Publié dans Tombé des mains

« Dunbar et ses filles » : Edward St Aubyn

J’ai choisi ce roman sur NetGalley car il semblait prometteur, le résumé évoquant un  » Roi Lear contemporain » :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Henry Dunbar a décidé de s’enfuir du foyer pour personnes âgées où ses filles l’ont placé en Cumbria, dans la région montagneuse du nord-ouest de l’Angleterre. Son acolyte dans l’aventure est un ancien comédien alcoolique avec lequel il a sympathisé… Ils tentent le tout pour le tout, et aucun des deux n’ignore qu’on essaiera de les retrouver par tous les moyens dès que leur disparition dans la nuit et la neige aura été découverte. Car Henry Dunbar n’est pas n’importe qui : il est l’un des hommes les plus riches de la planète, et même si à plus de quatre-vingts ans, il perd parfois un peu la tête, il est encore officiellement le patron d’un empire médiatique.

Un empire convoité par ses filles Megan et Abigail, qui rêvent de prendre le contrôle du groupe lors de la prochaine assemblée générale. Elles traversent donc l’Atlantique en urgence – et en jet privé – pour essayer de remettre la main sur leur père afin de le neutraliser. Mais Florence, leur petite demi-sœur se montre plus rapide. Elle tient à revoir son père non pas pour s’emparer de l’héritage, mais dans le but de se réconcilier avec lui – il l’avait répudiée quand elle lui avait déclaré que son argent ne l’intéressait pas.  Megan et Abigail, bien au contraire, ne pensent qu’à la fortune : assoiffées de pouvoir, elles sont prêtes à tout pour l’obtenir.

Avec ses rebondissements loufoques ou drolatiques, Dunbar et ses filles est une tragi-comédie peuplée de nymphomanes hystériques, de manipulateurs manipulés et de grands lâches, tous attirés par le pouvoir et l’argent. St Aubyn nous offre non seulement une sorte de Roi Lear contemporain mais il tend surtout un miroir grossissant à notre époque.

Traduit de l’anglais par David Fauquemberg.

 

Ce que j’en pense

 

Le résumé était assez tentant et permettait de penser à la poursuite d’un milliardaire, qui vient de s’échapper d’une sorte de clinique psychiatrique où l’ont enfermé ses filles aînées avec la complicité du médecin. Je m’attendais à une aventure rocambolesque et drôle…

Certes la fuite de Dunbar, en compagnie d’un acteur sur le déclin alcoolique et d’une vieille dame atteinte d’Alzheimer est assez drôle au départ, mais on se lasse très vite de l’alcoolique en question.

Le milliardaire que ses filles Abigail et Megan veulent évincer : on serait tenté de compatir, et bien non, c’est un homme détestable qui piétine tous ceux qui travaillent pour lui.

Les deux sœurs issues d’un premier mariage, complètement cinglés, parano, perverses, magouilleuses, en un mot, exécrables, à vomir, alors que la demi-sœur Florence est clean et a toutes les qualités : un peu trop gros pour qu’on s’intéresse à elles. Les premières se lancent à sa poursuite pour lui voler son empire, l’autre voulant simplement se réconcilier avec lui…

Le seul qui est plutôt drôle, le Dr Bob : complètement accro à des pilules de toutes sortes, excitants, calmants, viagra etc… qui est le jouet sexuel des deux filles, sur le mode sado-maso, bien sûr mais…

Bref, ce livre m’est tombé des mains, je n’ai même pas pu atteindre la moitié du récit, et pourtant j’ai tendance à vouloir donner une chance à l’auteur en général avant de lâcher prise, mais cette lecture devenait un pensum alors ma chronique va se résumer à « circulez il n’y a rien à voir ».

Les extraits ci-dessous sont caractéristiques de l’esprit du roman…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman, moins bonne pioche…

#DunbarEtSesFilles #NetGalleyFrance

 

Extraits

 

Je suis, ou j’ai été un jour—qui sait si j’appartiens désormais au passé, ou pas encore ? – un acteur célèbre, mais je souffre de dépression, ce mal comique, ou ce tragique mal du comique, ou ce mal historique des comédiens tragiques, ou cette fiction d’un mal tragique des comédiens historiques.

 

Dunbar souleva le vase au-dessus de sa tête, déterminé à le lancer contre la fenêtre de sa prison, mais se figea soudain, tout aussi incapable de fracasser l’objet que de le reposer, la parfaite guerre civile entre omnipotence et impotence qui occupait son corps et son esprit empêchant toute action.

 

C’est parce qu’elle avait été adorée qu’elle était maintenant capable d’acquérir cette indépendance, mais un homme aussi possessif que son père ne pouvait vivre cette autonomie comme un compliment, ni s’empêcher de prendre à tort pour de l’amour la cupidité de sas sœurs.

 

De toutes les grandes erreurs de la création, le sommeil l’avait toujours frappé comme étant la plus scandaleuse, plus inexplicable encore que l’altruisme : trois heures, ou dans le cas des plus égarés, huit heures au cours desquelles il était impossible de faire de l’argent.

 

Lu en juin 2019

Publié dans Littérature Australienne

« Les fleurs sauvages » de Holly Ringland

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui semble recueillir un certain succès chez les lecteurs depuis quelques temps et dont la couverture, déjà, est une invitation au voyage :

 

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Résumé de l’éditeur :

 

« À cœur vaillant, rien d’impossible

Lorsqu’une tragédie change à jamais sa vie, la jeune Alice Hart, âgée de neuf ans, part vivre chez sa grand-mère qu’elle ne connaît pas. Quittant le bord de l’océan où elle a grandi, elle trouve refuge dans la ferme horticole de June, où celle-ci cultive des fleurs sauvages d’Australie.

Au fil du temps, Alice oublie les démons du passé et apprend à perpétuer la tradition familiale en utilisant le langage des fleurs pour remplacer les mots lorsqu’ils se font trop douloureux.
Mais l’histoire des Hart est hantée par de nombreux secrets que June cache à sa petite-fille.

