Publié dans Littérature belge

« L’enfant de Noé » : Eric-Emmanuel Schmitt

Je vous parle aujourd’hui d’un roman qui m’attendait dans ma PAL depuis pas mal de temps avec :

 

L'enfant de Noé de Eric-Emmanuel Schmitt

 

 

Quatrième de couverture

 

« – Nous allons conclure un marché, veux-tu ? Toi, Joseph, tu feras semblant d’être chrétien, et moi je ferai semblant d’être juif. Ce sera notre secret, le plus grand des secrets. Toi et moi pourrions mourir de trahir ce secret. Juré ?

– Juré. »

  1. Joseph a sept ans. Séparé de sa famille, il est recueilli par le père Pons, un homme simple et juste, qui ne se contente pas de sauver des vies.

Mais que tente-t-il de préserver, tel Noé, dans ce monde menacé par un déluge de violence ?

Un court et bouleversant roman dans la lignée de Monsieur Ibrahim… et d’Oscar et la dame rose qui ont fait d’Éric-Emmanuel Schmitt l’un des romanciers français les plus lus dans le monde.

 

 

Ce que j’en pense

 

Ce court roman nous raconte l’histoire de Joseph, jeune enfant juif âgé de sept ans, qui doit se cacher dans un orphelinat catholique dirigé par le Père Pons pour échapper à la déportation.

Il va rencontrer d’autres enfants dans la même situation que lui, notamment Rudy que le Père Pons lui désigne comme parrain car il est plus âgé, mais rebelle, refusant systématiquement d’étudier, car ses parents et ses frères aînés, brillants intellectuels ont été déportés alors à quoi cela servirait ?

Ces enfants suivent les cours de catéchisme, vont à la messe, mais n’ont pas le droit de communier, ce qui fait que Joseph proteste et sent exclus. Les échanges entre le Père Pons et lui sont savoureux, chacun tentant de connaître de plus près la religion de l’autre, le Père collectionnant dans la crypte des objets et des textes liés au judaïsme pour les préserver autant que pour les étudier.

Je trouve très émouvants les liens qui se tissent entre le Père Pons et Joseph, sur le plan affectif comme sur le plan spirituel.

Je reprends, avec cette lecture « Le cycle de l’invisible » de l’auteure. J’ai lu « Milarépa » dédié au bouddhisme, « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » que j’ai adoré, consacré à l’islam ainsi que « Oscar et la dame en rose » dédié au christianisme. Dans « l’enfant de Noé », Éric-Emmanuel Schmitt s’intéresse au judaïsme et à ce qui le différencie du catholicisme, la notion de Messie que les catholiques ont reconnu dans Jésus alors que les juifs l’attendent encore, l’amour qui est au centre pour les chrétiens alors que dans le judaïsme, on met à l’accent sur le respect.

J’ai beaucoup aimé ce court (trop court) roman et j’ai beaucoup de tendresse pour la pharmacienne du village, résistante qui fournit des papiers aux enfants, qui fustige la religion car elle est profondément athée et nous offre une scène magnifique lorsqu’elle s’installe à l’orgue de l’église en jouant « La Brabançonne » pour saluer le débarquement américain (trop tôt hélas car emportée par sa fougue ce qui lui vaudra un destin terrible !)

J’ai profité du mois Belge pour lire ce quatrième opus qui m’a plu autant que les trois précédents, et j’ai retrouvé avec plaisir la plume de Éric-Emmanuel Schmitt que j’aime beaucoup.

 

 

Extraits

 

Nous ne nous sommes jamais dit adieu. Peut-être est-ce dû à l’enchaînement confus des circonstances ? Peut-être fut-ce délibéré de leur part ? Sans doute ne voulaient-ils pas vivre cette scène, encore moins me la faire vivre… Le fil se rompit sans que j’en prisse conscience : ils s’absentèrent l’après-midi du lendemain et ne revinrent plus.

 

Pourquoi étais-je si excité de me rendre à la messe ? Sans doute sentais-je qu’il y avait un fort bénéfice à devenir catholique : cela me protègerait. Mieux : cela me rendrait normal. Être juif pour l’instant, signifiait avoir des parents incapables de m’élever, posséder un nom qu’il valait mieux remplacer, contrôler en permanence mes émotions et mentir.

 

Ainsi, parce que j’étais juif, je n’avais pas vraiment droit au monde normal ! On ne me le prêtait que du bout des doigts. Je ne devais pas me l’approprier ! les catholiques voulaient rester entre eux, bande d’hypocrites et de menteurs !

 

Donc, pour les chrétiens, ça s’est déjà passé, pour les juifs c’est à venir.

Voilà, Joseph. Les chrétiens sont ceux qui se souviennent et les juifs, ceux qui espèrent encore.

Alors, un chrétien, c’est un juif qui a cessé d’attendre ?

Oui. Et un juif c’est un chrétien d’avant Jésus.

 

Selon les grands rabbins, le respect est supérieur à l’amour. Il est une obligation continue. Cela me semble possible. Je peux respecter ceux que je n’aime pas ou ceux qui m’indiffèrent. Mais les aimer ? D’ailleurs ai-je autant besoin de les aimer si je les respecte ? C’est difficile l’amour, on ne peut ni le provoquer ni le contrôler, ni le contraindre à durer. Alors que le respect…

 

En temps de guerre, le pire des dangers est l’habitude. Particulièrement l’accoutumance du danger.

 

On ne retrouve pas ses parents, juste en les embrassant. En trois ans ils m’étaient devenus étrangers, sans doute parce qu’ils avaient changé, sans doute parce que j’avais changé.

 

Le mois Belge

 

Lu en avril 2019

Publié dans Littérature française, Roman historique

« Le sang des Mirabelles » de Camille de Peretti

Petit détour par le Moyen-Age, aujourd’hui avec ce roman choisi sur NetGalley:

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

« Depuis le début de la cérémonie, la tête légèrement penchée en avant, elle avait gardé les paupières baissées comme l’aurait fait une fiancée soumise, mais son corps criait la roideur et l’orgueil. Malgré son jeune âge, il n’y avait en elle aucune douceur, aucune fragilité, aucune enfance. La parfaite beauté de la jeune fille, sa peau d’une pâleur extrême, ses petites mains jointes en prière, la finesse pointue de ses articulations que l’on devinait sous le lourd manteau vert doublé de fourrure, tout cela était tranchant comme la lame d’une épée.  »

Au cœur du Moyen Âge, le destin de deux sœurs en quête d’émancipation à une époque vouant les femmes au silence. Un magnifique voyage dans le temps, qui dépoussière le genre du roman historique.

 

Ce que j’en pense

 

Avant de partir en croisade avec le roi Neuf, Lion marie sa fille aînée Eléonore à Guillaume, dit Ours, pensant protéger ainsi son fief et en son absence la jeune sœur, Adélaïde sera sous la « protection » de Cathaud, la sœur tyrannique de Guillaume.

Le roi Neuf désire se faire pardonner après avoir donné l’ordre d’incendier une église dans laquelle s’étaient réfugiés des femmes, des enfants… pour mettre la main sur le domaine du comte des Mirabelles, vassal pourtant exemplaire, et le confier à son cousin.

L’ordre a été exécuté par le meilleur ami de Guillaume, Tancrède qui va suivre le roi dans cette croisade.

Il s’agit d’un mariage de raison, car Guillaume est un veuf inconsolable : sa femme est morte en couches ainsi que le bébé, et la nuit de noces est plutôt sinistre, car il a beaucoup bu…

Rien ne se passe comme prévu : un voisin ambitieux, le duc des Ronces, lorgne sur les terres de Guillaume, et de Lion et tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins, il a même épousé la fille du roi de l’Autre Côté de la Mer…

Ils ont tous des noms, des surnoms : Guillaume Ours, Lion, Tancrède dragon, ou Loup pour le neveu de Guillaume, et pour les femmes : Éléonore Salamandre, Adélaïde Abeille, ou Cathaud l’Araignée…

On note déjà que le roman démarre en force avec, en exergue, cette phrase : « Femme, tu es la porte du diable. » Tertullien (155-222). Cela nous met tout de suite dans l’ambiance…

Camille de Peretti raconte, dans une langue truculente du Moyen-Age, la soif des hommes de conquérir les terres, d’étendre leur influence, leur désir de se battre, leurs beuveries tout comme leur camaraderie, car l’amitié qui unit Guillaume et Tancrède est belle et sincère.

