Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Une joie féroce » de Sorj Chalandon

Je vous parle aujourd’hui du dernier roman d’un auteur que j’apprécie beaucoup, alors comment résister à la tentation quand je l’ai vu sur NetGalley :

 

Une joie féroce de Sorj Chalandon

 

Résumé de l’éditeur :

 

Jeanne est une femme formidable. Tout le monde l’aime, Jeanne.

Libraire, on l’apprécie parce qu’elle écoute et parle peu. Elle a peur de déranger la vie. Pudique, transparente, elle fait du bien aux autres sans rien exiger d’eux. A l’image de Matt, son mari, dont elle connaît chaque regard sans qu’il ne se soit jamais préoccupé du sien.

Jeanne bien élevée, polie par l’épreuve, qui demande pardon à tous et salue jusqu’aux réverbères. Jeanne, qui a passé ses jours à s’excuser est brusquement frappée par le mal. « Il y a quelque chose », lui a dit le médecin en découvrant ses examens médicaux. Quelque chose. Pauvre mot. Stupéfaction. Et autour d’elle, tout se fane. Son mari, les autres, sa vie d’avant. En guerre contre ce qui la ronge, elle va prendre les armes. Jamais elle ne s’en serait crue capable. Elle était résignée, la voilà résistante. Jeanne ne murmure plus, ne sourit plus en écoutant les autres. Elle se dresse, gueule, griffe, se bat comme une furie. Elle s’éprend de liberté. Elle découvre l’urgence de vivre, l’insoumission, l’illégalité, le bonheur interdit, une ivresse qu’elle ne soupçonnait pas.

Avec Brigitte la flamboyante, Assia l’écorchée et l’étrange Mélody, trois amies d’affliction, Jeanne la rebelle va détruire le pavillon des cancéreux et élever une joyeuse citadelle.

 

Ce que j’en pense

 

C’est l’histoire d’une jeune femme, Jeanne, libraire de son état, appréciée de ses collègues comme de ses clients. Elle est mariée à Math. Un jour le cancer fait irruption dans sa vie, et elle s’aperçoit très vite qu’elle devra affronter seule, ce combat : chimio, chirurgie, radiothérapie… Math se révèle au-dessous de tout, c’est à lui que cela arrive, il ne sait pas s’il saura supporter. Sn attitude est révoltante (mais ce sont des choses qui arrivent dans la réalité !)

Les effets secondaires de la chimio le dégoûtent, et que dire de sa réaction quand il découvre les cheveux de Jeanne dans la salle de bains : « C’est dégueulasse » s’exclame-t-il ! Et il finit par prendre la fuite, songe au divorce, et pourquoi pas la mettre dehors de l’appartement…

Sorj Chalandon aborde de fort belle manière le cancer, ses causes, ses traitements, l’attitude du corps médical… Et la solidarité qui peut s’installer entre patientes.

En effet, Jeanne fait la connaissance de Brigitte, puis d’Assia, de Mélody. Ensemble, elles parlent librement de leur souffrance au quotidien, des nausées, des douleurs, du choix entre perruque et turban… Un jour, un projet fou leur passe par la tête.

J’ai beaucoup aimé toute la partie consacrée au cancer et à la manière parfois pleine d’humour qu’emploie l’auteur, mais la deuxième partie m’a moins plu car peu crédible. Certes on comprend qu’il faut s’accrocher à quelque chose, avoir un but pour avancer jour après jour mais le récit limite polar m’a laissée sur ma faim.

J’aime beaucoup la plume de Sorj Chalandon, mais même s’il m’a fait sourire parfois, je suis moins emballée que par ses autres romans.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce dernier opus de l’auteur.

 

#UneJoieFéroce #NetGalleyFrance

 

Extraits

 

Jusqu’à ce matin, le cancer était une grande cause nationale, un ruban rose dans un journal, un drame dans un roman, la triste fin d’une héroïne de téléfilm. Dans la vie, il y avait le cancer et moi. Lui d’un côté comme un chien teigneux, et moi très loin, là-bas. Qui mange sain ne fume ni ne bois. Ce matin, le cancer c’était l’autre…

 

Mais on n’est pas malade du cancer. Pas seulement. Malade ? Le mot est trop petit, trop étriqué… Dans le mot cancer, il y a de l’injustice. De la traitrise. C’est le corps qui renonce. Qui cesse de vous défendre. C’est une écharde mortelle. Un visiteur du soir que l’on voit se faufiler en tremblant. Il dormait sur votre seuil, comme un vieux chat fourbu. S’est installé sur le canapé. Puis dans votre lit.