 Une sorte de fatalité semble accabler les femmes de leur famille, aussi June préfère-t-elle tenir Alice à l’abri de la vérité, quitte à la tenir à distance de l’amour.

Une fois adulte, révoltée par ce silence et trahie par celles qui lui sont le plus chères, Alice se rend compte qu’il y a des histoires que les fleurs seules ne peuvent raconter. Si elle veut être libre, elle doit partir et inventer l’histoire la plus importante de toutes : la sienne…

Traduit de l’anglais (Australie) par Anne Damour

 

 

Ce que j’en pense

 

On fait la connaissance d’Alice Hart, alors qu’elle a autour de neuf ans, vit dans la propriété appartenant à son père, qui cultive la canne à sucre. La petite fille n’a pas le droit de sortir de la propriété et suit sa mère qui cultive son jardin. Même l’école, son père ne veut pas en entendre parler, lui de perdition selon lui. Il règne en véritable tyran sur Agnès, sa femme et sur sa fille, les coups pleuvent dès qu’on ne dit pas comme lui.

« Ce n’est pas un endroit pour une fille, disait son père, tapant du poing sur la table, faisant tressauter assiettes et couverts, chaque fois que la mère d’Alice suggérait de l’envoyer à l’école. Elle est plus en sécurité ici, grondait-il, mettant fin à la conversation. C’était ce que son père savait le mieux faire, mettre fin à tout. »

Un jour, Alice s’échappe et découvre la ville, notamment la bibliothèque municipale, où elle arrive en chemise de nuit, pieds nus et fait ainsi la connaissance de Sally, la bibliothécaire qui comprend vite qu’elle est maltraitée mais n’ose pas trop intervenir, tout le monde ayant peur de Clem Hart. Cette expédition vaut à Alice une pluie de coups. Mais son père finira par l’autoriser à emprunter des livres.

Alice est fascinée par le feu, comme sa mère d’ailleurs, et le pouvoir régénérateur de celui-ci : son père peut-il renaître de ses cendres, meilleur, comme le phénix ? Un jour où elle brave un interdit, pénètre dans l’antre de son père, mais y oublie la lanterne allumée.

Il en résulte un incendie où ses parents meurent et elle, sauvée in extremis, avec une longue hospitalisation et sa grand-mère paternelle, June, dont elle n’a jamais entendu parler, vient la chercher et l’emmène dans sa propriété, à Thornfield, où elle cultive des fleurs, et accueille des jeunes femmes en détresse, qu’elle appelle ses Fleurs.

Pourquoi, Clem a-t-il quitté la maison familiale ? Quels sont les secrets qui rongent cette famille depuis des générations ? June ne parvient pas à en parler, les non-dits s’accumulent, et les mêmes causes ayant les mêmes effets, on assiste à une répétition des scenarii de vie.

Quand on ne parvient pas à parler, on essaie de communiquer autrement, ici par le langage des fleurs, et comme June, on repousse le problème en ayant recours à la fiole de whisky, tout en créant des bijoux avec les fleurs récoltées, les inscrivant ainsi dans le temps.

Chaque chapitre commence par la présentation d’une plante, son nom latin, son nom aborigène, ses caractéristiques, couleurs, action, et apporte une clé pour décrypter, l’histoire.

J’ai adoré ce roman, l’histoire de toutes ces femmes de Thornfield, leurs difficultés, leurs souffrances, est passionnante. outre Alice et June, tous les personnages m’ont plu, notamment la grand-mère June, Ruth qui est à l’origine de la passion familiale pour les fleurs,  de Twig, à qui on enlevé ses enfants pour les confier à des blancs,  et d’autres femmes qu’on découvre tout au long du roman. L’auteure nous propose des portraits de femmes extraordinaires alors que les hommes attirent peu la sympathie, à part certains…

Une scène m’a beaucoup marquée, par exemple : Clem décide d’aller faire de la planche à voile alors qu’il y a énormément de vent, et il prend Alice sur sa planche, l’assied devant lui et elle doit se tenir à ses jambes. Elle n’a que neuf ans, elle a peur et ne se comporte pas comme il veut, alors il la jette à la mer et s’en va sur sa planche sans se soucier de la suite. C’est Agnès, qui va se porte au secours de la fillette qui en réchappe de peu. Et au retour bien-sûr, toutes les deux doivent affronter sa colère, sa violence…

L’écriture est belle, tout autant que l’histoire ; Holly Ringland parle tellement bien de l’Australie, de la mainmise des Blancs, du mépris pour la culture aborigène, pourtant si riche, si proche et si respectueuse de la nature. Elle évoque notamment le parc naturel de Kilipitjara, avec la description d’un cratère où poussent des fleurs splendides, les pois du désert, qui serait selon la légende, le point de chute sur la terre du cœur d’une mère, de l’univers des étoiles, qui aurait laissé tomber son fils sur la terre, dans un moment d’inattention…

C’est le premier roman de Holly Ringland et c’est une belle réussite. Je craignais au départ, qu’il s’agisse d’un roman fleur bleue, c’est le terme qui convient puisqu’on est dans les fleurs, et il n’en est rien. En plus, la couverture est magnifique.

Même la postface est passionnante car l’auteure explique comment elle construit son récit, et quels sont les lieux qui existent réellement et ceux qu’elle inventés.

Je pourrais en parler pendant des heures, car les portes d’entrées dans sont multiples, comme les thèmes abordés, alors un conseil, si vous ne l’avez pas déjà lu, foncez !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard Mazarine qui m’ont permis de découvrir et de dévorer ce roman.

#LesFleursSauvages #NetGalleyFrance

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L’auteure

 

Holly Ringland a grandi dans le jardin tropical de sa mère, sur la côte est de l’Australie. C’est lors d’un voyage en camping-car de deux ans avec toute sa famille que naît son intérêt pour les autres cultures et leurs légendes alors qu’elle n’a que neuf ans.