Elle nous parle aussi du statut des femmes : elles doivent se taire, être soumises, au service du mari, subir l’acte sexuel, les dents serrées… et le destin de ses deux sœurs emporte le lecteur, leur opiniâtreté, la manière dont elles doivent éviter les pièges que l’on tente de refermer sur elles.

Si Éléonore réussit à endosser le rôle de « maitresse de maison », d’épouse soumise, même si elle batifole un peu avec un ménestrel, c’est beaucoup plus difficile pour Adélaïde, qui doit obéir à la sœur de Guillaume, broder à contre cœur, alors qu’elle est un esprit libre. Elle ne retrouve sa joie de vivre qu’en découvrant les plantes médicinales, décoctions et autres remèdes que prépare « l’apothicaire » juif, le Hibou. Cette gamine m’a beaucoup plu !

« Adélaïde ne se laissera pas emprisonner, elle comprend qu’elle doit se libérer elle-même, découvrir ses propres dimensions, refuser les entraves. »

L’auteure évoque aussi très bien la maltraitance des domestiques qui sont battus, et se taisent, subissent le maître.

Le maître rend lui-même la justice : juger les voleurs, mais aussi les animaux, tel un percheron qui a renversé une enfant et qui est jugé coupable, condamné à avoir la tête tranchée.

Camille de Peretti décrit aussi très bien, le rôle de l’Église, des prêtres qui voient des sorciers partout et aiment tant les persécuter, les brûler… avec un bonus particulier pour le chapelain complètement tordu, pervers, qui ne cherche qu’à nuire à Adélaïde alias l’Abeille. Elle a découvert la joie d’apprendre : les plantes, mais aussi les maladies, (l’ergotisme fait alors des ravages). Et bien-sûr, il faut tuer cette joie suspecte dans l’œuf. Une femme doit rester dans l’ignorance et surtout ne pas penser, ni même rire.

« … à se tenir correctement, à ne parler de rien et surtout à ne pas rire car « le rire est une souillure de la bouche » lui rabâche cette ennuyeuse. »

Les propos sur les femmes font frémir, mais sont hélas des idées répandues encore dans les milieux intégristes…

J’ai bien-sûr cherché à trouver des ressemblances avec des personnes ayant existé (on ne se refait pas !) mais ce n’est pas évident. Le roi Neuf fait penser à Louis VII, l’époux d’Aliénor d’Aquitaine, qui avait mis le feu à l’église de Vitry-en-Perthois… Mais pour les autres c’est plus difficile, je m’y connais peu en blasons, emblèmes, alors il n’est pas aisé de repérer qui que ce soit derrière, Lion, Ours, Loup…

J’ai bien aimé ce roman qui m’a permis de me replonger dans le Moyen-Age, sa langue truculente, ses coutumes et ses côtés monstrueux.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Calmann-Lévy qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure.

 

#LeSangDesMirabelles #NetGalleyFrance

 

L’auteur

 

Camille de Peretti est née en 1980 à Paris. Elle est l’auteur de six romans dont Thornytorinx (prix du Premier roman de Chambéry), et Blonde à forte poitrine (Kero, 2016).

 

Extraits

 

Défendre sa religion est une chose juste et bonne, quels qu’en soient les motifs. Tous les grands barons du royaume ont été invités à prendre la croix. Le père Lion ira, car la religion est sa vie. Peu lui importent les fautes que le roi doit se faire pardonner.

 

Le chapelain lui avait affirmé que la femme est faible. Cela, elle ne l’a pas cru. Elle se sait forte. Elle n’a pas eu peur mais elle a gardé les yeux fermés. Le mari est le tenancier du corps de sa femme. Son père lui a rappelé que la femme est soumise à l’homme et doit toujours se tenir prête à le servir. Elle est prête.

 

Car la disparition d’un être cher ne fait pas le vide autour de vous, elle vous oppresse. C’est une matière mobile qui vous épreint pour faire couler la bile de votre détresse, elle vous pénètre et vous engloutit. Les remembrances surgissent malgré lui, comme si on le forçait à garder les yeux ouverts sous la vase.

 

Elle s’emparait du scion et le grandissait à la face de la jeune femme qui ne baissait pas les yeux pour autant. Cette insolence calculée était le véritable déclencheur de l’enfuriosement de l’Araignée. Dès lors, elle estimait que Manon méritait d’être fouettée. 

 

Et des livres. Jamais elle (Adélaïde) n’en a vu autant. Il y en a peut-être une vingtaine. Sur les tranches, elle voit des lettres romaines, mais aussi des alphabets inconnus. Des livres en latin, en arabe, en hébreu. Elle sait que les juifs ne sont pas médecins, cela leur est interdit, mais que leur savoir est très recherché.

 

Comme Ève avant elle, Adélaïde goûte au fruit de l’arbre de la connaissance, elle sait que c’est interdit, que c’est mal. Et surtout elle a le sentiment que cela pourrait changer le cours de sa vie.

 

Guillaume en avait été sincèrement désolé. Il s’était fait la réflexion qu’il était terrible que les hommes, qui sont capables de tant souffrir, puissent infliger à leurs semblables de si grandes douleurs.

 

Le percheron, lui, a commis un infanticide. C’est autrement plus grave. L’animal a donc été capturé et incarcéré dans la prison avec les autres condamnés.

 

Certains souvenirs, quand ils sont rapportés par des gens qui nous sont chers, nous marquent tant qu’on finit par penser qu’ils sont un peu les nôtres aussi.

 

Le contact du corps féminin souille l’âme des hommes.

 

Le roi Neuf était un roi lunatique, tantôt colérique, tantôt faible et impressionnable, mais personne n’aurait pu lui reprocher de n’être pas pieux. Pourtant, la rumeur d’aujourd’hui rapportait qu’il était le pire des impies car il avait donné l’ordre d’incendier une église.

 

Adélaïde aime son aînée sans pouvoir lui parler, et réciproquement, car elles sont femmes. Depuis l’enfance, tout leur est interdit et elles ont appris à se taire pour se protéger.

 

 

Lu en avril 2019

Publié dans Littérature française

« Un métro pour Samarra » : Isabelle de Lassence

Je vous parle aujourd’hui d’un livre choisi dans le cadre d’une opération masse critique spéciale organisée par Babelio avec :

 

Un métro pour Samarra de Isabelle de Lassence

 

 

Quatrième de couverture :

 

Swann Delva étudie la philosophie à la Sorbonne. Le jeune homme s’imagine devenir un penseur en vogue, mais d’ici-là, il gagne sa vie en travaillant dans le métro.

Par hasard, il découvre les stations désaffectées du réseau parisien, et se prend de passion pour ces lieux hors du temps. Un jour d’exploration de la station-fantôme Haxo, dans le XIXe arrondissement, il se retrouve transporté à Samarra, une ville d’Irak, au Moyen-Age. C’est là qu’un calife des Mille et Une Nuits lui pose la plus importante question qui soit : peut-on espérer une vie après la mort ?

Alors que le sommeil le ramène à Paris, Swann ne rêve que de retrouver les splendeurs de Samarra. Mais, pour conserver ses privilèges auprès du calife, déjouer les complots qui le visent et obtenir les faveurs d’une belle astrologue, il doit apporter une réponse aux angoisses du souverain.

Trente-cinq jours de voyages entre Paris et Samarra vont transformer la vie de Swann à jamais…

 

Ce que j’en pense

 

J’ai aimé, surtout au début, suivre les aventures souterraines de Swann Delva, philosophe qui vient d’être admis à la Sorbonne, grâce à une bourse d’étude. Il faut bien ouvrir les portes de l’illustre établissement à des étudiants, méritants, mais dont les familles ne sont pas fortunées, loin de là.

Seulement, une bourse c’est bien mais c’est loin d’être suffisant pour vivre alors il réussit à se faire embaucher à la RATP, job alimentaire. Il s’ennuie derrière son guichet, jusqu’au jour où son chef lui fait visiter une station désaffectée. Il fait des recherches sur internet sur les stations fantômes et tombe sur Haxo. Là, un wagon étrange qui le propulse en Irak, à Samarra, à la cour du calife. Celui-ci le charge d’une réflexion : y a-t-il une vie après la mort ?

Swann, qui doit son prénom, à une passion de sa mère non pour Marcel Proust, mais pour… Dave, est un jeune homme introverti, rempli de TOC, ayant une relation étrange avec sa mère, hyper-protectrice. Son père a disparu du paysage familial et il n’a qu’un seul ami depuis l’enfance, Eliott, artiste dont les parents sont aisés et ont fait bénéficier de leurs largesses notre ami Swann.

