Publié dans Littérature française, Roman jeunesse

« Journal d’un amnésique » de Nathalie Somers

Je vous parle aujourd’hui d’un roman jeunesse, pour varier les plaisirs, avec ce livre choisi sur NetGalley pour le thème abordé ainsi que la couverture…

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

À 15 ans, le quotidien de Romain se transforme en film catastrophe. Il est incapable de reconnaître ses parents ni même son reflet dans une glace… le voilà amnésique, au secours ! Il décide de compiler chaque épisode de sa nouvelle vie dans un journal, et de se lancer dans une (en)quête d’identité.

Entre ses parents cachottiers, l’éblouissante Morgane, l’énigmatique Adeline, le populaire Elias et sa bande calamiteuse, il est vite perdu… Perdu mais pas fichu, car l’un ou l’une d’entre eux pourrait bien l’aider d’une manière inattendue… Et si ce nouveau départ lui permettait enfin de vivre sa vie ?

 

 

Ce que j’en pense

 

Romain commence à tenir son journal sur les conseils du médecin qui l’a examiné aux urgences à la suite d’une chute avec perte de connaissance qui lui a laissé une amnésie, afin de décrire ce qu’il ressent et tenter de retrouver des souvenirs.

Ses parents, notamment son père ne le croient pas et pensent qu’il simule pour échapper à la réalité ou manipuler son entourage. Alors, Romain a recours à la phrase magique : « Céledocteurkiladi » pour tenter de se retrouver.

Son journal commence le 22 mai et s’étend jusqu’au 11 juin, et Romain lui confie tout sans tricher.

Première difficulté : il ne reconnait pas ses parents et décide de les appelle par leurs prénoms, ce qui en dit long sur les relations dans la maison. Un père autoritaire, intransigeant, une mère effacée qui lui cuisine du quinoa, du tofu, ou pilpil galettes de riz…

La maison reluit de sol au plafond, la chaîne Hi-Fi est la propriété exclusive du père et il est interdit d’y toucher et cerise sur le gâteau, on entre dans sa chambre comme dans un moulin, il n’a aucune intimité. Ambiance terrible donc.

Le médecin lui ayant conseillé d’imaginer qu’il est le héros d’un film, il se plonge dans « Le comte de Monte-Cristo » et s’identifie à Edmond Dantès, comparant leur prison respective…

« Moi aussi je suis prisonnier. Mon château d’If, c’est ce corps. Cette vie. Et de cette geôle-là, on ne s’efface pas. »

Ensuite il faut affronter le retour au lycée, où il ne reconnaît personne, les amis, les ennemis ? à qui doit-il faire confiance ?

Ce roman explore, on l’aura deviné, le harcèlement à l’école, car on comprend très vite que l’amnésie permet à Romain de fuir une réalité. Maltraitance des gens qui sont différents, telle Adeline, surnommée « grosse vache », l’auteure utilise une phrase lourde de signification :

« C’est drôle comme les gens vous évitent quand vous êtes différent. On dirait qu’ils ont peur d’attraper votre problème. »

Romain est subjugué par Morgane, une belle adolescente aux cheveux d’or « la fée Morgane » dont il est persuadé d’avoir entretenu une relation privilégiée avant ? il se rapproche du meneur, Elias et de ses « valets », car il veut se faire des amis à tout prix…

L’auteure explore au passage la différence, le piège des réseaux sociaux (dans lequel Elias et ses acolytes le font tomber et pour cause), les vidéos qu’on y poste, les « amis » virtuels, et par voie de conséquence une autre forme de harcèlement, et tout au bout le chantage.

Nathalie Somers démontre dans ce court roman, le terrain sur lequel se greffe et prospère le harcèlement : un ado peu sûr de lui qui a été élevé de façon stricte, auquel on a toujours demandé d’être parfait en tout et à travers lequel, les parents tentent de vivre la vie qu’ils n’ont pas pu vivre. Cela a donné un garçon qui ne s’est jamais révolté, s’est isolé et constitue une proie facile.