À l’âge de vingt ans, Holly travaille pendant quatre ans au sein d’une communauté aborigène perdue dans le désert australien. En 2009, elle déménage en Angleterre et décroche un master d’écriture créative à l’Université de Manchester.

Ses essais et nouvelles ont été publiés dans une multitude de journaux et anthologies. « Les fleurs sauvages » est son premier roman.

 

 

Extraits

 

Alice se souviendrait toujours de cette journée comme de celle qui avait changé irrémédiablement sa vie, même s’il lui faudrait vingt ans pour comprendre : la vie va de l’avant, mais ne se comprend qu’en regardant en arrière. Vous ne pouvez pas voir le paysage qui vous entoure tant que vous êtes à l’intérieur.

 

Certains jours, la mère d’Alice semblait complètement absente.il n’y avait plus ni histoires si promenades au bord de la mer. Elle ne parlait plus aux fleurs. Sa mère restait au lit les rideaux tirés contre la lumière blanche, anéantie, comme si son âme l’avait quittée.

 

Elle avait l’habitude de tenir la barre. Elle semait ses graines et les voyait éclore quand et comme elle s’y attendait. Sa vie avait ses cycles de semailles, croissance et cueillettes, et elle reposait sur ce rythme bien ordonné. Qu’un enfant débarque aujourd’hui dans son existence, alors que son énergie diminuait et qu’elle songeait à la retraite, était particulièrement perturbant.

 

Alice contempla l’arc-en-ciel de couleurs des autres fleurs enchâssées dans les colliers, boucles d’oreilles et bagues. Chacune était à jamais scellée ; figée dans le temps et pourtant colorées à vie. Elle ne noircirait jamais, ne tomberait jamais en poussière. Elle ne mourrait pas.

 

Au temps de la reine Victoria, les gens en Europe parlaient le langage des fleurs. C’est la vérité. Les ancêtres de June – tous tes ancêtres, Alice – des femmes qui ont vécu il y a longtemps, ont emporté cette langue à travers les océans depuis l’Angleterre et l’ont transmise au fil des générations, jusqu’à ce que Ruth Stone l’introduise ici à Thornfield.

 

Tout le monde avait besoin de silence de temps en temps. C’était la magie de Thornfield ; c’était un endroit où il était possible de ridelles choses qu’on ne pouvait pas exprimer.

 

Au pied de l’eucalyptus géant, Ruth s’asseyait et se laissait aller à chanter et pleure. Lire et chanter étaient alors les deux seules occupations qui l’empêchaient de perdre l’esprit. Elle chantait des histoires que sa mère lui avait apprises, qui parlaient de fleurs capables de dire des chose que les mots étaient impuissants à exprimer.

 

June était debout au comptoir de la cuisine avec la bouteille de whisky ouverte devant elle. Elle s’en versa un autre verre. Elle était fatiguée. Lasse de porter le poids d’un passé trop lourd à faire revivre. Elle était lasse des fleurs qui parlaient de choses que les gens n’osaient pas exprimer. De cœurs brisés, de solitudes et de fantômes. Du sentiment d’être incompris.

 

Le passé a une curieuse façon d’engendrer de nouvelles pousses. Si tu ne t’en occupes pas immédiatement, ces histoires se ressèmeront d’elles-mêmes.

 

Mais le remords était une semence étrange ; plus vous l’enterriez, plus il s’escrimait à repousser.

 

Nous ne pouvons pas ignorer le mal que nous avons fait, dit Alice. Même si nous tentons de l’enfouir au plus profond de nous-mêmes.

 

Bien que sa présence apaise les souvenirs douloureux qu’elle voulait oublier, la vie qu’Alice avait laissée derrière elle se glissait dans son cœur comme une plante grimpante, vrille après vrille, feuille après feuille.

 

 

Lu en juin 2019

Publié dans Littérature française, Roman jeunesse

« Journal d’un amnésique » de Nathalie Somers

Je vous parle aujourd’hui d’un roman jeunesse, pour varier les plaisirs, avec ce livre choisi sur NetGalley pour le thème abordé ainsi que la couverture…

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

À 15 ans, le quotidien de Romain se transforme en film catastrophe. Il est incapable de reconnaître ses parents ni même son reflet dans une glace… le voilà amnésique, au secours ! Il décide de compiler chaque épisode de sa nouvelle vie dans un journal, et de se lancer dans une (en)quête d’identité.

Entre ses parents cachottiers, l’éblouissante Morgane, l’énigmatique Adeline, le populaire Elias et sa bande calamiteuse, il est vite perdu… Perdu mais pas fichu, car l’un ou l’une d’entre eux pourrait bien l’aider d’une manière inattendue… Et si ce nouveau départ lui permettait enfin de vivre sa vie ?

 

 

Ce que j’en pense

 

Romain commence à tenir son journal sur les conseils du médecin qui l’a examiné aux urgences à la suite d’une chute avec perte de connaissance qui lui a laissé une amnésie, afin de décrire ce qu’il ressent et tenter de retrouver des souvenirs.

Ses parents, notamment son père ne le croient pas et pensent qu’il simule pour échapper à la réalité ou manipuler son entourage. Alors, Romain a recours à la phrase magique : « Céledocteurkiladi » pour tenter de se retrouver.

Son journal commence le 22 mai et s’étend jusqu’au 11 juin, et Romain lui confie tout sans tricher.

Première difficulté : il ne reconnait pas ses parents et décide de les appelle par leurs prénoms, ce qui en dit long sur les relations dans la maison. Un père autoritaire, intransigeant, une mère effacée qui lui cuisine du quinoa, du tofu, ou pilpil galettes de riz…

La maison reluit de sol au plafond, la chaîne Hi-Fi est la propriété exclusive du père et il est interdit d’y toucher et cerise sur le gâteau, on entre dans sa chambre comme dans un moulin, il n’a aucune intimité. Ambiance terrible donc.