Ce roman décrit le désir de Swann d’être reconnu à sa juste valeur et comme ce n’est guère possible tant à la RATP qu’à la Sorbonne, il s’échappe dans l’Irak du Moyen-Age, où il est de moins en moins bien accueilli à chaque expédition, en compétition avec un homme plutôt douteux, qui pratique l’alchimie, sous l’œil d’une belle astrologue.

Le voyage de Swann se fait sur 35 jours (trente cinq chapitres, qui proposent chacun, en en-tête, une réflexion des grands philosophes de toutes les époques) et l’aventure commençait bien. Mais, le rythme enlevé du départ amène peu à peu de la lassitude, du fait de la personnalité du héros tout autant que de l’histoire en elle-même.

C’est l’idée d’utiliser « une faille spatio-temporelle » à la manière de Stephen King, avec une réflexion ésotérique accompagnée de pensées philosophiques, qui m’a amenée à choisir cette lecture.

J’ai bien aimé la scène du café philosophique : Swann planche sur son exposé, ne noie dans l’argumentation, mais, envahi par le trac, n’arrive pas à susciter un réel intérêt chez les auditeurs…

C’est le premier roman d’Isabelle de Lassence ; le thème choisi est intéressant, les pensées des philosophes utilisées pour étayer son récit m’ont beaucoup plu, de même que l’allusion aux « Mille et une nuits »  ; il lui manque encore un peu de punch pour garder le rythme, et tenir en haleine le lecteur jusqu’à la fin. Un début quand même prometteur alors j’attends le prochain…

Un grand merci à Babelio et aux éditions La Belle Etoile qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

 

L’auteur

 

Isabelle de Lassence a 33 ans. Après des études de lettres et sciences politiques, elle devient chargée de communication dans une grande entreprise et vit en région parisienne.

Ceci est son premier roman.

 

 

Extraits

 

Cette rame-là avait des allures fantastiques. Lancés à pleine vitesse dans l’obscurité de Croix-Rouge, les wagons éclairés glissaient dans la station sans y faire escale. Sur des silhouettes venues de nulle part, on apercevait les visages des passagers. Quelques curieux collaient la main et le nez contre la vitre pour entrevoir, malgré la pénombre, ces mystérieux quais désaffectés.

 

Swann se mit en route pour l’un de ses cours favoris : la philosophie de la culture. Il y voyait une passionnante philosophie de la philosophie, et surtout des réflexions recyclables pour les conversations quotidiennes.

 

Au réveil, il avait, d’avance des sueurs froides à la perspective de ces regards insistants, ces jugements négatifs, ces questions pièges. D’expérience, Swann savait que parler en public était pour lui une épreuve, et il était persuadé que cela se voyait. Quoi qu’il en soit, l’exercice lui demandait un courage non négligeable.

 Devant son miroir, il répéta et répéta encore.

 

Cette vie que nous considérons comme réelle, n’est-elle pas un mirage ? Généralement, durant nos songes, nous ne suivons pas de raisonnement logique, mais certaines vérités nous apparaissent évidentes…

… Swann décida de se ranger du côté de Descartes : le doute est la preuve que l’on pense, donc que l’on existe. Si l’on ne doute pas, on rêve. Conclusion : Swann avait donc rêvé Samarra.

 

Ce qui compte, pour la philosophie, c’est l’homme en général. La psychologie, elle, est plus empirique et se focalise sur un individu et ses particularités.

 

En bon philosophe rationaliste, Swann se méfiait de cette propension à se vouer à un autre individu. La passion, selon lui, en tout cas jusqu’à présent, risquait de le détourner de l’idéal auquel il aspirait : la connaissance.

 

Pour le commun des mortels, c’est l’éros, le désir charnel dans toute sa vulgarité. Pour le penseur, c’est en réalité une manifestation de l’amour de l’Âme, pas du corps, pas une bagatelle, pas un comportement que les animaux reproduisent par instinct. Réflexion de Swann sur l’Amour.

 

 

Lu en avril 2019

Publié dans Psy

« Le travail qui guérit » de Jean-Michel Oughourlian

Je vous parle aujourd’hui d’un livre passionnant dont la lecture m’a pris du temps et la rédaction de la critique encore plus avec :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Elles sont six, réparties entre Nantes, Le Mans, Tours et Cholet. Six usines où sont fabriqués les systèmes de câblages électriques équipant des voitures haut de gamme. Leur particularité ? Tous les opérateurs (700 sur un effectif de 830 personnes) sont des handicapés mentaux : porteurs de trisomie 21, souffrant d’autisme, de schizophrénie, de retards cognitifs importants… Pourtant, ils travaillent tous. Ils ont un salaire, des contraintes ; en somme une vie professionnelle « normale », et un objectif : la réinsertion en milieu « classique » (usine, entrepôt, commerce…).

Le psychiatre Jean-Michel Oughourlian s’est immergé dans ces extraordinaires « usines apprenantes » de la Fondation AMIPI-Bernard Vendre. Son constat ? « L’usine réussit là où la psychiatrie a échoué. À l’hôpital, beaucoup parmi ces opérateurs seraient des légumes. Là, ils progressent. » Qu’est-ce que l’intelligence ? Comment le travail manuel peut-il agir sur les neurones et les synapses du cerveau ? Quel rôle tient le mimétisme dans la « normalisation » de ceux que l’on appelle handicapés ? S’appuyant sur des études neurologiques, ce livre est d’abord un récit.

L’histoire de celles et ceux qui, comme Bernard Vendre, eurent un jour droit à ce verdict terrible : « Débile il est, débile il restera. » Mais « débiles », ils ne le sont pas…

 

 

Ce que j’en pense

 

Quand j’ai vu ce livre sur NetGalley, je me suis dit qu’il était pour moi, car le sujet m’intéresse depuis longtemps (tout comme celui de l’arriération mentale sur lequel j’ai planché autrefois).

L’auteur nous démontre, dans ce livre, l’importance du travail dans l’insertion des personnes atteintes de handicaps physiques et surtout mentaux, par différentes approches. En effet, que peut-on faire d’eux une fois qu’ils ont dépassé l’âge d’être en IMP. Il développe la notion de mimétisme, qui permet à chaque individu de construire son moi.

Il cite au passage les grands Maîtres, Lacan, Henri Ey, et celui qui l’a vraiment inspiré : René Girard qui disait notamment :

« Il postulait que tout désir humain est mimétique, suggéré par le désir de l’autre. Ici se situait, pour lui, le ressort de la violence, engendrée par la convoitise d’un même objet. »

Il nous parle également des neurones miroirs qui s’activent lors de la compréhension de l’action qui se déroule devant nous.

Une fois établi le processus, il faut passer de l’hôpital psychiatrique à ce que l’auteur appelle « l’usine apprenante », car il faut sortir l’individu de son isolement, sinon il y perdra sa vie. Pour cela, il préconise la démarche initiatique, en gros, la transmission du maître au disciple, à l’instar des compagnons. « On apprend en travaillant et on travaille en apprenant ». C’est ce qui est utilisé dans le cadre des AMIPI (Association d’aide matérielle et intellectuelle aux personnes inadaptées).

Les personnes ainsi réinsérées, dans les usines apprenantes, montrent qu’ils sont capables d’exécuter des tâches parfois compliquées, dans l’électronique, par exemple car ils sont motivés par le désir de bien faire, parfois par leur côté perfectionniste, et peuvent, si on leur fait confiance, diriger des équipes car la hiérarchie est importante.

Mais dans notre XXIe siècle, ce discours heurte certains car on pense hélas plus aux loisirs, au temps libre qu’au travail, en oubliant un peu vite que le chômage implique une perte de m’estime de soi.

En se basant sur les enfants enfermés dans les orphelinats en Roumanie, à l’époque de Ceausescu, l’auteur a montré que ces enfants avaient des cerveaux atrophiés à l’IRM mais qu’il y avait une capacité de résilience des neurones, si on entrait en relation avec eux. Il faut donc de l’humain, « Mais il est vrai que, dans notre société, l’humain tend à disparaître. »

L’auteur insiste également sur une dérive possible du mimétisme : la rivalité qui peut survenir entre les personnes de l’équipe, les jalousies possibles, certains pouvant tout faire pour interdire à l’autre de progresser, car il risquerait de la dépasser.