 

Je me suis demandé si le mal était entré en moi par effraction ou si je lui avais offert l’hospitalité. S’il était invité ou si je l’avais accueilli.

 

Je lui ai dit que c’était lui qui était dégueulasse. Qu’à ses côtés, je ne me sentais pas seulement malade, mais sale aussi. Et moche. Et vieille. Et presque morte…

 

Nous étions en mal d’un enfant. Cette évidence m’avait bouleversée. C’est pour cela que Brigitte avait choisi Assia, pour cela aussi que les deux femmes avaient adopté Mélody, pour cela encore, que j’étais entrée dans leur cercle magique.

 

Le cancer m’avait fait pressée, vivante, rugueuse aussi. Ma priorité était d’arriver jusqu’au matin suivant. Je ne m’excusais plus. Je ne saluais plus les réverbères. Je ne baissais plus les yeux devant le regard chien d’un homme… Pour la première fois depuis mon enfance et la mort de mes parents, je me suis remise à siffloter sur les trottoirs.

 

J’étais presque nue et tout leur semblait naturel. Avant moi dans la pièce, il y avait eu un cancer, et j’étais le cancer suivant, juste avant le cancer prochain. Un défilé de bas morceaux.

 

Un matin, j’avais écrit : « mon destin m’échappe, c’est la première leçon du cancer ». En le couchant le soir où les filles m’avaient dévoilé leur plan, j’avais rajouté dans la marge : « se réapproprier rageusement son destin est la deuxième leçon. »

 

Lu en juillet 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

32 commentaires sur « « Une joie féroce » de Sorj Chalandon »

  1. La première partie est d’un réalisme rare, la seconde, une fois la surprise passée, est aussi terriblement attachante avec ce projet fou et certainement, le refus de l’auteur de rester compationnel afin de démontrer toute la force qu’il faut déployer pour triompher de ces cellules de mort qui envahissent le corps! Ravie d’avoir lu tes impressions !

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      1. Oui, ce personnage est troublant! Ce qui m’a surpris c’est la conscience qu’avait Jeanne de cet acte complètement inutile mais qui restait quand même nécessaire. Un objet dans lequel croire plus important que l’acte délictueux pour y arriver ? Un peu comme Melody , en somme ! L’auteur va expliquer ses intentions ….

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      2. Ah ! Je n’avais pas vu les choses ainsi : est-ce encore une forme de soumission…? Jeanne capable de se battre contre son cancer mais pas de relations pernicieuses qui l’a contraint …C’est une possibilité ! Hâte de lire des articles ou autres sur ce livre et son auteur . Très bonne soirée.

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    1. Je n’ai pas encore lu « Profession du père » car le thème est dur…
      « La légende de nos pères » par contre m’a plu et je l’ai découvert avec « Le quatrième mur » qui m’a vraiment beaucoup plu 🙂
      « Retour à Killigsbey » est aussi dans ma PAL:-)

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    1. c’est vrai , ce n’est pas mon préféré, mais il vaut la peine quand même… « Le quatrième mur » m’a énormément plu, c’était mon premier contact avec l’auteur…
      je deviens de plus en plus exigeante (trop) avec les auteurs que j’aime…
      ceci dit la manière dont il aborde le crabe (l’héroïne préfère le mot Nénuphar) est vraiment bien 🙂

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  2. J’aime le style de l’auteur et je ne m’attendais pas à ce qu’il écrive sur le combat d’une femme. J’ai lu tous les commentaires et je suis sceptique : Cette femme mène un combat contre le cancer et reste soumise à cet homme ? Pas certaine d’ap.précier

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  3. Tu as eu de la chance de le lire en avant première car j’adore tous les écrits de Chalandon alors forcément je le lirai ! Je ne sais pas comment marche Netgalley, tu en parles souvent et il va falloir que je me penche davantage là-dessus…j’imagine que tu lis sur ta tablette et qu’il faut s’inscrire sur le site !

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    1. je suis fan de Chaladon aussi et celui-ci m’a un peu désarçonnée, je comprends bien le message de l’auteur, il y a une autre vie après le cancer, mais surprenant quand même… Tu le diras ce que tu en penses…
      j’ai fait des découvertes vraiment intéressantes sur NetGalley bien-sûr cela n’arrange pas ma boulimie de lectures, car ce site fourmille de tentations…
      Je me suis racheté une liseuse Kindle car c’est plus simple je reçois le livre directement via le WiFi …
      Sur Kobo il faut passer par Adobe Digital Editions et parfois ça bugue..
      Sur la tablette cela doit marcher car on peut lire directement sur le site…
      euh, c’est clair ? 🙂

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