Le médecin lui ayant conseillé d’imaginer qu’il est le héros d’un film, il se plonge dans « Le comte de Monte-Cristo » et s’identifie à Edmond Dantès, comparant leur prison respective…

« Moi aussi je suis prisonnier. Mon château d’If, c’est ce corps. Cette vie. Et de cette geôle-là, on ne s’efface pas. »

Ensuite il faut affronter le retour au lycée, où il ne reconnaît personne, les amis, les ennemis ? à qui doit-il faire confiance ?

Ce roman explore, on l’aura deviné, le harcèlement à l’école, car on comprend très vite que l’amnésie permet à Romain de fuir une réalité. Maltraitance des gens qui sont différents, telle Adeline, surnommée « grosse vache », l’auteure utilise une phrase lourde de signification :

« C’est drôle comme les gens vous évitent quand vous êtes différent. On dirait qu’ils ont peur d’attraper votre problème. »

Romain est subjugué par Morgane, une belle adolescente aux cheveux d’or « la fée Morgane » dont il est persuadé d’avoir entretenu une relation privilégiée avant ? il se rapproche du meneur, Elias et de ses « valets », car il veut se faire des amis à tout prix…

L’auteure explore au passage la différence, le piège des réseaux sociaux (dans lequel Elias et ses acolytes le font tomber et pour cause), les vidéos qu’on y poste, les « amis » virtuels, et par voie de conséquence une autre forme de harcèlement, et tout au bout le chantage.

Nathalie Somers démontre dans ce court roman, le terrain sur lequel se greffe et prospère le harcèlement : un ado peu sûr de lui qui a été élevé de façon stricte, auquel on a toujours demandé d’être parfait en tout et à travers lequel, les parents tentent de vivre la vie qu’ils n’ont pas pu vivre. Cela a donné un garçon qui ne s’est jamais révolté, s’est isolé et constitue une proie facile.

Je salue au passage les autres auteurs qui ont collaboré également à l’écriture de ce roman : Nicolo Giacomin et Lucia Calfapietra.

Ce roman jeunesse m’a bien plu, il est bien écrit, et l’auteure a bien su explorer le sujet, avec des termes qui sont propres à l’adolescence, et donc le message passe bien, même si les personnages sont parfois caricaturaux, notamment les parents qui m’ont rappelé des souvenirs…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Didier Jeunesse qui m’ont permis de découvrir ce roman.

#JournalDunAmnésique #NetGalleyFrance

 

L’auteur

 

Après un début de carrière dans l’ingénierie, Nathalie Somers s’est reconvertie dans l’enseignement.

Professeur des écoles à mi-temps, elle profite de son temps libre pour s’occuper de ses 3 enfants et de son mari, pour écrire des contes et histoires pour les plus jeunes, et parfois même des articles pour femmesaujourdhui.com.

 

 

Extraits :

 

C’est aussi pour ça que j’ai commencé ce journal. Pour m’apprivoiser, me découvrir, me structurer. En espérant qu’il y ait quelque chose à découvrir et à structurer. Pour l’instant, ma tête est comme une grande maison vide aux murs lisses.

 

Peut-être étais-je la victime d’une caméra cachée ? Pour m’en convaincre, j’ai cherché à visualiser celle qui était vraiment ma mère. Celle que j’appelais « maman ». J’ai cherché et j’ai cherché encore. Et encore et encore. Je n’ai rencontré que le vide. Un écran blanc. Un trou noir.

 

Comment pouvais-je recouvrer mes esprits (au pluriel) alors que j’avais de plus en plus l’impression de l’avoir perdu (je veux dire « l’esprit » au singulier.

 

Un conseil : vis au jour le jour. Imagine que tu es le héros d’un film. Prends les choses comme elles viennent et surtout, surtout, ne force pas ta mémoire. La mémoire, c’est comme un chat : si tu l’obliges à s’asseoir sur tes genoux, il te fuira. Ignore-le, et il viendra se lover contre toi.

 

Ça me fait penser que cette situation ne manque pas de piquant : d’habitude, la question qui se pose, c’est de savoir si le père va reconnaître son enfant. Pas si l’enfant va reconnaître ses parents.

 

Edmond Dantès n’est-il pas devenu le comte de Monte-Cristo en s’évadant de sa prison ? L’homme d’avant n’avait rien de commun avec celui d’après. Pourquoi cela ne marcherait-il pas pour moi ? Après tout, à chacun son château d’If !

 

« Des mots pour soigner des maux », oui, je l’ai déjà entendu dire. Ça m’a l’air idiot, une jolie formule qu’on agite sous le nez de ceux qui souffrent. Un os à ronger que l’on jette aux victimes qui, comme moi, s’en prennent plein la tronche…

 

Le monde, parfois, est mal fait. Il y a des gens avec des grands cœurs et des petits moyens et d’autres avec de grands moyens mais de petits cœurs.

 

La mémoire est un instrument qui se joue de lui-même. Un évènement traumatisant peut soit y être indélébilement inscrit ou à jamais dissimulé.

 

 

Lu en juin 2019

Publié dans Littérature anglaise, Polars

« Dette de sang » de Kevin Wignall

Petit détour par le polar avec ce livre que j’ai lu en alternance avec un essai de Lydie Salvayre dont j’ai parlé hier :

 

 

 

Quatrième de couverture

 

Assise à une terrasse de café ensoleillée d’une petite ville de Toscane, en compagnie de son petit ami, Ella Hatto profite du calme estival et de la beauté des lieux. Son plaisir sera de courte durée, et l’inconnu qui l’observe de loin le sait très bien. Entraînée brusquement dans une spirale infernale qui vient d’emporter ses parents et son frère, Ella doit tirer un trait sur ses projets et ses rêves d’une vie normale. Si elle veut survivre, il lui faudra se montrer forte et impitoyable face à cet ennemi invisible. Avec l’aide de Lucas, un tueur à gages au passé trouble, pourra-t-elle assouvir sa soif de vengeance ?

 

Ce que j’en pense

 

Ce roman démarre sur les chapeaux de roues avec l’assassinat de Ben et de ses parents, exécutés froidement… ça sent le règlement de compte à plein nez !