Il développe d’autres notions : le goût de l’effort, l’inter individualité, la normalisation par le travail, mais aussi le risque encouru par l’être humain s’il cesse de fabriquer, construire, travailler, ce qu’il exprime par cette phrase : « S’il ne fabrique plus, l’être humain cessera de se fabriquer. S’il cesse de tailler des pierres, sa propre pierre intérieure restera en jachère. »  ou encore : «  Travailler permet d’être quelque chose au lieu de n’être rien ».

Jean-Michel Oughourlian nous propose dans ce livre le travail considérable qu’il a fait pour permettre à ces personnes de vivre une vie la plus normale possible, en mettant en avant leurs possibilités, leurs richesses, ce qu’ils peuvent apporter à notre société. Combat d’une vie, davantage que travail, d’ailleurs.

Je précise qu’il est l’auteur, d’un autre ouvrage, plus connu du public : « Le troisième cerveau ».

Je suis admirative et de ce fait, j’ai eu énormément de mal à rédiger cette critique qui m’a pris presque deux mois et risque de s’avérer dithyrambique et difficile à lire pour ceux qui vont la lire. J’ai abordé les thèmes qui m’ont le plus intéressée, car chaque chapitre est en lui-même une mine d’informations et de réflexions.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Plon qui m’ont permis de le découvrir.

#LeTravailQuiGuérit #NetGalleyFrance

 

 

Le travail qui guérit l’individu, l’entreprise, la société

http://www.fondation-amipi-bernard-vendre.org/actualite/243-le-travail-qui-guerit-lancement-en-octobre-du-livre-du-professeur-oughourlian-sur-son-experience-au-sein-des-usines-apprenantes-et-inclusives-de-lamipi.html

 

L’auteur

 

Jean-Michel Oughourlian, neuropsychiatre, ancien professeur de psychologie à la Sorbonne, est spécialisé dans la psychologie mimétique. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont  « Le Troisième Cerveau » et « Cet autre qui m’obsède«  chez Albin Michel.

 

Extraits

 

 

Je ne suis pas moi sans l’autre. Je ne suis pas, ce soir exactement le même que celui que j’étais ce matin.

Mon moi a été remodelé par les mécanismes du mimétisme, et il le sera en permanence, tout au long de notre existence, sous l’influence des modèles que nous adoptons.

 

Face à mon modèle, mes trois cerveaux sont en interactivité : le premier retient certes les informations, mais il a besoin du second pour apporter l’émotion indispensable (j’apprends d’autant mieux que je suis heureux d’apprendre). Dans mon troisième cerveau, les neurones miroirs sont stimulés : je suis prêt à imiter mon modèle et lui-même est satisfait de me voir l’imiter et apprendre.

 

Plus de cinquante ans d’activité en hôpital psychiatrique m’ont amené à établir une définition fondamentale de la personne handicapée : c’est quelqu’un qui ne peut pas être seul. Ni pour se déplacer, ni pour manger, ni pour travailler, ni pour vivre.

 

Je suis resté, depuis mes études, un adepte de la démarche initiatique. Celle qui se fonde sur la transmission entre le maître et l’élève.

 

L’isolement qui conduit à l’enfermement dans ses névroses, dans ses psychoses. Qui détruit et empêche de vivre dignement…

 

Surprotéger n’a jamais permis de faire progresser.

 

Travailler vous tient, vous retient, vous soutient, vous maintient. Travailler rend humain.

 

L’intelligence de l’usine apprenante est d’assumer pleinement le modèle médiéval du compagnonnage.

 

La hiérarchie est le garde-fou de la rivalité. Elle est un traitement contre elle… Quand la hiérarchie disparaît, la violence prend place.

 

C’est la perversion du mimétisme : l’élève qui veut prendre la place du modèle et l’érige en rival, voire en obstacle.

 

Le travail ne permet pas seulement de subvenir à ses besoins, il permet surtout de se construire. Il est tout simplement un tremplin pour être.

 

Demain, si nous n’y prenons pas garde, les GAFAM, les géants américains du numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) et les BATX leurs pendants chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) remplaceront l’Homo Faber, l’homme qui fabrique. Celui qui a émergé de la préhistoire en inventant le feu, puis les outils, celui qui a perfectionné ces outils pour créer les civilisations, celui qui, en fabriquant, a signé son humanité et l’a parfaite – donc s’est fabriqué lui-même.

 

 

Lu en janvier-février 2019

Publié dans Littérature Australienne

« Sur la route de Savannah Winds » de Tamara McKinley

Je continue mon exploration des auteurs australiens avec ce  livre :

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Une terre lointaine aux nombreux secrets…

Quand Fleur apprend que son nom est couché sur l’héritage d’une tante qu’elle n’a jamais connue, elle ne peut qu’accueillir la nouvelle avec enthousiasme. En effet, sa relation amoureuse s’effrite et elle est prise dans l’étau d’un grave conflit familial.

À la lecture du journal de sa tante, qu’elle croyait disparu depuis de longues années, Fleur embarque pour un voyage à travers le temps, à la découverte du Gulf Country, dans le Nord-Est australien, entre savane et forêt, où se niche le ranch Savannah Winds. Mais ce dont Fleur ne se doute pas, c’est que ce qu’elle pourrait découvrir là-bas aura des répercussions dévastatrices sur sa vie…

Des années 1930 à nos jours, ce roman explore les liens familiaux, les rivalités et la force d’un amour qui dure.

 

 

Ce que j’en pense

 

L’auteure nous raconte les « malheurs » de Fleur, dont la mère est décédée quand elle avait deux ans, élevée par ses demi-sœurs, avec un père richissime, obsédé par son fric, ses hôtels, qui n’aime personne à part lui-même au point d’avoir été fâchée avec sa sœur Annie pendant des décennies. Lorsque Fleur hérite de la fameuse tante, tout part en vrille.

Cerise sur le gâteau, une dispute grave intervient entre Fleur et son flamboyant chirurgien, Greg, lorsque celui-ci refuse d’avoir des enfants, du fait du calvaire qu’il a enduré enfant, avec un père hyperviolent. Elle décide alors d’aller sur les terres d’Annie et de découvrir son secret.

Ce roman avait tout pour me plaire : une histoire familiale compliquée, des secrets de famille, des souffrances qui transcendent…

C’est une belle histoire qui se lit très facilement, ne prenant absolument pas la tête du lecteur, sur fond de grande chevauchée dans l’immense propriété de Savannah Winds, où la vie est difficile entre les tempêtes, ouragans, saisons des pluies où l’on peut tout perdre en quelques heures. Il y a de bonnes idées : Tamara McKinley parle très bien du statut des aborigènes d’Australie, esclaves longtemps des Blancs, du comportement exemplaire des femmes pendant la deuxième guerre mondiale où elles ont pris les manettes des ranchs, du bétail en mains de maîtres, des enfants enlevés, tel Sam par les services sociaux en Angleterre et envoyés au fin fond de l’Australie…

On a droit à des portraits caricaturaux, par exemple le couple formé par Bettany la demi-sœur de Fleur qui souffre du syndrome du nid vide car ses aînés sont partis alors que la petite dernière fait des siennes, alors que son époux Clive ne pense qu’à son travail et ses parcours de golf : le parfait macho, tandis qu’elle se noie dans ses kilos superflus et ses vapeurs de ménopause ! on se croirait dans Dallas et son univers impitoyable.

Il y a un trop grand écart entre la situation à cette époque et la période actuelle, la vie et les malheurs d’Annie m’ont beaucoup intéressée alors que ceux de la « pauvre petite fille riche » Fleur beaucoup moins, car son milieu, son mode de vie (qui ressemble beaucoup à celui des certaines héroïnes de la littérature américaine) sont aux antipodes du mien et n’ont pas réussi à me toucher.

Par contre, ce livre est plaisant par l’immensité et la beauté des paysages et du pays, ce qui permet un beau voyage.

Une lecture facile, trop Bisounours pour moi… à réserver pour les vacances, sur la plage ! c’est la première fois que j’aborde un roman de Tamara McKinley et je reste sur ma faim. J’ai le même ressenti qu’en lisant « Le secret du mari » de Liane Moriarty. Je tenterai peut-être un autre de ses romans pour lui laisser une autre chance de me convaincre.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions L’archipel qui m’ont permis de découvrir cette auteure.

#LaRouteDeSavannahWinds #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Née à Launceston (Tasmanie) en 1948, Tamara McKinley émigre en Grande-Bretagne, où elle intègre un pensionnat de jeunes filles du Sussex. Ses treize romans, de « La Dernière Valse de Mathilda » (2005), traduit dans plus de 20 pays, à « Où le cœur se pose » (2018), ont tous paru aux éditions de l’Archipel.

