Publié dans Littérature américaine

« La poursuite du bonheur » de Douglas Kennedy

Je continue l’exploration de l’œuvre de Douglas Kennedy avec ce roman :

 

La poursuite du bonheur de Douglas Kennedy

 

 

Quatrième de couverture

 

Le lendemain des obsèques de sa mère, Kate Malone reçoit l’appel d’une certaine Sara Smythe, qui dit être une amie de ses parents. Face au scepticisme de Kate, elle lui confie un manuscrit. L’histoire de plusieurs vies entremêlées un demi-siècle auparavant.

1945.L’Amérique se remet de la guerre. Mais, très vite, les heures noires du maccarthysme, avec leur cohorte de trahisons et de lâchetés conformistes. Et, dans la tourmente, l’histoire des Malone s’écrit.

 

Ce que j’en pense

 

Dans ce roman, on suit le destin de Sara Smythe, qui tombe amoureuse de Jack Malone, alors en permission, au premier regard, et ce sera l’amour de sa vie. Mais, rien n’est simple, Jack a connu une autre femme, Kate qu’il va épouser parce qu’elle est enceinte, alors qu’il n’est pas amoureux d’elle.

Une autre personne compte énormément dans la vie de Sara, c’est son frère Éric, un artiste qui s’est laissé tenter par le Communisme qu’il percevait comme porteur de plus de justice sociale. Il a même adhéré au parti pendant quelques années, avant de prendre ses distances, car la « belle idée » avait du plomb dans l’aile !

On se promène dans l’Amérique de la deuxième guerre mondiale, qui va finir par séparer les deux amoureux, chacun faisant sa vie de son côté : mariage et deux enfants, pour Jack, mariage, divorce, fausses-couches pour Sara. Mais dans cette Amérique puritaine, attachée aux bonnes mœurs, chacun assume son choix.

On suit les héros également pendant la période tristement célèbre du Maccarthysme, où l’on fait la chasse sans pitié aux sympathisants communistes, utilisant la délation, et la chasse aux homosexuels avec le même zèle…

Jack et Sara s’étaient retrouvés, amour intact, mais il va commettre l’irréparable en dénonçant Éric aux autorités, pour sauver sa peau… mais ce dernier refusera de dénoncer à son tour des proches ayant flirté avec le parti.

J’ai aimé les thèmes étudiés dans le roman : la difficulté de vivre un amour hors du carcan du mariage, à l’époque, la bienséance de la société, et comment être heureux dans ce cas ? On ne peut que poursuivre le bonheur, chercher à l’atteindre, ou profiter de ce que l’on a, dans le présent.

Comment être heureux quand on est un artiste, marginal, mais fidèle à la parole donnée ou du moins à la ligne de conduite qu’on s’est fixé.

J’ai aimé la manière dont le récit nous est présenté par Douglas Kennedy : on commence par la fin, la rencontre au cimetière entre Sara et Kate, la fille de Jack, et l’album photo que Sara fait parvenir à celle-ci pour provoquer une rencontre, et lui proposer un manuscrit qui raconte l’histoire de Malone mais aussi celle de tous les protagonistes.

J’ai adoré ce roman, car ce sont des périodes de l’Histoire que j’aime particulièrement, les personnages sont attachants par leurs qualités et leurs faiblesses, et une fois commencé, on ne les lâche plus. C’est bien écrit, bien plus abouti que « L’homme qui voulait vivre sa vie ». Une très belle lecture.