Au même moment, Ella la fille du couple est en vacances en Italie avec son copain Chris et sont à la terrasse d’un café lorsqu’un homme qui semblait les surveiller discrètement se lève brusquement et abat deux hommes tout aussi froidement…

Il s’agit de Lucas que le père d’Ella a engagé comme garde du corps pour la jeune fille. Qui a commandité ? C’est ce qu’Ella veut savoir et obtenir justice.

La première partie est pleine de suspense, on est captivé par l’histoire. Puis, l’histoire dérive un peu : on voit Chris prendre le large, avec une certaine lâcheté mais qui pourrait le blâmer, affronter une telle situation à un âge où l’on a envie de profiter de la vie. Ella va vivre chez son oncle et glisse dans la dépression, la sidération plutôt mais comment réagir quand on vient de perdre sa famille, d’échapper à la mort en se rendant compte qu’il y avait pas mal de secrets louches dans cette famille.

Peu à peu, Ella va dériver, obnubilée par sa vengeance, reprendre contact avec Lucas, chercher à comprendre et s’enfoncer dans la spirale de la violence.

Lucas est un personnage intéressant : tueur à gage, il a beaucoup de sang sur les mains, mais depuis quelques années aspire à changer de vie, car il comprend qu’il est passé à côté de l’essentiel, son histoire d’amour a volé en éclats et sa compagne l’a tenu à l’écart de sa fille. Ce travail de garde du corps est le dernier avant de tenter de les retrouver.

Kevin Wignall nous propose ici un duo haut en couleurs, une relation forte qui s’installe entre Ella et Lucas, une intrigue pleine de surprises.

Ce polar oblige le lecteur à se demander ce qu’il ferait s’il était confronté au même drame, doutant de tout le monde. Résilience ou basculement dans le règlement de compte ? Comment une jeune fille apparemment équilibrée peut-elle basculer ainsi?

Ce polar est inégal, alternant le suspense et le ronron des cheminements des héros, mais c’est une lecture intéressante malgré les stéréotypes.

J’ai un faible pour le tueur à gages, féru de lecture qui tombe sous le charme des romans de Jane Austen : « Orgueil et préjugés » dans une main, le flingue dans l’autre alors qu’il veut se « ranger des affaires » …

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Amazon Publishing France qui m’ont permis de découvrir cet auteur.

#DetteDeSang #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Kevin Wignall est un écrivain anglais né à Bruxelles en 1967. Fils de militaire, il a passé de nombreuses années dans différents pays d’Europe, avant d’étudier la politique et les relations internationales à l’université de Lancaster. Il devient écrivain à plein temps après la publication de son premier livre, People Die (2001).

Parmi ses autres romans, on citera « L’Homme sans passé » paru aux éditions AmazonCrossing en 2017, ou encore son dernier roman, encore inédit en français, To Die in Vienna (2018). « Dette de sang » a été porté à l’écran par Jonathan Mostow. Il est sorti dans les salles en 2017.

 

 

Extraits

 

Elle regarda l’arme… Elle avait la désagréable impression que, posée sur cette table de chevet, se trouvait une réalité dont on l’avait protégée, une réalité dont son père l’avait volontairement tenue à l’écart, afin qu’elle ne déteigne pas sur son enfance ou son adolescence.

 

Elle n’avait nulle part o aller, rien vers quoi revenir, une vérité qui aurait pu susciter chez elle un nouveau bouleversement intérieur, mais la douleur éprouvée était comme émoussée maintenant, amenuisée par l’épuisement émotionnel qui l’avait gagnée à travers chaque terminaison nerveuse de son corps…

 

Sa fille pouvait être une de ses personnes. Elle pouvait passer à côté de lui, le frôler dans une gare ou un aéroport, sans qu’il n’en sache rien, sans que ni l’un ni l’autre ne sache jamais que leurs chemins venaient de se croiser, pour se perdre aussi vite de nouveau.

 

Tout le monde voulait qu’elle soit heureuse ; c’était leur grand mensonge, prétendre que le but en toutes circonstances, c’était le bonheur. Avale ces pilules, sois heureuse, oublie que le ciel a disparu du monde cet été. Mais, elle se sentait comme un pays en guerre ; on avait envahi son territoire, massacré ses citoyens et elle luttait pour sa survie. Comment expliquer cela à Chris ?

 

Il la vit accuser le coup, mais elle était dangereuse maintenant, et imprévisible. On pouvait le lire dans son regard ; la douleur du deuil avait cédé la place à une détermination aveugle. Ce basculement, il l’avait vu s’opérer trop souvent au cours de sa carrière, et il ne voulait pas être là pour voir le résultat chez elle. Il devait partir maintenant, pendant qu’il avait encore des raisons de le faire…

 

Lu en juin 2019

Publié dans Essai, Littérature française

« Marcher jusqu’au soir » de Lydie Salvayre

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’avais repéré lors du passage de l’auteure à La Grande Librairie :

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

L’humeur railleuse et le verbe corrosif, Lydie Salvayre se saisit du prétexte d’une nuit passée au musée Picasso pour questionner le milieu artistique et ses institutions. Se tournant vers son enfance de pauvre bien élevée et abordant sans masque son lien à un père redouté et redoutable, elle essaie de comprendre comment s’est constitué son rapport à la culture et à son pouvoir d’intimidation, tout en faisant l’éloge de Giacometti, de sa radicalité, de ses échecs revendiqués et de son infinie modestie.

 

 

Ce que j’en pense

 

L’auteure a l’occasion de passer la nuit dans le musée Picasso, à l’ombre de cette sculpture qui lui plaît beaucoup. Elle commence par refuser, puis finit par accepter, mais une immense angoisse l’étreint et elle ne songe qu’à fuir, s’échapper à tout prix, comme si un danger la guettait. Cette nuit au musée va lui permettre d’exprimer son ressenti et tout ce que lui inspire l’œuvre.