 

Extraits

 

Ce nuage n’était autre que le légendaire Morning Glory, qui s’étirait, du nord au sud, d’un bout à l’autre de l’horizon, projetant son ombre sur la savane. Et ce nuage s’enroulait sur lui-même, pareil à une vague éternelle, qui jamais ne se brisait, et dont la crête étincelait des innombrables gouttelettes glacées que la masse avait capturées en traversant le golfe de Carpentarie.

 

Les enfants, estimait-il, relevaient exclusivement du domaine de compétence de son épouse, cependant que lui-même se chargeait de faire fructifier sa société et d’améliorer son handicap au golf.

 

 Cela dit, c’était « grâce » à ces carences affectives qu’elle était devenue la femme qu’elle était aujourd’hui. Mue par la nécessité de tenir enfin debout sans l’aide de personne.

 

La perspective de révéler à une inconnue ses terreurs, ses souvenirs, les traces laissées par son enfance martyrisée lui faisait horreur. S’il tenait à réparer le mal qu’il avait infligé à sa compagne, il devait pourtant s’y résoudre.

 

Comment peut-on se montrer assez cruel pour arracher des enfants à leur mère, puis les expédier le plus loin possible pour en faire des esclaves ?… Je ne comprends rien à cette inhumanité, à ces mauvais traitements réservés à des innocents qu’au contraire, il aurait fallu chérir et protéger.

 

Échouer, c’est détourner le regard au lieu d’essayer de changer les choses. L’échec, c’est l’impossibilité de régler les problèmes. Échouer, c’est manquer du courage nécessaire pour se battre et parvenir à ses fins.

 

Vu le nombre d’hommes appelés sous les drapeaux, leurs épouses, leurs sœurs ou leurs filles avaient pris le relais, résolues à prouver qu’elles étaient capables de gérer les ranchs en leur absence, de s’occuper de leur foyer tout en veillant à la bonne santé des troupeaux.

 

Vêtues d’accoutrements masculins, elles possédaient un humour aussi âpre que la terre qu’elles s’efforçaient de dompter. Elles se battraient bec et ongles, sans trembler, comme, de leur côté, les hommes se battaient pour remporter la victoire.

 

Ce que vous appelez Voie lactée représente pour nous la route empruntée par celles et ceux qui ont quitté cette terre. Et chaque étoile n’est autre que l’une des âmes emportées dans le Grand Canoë par le Grand Esprit Paternel.

 

 

Lu en avril 2019

Publié dans Littérature suédoise, Polars

« D’une mort lente » de Emelie Schepp

Je vous parle aujourd’hui d’un polar nordique avec :

 

 

 

Résumé de l’éditeur:

 

Le sang sous la glace.

Mis en scène dans leur propre appartement, des corps comme des poupées incomplètes, mutilés avec une précision chirurgicale.

Justement, c’est peut-être la chirurgie qui relie les victimes entre elles. Et, plus précisément, une erreur médicale commise dans le secret d’une salle d’opération, étouffée par les années.
Des nuits blanches attendent la police de Norrköping et la procureure Jana Berzelius. Mais cette dernière a d’autres cauchemars que le tueur au scalpel.

Un homme qui la connaît depuis l’enfance. Un homme qui pourrait révéler à tous que Jana a été élevée et entraînée pour tuer. Cet homme est sa véritable menace. Et il vient juste de s’échapper.

 

 

Ce que j’en pense

 

C’est ma première incursion dans l’univers d’Emelie Schepp qui est particulier. J’ai choisi ce polar parce que j’aime les polars nordiques et aussi pour sa couverture alléchante, sans me rendre compte que c’était le dernier opus d’une trilogie consacrés à l’héroïne, Jana Berzelius, procureur de son état au passé trouble.

On se retrouve devant des crimes particulièrement sauvages : l’une amputée, des deux mains, la deuxième a eu la langue coupée, la troisième amputée des jambes… les trois meurtres étant bien-sûr liés, et imputables à un tueur en série tordu comme il se doit. En même temps, Danilo Pina, un criminel a réussi à s’échapper au nez et à la barbe de la police débordée, avec de moins en moins de moyens…

A côté on a un ambulancier, insomniaque, sous tranquillisants, somnifères et autres substances, qui enchaîne les gardes pouvant faire des erreurs et qui est appelé sur chaque scène de crimes, alors que ceux-ci semblent avoir été commis par une personne maîtrisant les instruments chirurgicaux.

Ce polar est intéressant, on devine qu’on est face à un criminel retors, avec des pistes multiples, des policiers, qui font ce qu’ils peuvent, alors que leur service est réorganisé, et qui ont des problèmes personnels compliquant leurs recherches…

J’ai eu du mal à cerner le personnage principal, à savoir Jana Berzelius, la procureure, qui a vécu des choses difficiles dans sa vie, dans une famille adoptive étrange, où les relations sont froides, distantes et qui a connu autrefois le criminel en cavale, et de ce fait, j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire. Certes, je n’ai pas lu les deux tomes précédents, mais l’auteure donne suffisamment de renseignements pour qu’on s’y retrouve, pour que cela ne soit pas une gêne véritable.

Emelie Schepp décrit très bien,  par ailleurs, les conditions de travail difficiles de la police, qui doit avoir des résultats sans avoir les moyens, où celles comparables du milieu médical, problèmes que l’on retrouve dans beaucoup de pays à l’heure actuelle, alors que la délinquance et la violence sont toujours en pleine forme…

J’ai passé un bon moment, le suspense s’installe peu à peu, mais le démarrage est lent, comme souvent dans les polars nordiques, l’intrigue est intéressante, bien ficelée; je suis néanmoins  restée sur ma faim, car si j’aime les policiers un peu déjantés, perdus dans leurs problèmes personnels, j’ai besoin d’éprouver de la sympathie pour ceux qui mènent l’enquête…

Je remercie NetGalley et les éditions Harper Collins qui m’ont permis de découvrir l’auteure.

#HarperCollinsNoir #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur:

 

Lorsqu’en 2013, Emelie Schepp franchit les portes d’une librairie pour proposer Marquée à vie, son premier roman autoédité, elle ne se doute pas du succès éblouissant qui l’attend. Un éditeur traditionnel, 29 traductions, et près d’un million de ventes plus tard, cette Suédoise, née à Motala fait désormais figure de phénomène. Elle a été élue auteur de l’année au festival de Gotland en 2016, 2017 et 2018.

 

Extraits

 

Ils étaient en route vers un nouveau pays, la Suède, avec le rêve d’une vie nouvelle, meilleure.

Elle se souvenait combien son cœur battait à l’ouverture du container. Dehors, trois hommes, des armes à la main. Ils avaient choisi sept enfants. Elle se rappelait encore comme ils l’avaient tirée par le bras, loin de sa maman et de son papa. C’était la dernière fois qu’elle les voyait.

Les hommes avaient pointé leurs armes, droit dans l’espace étroit et étouffant, et elle n’oublierait jamais le fracas des détonations. Mais le pire était sans doute le silence qui s’était installé quand les hommes avaient reculé d’un pas pour observer le résultat.

 

Plusieurs années durant, elle avait rassemblé des informations. Elle avait rempli carnet après carnet, noté et dessiné des souvenirs tirés de ses rêves et cauchemars, et de toutes ces notes avait lentement surgi une image effrayante de son enfance.

Elle avait été formée pour devenir enfant-soldat, une machine à tuer.

 

… on a créé de toutes pièces un chaos dans l’organisation – va savoir pour combien de temps – qui va forcément entraîner des problèmes d’efficacité. Le but était de rapprocher davantage les policiers des citoyens mais, si on n’arrive pas à se débarrasser de l’administration, rien ne va changer, on aura des policiers occupés à faire de la paperasse au lieu d’aller empêcher les crimes.

 

Il savait qu’il avait tort de penser en ces termes, il aurait dû se défaire de ses préjugés, mais, ces derniers temps, il y avait une escalade de violence en ville. En six semaines, pas moins de onze attaques au couteau avaient lieu, et aucun des auteurs n’avait plus de vingt-cinq ans.

 

Il avait le regard de quelqu’un sûr que tout allait se passer comme prévu. Et d’ailleurs, la réussite de sa disparition était une question d’assurance. Inutile d’avoir un faux passeport, ou un faux permis de conduire, une perruque ou un déguisement si on était incapable de parler, de se déplacer et d’agir avec assurance. Les gens voyaient ce qu’on leur faisait voir.

