Publié dans Littérature belge

« L’enfant de Noé » : Eric-Emmanuel Schmitt

Je vous parle aujourd’hui d’un roman qui m’attendait dans ma PAL depuis pas mal de temps avec :

 

L'enfant de Noé de Eric-Emmanuel Schmitt

 

 

Quatrième de couverture

 

« – Nous allons conclure un marché, veux-tu ? Toi, Joseph, tu feras semblant d’être chrétien, et moi je ferai semblant d’être juif. Ce sera notre secret, le plus grand des secrets. Toi et moi pourrions mourir de trahir ce secret. Juré ?

– Juré. »

  1. Joseph a sept ans. Séparé de sa famille, il est recueilli par le père Pons, un homme simple et juste, qui ne se contente pas de sauver des vies.

Mais que tente-t-il de préserver, tel Noé, dans ce monde menacé par un déluge de violence ?

Un court et bouleversant roman dans la lignée de Monsieur Ibrahim… et d’Oscar et la dame rose qui ont fait d’Éric-Emmanuel Schmitt l’un des romanciers français les plus lus dans le monde.

 

 

Ce que j’en pense

 

Ce court roman nous raconte l’histoire de Joseph, jeune enfant juif âgé de sept ans, qui doit se cacher dans un orphelinat catholique dirigé par le Père Pons pour échapper à la déportation.

Il va rencontrer d’autres enfants dans la même situation que lui, notamment Rudy que le Père Pons lui désigne comme parrain car il est plus âgé, mais rebelle, refusant systématiquement d’étudier, car ses parents et ses frères aînés, brillants intellectuels ont été déportés alors à quoi cela servirait ?

Ces enfants suivent les cours de catéchisme, vont à la messe, mais n’ont pas le droit de communier, ce qui fait que Joseph proteste et sent exclus. Les échanges entre le Père Pons et lui sont savoureux, chacun tentant de connaître de plus près la religion de l’autre, le Père collectionnant dans la crypte des objets et des textes liés au judaïsme pour les préserver autant que pour les étudier.

Je trouve très émouvants les liens qui se tissent entre le Père Pons et Joseph, sur le plan affectif comme sur le plan spirituel.

Je reprends, avec cette lecture « Le cycle de l’invisible » de l’auteure. J’ai lu « Milarépa » dédié au bouddhisme, « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » que j’ai adoré, consacré à l’islam ainsi que « Oscar et la dame en rose » dédié au christianisme. Dans « l’enfant de Noé », Éric-Emmanuel Schmitt s’intéresse au judaïsme et à ce qui le différencie du catholicisme, la notion de Messie que les catholiques ont reconnu dans Jésus alors que les juifs l’attendent encore, l’amour qui est au centre pour les chrétiens alors que dans le judaïsme, on met à l’accent sur le respect.

J’ai beaucoup aimé ce court (trop court) roman et j’ai beaucoup de tendresse pour la pharmacienne du village, résistante qui fournit des papiers aux enfants, qui fustige la religion car elle est profondément athée et nous offre une scène magnifique lorsqu’elle s’installe à l’orgue de l’église en jouant « La Brabançonne » pour saluer le débarquement américain (trop tôt hélas car emportée par sa fougue ce qui lui vaudra un destin terrible !)

J’ai profité du mois Belge pour lire ce quatrième opus qui m’a plu autant que les trois précédents, et j’ai retrouvé avec plaisir la plume de Éric-Emmanuel Schmitt que j’aime beaucoup.

 

 

Extraits

 

Nous ne nous sommes jamais dit adieu. Peut-être est-ce dû à l’enchaînement confus des circonstances ? Peut-être fut-ce délibéré de leur part ? Sans doute ne voulaient-ils pas vivre cette scène, encore moins me la faire vivre… Le fil se rompit sans que j’en prisse conscience : ils s’absentèrent l’après-midi du lendemain et ne revinrent plus.

 

Pourquoi étais-je si excité de me rendre à la messe ? Sans doute sentais-je qu’il y avait un fort bénéfice à devenir catholique : cela me protègerait. Mieux : cela me rendrait normal. Être juif pour l’instant, signifiait avoir des parents incapables de m’élever, posséder un nom qu’il valait mieux remplacer, contrôler en permanence mes émotions et mentir.

 

Ainsi, parce que j’étais juif, je n’avais pas vraiment droit au monde normal ! On ne me le prêtait que du bout des doigts. Je ne devais pas me l’approprier ! les catholiques voulaient rester entre eux, bande d’hypocrites et de menteurs !

 

Donc, pour les chrétiens, ça s’est déjà passé, pour les juifs c’est à venir.

Voilà, Joseph. Les chrétiens sont ceux qui se souviennent et les juifs, ceux qui espèrent encore.

Alors, un chrétien, c’est un juif qui a cessé d’attendre ?

Oui. Et un juif c’est un chrétien d’avant Jésus.

 

Selon les grands rabbins, le respect est supérieur à l’amour. Il est une obligation continue. Cela me semble possible. Je peux respecter ceux que je n’aime pas ou ceux qui m’indiffèrent. Mais les aimer ? D’ailleurs ai-je autant besoin de les aimer si je les respecte ? C’est difficile l’amour, on ne peut ni le provoquer ni le contrôler, ni le contraindre à durer. Alors que le respect…

 

En temps de guerre, le pire des dangers est l’habitude. Particulièrement l’accoutumance du danger.

 

On ne retrouve pas ses parents, juste en les embrassant. En trois ans ils m’étaient devenus étrangers, sans doute parce qu’ils avaient changé, sans doute parce que j’avais changé.

 

Le mois Belge

 

Lu en avril 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

15 commentaires sur « « L’enfant de Noé » : Eric-Emmanuel Schmitt »

    1. il est touchant car la relation entre Joseph et le Père est belle et bien analysée
      je préfère « Mr Ibrahim et les fleurs du Coran » mais le classement à l’arrivée est dans un mouchoir de poche 🙂

      J'aime

  1. Je l’avais lu quand il est sorti comme beaucoup de l’auteur. C’est un livre que j’avais acheté pour le CDI du collège quand je travaillais encore. Les professeurs de français les faisaient lire à leurs élèves. Il faudrait que je les relise un jour, peut-être avant de les faire découvrir à mes petits-enfants

    Aimé par 1 personne

    1. je trouve ce cycle de l’invisible superbe! je m’étais arrêtée en route car trop de tentations dans ma PAL, et j’ai lu beaucoup de romans ou nouvelles d’E.E.Schmitt que j’aime beaucoup
      il me reste « Le sumo qui ne voulait pas grossir » pour terminer et je les relirai sûrement (j’ai lu « Mr Ibrahim » au moins 2 fois vu le film 2 fois aussi avec Omar Sharif génial 🙂

      J'aime

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