La réflexion sur L’Homme qui marche de Giacometti est très intéressante, car Lydie Salvayre creuse dans tous les sens, cherche à approfondir, ce que l’artiste a voulu exprimer.

J’ai aimé aussi la manière dont elle critique les musées qui selon elle enferment les œuvres, les tiennent en cage, et surtout sa diatribe contre le monde de l’art : l’entre soi d’une certaine élite culturelle, sous la houlette de celui qu’elle appelle « le ministre des distractions » au lieu de ministre de la culture, ce qui en dit long, le pouvoir de l’argent dans l’art.

Elle revient aussi sur son enfance avec son père violent, le « fragnol » que l’on parlait à la maison et la manière dont les enfants issus de l’immigration se sentent à part, vis-à-vis de l’art, de la culture, car ils pensent ne pas maîtriser suffisamment la langue.

Lydie Salvayre évoque aussi les doutes de Giacometti, dont l’estime de soi est vraiment très basse et qui se considère comme un raté, ce qui nous vaut une classification des ratés corrosive, que j’ai beaucoup appréciée.

J’apprécie énormément ce ton corrosif si caractéristique de l’auteure et ses réactions épidermiques, sa colère ne sont pas pour me déplaire, même si elles se retournent souvent contre Bernard son compagnon !

On rencontre au passage des artistes qui ont fait un peu de route avec Giacometti : Beckett, Picasso (qu’il n’aimait guère, trop solaire pour lui si modeste) ainsi que le rôle important de son frère Diego dans sa vie…

Bien-sûr la rencontre qui n’a pas pu se faire au cours de la nuit au musée, va se produire plus tard, les réflexions de Lydie Salvayre s’étant un peu décantées et elle comprendra tout le sens du message de Giacometti, en éclairant sa propre histoire. Mais je vous laisse découvrir tout cela…

J’ai choisi ce livre car la sculpture de Giacometti me fascine, alors que je ne l’ai vue qu’en photographie, par le message qu’elle m’envoie et que l’auteure ne tarde pas à percevoir. Je pourrais en parler pendant des heures… J’espère vous avoir convaincus d’y jeter un œil (et plus si affinités).

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet essai et les réflexions de l’auteure me touchent car elle considère que son statut d’enfant d’émigrés pauvres, a tendance à l’exclure du monde de l’art, ce qu’elle a réussi dans la littérature n’est pas encore « mûr » dans la peinture ou la sculpture, comme si elle ne s’en donnait pas le droit, cet art étant monopolisés par les intellos friqués…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Stock qui ont permis cette lecture.

 

#MarcherJusquauSoir #NetGalleyFrance

 

l'Homme qui marche de Giacometti

 

Extraits

 

J’ai souligné tellement de passages qui m’ont plu que le choix des extraits a été difficile…

 

L’Homme qui marche, immobile, figé et en même temps mouvant, comme ces vagues de la mer que le froid a gelées dans leur houle. Solitaire, absolument solitaire, absolument impénétrable, clos, retranché en lui-même, hors d’atteinte.

Dur, d’une dureté infracassable, immortel, inhumain…

 

Je me demande parfois quelles traces ont pu laisser en moi ces dix-neuf années passées auprès d’un père parano. Je me demande par ex, si je n’ai pas tendance à m’exagérer certaines peurs, comme en ce moment même où je me suis réfugiée dans les toilettes d’un musée pour m’être simplement heurtée à deux figures à tête de mort.

 

Il y a un talent toutefois que j’ai acquis, grâce à mon père en quelque sorte, et que je vérifie à  chaque fois : c’est que mon corps m’avertit d’instinct dès que je suis en présence d’un pouvoir toxique (tyran, tyranne, tyrannette ou tyranneau) mon corps, comme alerté par un sixième sens, se tient sur ses gardes, comme alerté par un sixième sens, se tient sur ses gardes, il se cabre en dedans, c’est difficile à expliquer, il se hérisse, s’aiguise, se révolte, prêt à se défendre ou à fuir et me murmure gaffe !

 

Colère contre moi qui ne me donnais pas le droit de m’approprier cette langue parlée que d’autres héritaient de plein droit. Colère contre moi qui parfois jouais la comédie de l’appropriation, qui essayais de parler « comme une dame » en usant de tournures tarabiscotées et qui me semblaient élégantes mais dites avec un accent si faux et si guindé que Bernard en m’entendant ne pouvait s’empêcher du rire…

 

Le fait de savoir qu’elle était la sculpture la plus chère de tous les temps (elle fut adjugée en 2010 à Londres à 74 millions d’euros), ce fait m’avait-il portée au respect, avait-il joué dans mon enthousiasme ?

 

Nous vivions dans un monde qui définissait l’être par l’avoir, et la beauté par son prix…

 

Il me restait toutefois une issue : tourner mon échec, ou ce que je vivais comme un échec, en objet de méditation, méditation sur l’impuissance à ressentir des émois artistiques et, par association d’idées, méditation sur l’impuissance à créer des émois artistiques.

 

L’art déchouer de Giacometti était si hautain, si furieux, qu’il en devenait grandiose et faisait taire les soupçonneux de tous poils. Il lui consacra sa vie.

 

Il fallait aller de l’avant obstinément et sans répit, puisqu’aller de l’avant c’était se vérifier vivant. Il fallait aller de l’avant, ne serait-ce qu’en soi-même. Il fallait continuer de marcher, quand bien même le geste de marcher l’emportait irrésistiblement vers un affreux naufrage. Il fallait marcher, marcher, marcher, jusqu’au dernier battement.

 

Et, c’est cette immense modestie de Giacometti, écrivis-je sur mon carnet, et le sentiment profond qu’il avait de ses limites et de ses insuffisances qui lui permirent de concevoir l’Homme qui marche.

 

Giacometti avait en lui assez de puissance pour s’offrir le luxe d’être modeste, il était immensément modeste parce qu’immensément puissant, et réciproquement.

