Publié dans Littérature française, Polars

« Malamorte » d’Antoine Albertini

Place à un polar français, plus précisément corse avec:

 

 

 

 

 

Résumé de l’éditeur:

 

« C’est sur mon bureau qu’échouent les dossiers dont personne ne veut, les cadavres qui ne feraient pas lever un sourcil à un gratte-papier des chiens écrasés, les victimes anonymes des crimes d’après boire, les vies gâchées pour rien, les destins lacérés des assassins et de leurs victimes confondus dans la même misère, dans la came, dans le vice, dans les jalousies morbides carbonisant des générations entières au fond d’un taudis en bordure de la Nationale. »

Ce bureau, c’est un cagibi, un placard dans une aile à moitié désaffectée du commissariat de Bastia, où ce policier corse a échoué, après la critique de trop contre ses supérieurs, la bagarre de trop avec ses collègues. Pourtant sa carrière dans la police avait bien démarré : 7 ans dans la banlieue parisienne à la brigade des stups puis une mutation à la police judiciaire de Bastia la ville où il a grandi. Mais très vite, il a été déçu, écœuré par les ordres des chefs, les affaires oubliées volontairement, les arrestations arbitraires, la corruption, les magouilles quotidiennes. Il travaille seul à présent, sur des affaires mineures en apparence. Comme celles du meurtre d’Hakima, 5 ans et de sa mère Khadija. Ce policier va chercher partout le coupable, comme il cherche partout la vérité .

Une enquête, le temps d’un été pluvieux. Le portrait d’une île loin des clichés et des visions de carte postale où se croisent élus, voyous, braqueurs et assassins, travailleurs immigrés, continentaux en mal d’une existence qu’ils espèrent plus douce. Le policier sillonne la ville : des bars pourris aux lotissements à des kilomètres de la mer, des bidonvilles installés près des autoroutes aux villas des beaux quartiers.
Il ne cessera jamais de chercher.

 

 

Ce que j’en pense:

 

Nous sommes à Bastia, dans un quartier résidentiel, « les Albatros » où un crime vient d’être commis: Mohamed Cherkaoui vient d’assassiner sa femme et sa fille avant de retourner l’arme contre lui. Mais, est-ce aussi simple, notre homme est transporté aux urgences et réussit à s’échapper. Innocent? Coupable? Victime d’un règlement de compte?

Cherkaoui avait une entreprise qui semblait connaître des difficultés, car il dépensait sans compter, et ses ex amis l’avaient mis sur la touche. On fait la connaissance au passage d’une cheffe d’entreprise, Sonia Mattei, dont le père a été abattu il y a quelques années, et qui est une ex du capitaine. Autre personnage, haut en couleur, l’entrepreneur François Massia magouilleur, ayant des appuis en haut lieu, et qui envoie ses sbires assassiner ceux qui se mettent sur son chemin. Tout est donc loin d’être aussi simple.

En parallèle, deux meurtres mystérieux de femmes sur lesquels notre capitaine va travailler aussi. On note au passage que tout le monde le prend pour un minable, et qu’on ne fait que le tolérer sur le terrain, à condition qu’il ne fasse pas de l’ombre aux policiers.

Sur l’enquête, on retrouve, un capitaine au placard pour insubordination, et quand je dis placard, c’est au sens littéral, il n’y a qu’une fenêtre et elle est condamnée, un bureau innommable, le tout dans un contexte d’imprégnation alcoolique massive pour oublier ses chagrins… notre est affecté au BHS , alias  » bureau des homicides simples »… « Il est d’ailleurs le seul policier à y être affecté ».

L’auteur nous emmène dans une intrigue à rebondissements, dans une Corse qu’on n’a pas l’habitude de voir ( en littérature du moins). On se trouve confronté à toutes les magouilles mafieuses possibles et imaginables, la gangrène touchant également le milieu des policiers, des gendarmes (avec leur défiance traditionnelle!) et un procureur qui ne pense qu’à sa carrière.

Ce polar est surprenant, et je suis assez mitigée car beaucoup de choses sont caricaturales, ou du moins on le voudrait bien, sinon on tombe de haut, mais le capitaine alcoolique, qui se prend une cuite toutes les nuits, n’entendant jamais son téléphone, qui se promène au volant de  sa « saxo brinquebalante » et conserve malgré l’alcool un flair considérable, ce capitaine donc est fort sympathique …

Un grand merci à NetGalley et aux éditions JC Lattès qui m’ont permis de découvrir de polar.

#Malamorte #NetGalleyFrance

 

L’auteur

 

Antoine Albertini est un journaliste et auteur français vivant en Corse, né le 1ᵉʳ août 1975 à Bastia. Rédacteur à la rédaction de France 3 Corse – Via Stella, il est également correspondant du quotidien Le Monde en Corse depuis 2004.

 

Extraits

 

Je tournai mon regard vers le couloir et son enfilade de portes closes sur les silences des autres voisins, tous frappés par l’épidémie de surdité qui s’était abattue sur la résidence les Albatros. Même la famille dont l’appartement jouxtait celui des victimes n’avait « rien entendu, juste du remue-ménage quand vos collègues sont arrivés, c’est tout ».

 

L’argent sale était blanchi depuis longtemps, il fallait seulement se contenter de maintenir les mafieux aux frontières de la vie civilisée, ne pas braquer leurs amis politiques et surtout, se concentrer sur le terrorisme, la catapulte à promotions internes.

 

Les intempéries avaient rendu l’île à ses angoisses hivernales, ces longs mois où la pire des malédictions nous tombait dessus: nous retrouver seuls avec nous-mêmes, prêts à laisser parler nos instincts cannibales, à nous entre-dévorer à la première occasion.

 

Pour contempler mon avenir de flic, je n’avais qu’à me retourner. Il gisait quelque part entre les années 1998 et 1999, à une époque où j’avais refuser de choisir entre deux versions du désordre et donné un sérieux coup de barre à ma carrière, cap sur les récifs des commissions de discipline de la Police Nationale.

 

C’est parce qu’on avait appris aux flics à regarder ailleurs, que le crime organisé avait pu prospérer, que la Battue s’était imposée comme la plus redoutable équipe du grand banditisme européen pendant trente ans.

 

Les gens de ma sorte sont capables de sentir le souffle de l’Adversaire dans chaque gorgée mais rien ne peut les détourner de cette certitude: ne croire en rien est une malédiction que seule la boisson peut conjurer…

… A certains moments, l’ivresse parvient même à nous persuader que nous sortirons indemnes des blessures que nous nous affligeons… Foutaises…

 

Dans cette île où les arbres généalogiques étendent leurs branches sur des générations, cette solitude la désignait comme une curiosité locale: même le patron de l’épicerie fine située en face de son portail ne se souvenait pas avoir échangé avec elle plus d’une trentaine de mots en dix ans.

 

… Ou, si on laissait la Légion régler l’affaire à sa manière, « suicidé » par pendaison après s’être tranché les veines et tirer une balle dans le dos…

 

Lu en mai 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

8 commentaires sur « « Malamorte » d’Antoine Albertini »

  1. C’est vrai que quelquefois les auteurs de polars tombent un peu dans la caricature…et le fait que cela se passe en Corse doit bien entendu accentuer le phénomène ! Mais j’aime assez l’histoire et le fait que tu nous dises que le capitaine est sympathique ! C’est important que le personnage principal le soit…même s’il est alcoolo !

    Aimé par 1 personne

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