Je salue au passage les autres auteurs qui ont collaboré également à l’écriture de ce roman : Nicolo Giacomin et Lucia Calfapietra.

Ce roman jeunesse m’a bien plu, il est bien écrit, et l’auteure a bien su explorer le sujet, avec des termes qui sont propres à l’adolescence, et donc le message passe bien, même si les personnages sont parfois caricaturaux, notamment les parents qui m’ont rappelé des souvenirs…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Didier Jeunesse qui m’ont permis de découvrir ce roman.

#JournalDunAmnésique #NetGalleyFrance

 

L’auteur

 

Après un début de carrière dans l’ingénierie, Nathalie Somers s’est reconvertie dans l’enseignement.

Professeur des écoles à mi-temps, elle profite de son temps libre pour s’occuper de ses 3 enfants et de son mari, pour écrire des contes et histoires pour les plus jeunes, et parfois même des articles pour femmesaujourdhui.com.

 

 

Extraits :

 

C’est aussi pour ça que j’ai commencé ce journal. Pour m’apprivoiser, me découvrir, me structurer. En espérant qu’il y ait quelque chose à découvrir et à structurer. Pour l’instant, ma tête est comme une grande maison vide aux murs lisses.

 

Peut-être étais-je la victime d’une caméra cachée ? Pour m’en convaincre, j’ai cherché à visualiser celle qui était vraiment ma mère. Celle que j’appelais « maman ». J’ai cherché et j’ai cherché encore. Et encore et encore. Je n’ai rencontré que le vide. Un écran blanc. Un trou noir.

 

Comment pouvais-je recouvrer mes esprits (au pluriel) alors que j’avais de plus en plus l’impression de l’avoir perdu (je veux dire « l’esprit » au singulier.

 

Un conseil : vis au jour le jour. Imagine que tu es le héros d’un film. Prends les choses comme elles viennent et surtout, surtout, ne force pas ta mémoire. La mémoire, c’est comme un chat : si tu l’obliges à s’asseoir sur tes genoux, il te fuira. Ignore-le, et il viendra se lover contre toi.

 

Ça me fait penser que cette situation ne manque pas de piquant : d’habitude, la question qui se pose, c’est de savoir si le père va reconnaître son enfant. Pas si l’enfant va reconnaître ses parents.

 

Edmond Dantès n’est-il pas devenu le comte de Monte-Cristo en s’évadant de sa prison ? L’homme d’avant n’avait rien de commun avec celui d’après. Pourquoi cela ne marcherait-il pas pour moi ? Après tout, à chacun son château d’If !

 

« Des mots pour soigner des maux », oui, je l’ai déjà entendu dire. Ça m’a l’air idiot, une jolie formule qu’on agite sous le nez de ceux qui souffrent. Un os à ronger que l’on jette aux victimes qui, comme moi, s’en prennent plein la tronche…

 

Le monde, parfois, est mal fait. Il y a des gens avec des grands cœurs et des petits moyens et d’autres avec de grands moyens mais de petits cœurs.

 

La mémoire est un instrument qui se joue de lui-même. Un évènement traumatisant peut soit y être indélébilement inscrit ou à jamais dissimulé.

 

 

Lu en juin 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

11 commentaires sur « « Journal d’un amnésique » de Nathalie Somers »

  1. Un roman d’ados qui pour une fois a pour héros un garçon, je suis certaine qu’il plaira, même aux filles qui veulent toujours en savoir plus sur le sexe opposé. Le sujet est intéressant ! merci pour ta présentation. J’avais beaucoup aimé de cet auteur « Je me souviens Rebecca ». Bon weekend

    Aimé par 1 personne

    1. je trouve qu’il est vraiment bien ficelé, l’auteure aborde tous les tenants, aboutissants, et autres, et l’intérêt du lecteur est toujours en éveil.
      Je vais essayer de trouver « Je me souviens de Rebecca » car la plume me plaît bien 🙂

      J'aime

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