Je regrette d’avoir attendu si longtemps pour me plonger dans les romans de Douglas Kennedy que j’avais classé dans les « écrivains populaires » style Musso ou Levy, entre autres, alors je vais tenter la trilogie. Jusqu’à maintenant, j’aimais bien l’entendre parler de ses livres car son français est excellent et il passe très bien dans les émissions littéraires…

 

Extraits

 

C’est incroyable comme on peut se persuader d’avoir trouvé une stabilité tout en sachant pertinemment que la situation n’a rien de durable. Quand on en a besoin tout paraît à sa place et puis…

 

… Il y avait là un résumé saisissant que l’image rébarbative que nos parents avaient présentée aux autres, et à leurs enfants pour commencer. Nous, nous avions toujours pensé que cette froideur affichée existait aussi entre eux, puisqu’ils ne s’autorisaient le moindre geste tendre en public, mais nous avions depuis découvert la passion qui les liait, un amour si profond que Mère n’avait pas pu continuer à vivre sans lui. Et le plus étrange, c’était que nous ne l’avions à aucun moment soupçonné…

 

Éric a naturellement essayé d’éveiller mon intérêt pout ces grandes causes, sans succès. Qu’on ne se méprenne pas cependant : je respectais son enthousiasme, tout comme j’approuvais, et partageais, sa critique des injustices sociales et de la surexploitation. Là où je ne suivais plus, c’était quand je voyais ses condisciples élever leurs convictions au rang d’une sorte de religion laïque dont ils auraient été les grands prêtres, évidemment. Lui-même avait quitté le Parti en 41…

 

On évoque parfois le « plaisir enivrant de la création » mais seuls ceux qui n’ont jamais tenté d’écrire peuvent en parler ainsi. C’est un objectif que l’on se fixe, écrire, il n’y a rien d’enivrant là-dedans, et comme n’importe quel objectif il n’apporte de plaisir qu’une fois rempli : on est soulagé d’avoir assuré la moyenne quotidienne, on espère que le travail accompli dans la journée se révèlera satisfaisant parce que le lendemain il faudra noircir une autre page, de toute façon…

 

Nous n’aimons rien de plus qu’être adulés, nous entendre dire que nous sommes uniques, incomparables. Or, c’était ce qu’il ne cessait de me répéter, et exactement ce dont j’avais besoin.

 

Tout à fait dans l’esprit des années cinquante, nous avons tous préféré observer le silence sur des questions qui risquaient de s’avérer douloureuses. L’introspection à tout prix, la sincérité coûte que coûte n’étaient pas dans les mœurs du temps.

 

Tu ne connais pas encore ce principe fondamental de la vie américaine ? Quand tu te rends coupable de lâcheté morale, tu atténues tes remords en allant claquer plein d’argent.

 

Là encore, la logique de la « liste noire » fonctionnait dans toute son abjection : détourner les individus des scrupules moraux les plus évidents en faisant appel à l’instinct numéro un, celui de survie. A tout prix.

 

C’est peut-être cela, la vraie nature de la colère : tempêter contre l’absolue futilité de l’existence. La colère permet de donne un sens à ce qui n’en a fondamentalement pas. La colère nous fait croire que nous n’allons pas mourir.

 

C’était là l’un des aspects les plus redoutables de la chasse aux sorcières : tant qu’on n’était pas menacé personnellement, on pouvait continuer à vivre comme si de rien n’était.

 

 

Lu en janvier-février 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

14 commentaires sur « « La poursuite du bonheur » de Douglas Kennedy »

    1. celui-ci est nettement meilleur que « L’homme qui voulait vivre sa vie » il n’y a pas photo!
      j’ai peur de me lasser alors je vais attendre un peu avant de lire « La symphonie du hasard » car je vais probablement comparer:-)

      Aimé par 1 personne

    1. c’est seulement le deuxième pour moi car j’avais des « a priori » je ne pense pas tout lire pour ne pas me lasser
      en général, j’apprécie ce genre de littérature quand je suis crevée après, cela me plaît moins 🙂

      J'aime

  1. J’ai lu un livre de lui, mais je ne me rappelle plus lequel. Toujours est-il que cela m’avait laissé à l’époque une bonne impression. Je note ce titre dans tous les cas. Merci !

    Aimé par 1 personne

    1. je voulais le lire depuis longtemps, j’aime bien écouter Douglas Kennedy lors de ses passages à la TV… je vais encore lire la trilogie j’ai le T1 de la symphonie du hasard qui m’attend mais je prends mon temps 🙂

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