 

 

Lu en avril 2019

Publié dans Littérature française

« L’expérience de la pluie » de Clélie Avit

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley pour son thème : l’autisme, avec:

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Un roman grand public de qualité, aux personnages attachants, fragiles, qui nous ressemblent.

Camille et Arthur vivent dans une bulle. Pourquoi cette mère et son fils de 6 ans vivent-ils seuls, dans cette bulle ouatée en évitant tout contact et interaction avec le monde qui les entoure ? Tous les deux atteints du syndrome d’Asperger, leur quotidien est rythmé par un emploi du temps très précis et chaque contact physique, s’il n’est pas anticipé et prévu est une souffrance, parfois à la limite du supportable. Aurélien entre dans leur vie par hasard et fera peu à peu tomber les murs qu’elle a érigés autour d’eux.

 

 

Ce que j’en pense

 

Ce roman nous permet de faire la connaissance de Camille, atteinte du syndrome d’Asperger, tout comme son fils, Arthur, et de leur quotidien : comment réagir dans les situations quotidiennes alors qu’on est enfermé dans une bulle, où les contacts avec les autres sont difficiles, qu’il s’agisse simplement de tenter de se toucher du fait de l’hypersensibilité qui oblige à garder un espace entre les peaux…

« Il tend la main, paume offerte. Je place la mienne au-dessus à quelques millimètres. Ce geste, je l’avais inventé quelques heures après sa naissance, sans savoir qu’il était déjà si indispensable. »

Comment réagir aussi quand les factures arrivent et qu’on ne peut pas ouvrir les enveloppes, ou quand le contrôleur impose des rendez-vous alors que même écouter le répondeur, entendre sa voix est source d’anxiété.

Camille et Arthur savent l’un comme l’autre où arrêter un geste pour qu’il n’envahisse pas la bulle, la couleur fétiche des vêtements, notamment les cirés rouges et jaunes ou encore l’épreuve terrible qui consiste à prendre une simple douche. La nudité n’est pas un problème, mais l’eau qui s’écoule du robinet est un défi colossal.

Aurélien arrive à entrer peu à peu dans cette bulle, avec moult précautions certes, mais il a l’habitude, Lucile, la fille d’Éloïse, la personne qui l’a élevé à la suite d’un drame familial n’est pas simple non plus. Rien n’est simple autour d’Aurélien non plus… car Éloïse perd la mémoire et tente de s’isoler volontairement.

Le titre est une invitation au voyage : Camille progresse dans sa manière de « s’adapter » au monde qui l’entoure par ce qu’elle appelle des expériences. Ici, il va s’agir pour Arthur de laisser la pluie mouiller son corps, établissant un contact… Enfant elle avait noté ses expériences dans un lexique.

Ce qui m’a perturbée un peu, c’est la capacité d’Aurélien à trouver le chemin pour établir un contact vrai, sincère avec Arthur comme avec Camille : soit il est très doué, soit il a été sensibilisé à ce syndrome auparavant, quoi qu’il en soit, c’est un personnage attachant, plein d’empathie, tant vis-à-vis de Camille et Arthur que dans son attitude envers Éloïse ou Lucile….

J’ai un ressenti bizarre en refermant ce livre que j’ai trouvé plein de poésie, une belle histoire certes, très lumineuse,  mais un peu trop « romance » à mon goût. Je retiens la solitude de Camille, incomprise par ses parents qui ont baissé les bras, voulant souvent passer en force.

Je ne sais pas si cette approche du syndrome d’Asperger reflète vraiment le vécu des personnes qui en sont atteintes ou si on est dans les Bisounours. On sait comment est la prise en charge des troubles du spectre de l’autisme en France…

Je remercie vivement NetGalley et les éditions Plon qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#LexpérienceDeLaPluie #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Clélie Avit est née en 1986 en Auvergne. Elle a remporté en 2015 le prix Nouveau Talent avec son premier roman « Je suis là », aux Éditions JC Lattès, qui a rencontré un très large succès en France – avec plus de 60 000 lecteurs conquis – et à l’international, avec 24 traductions étrangères, dont en Angleterre et aux États-Unis. Elle est également l’auteur d’une saga fantastique Young-adult, « Les Messagers des Vents ».

 

 

Extraits

 

J’ai toujours été impressionné par l’espace que prenaient les souvenirs, si grands alors qu’ils sont faits de la chose la plus insaisissable au monde.

 

A force de trop chercher ses yeux, j’en perds son corps. Arthur s’accroupit et se glisse entre mes jambes, son pull frottant à peine le tissu de mon pantalon. Ce jeu, nous l’avons pratiqué des dizaines de fois, pour apprendre. Pour moi, c’était facile, j’ai eu trente ans de plus que lui pour me faire à l’hypersensibilité.

 

Garder le téléphone en main est aussi désagréable que de me frotter la paume avec une pierre ponce, d’où ma tendance à ne pas répondre.

 

Réflexe humain, nos doigts s’agrippent. Réflexe de notre univers, nous les déplaçons aussitôt.

 

Enfant, j’ai vite compris qu’il existerait toujours deux versions de chaque chose : la mienne et celle des autres. Pour tous, le bonheur est un sentiment. Pour Arthur et moi, une sensation.

 

Je n’avais croisé cette femme et son fils que deux fois et, pourtant, j’ai eu la sensation de m’immerger dans leur monde tout en étant maintenu à distance par une force impalpable. Ils étaient entiers et vides à la fois, dévoilant tout et rien.

 

Vous vouliez une recette pour me décortiquer alors qu’il fallait d’abord apprendre à me lire.

 

Comme les gens qui expérimentent le goût du chocolat, nous, nous expérimentons les contacts.

 

Le meilleur moyen pour un autiste d’oublier un évènement : faire comme s’il n’avait jamais eu lieu. Si c’était une caractéristique de notre genre, il y aurait une incroyable quantité d’autistes sur la planète. Ma définition refait surface : « Autistes : ceux que les autres ne comprennent pas, alors que nous comprenons les autres ».

 

On aime quelqu’un parce qu’il existe, pas parce qu’il nous permet d’exister.

 

Cette nuit, j’ai fait l’amour, sans toucher celui que mon corps désire, que mon âme aime, et que ma peau repousse. C’était mon expérience et il s’en est forgé une. Notre expérience de l’amour.

 

Depuis des années, je parle d’aller vers les autres. Jamais, je n’avais songé à les laisser venir à moi. Mais laisser l’initiative au monde extérieur, c’est se rendre vulnérable.

 

 

Lu en avril 2019

Publié dans Littérature Australienne

« Une vie entre deux océans » de Margot L. Stedman

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui traînait dans la PAL depuis longtemps, et qui m’échappait, car ma liseuse était bloquée m’en refusant obstinément l’accès pour de raisons bassement techniques

Une vie entre deux océans de margot L. Stedman

 

 

Résumé de l’éditeur

 

Après avoir connu les horreurs de la Grande Guerre, Tom Sherbourne revient en Australie. Aspirant à la tranquillité, il accepte un poste de gardien de phare sur l’île de Janus, un bout de terre sauvage et reculé. Là, il coule des jours heureux avec sa femme, Isabel. Un bonheur peu à peu contrarié par leurs échecs répétés pour avoir un enfant. Jusqu’au jour où un canot vient s’échouer sur le rivage. À son bord, le cadavre d’un homme, ainsi qu’un bébé, sain et sauf. Pour connaître enfin la joie d’être parents, Isabel demande à Tom d’ignorer les règles, de ne pas signaler « l’incident ». Une décision aux conséquences dévastatrices …

 

 

Ce que j’en pense

 

 

Tom Sherbourne revient de la guerre de 14-18 en héros, décoré; il a survécu mais à quel prix car tous ses compagnons sont morts. Il prend un poste de gardien dans un phare, sur l’île Janus, au confluent de deux océans et apprécie cette vie en solitaire.

Il rencontre à la Point Partageuse, lors d’un retour sur la terre ferme, Isabel qui a perdu ses deux frères pendant cette guerre, comme beaucoup de gens en Australie. Ils tombent amoureux et elle vient vivre sur l’île avec lui. Ils y sont heureux mais le sort s’acharne : Isabel fait deux fausses couches et perd un bébé à la naissance et devenir mère devient une obsession pour elle.

Un jour, un dinghy s’échoue, un bébé à bord, en vie alors que l’homme qui était avec lui est mort. Tout se précipite dans la tête d’Isabel qui fait tout pour convaincre Tom de ne pas signaler cet évènement et de garder ce bébé et le présenter comme le leur. Lucy entre donc dans leur vie, ils la présentent ainsi à toute la famille.