 

L’Homme qui marche n’avait pas, cette nuit-là, marché vers moi, ni moi vers lui. Il s’était refusé à moi, et moi à lui, rendez-vous manqué, c’était indubitable.

 

Il avait gardé d’un accident une légère boiterie. Certains esprits simplistes prétendirent qu’il cultivait la boiterie de son corps tout comme il cultivait la boiterie de son art.

 

Fût-il (Giacometti) victime consentante du dévouement de Diego ? Et Diego victime consentante du génie de son frère ? Les deux victimes l’un de l’autre, victimes à la fois soumises et librement assumées ? Nul ne le saura jamais.

 

Etais-je une handicapée de l’art ? Une infirme du sens esthétique ? Une analphabète du beau ? Sans aucune assise intérieure pour y asseoir la beauté ?

 

La force de L’Homme qui marche excédait-elle les capacités de mon âme et ses très exigües dimensions ? Je me perdais en supputations.

 

 

Lu en juin 2019

Publié dans Littérature américaine, Polars

« Mortel mariage » de Mary Jane Clark

Je vous parle aujourd’hui du polar écrit par une auteure que je n’ai encore jamais approchée :

 

mortel mariage de Mary Jane Clark

 

 

Quatrième de couverture

 

Après avoir été actrice dans une série télévisée, Piper s’est reconvertie avec succès dans la création de gâteaux de fête. La prochaine pièce montée qu’elle va réaliser sera le moment fort du mariage de sa cousine Kathy.

Mais, dès son arrivée en Floride, Piper la trouve nerveuse. Qui ne le serait pas : l’une de ses demoiselles d’honneur a disparu depuis plusieurs jours !

Bientôt un cadavre est découvert sur la grève… Dès lors, Piper mène l’enquête. De l’entourage des mariés au personnel de l’hôtel, nul n’échappe à ses soupçons.

Mais, à force de fouiner partout, Piper se met en danger… Sera-t-elle la prochaine à être retrouver sur la plage… Sans vie ?

 

Ce que j’en pense

 

Shelley, témoin du mariage de Kathy a disparu, semant un peu le trouble sur la fête. Et voilà qu’on découvre un corps enterré sur la plage paradisiaque. Les préparatifs de la réception, continue, néanmoins, Piper cousine de Kathy, étant chargé de confectionner le gâteau avec sa mère.

Les invités sont logés dans un hôtel luxueux appartenant au nouveau compagnon de la mère de la mariée qui a pour ambition secrète de racheter toutes les villas jouxtant l’hôtel pour un projet pharaonique. Shelley était chargée de convaincre les récalcitrants…

En fait, il semblerait que des témoins existent : Levi, jeune artiste amish, en rupture avec sa communauté, a vu quelque chose sur la plage, tandis qu’une femme âgée, Roz, a cru voir quelqu’un traverser sa propriété, avec un sac sur le dos (une femme ?).

Le tueur tente d’éliminer tous ceux qui pourraient attirer l’attention de la police vers lui : chantage sur Levi, voiture de Roz propulsée dans le ravin…

On fait ainsi la connaissance de Brad, témoin du marié, sportif ayant un tatouage représentant une femme en train de pleurer ! qui a fait de la prison pour trafic de drogue (dénoncé par Shelley car son propre frère en est mort par overdose). On rencontre aussi un médecin collectionneur de statuettes japonaises hors de prix, le docteur Pinson, un autre amish qui devrait succéder à Shelley… Bref, toute une collection de tueurs présumés…

J’ai bien aimé la manière dont Mary Jane Clark aborde la situation difficile des Amish, communauté marginale aux règles rigides, dans laquelle les jeunes ont une unique chance de voir autre chose, à l’adolescence, lors de leur « rumspringa », durant laquelle ils peuvent vivre un peu comme les autres citoyens avant de revenir faire leur baptême. Une fois celui-ci célébré, tout retour en arrière est impossible ou conduit au bannissement, les autres membres n’ayant plus le droit de garder des liens, ni même de parler à celui qui est exclus.

Autrefois, j’étais fan de Mary Higgins Clark. A l’époque je lisais très peu de polars et je trouvais ses intrigues plaisantes. Puis j’ai commencé à trouver tout cela assez fade, ma route ayant croisé celle de Patricia Cornwell, puis j’ai découvert d’autres auteurs et, même si ce n’est pas mon genre de littérature préféré, j’en lis régulièrement.

J’ai eu envie de découvrir le style de son ex-belle-fille avec ce roman, car j’avais besoin d’une lecture sympathique. En fait, une intrigue policière menée par une ex-actrice de séries télévisées, reconvertie dans la confection de pièces montées pour les mariages, c’était peu banal.

Son héroïne est sympathique quand elle se conduit en « fliquette » mais elle reste quand même peu crédible. Elle m’a fait penser à Erica dans les polars de Camilla Läckberg

Au bout d’un moment, elle devient horripilante avec ses gâteaux, car l’auteure ne nous épargne rien dans la confection ! bien américain et bien dans la lignée de Mary Higgins Clark !

Malgré ce petit bémol, une fois plongée dans le roman, (et malgré mon énervement) je me suis laissée prendre au jeu, car j’avais vraiment envie de savoir qui était le tueur que j’ai dévoré les derniers chapitres (encore une nuit d’insomnie) car le suspense est bien entretenu!

Je remercie vivement Mylène et les éditions l’Archipel qui m’ont permis de découvrir l’auteure.

 

L’auteur

 

Depuis 1998, Mary Jane Clark a publié quinze romans traduits dans 23 pays et vendus plus de 10 millions d’exemplaires. Après avoir longtemps travaillé pour la télévision, l’ex-belle-fille de Mary Higgins Clark s’inspire de sa nouvelle activité – la création de gâteaux de fête—pour pimenter ses intrigues.

 

Extrait:

 

Tout en refermant ses tubes de peinture et en nettoyant ses pinceaux, Levi Fisher pensait aux bouleversements récemment intervenus dans sa vie. Quelques jours plus tôt, il aurait accueilli avec plaisir la commande qu’il venait de recevoir, d’autant qu’il connaissait les mariés, mais les évènements de la plage avaient tout changé. Une chape de plomb s’était abattue sur lui.

