Publié dans Histoire

« Les égéries de la Révolution » de Jean et Marie-José Tulard

Je vous parle aujourd’hui d’un livre choisi dans le cadre d’une opération masse critique organisée par Babelio :

 

Les égéries de la Révolution de Jean et Marie-José Tulard

 

Quatrième de couverture

 

Séduire au risque d’en mourir : tel fut le sort de plusieurs héroïnes de ce livre dont le rôle politique sous la Révolution s’acheva sur l’échafaud. Ainsi d’Olympe de Gouges ou de Mme Roland…

On l’a oublié ou négligé : de grandes figures féminines tentèrent d’infléchir le cours de la Révolution dans un sens ou dans un autre. La plupart s’efforcèrent d’influencer des hommes politiques du temps – de là leur nom d’« égéries » – faute de pouvoir se faire entendre à la tribune et participer aux grandes décisions. Une revendication que les révolutionnaires ne cessèrent d’étouffer. Et pourtant, n’étaient-ce pas les femmes qui avaient ramené le roi de Versailles à Paris ou contribué à la chute de la monarchie ?

Voici l’histoire de la Révolution vue sous un autre jour, expliquant, entre autres, le renoncement du duc d’Orléans à la régence après la fuite du roi ou la chute inattendue de Robespierre le 9 Thermidor.

Dans les coulisses de la scène politique, ne fallait-il pas chercher l’égérie ?

 

Ce que j’en pense

 

J’ai choisi ce livre car mon intérêt pour l’Histoire est connu, et j’ai mis beaucoup de temps à lire, et à rédiger ma critique, car difficile de réaliser une synthèse…

Les auteurs ont choisi de découper leur ouvrage en plusieurs parties, des origines de la Révolution, à l’hypothèse de création d’une monarchie constitutionnelle, pour aborder ensuite la Terreur et pour finir le Directoire, en nous dressant pour chacune un portrait des femmes qui ont été influentes.

Certaines sont très connues et j’ai retrouvé avec plaisir une femme que j’admire : Olympe de Gouges qui s’est battue pour le statut des femmes et des minorités (les Noirs par exemple). Le portrait de Madame Roland est intéressant également car je connaissais fort peu de choses sur elle.

Autre chapitre intéressant, celui consacré à Charlotte Corday, dont bien-sûr on connait l’épilogue, Marat assassiné dans sa baignoire… la manière dont Charlotte construit son acte avec précision, force le respect.

Les auteurs évoquent également, ces femmes qui ont joué un rôle dans le déclenchement des évènements, les soulèvements, la marche des femmes pour ramener le Roi de Versailles et dont on connaît si peu de choses, à peine a-t-on entendu leur nom ci ou là…  Louise-Renée Leduc, alias, Reine Audu car elle régnait sur les Halles, centre d’approvisionnement de Paris, par exemple, ou encore Pauline Léon clubiste, qui voudrait bien convaincre les hommes que les femmes ont aussi des idées

« Devant les menaces qui pèsent sur le pays, elle exhorte les législateurs à permettre aux femmes de s’armer, car « l’amour de la patrie en danger et la haine des tyrans leur feront aisément braver tous les dangers ». Cela ne signifie pas rassure-t-elle, que les femmes abandonneront leurs tâches d’épouses et de mères de famille… »

Une de ces femmes m’a plutôt fascinée ; il s’agit de Theresia Cabarrus, qui prend position énergiquement pour les droits des femmes, qui lui vaudront des railleries, et un emprisonnement qui lui permettra de faire la connaissance de Tallien dont elle deviendra la maîtresse, ce qui au passage lui attirera les foudres de Robespierre le vertueux. Elle participera à sa chute ce qui lui vaudra « le surnom de Notre Dame de Thermidor, ce surnom suggérant que c’est elle qui aurait renversé Robespierre ».

Certaines, je l’avoue, m’étaient totalement inconnues : Mme de Polastron, Mme de Sapinaud pour ne citer qu’elles.

Je remercie vivement Babelio et les éditions Robert Laffont qui m’ont permis de lire ce livre, de découvrir certaines de ces égéries, dont le destin fut trop souvent funeste, et grâce à la bibliographie proposée par les auteurs, je vais pouvoir approfondir…

 

Les auteurs

 

Marie-José Tulard, haut fonctionnaire, puis avocate, a enseigné l’histoire des institutions à l’Université et publié plusieurs ouvrages juridiques.

Jean Tulard, membre de l’Institut, professeur émérite à la Sorbonne, est spécialiste de l’histoire de la Révolution et de l’Empire, période à laquelle il a consacré de nombreux livres.

Ensemble, ils ont aussi écrit « Napoléon et quarante millions de sujets ».

 

 

Extraits

 

Certes Mme Necker parait parfois un peu rigide – elle est fille de pasteur – du moins à ses débuts, mais elle est prête à tout sacrifier à la carrière de son mari.

Aux dîners du vendredi, elle reçoit Diderot et d’Alembert, Helvétius et Buffon qui vient spécialement de province, tant il est fasciné par la maîtresse des lieux, Marmontel et l’abbé Raynal qui ne fait que quelques apparitions. Tout ce qui compte alors dans la sphère des Lumières se retrouve dans son salon.

 

Olympe de Gouges avait voulu faire du droit de monter à la tribune la contrepartie équitable du « droit » de monter à l’échafaud. Pour avoir oser exprimer librement ses opinons au fil des évènements révolutionnaires, elle s’est effectivement vu appliquer sans ménagements le second de ces droits, sans avoir pu obtenir pour les femmes la reconnaissance du premier. Ayant payé de sa vie ses revendications, il était juste qu’elle devienne pour la postérité leur meilleur porte-drapeau.

 

Déçue par la tonalité générale des débats et l’œuvre de la Constituante, Mme Roland juge, comme Brissot et Robespierre qu’il faut faire pression sur les représentants en s’appuyant sur l’opinion. Elle devint assidue du Cercle social qu’anime l’abbé Fauchet, ardent promoteur des idées de Rousseau. Elle le qualifie « d’excellent et vigoureux apôtre de la meilleure doctrine »

 

Femme politique dans l’âme, à laquelle son époque ne permet pas d’agir directement, Mme Roland va jouer de son formidable pouvoir de séduction et d’influence en avançant masquée derrière la fonction éminente qu’exerce désormais son mari. Pour ce faire, elle joue de trois cordes : conseillère éclairée du ministre, hôtesse écoutée des Girondins et stratège inspirée.

 

Digne des héroïnes tragiques offertes à son imagination par son illustre aïeul, elle (Charlotte Corday) ne craint pas de s’immoler pour une noble cause.

Or, l’inéluctable progression de la guerre civile, qu’elle perçoit comme un danger mortel pour le peuple français est, à ses yeux, imputable au seul Marat. Avec sa disparition, la France serait sauvée.  Plus de guillotine, plus de crimes, plus de Terreur.

 

A l’image de Mme Roland, Theresia salue la Révolution et adresse même une pétition en faveur des droits des femmes. Maçonne, elle fait partie d’une loge en vue, adhère au club de 1789 et prend des positions qui lui valent les critiques des feuilles royalistes et de plusieurs pamphlets… la jeune femme que découvre Tallien (elle est née en 1773), malgré les privations de l’emprisonnement, est plus que ravissante. « Coup de foudre » immédiat. Sans difficulté, Tallien fait libérer Theresia et sans résistance Theresia devient ma maîtresse de Tallien.

 

Lu en juillet-août 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

6 commentaires sur « « Les égéries de la Révolution » de Jean et Marie-José Tulard »

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