De l’autre côté, on a une mère qui cherche son bébé et son mari disparus car ce dernier, Allemand, était maltraité physiquement et moralement par des personnes ayant perdu des parents pendant la guerre et cherchant à se venger par pur xénophobie : ils ont quelqu’un sous la main pour défouler leur haine sur un bouc émissaire tout trouvé.

Pour Isabel, tout est simple, même en apprenant que la vraie mère est à la recherche de son bébé, elle est la mère et c’est tout, il suffit de garder le secret. Pour Tom, la culpabilité fait son lit peu à peu, et les répercussions sur le couple sont fortes.

On se rend compte aussi de l’importance des secrets de famille, notamment dans le passé de Tom, secret qu’Isabel sent intuitivement et voudrait partager avec lui, et ce mutisme de Tom qui peut expliquer certaines de ses réactions.

Ce roman évoque très bien le drame de la stérilité, le désir d’enfant qui tourne à l’obsession et peut conduire à n’importe quel acte insensé pour y parvenir, et comment on s’enfonce dans le déni et le mensonge au point d’en perdre la tête.

Il évoque aussi, en toile de fond, la colonisation de l’Australie, la déforestation, « les arbres hauts comme des cathédrales furent abattus à la scie à main afin de créer des pâturages »

Ce roman est depuis longtemps dans ma PAL et j’ai eu du plaisir à le lire, mais ce n’est pas un coup de cœur, peut-être ai-je trop attendu ? Néanmoins, c’est une lecture agréable, sur un sujet qui me touche de près. Je trouve que l’écriture de Margot L. Stedman est belle, ciselée et elle m’a emportée, dans cette terre lointaine, battue par les vents, me tirant des larmes…

Je connais très mal la littérature australienne : j’ai adoré « La mémoire est une chienne infidèle » d’Eliott Perlman, j’ai lu récemment « Le secret du mari » de Liane Moriarty ou encore, il y a longtemps, « Les oiseaux se cachent pour mourir » de Colleen McCullough.  J’allais oublier « La voleuse de livres » de Markus Zusak et enfin j’ai « La route de Savannah Winds » de Tamara McKinley au programme,  je pense que c’est tout…

Sans oublier quelques auteurs dans ma PAL en voie d’explosion :  Hannah Kent, Kate Morton ou Karen Wiggers…

 

Extraits

 

Nombreux étaient-ils les hommes qui, là-bas, avaient évité la mort, et qui semblaient maintenant sous l’emprise de l’attraction qu’elle exerçait sur eux. Mais ceux-là étaient désormais des électrons libres. Et sans doute des mythomanes.

 

Point Partageuse tient son nom d’explorateurs français qui dressèrent la carte de ce cap saillant au sud-ouest du continent australien, bien avant que commence en 1826 la ruée colonisatrice britannique visant l’Ouest. Depuis lors, des colons s’étaient faufilés peu à peu vers le nord à partir d’Albany, ou vers le sud en partant de la colonie de Swan River, pour se déclarer propriétaires des forêts vierges couvrant les centaines d’hectares entre les deux.

 

C’est ainsi que cette terre, qui, jusque-là, n’avait jamais été marquée par l’homme, fut griffée, brûlée, cartographiée, mesurée, distribuée par lots, pour tous ceux qui souhaitaient tenter leur chance dans un hémisphère susceptible de leur apporter le désespoir, la mort, ou au contraire, la fortune, au-delà de toutes leurs espérances.

 

Se souvenir était aussi douloureux que de passer la langue sur une dent ébréchée.

 

Si la guerre avait appris quelque chose à la jeune fille, c’était à ne tenir rien pour acquis : il n’était jamais prudent de repousser ce qui vous importait. La vie pouvait vous arracher ce que vous chérissiez, et il n’y avait alors plus moyen de le récupérer.

 

C’est peut-être cette obsession de la topographe qui avait poussé les cartographes à diviser cette étendue d’eau en deux océans, même s’il était absolument impossible de toucher le point exact où les deux courants divergeaient. Certaines choses ne changent jamais.

 

Janvier regarde en avant vers la nouvelle année, mais aussi en arrière vers celle qui vient de s’écouler. Il voit le passé et l’avenir. Tout comme l’île donne sur deux océans, vers le pôle Sud et vers l’équateur.

 

Elle savait que quand une femme perdait son mari, il y avait un mot tout nouveau pour la définir, elle était dorénavant une veuve. Un mari devenait un veuf.  Mais si un parent perdait un enfant, il n’y avait pas de mot spécifique pour ce chagrin-là. Ils étaient encore un père ou une mère, même s’ils n’avaient plus de fils ou de fille.

 

 

Lu en janvier-février 2019

Publié dans Littérature américaine, Polars

« La punition qu’elle mérite » : Elizabeth George

Retour dans le monde d’une auteure de polar que j’aime beaucoup : Elizabeth George avec ce dernier opus, déniché sur NetGalley :

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Elizabeth George revient avec le vingtième Lynley… God save the queen du crime !

Ludlow, bucolique bourgade du Shropshire, tombe dans l’effroi lorsque le très apprécié diacre Ian Druitt est accusé de pédophilie. Placé en garde à vue, le suspect est retrouvé mort, pendu. La commissaire Isabelle Ardery, qui a été dépêchée sur les lieux depuis Londres et qui se débat avec ses problèmes d’alcool, a bien envie de classer l’affaire en suicide. Mais c’est sans compter la sagacité du sergent Barbara Havers. Coachée à distance par l’inspecteur Thomas Lynley, la Londonienne gaffeuse et accro à la nicotine flaire le pot aux roses : et s’il ne s’agissait pas d’un suicide ? N’en déplaise à Isabelle Ardery, Lynley et Havers vont reformer leur duo de choc pour observer de plus près la vie de cette petite ville qui semblait si paisible. Car, derrière leurs allures de gentils retraités ou d’étudiants fêtards, les habitants de Ludlow ont tous quelque chose à cacher…

La plus british des romancières américaines revient en force avec ce vingtième opus des enquêtes de Thomas Lynley, encore plus complexe, addictif et incisif que les précédents. Un bijou de suspense à placer entre les mains des fidèles comme des néophytes !

 

Ce que j’en pense

 

 Ce roman débute avec une enquête de contrôle sur l’arrestation d’un diacre, Ian Druitt, accusé de pédophilie par un appel anonyme, qui meurt pendu avec son étole, après avoir été laissé seul en garde à vue. On avait conclu alors à un suicide, mais le père du diacre réfute cette conclusion et demande que l’on vérifie si la garde à vue était justifiée et si on a bien étudié tous les éléments.

On dépêche sur les lieux Barbara Havers, et la commissaire Isabelle  Ardery, qui ne s’aiment guère, l’une voulant creuser, flairant les dysfonctionnements, sa supérieure étant obsédée par le désir d’en finir au plus vite en se livrant à sa consommation abusive de vodka. La collaboration entre elles est d’autant plus difficile que Havers est sur la sellette et risque une sanction disciplinaire, à cause d’une précédente enquête.

Tout le monde ment, dans cette enquête, dans cette petite ville de Ludlow, dans le Shropshire : l’îlotier chargé d’arrêter le diacre, Gaz Ruddock était tout seul, et sa chef lui imposait une surveillance stricte de son fils, addict au sexe, à l’alcool. Il faut donc tout reprendre à zéro.

L’enquête en elle-même est sympathique, quoi que beaucoup trop lente à mon goût, mais ce que j’ai surtout aimé dans ce polar, c’est l’étude des addictions : tout d’abord le sexe débridé et l’alcoolisation massive, brutale accompagnée de drogues de ces jeunes gens, au point de ne plus se souvenir de ce qu’ils ont pu faire. La consommation quotidienne de vodka de la commissaire qui pense qu’elle maîtrise, alors qu’elle perd complètement les pédales jusqu’à perdre la garde de ses enfants.

L’addiction aux opiacés également, pour fuir le chagrin après la perte d’un enfant et qui conduit à des réactions très agressives…

Les personnalités des protagonistes sont originales : l’îlotier est particulier, trop poli pour être honnête, beaucoup plus pervers et manipulateur qu’on ne pourrait le croire, sa collègue aux allures de mère toxique, qui surprotège son rejeton et ne lui fait pas confiance, le poussant à jouer les rebelles.