Elevé dans le strict respect de la foi amish, Levi avait toujours vécu dans un monde à part. à l’heure d’entrer dans l’âge adulte, on attendait de lui qu’il respecte la tradition. Il était censé tendre la joue gauche, mener une existence humble, frugale et paisible. Il aurait à jamais le devoir sacré de se plier à la volonté divine et de se soumettre à celle de la communauté à laquelle il appartenait. Le respect des règles et des interdits de cette communauté était la clé de la sagesse et de l’épanouissement, conformément aux enseignements du Christ.

 

Au moment de l’adolescence, le « rumspringa » permettait aux jeunes Amish de s’émanciper des règles strictes de la communauté afin de satisfaire leur curiosité et découvrir le monde extérieur…

 

Lu en juin 2019

Publié dans Littérature anglaise, Polars

« Alice » de Heidi Perks

Petit intermède polar, aujourd’hui avec ce roman :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Une enfant disparaît. Deux versions du drame. Une seule vérité. Harriet avait confié sa fille à sa meilleure amie Charlotte pour un après-midi à la kermesse de l’école. Charlotte est persuadée de n’avoir quitté Alice des yeux qu’une fraction de seconde. Le temps pour la fillette de se volatiliser. Dévastée, Harriet ne peut plus envisager de revoir Charlotte. Elle ne lui fera sans doute jamais plus confiance. Mais elle n’aura pas le choix. Car, deux semaines plus tard, les deux femmes sont convoquées par la police pour être interrogées séparément. Il semblerait que chacune d’elles ait des choses à se reprocher…

« Un des thrillers les plus aboutis que j’aie jamais lus. » Amy Lloyd, auteure de Innocente.

« Impossible d’aller dormir avant de connaître la fin. » Hollie Overton, auteure de Baby Doll.

 

Ce que j’en pense

 

Tout commence par la disparition d’Alice, la fille d’Harriet qui l’avait confié à son amie Charlotte. C’était la première fois qu’elle acceptait de confier la petite fille, âgée de 4 ans.

Charlotte a emmené ses trois enfants et Alice à une kermesse et elle la perd de vue dans la première attraction. Hélas, elle était en train de consulter Facebook sur son portable à ce moment-là. Combien de temps son attention a-t-elle été relâchée ?

Heidi Perks choisit de s’intéresser aux réactions des protagonistes, de préférence à l’enquête elle-même en laissant Harriet et Charlotte raconter leurs versions de faits, leur ressenti. Elle choisit également de décrire différentes époques de l’histoire, avant, maintenant, maintenant le suspense, égarant les pistes.

Comment affronter le regard des autres quand on a laissé une petite fille échapper à sa surveillance ? Comment l’amitié profonde qui unit les deux femmes peut-elle résister ? Comment résister aussi aux commérages, aux jugements arbitraires de celles qui se disent vos amies et vous fuient du jour au lendemain.

Surtout, elle creuse la relation dans le couple, Harriet et son époux, qui se révèlent très vite beaucoup plus compliquées que l’amour parfait qu’ils affichent devant les policiers, les journalistes. En parallèle, on voit la réaction des parents lorsqu’on leur annonce la disparition de leur fille, et ce que cela déclenche comme réaction en chaîne, l’amour résiste-t-il, et quelle sorte d’amour ? Très vite on se rend compte qu’il est surprotecteur avec elle, mais cela va se révéler beaucoup plus compliqué pour le plus grand plaisir du lecteur…

J’ai beaucoup aimé ce thriller, qui dénote par rapport aux polars traditionnels riches en hémoglobine, où les policiers sont au premier plan. Ici, on est dans l’étude des relations de couple, d’amitié, de perversion et surtout de manipulation.

Un seul petit bémol, j’aurais aimé que Heidi Perks fouille davantage dans la personnalité de ses personnages.

Plus on avance dans la lecture et plus celle-ci devient addictive et j’ai lu la dernière partie en apnée, jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions les éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure.

#Alice #NetGalleyFrance

 

L’auteur

Romancière anglaise, Heidi Perks est diplômée en gestion de commerce à l’Université de Bournemouth en 1997, elle a travaillé pendant quinze ans dans le domaine du marketing avant de se consacrer entièrement à l’écriture en 2012.

« Alice » est son premier roman.

 

Extraits

 

Un jour, Alice éprouverait, elle aussi, le désir de prendre son envol, tout comme elle-même avait fait. Sa propre mère s’était beaucoup trop accrochée à elle et elle savait pertinemment combien cette attitude pouvait être destructrice. Elle s’était promis de ne jamais se comporter ainsi avec ses propres enfants, et pourtant, c’est bien ce qui s’était produit.

 

Je savais qu’ils avaient toujours tendance à se cacher de moi ou à aller vadrouiller quelque part. Mais Alice ? Je ne pouvais pas l’imaginer faisant une chose pareille. Elle semblait si fragile qu’elle n’avait rien de commun avec les autres gamins que je connaissais. Mais, perdre l’enfant d’une autre était proprement impensable.

 

Ses angoisses de maman à propos de sa petites étaient-elles inscrites dans ses gênes ? se demanda-t-elle. Elle-même aurait-elle été une mère différente si son père avait toujours été là, aplanissant pour son épouse la voie de la parentalité ? Avec sa mère pour seule et unique guide, il n’était pas surprenant qu’elle soit devenue aussi surprotectrice à son tour.

 

Pourquoi tous ces gens s’intéressaient-ils tant à moi ? Ils devraient plutôt se concentrer sur le monstre qui avait enlevé Alice, au lieu de quoi, c’était moi l’objet de toutes leurs attentions. Pourquoi tous ces gens tenaient-ils à ce point à s’assurer que c’était moi et moi seule la grande responsable ?

 

Lu en mai 2019