acadie, les Antilles, la Nouvelle-France. C’était l’air pur des océans. »

 

« Princesse mariée à quatorze ans, elle se remet entre les mains de Dieu pour traverser les mille et un chausse-trappes de la cour de France, entre un roi qui se détourne d’elle et un peuple qui la déteste. Entre les mains de Dieu encore pour subir ces vingt-deux années de stérilité, ces soupçons, ces menaces de répudiation. Jusqu’à la naissance providentielle de son fils aîné, Louis Dieudonné (futur) »

« Le temps a gommé les aspérités de son caractère et enraciné sa majesté naturelle. Anne d’Autriche est un soleil noir. Autour d’elle, tout s’éteint et se fige. Elle ne se presse pas. »

 

 « Le temps hier figé se dégèle soudain. Il coule tel un torrent libéré. Il s’échappe par leurs paumes brûlantes et leurs iris dilatés. Qu’il est bon enfin de s’épancher, de vibrer à l’unisson, de sentir chaque fibre de soi se mêler avec volupté à l’être aimé enfin retrouvé »

 

 « Était-ce un crime d’aimer? Les cœurs épris tissaient-ils donc autant de complots périlleux pour la raison et les affaires du royaume? la voix de Marie était un ruisseau. Rien n’y manquait, le souffle, l’écho, les étincelles et les ombres quand elle évoquait sa passion  secrète et partagée  pour le roi de France »

 

  » Bien qu’il fut le premier gentilhomme de France, le roi de France n’avait ni argent ni pouvoir. Son accession prématurée au trône avait permis à ses tuteurs d’organiser le royaume de telle sorte que ses grands commis décidaient de tout et en tout lieu. Il n’était pas le maître du jeu. S’il en avait été autrement, sans doute Marie (Mancini) eût-elle été à ses côtés, et peut-être déjà reine de France »

 

 « Tel est le propre de la politique, où il faut savoir du jour au lendemain sourire aux pires ennemis de la veille et tourner le dos à ceux qui hier vous tendaient la main. »

 

 L’avenir l’effraie. Du plus loin qu’il s’en souvienne, il porte l’habit de roi. Jusqu’à ce jour, il n’en a connu que les jeux, la musique, le théâtre, la chasse, la parade. Pour lui, sa mère et Mazarin ont tout supporté, affronté les guerres étrangères et les troubles domestiques, déjoué les cabales, fait tomber Condé, ce prince de sang qui avait osé prendre la tête de ses ennemis. »

 

« Nicolas Fouquet aimait la mer et les marins. Face à la houle, disait-il, on ne ment pas. Richesses ou infortunes, le destin s’y joue en un coup de barre. Son cœur battait avec le flux des marées. »

 

Lu en juillet 2013

Publié dans Lectures anciennes

« De là, on voit la mer » de Philippe Besson

Encore une chronique du passé avec ce livre :

 

De là on voit la mer de Philippe Besson

 

Critique

 

Dans ce roman, Philippe Besson nous raconte l’histoire de Louise, la quarantaine, romancière à succès de son état et qui peine sur le manuscrit du roman qu’elle vient de commencer à écrire et l’inspiration est en panne.

Son amie lui conseille de partir en Italie, dans sa maison, sous le soleil écrasant de ce début d’automne.

Les paysages, la ville elle-même (Livourne) sont très bien décrits et on les visualise sans problèmes car ils sont un personnage du livre.

Elle a laissé son mari, François, tout seul en France sans le moindre regret, la moindre émotion. La seule chose qui importe pour elle c’est « son roman », elle ne s’attache à personne à part bien sûr le jeune militaire qui devient son amant. Peu importe leur différence d’âge. En fait le problème dans cet adultère, ce n’est pas leur différence d’âge c’est la façon dont Louise se comporte : elle consomme du sexe comme d’autre de l’alcool ou autre produit mais elle ne donne rien, elle prend c’est tout.

Elle doit rentrer car on la prévient que son mari a eu un grave accident. Et là, je la trouve odieuse, sans empathie. Il est sur son lit d’hôpital, paralysé des membres inférieurs, et elle reste froide, absente, son corps est là, mais ses pensées sont en Italie, elle se moque complètement du geste désespéré de François. Puis s’en suit un huis-clos et je vous laisse découvrir la suite.

Je n’ai pas aimé cette femme, pas du tout. Seul est important, pour elle, « son livre » qui est lui aussi un personnage du roman de Philippe Besson car il est primordial, elle le fait passer avant tout, avant les sentiments, avant les êtres humains, bref une égocentrique dans toute sa splendeur.

Donc, j’ai moins aimé que les autres livres de Philippe Besson que j’aime beaucoup. Néanmoins l’écriture est toujours aussi belle, lumineuse comme l’Italie, déliée. J’attends le prochain avec impatience.

 

Citations

 

Le seul livre qui compte, c’est celui qui est en cours. Les autres se sont effacés. Cela ne l’empêche pas d’être fière d’eux le plus souvent mais ils appartiennent au passé, ils sont devenus lointains, leurs contours sont flous.

 

Les femmes qui n’ont pas le désir d’être mères ne sont pas des personnes normales, elles déchoient, elles appartiennent à une lumpen-féminité, à une infériorité indescriptible. Les femmes qui ne sont pas douées d’instinct maternel sont suspectes de cruauté, chargées d’infirmité en tout cas, leur cas n’est pas défendable, elles n’ont pas droit à la parole, on les réduit au silence, on les cache comme une maladie honteuse.

 

Et puis, l’écriture emporte tout. Même un enfant n’aurait pas fait le poids contre elle. L’écriture prend toute la place.

 

Elle n’est pas une personne aimable, n’a jamais cherché à l’être. Et elle s’en fiche de ne pas être admirable dans l’épreuve. Elle obéit à ses viscères, à son instinct. Ce n’est pas tellement son genre de demander pardon.

 

Et puis François n’a pas de mépris pour un homme qu’il ne connait pas, dont il ignore jusqu’au nom, qui n’est qu’une figure lointaine, étrangère, ma métaphore d’un naufrage conjugal. On ne déteste pas une métaphore.

 

 

terminé 18/06/2013