Elizabeth George dénonce aussi les coupes budgétaires importantes avec des commissariats qu’on ferme, des flics qui se retrouvent en nombre insuffisant, pour enquêter ou pour assurer la protection des citoyens. Elle évoque également la difficulté de vivre dans ce pays lorsqu’on est déraciné, en but avec la culture d’origine, les croyances, ou la laïcité que l’on comprend mal.

Toutes les familles, dont l’auteure nous parle, vivent comme elles peuvent dans une société de plus en plus dure et elles nous touchent car on peut en voir autour de nous.

J’ai retrouvé avec plaisir le duo Linley, toujours aristocrate, bien élevé, et Havers les cheveux en pétard, mal habillée, qui s’entraîne aux claquettes, duo dont j’ai suivi beaucoup d’enquêtes. Je ne connaissais pas la commissaire Ardery, car j’ai dû sauter trois ou quatre romans…

J’aime beaucoup Elizabeth George, mais je me suis un peu lassée (et surtout j’avais envie de lire d’autres auteurs, notamment les nordiques)  ce qui m’a conduit à faire une pause après la lecture de « Le rouge du péché ». Malgré les longueurs, notamment dans la première partie du roman, j’ai aimé retrouver cet univers « so british » et  j’ai maintenant le désir de lire ceux que j’ai zappés…

Merci à NetGalley et aux Presses de la cité qui m’ont permis de me replonger dans cet univers.

#LaPunitionQuelleMérite #NetalleyFrance

 

Extraits

 

La neige se mit à tomber sur Ludlow en fin de journée. C’était l’heure à laquelle les habitants faisaient presque tous la vaisselle, prélude à une soirée télé. A vrai dire, une fois la nuit tombée, il n’y avait pas grand-chose à faire dans cette petite ville, à part zapper d’une chaîne à l’autre ou prendre le chemin du pub.

 

L’attente fut interminable. Sur le quai, la foule grossissait à vue d’œil. Dans le métro, ce fut pire : la masse compacte des voyageurs aurait fait les délices d’un terroriste.

 

Elle avait connu cet état d’exaltation où le cerveau cesse de fonctionner pour céder les commandes au corps et où, dans l’urgence de satisfaire son désir, l’on oublie toute considération pour l’avenir. Et, ne connaissant pas d’autre mot pour qualifier cette forme d’obsession où l’attirance sexuelle occupe toutes les pensées, elle l’avait appelé « amour ». C’était ce mot-là qui était employé au cinéma, non ?

 

C’était pendant la maladie de Janna qu’il avait commencé à prendre des opiacés. Il disait avoir besoin de dormir, sauf qu’ils savaient tous les deux que c’était parce qu’il ne pouvait affronter le chagrin immense qui les attendait à la mort de leur enfant.

 

C’est facile de se persuader qu’on dépend de l’alcool, d’une drogue, de la nourriture, du sexe ou de Dieu sait quoi d’autre. A toujours chercher à combler un manque, on ne risque pas d’entreprendre quelque chose d’utile, or ça, ça exige de soi trop d’effort, n’est-ce pas ? Mais, c’est dans l’effort que l’on construit une vie et il était temps que Tim l’apprenne.

 

 

Lu en avril 2019

Publié dans Littérature française, Polars

« Sans mon ombre » de Edmonde Vergnes-Permingeat

Je vous parle aujourd’hui d’un livre choisi sur NetGalley avec:

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Dangereux reflets

Alice a tué Célia, sa jumelle.

Son reflet, un alter ego inversé dont elle enviait la vie de rêve.

Alors que, célibataire, elle doit gagner sa vie en enseignant la philosophie, sa jumelle, épouse et mère comblée, mène l’existence oisive des riches, dans le luxe et un magnifique cadre de vie au bord de la mer. Mais la mort de Célia va permettre à Alice de prendre sa place. Du moins le croit-elle. Car au « pays des merveilles », ce n’est pas le bonheur mais le désenchantement qui l’attend.

La vie d’Alice de l’autre côté du miroir va tourner au cauchemar… jusqu’à lui faire réaliser, mais un peu tard, que le beau miroir était celui des alouettes…

 

 

Ce que j’en pense

 

Cette histoire démarre en fanfare : Alice tue accidentellement sa sœur jumelle Célia, une gifle puis une autre et plusieurs autres, ce qui la propulse au sol, sur une pierre… Elle jette le corps dans la mer, de la cime de la falaise. On ne sait pas pourquoi elles avaient rendez-vous, mais Alice décide de prendre la place de sa sœur.

Alice est professeur de philosophie, collectionne les hommes comme les philosophes, mais son métier lui plaît de moins en moins, au point de solliciter un arrêt de travail pour dépression. Célia a un mari qui gagne bien sa vie, une belle maison, deux filles, une belle voiture, la piscine, bref une vie oisive selon Alice qui croît que tout est merveilleux.

Elle est jalouse d’elle depuis l’enfance, car Célia était sage, obéissante, parfaite pour leur mère alors qu’elle est une rebelle qui n’hésite pas à mettre la vie de sa jumelle en danger ; elle a failli se noyer ce qui a entraîné une phobie de l’eau…

Mais tout n’est pas si rose bien-sûr et elle va se rendre compte que « De l’autre côté du miroir » il y a des choses sordides : Celia est la bonne à tout faire dans la maison, son mari agressif, pervers narcissique probable, la trompe sans vergogne, sa belle-mère est immonde, la rabaisse sans cesse, ses amies de la « Jet-set » tout aussi imbuvables… On a droit à tout avec eux : adultère, inceste, maltraitance conjugale, clichés sur les profs qui ne font rien alors que les autres travaillent, manipulations en tout genre…

On parle souvent des relations particulières des jumeaux qui communiquent par télépathie, ressentent la douleur de l’autre… Ici, l’auteure a choisi de développer le thème de la jalousie dans la gémellité, la jumelle dominante, et la dominée, miroir l’une de l’autre.

Alice dit toujours « l’autre » en parlant de Célia, ne l’appelle jamais par son nom ; elle est persuadée que pour exister, il faut détruire « l’autre », alors que Célia à « un besoin vital, presque maladif d’Alice, mon autre moitié. Sans elle, je suis incomplète » écrit-elle dans son journal.

J’ai apprécié les allusions à « Alice au pays des merveilles » et « De l’autre côté du miroir » qui servent de toile de fond au roman qui est, d’autre part peuplé de références aux philosophes préférés d’Alice, d’allusion à la foi, dans sa forme bigoterie, mais à la longue je me suis un peu lassée.

Une lecture sympathique, un rythme enlevé qui maintient assez bien le suspense, mais l’auteure aurait pu exploiter mieux ce sujet intéressant, creuser davantage.

Je remercie NetGalley et les éditions L’Archipel qui m’ont permis de découvrir le roman et l’auteure.

 

#SansMonOmbre #NetGalleyFrance

 

 

Extraits

 

Espèce de salope ! Déjà dans le ventre de maman, tu tenais toute la place.

 

Les claques s’abattaient, retentissantes. Célia recula, haletante, la bouche ouverte, les bras tendus, tentant de parer les coups, mais Alice frappait, frappait… Animée par la furie de détruire, d’anéantir « L’autre ». De briser son miroir vivant.

 

Intuition d’une nécessité vitale, une urgence, presque une fatalité : briser la cellule étouffante, détruire « l’autre » pour exister.

Ah ! comme elle haïssait ce clone, cette copie conforme de son corps qui lui volait son identité et lui ôtait sa conviction d’être unique !

 

Et pourtant, comme un Narcisse amoureux de son image, elle ne pouvait pas se retenir d’aimer son propre reflet. Un étrange lien d’amour tissé de jalousie, de mépris et de rancœur. Une haine mêlée d’amour, un amour mêlé de haine.

 

La vertu du travail et de l’effort était passée de mode et, quand elle avait pris conscience que ses élèves ne voyaient plus en elle le messie porteur de la bonne parole, mais « l’emmerdeuse de service » qui les forçait à réfléchir sur des sujets dont ils n’avaient « rien à cirer », le feu sacré s’était éteint. Enseigner était devenu un véritable pensum.

 

Les fillettes étaient interchangeables. Deux moitiés d’un tout, mais cela ne les rapprochait pas. Au contraire, Alice avait besoin d’écraser « l’autre » pour devenir elle-même. Pour exister on plus comme une moitié, mais entière, unique.

 

Comme dans un miroir. Mon double qui me regardait et me semblait plus vivant que moi-même. Troublée, j’ai fermé les yeux. Lorsque je les ai rouverts, la vision avait disparu.

 

 

 

Lu en avril 2019