Publié dans français, Polars

« Impératif imprévu » de François-Henri Soulié

Petit détour par le polar, aujourd’hui avec ce roman :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Journaliste au Courrier du Sud-Ouest, Skander Corsaro a décidé de prendre quelques jours de congés pour préparer Noël. Mais une rencontre imprévue va bouleverser ses beaux projets. Le jeune homme est invité à la Villa Golotzine par un richissime marchand d’art. Bâtie en pleine forêt dans les années 1920 par un couple d’aristocrates russes en exil, cette fabuleuse demeure recèle un vénéneux secret. Qui était donc Yegor Golotzine, peintre maudit dont on vient de redécouvrir une partie de l’œuvre disparue ?

Une exposition sulfureuse, un cocktail où l’on sert des pièces d’anatomie, un prophète mondain épris de Satan ou une étrange collectionneuse de menhirs sont les premières pièces de ce puzzle maléfique. Auxquelles s’ajoute un meurtre… et quand le sang coule sur la neige, le paysage hivernal se transforme en un inquiétant tableau surréaliste.

Vérité ou illusion ? Skander devra déjouer les mensonges du Diable. Mais avec lui, les dés sont toujours pipés.

 

Ce que j’en pense

 

J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les pérégrinations de ce journaliste très atypique, Skander Corsaro. En rencontrant Alex un ancien camarade de promo, qui officie en tant que père Noël devant un grand magasin, dont il n’a en fait gardé aucun souvenir, il se retrouve à assister à une vente aux enchères truquée qui l’emmène sur les traces d’un peintre russe des années vingt : Yegor Golotzine dont un tableau s’envole bien au-delà du prix envisagé.

Skander suit son copain à une réception dans la villa du sieur Golotzine qui a été rachetée par un amateur d’art sulfureux. Cocktail sulfureux, peintures non moins sulfureuses, galeriste qui ne l’est pas moins, un expert grec haut en couleur, et des sbires dignes de la mafia… et évidemment les morts commencent à s’accumuler et pas forcément ceux que l’on croit.

Pour débuter, l’auteur nous livre une définition de la peinture d’Ambrose Bierce,dans son « Dictionnaire du diable » que j’ai adoré:

« Peinture : art de protéger les surfaces plates des intempéries et de les exposer à la critique »

Ce polar est un festival de manipulations en tous genre :  faux article de Breton faisant l’éloge de Yegor Golotzine, dans une revue du Minotaure, jamais publiée, promotion d’un artiste tombé dans l’oubli, que l’on va tenter de réhabilité après avoir mis à jour le fameux tableau, le côté sulfureux de l’artiste, qui appartenait à la même scène que Raspoutine…

Un clin d’œil à la journaliste bretonne, druidesse de son état qui fait des incantations dans le parc pour nettoyer l’esprit du peintre et de sa femme qui y sont enterrés et les protéger du diable, (Yegor Golotzine ne peint que des tableaux en rapport avec le Malin !)

« C’était une tornade féminine. On avait l’impression que sa poitrine arrivait avec quelques minutes d’avance et son arrière-train avec un peu de retard. »

Un autre personnage, celui-ci récurent chez l’auteur, m’a plu: il s’agit de Chon-Chon    l’ami de Skander,  bouquiniste rescapé d’Auschwitz, plein de sagesse et à l’humour décapant:

« L’humain n’existe pas, mon cher Skander. C’est une erreur de considérer le statut d’être humain comme un fait acquis. Bien au contraire, ce qui est acquis, c’est que nous sommes des animaux. Pour ce qui est de l’humanité, en revanche, il nous appartient de l’inventer tous les matins. « 

L’auteur nous entraîne dans un rythme à couper le souffle dans cette aventure, et j’avoue que j’ai marché à fond, car il a un humour qui me plaît énormément, ainsi que sa manière de ponctuer souvent ses phrases d’un Bref…

C’est le premier polar de François-Henri Soulié qui passe entre mes mains, et c’est le titre qui m’a tentée et j’ai bien envie d’en lire d’autres car le ton et la manière de mener l’enquête m’ont plu, cela change des polars violents, où l’hémoglobine s’écoule par litres… Là, on est dans un univers un peu déjanté, on rencontre des personnages aux caractères bien trempés.

Merci encore à NetGalley, et aux éditions Le Masque qui m’ont permis de découvrir ce roman.

#ImpératifImprévu #NetGalleyFrance

 

Encore quelques extraits pour le plaisiiiiiiiiiiiiir :

 

Moi qui ai toujours du mal à me dépatouiller du réel, j’éprouve une certaine fascination pour les tricheurs et les fraudeurs en tout genre. On est toujours séduit par ce qui n’est pas soi. Ou effrayé. Le frisson est le même.

 

Mais en 1917, le gratin moscovite devait connaître bien d’autres motifs de frisson après un mois d’octobre particulièrement vivifiant. Dictature et privilèges étaient en train de changer de mains.

 

 A mes souvenirs en couleurs se superposaient à présent des clichés estompés de sépia, peuplés de fantômes flous. Le benêt que je suis venait de découvrir que les lieux sont comme les êtres. Ils nous sont d’autant plus mystérieux que leur passé nous exclut.

 

Ce type m’apparaissait soudain plus ambigu que je ne l’imaginais. Appartenait-il à cette race de surdoués capables de transformer leurs défaites en victoires ? Faire de sa faiblesse une force m’a toujours paru au-dessus des miennes.

 

C’était donc ça, la mystérieuse villa Golotzine. Une « folie dix-neuvième » russe édifiée avec vingt ans de retard en plein causse du Rouergue, par une princesse neurasthénique.

 

Quand on a décidé d’être un type fréquentable, on passe toute sa vie à le payer. Bref.

 

On me pardonnera, j’espère, la redondance. Mais ce qu’il y a de plus chouette dans un lit à baldaquin, c’est le baldaquin. Je ne connais pas de meilleure façon pour faire du camping en restant chez soi.

 

On devrait s’efforcer de respecter les folies des autres. C’est sans doute ce qui les empêche de devenir fous pour de bon.

 

C’était en ça que résidait le génie malsain de Yegor Golotzine. Le diable n’était pas dans le tableau mais dans celui qui le regardait. Le diable, c’était moi.

 

Toutes ces histoires d’âmes en peine, d’esprits tourmentés et de litanies celtiques me filaient sérieusement le bourdon, comme on dit chez les apiculteurs dépressifs.

 

Jusqu’à quatre-vingt-cinq ans tout va bien. Pour peu qu’on ait un peu de chance. Mais, après, ça commence à partir en claffe… C’est à croire que la vieillesse nous fait un corps de tristesse pour pas qu’on ait trop de regret à le quitter.

 

Peut-être que c’est l’apocalypse depuis toujours. Comme si l’humain avait ça dans le sang. Détruire la planète, détruire ses semblables, se détruire soi-même. En vrac ou en détail. Avec, par esprit de contradiction, quelques poignées de volontaires prêts à tout pour sauver le monde. En vrac ou en détail, eux-aussi.

 

Et puis il y a eu les bouquins, qui sont l’arme absolue de destruction massive du stress. Peu de gens ont compris qu’il y avait dans les livres tout ce qu’il faut pour survivre à tout. Surtout l’humour.

 

Le bonheur, c’est ce qui reste quand on a fini de pleurer.

 

Lu en mars 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

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