Publié dans Littérature mexicaine

« La saison des ouragans » de Fernanda Melchor

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley car le résumé le tentait ainsi que la magnifique couverture:

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Inspiré d’un fait divers, La saison des ouragans s’ouvre sur la découverte d’un cadavre. Dans le canal d’irrigation, aux abords du petit village de La Matosa, un groupe d’enfants tombe sur le corps sans vie de la Sorcière. À la fois redoutée et respectée, elle habitait une maison pleine de mystères où les femmes de la région venaient lui rendre visite pour lui demander de l’aide : maladies, mauvais sort, mais aussi avortements discrets. À l’instar de Chronique d’une mort annoncée de Gabriel García Márquez, nous découvrons au fil du roman les événements qui ont mené à son assassinat, les histoires des bourreaux qui sont autant de mobiles expliquant les raisons du meurtre de cette envoûtante Sorcière de La Matosa.

Yesenia a vu son cousin Luismi, accompagné de Brando, sortir de la maison de la Sorcière avec un corps. Il y a également Munra, le beau-père boîteux de Luismi, qui conduisait le camion le jour de l’assassinat, un simple exécutant dit-il aux policiers. Luismi vit avec Norma, une jeune fille de 13 ans. Elle a été admise à l’hôpital pour d’importants saignements à la suite d’une visite chez la Sorcière. Brando, lui, a besoin d’argent pour ses projets. Un trésor serait caché dans la maison de la femme maléfique. Autant de raisons pour commettre l’irréparable et autant de perspectives qui nous plongent dans la campagne mexicaine où la misère, la drogue et la violence poussent les gens à la folie autant que l’extrême chaleur qui s’installe. Ce qui, en plein mois de mai, semble annoncer que la saison des ouragans sera violente…

Grâce à cette intrigue policière à rebours, Fernanda Melchor dresse un formidable portrait du Mexique et de ses démons. Sa langue est crue, musicale, elle retranscrit la brutalité avec beaucoup de talent. Il s’agit d’un livre sur les pulsions et la violence mais également sur l’une des figures du féminisme – souvent fantasmée, toujours persécutée –, qu’on a cherché à abattre depuis la nuit des temps : la sorcière.

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Laura Alcoba.

 

 

Ce que j’en pense

 

Un cadavre est donc découvert dans le canal d’irrigation tout près d’un petit village, La Matosa. On sait très vite qu’il s’agit de la Sorcière et on va remonter dans le temps pour faire la connaissance de tous les protagonistes, et comprendre qui a tué.

On a ainsi toute une gamme de personnages, tous plus déglingués les uns que les autres : Yesenia, qui se sent rejetée par sa grand-mère, entichée de son petit-fils Luismi (diminutif du ra-t-on plus tard). Luismi est un homosexuel, qui se prostitue pour récupérer marijuana, cocaïne et autres substances qui le font planer. La gamine veut seulement prouver à sa grand-mère que c’est un dégénéré. Elle le suit pour le prendre sur le fait et un jour elle voit une voiture, son cousin et des copains à lui qui semblent transporter un corps alors elle les dénonce.

Autour de Luismi gravitent Munra, son beau-père, devenu boiteux à la suite d’un accident et qui conduit la voiture, Chabella, sa mère, prostituée, enceinte à quatorze ans, Norma, sa compagne qui est en fait âgée de treize ans, victime de viols, enceinte, Brando, « adulescent » qui se prostitue aussi pour se procurer de la drogue, plus ou moins attiré par Luismi, sans oublier les policiers et leurs méthodes violentes…

Et bien-sûr, on en apprend davantage sur la Sorcière, qui reçoit dans sa « maison », sale à souhait, la jeunesse dépravée du coin et continue les pratiques controversées de sa mère, fournissant des décoctions pour ramener le mari à la maison, ou pour faire disparaître un embryon …

L’histoire de Norma est touchante, adulte avant l’heure, qui joue le rôle de petite mère à la maison, car sa mère travaille, cherche l’homme de sa vie dans des rencontres d’un soir, et enchaîne les grossesses et les beuveries… sa grossesse se terminera de manière horrible avec un avortement dont les conséquences constituent toute la trame de l’histoire.

Ce roman décrit la misère, la solitude, la souffrance, la violence, l’alcool, la drogue, les moyens de survie qu’utilisent les protagonistes, dans les bas-fonds, pour paraphraser Gorki,  de la société mexicaine. Fernanda Melchor utilise un langage cru, c’est le moins qu’on puisse dire, car les termes employés heurtent les oreilles (ici les yeux du lecteur !) chastes, les pratiques sexuelles sont décrites de manière quasi pornographique, elle parle des homosexuels dans des termes qui font froid dans le dos.

Le style d’écriture est particulier, les phrases sont interminables et les mots parfois tellement grossiers que je suis sortie de cette lecture complètement épuisée, mais contente d’en être venue à bout. La couverture est magnifique ; j’ai choisi ce roman autant pour elle que pour le résumé (qui révèle trop de choses à mon goût)…

Merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir en avant-première ce roman, le premier roman mexicain que je lis…

 

#LaSaisonDesOuragans #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Née en 1982 à Veracruz, au Mexique, Fernanda Melchor a très tôt été remarquée par la critique pour ces publications dans divers journaux et revues. C’est lors de la parution de « La saison des ouragans », son deuxième roman, que le monde entier a découvert cette voix unique dans la littérature hispanophone contemporaine.

 

 

Extraits

 

On l’appelait la Sorcière, comme sa mère : d’abord, elle avait été la Petite Sorcière, à l’époque où la vieille s’était lancée dans le commerce des guérisons et des maléfices, puis la Sorcière tout court, lorsqu’elle était restée seule, après le glissement de terrain.

 

Ce n’est que plusieurs semaines plus tard que la Petite apparut un matin dans les rues de Villa, entièrement vêtue de noir, noires les chaussettes, noirs les poils sur les jambes, noir le chemisier à manches longues aussi bien que la jupe, les chaussures à talons et le voile qu’elle avait accroché avec des barrettes au chignon qui rassemblait ses longs cheveux au sommet de son crâne, une image qui  laissa tout le monde bouche bée en raison de l’ effroi ou de l’envie de rire qu’elle suscitait, tant elle était ridicule, car par cette chaleur à vous cuire le cerveau, cette idiote vêtue de noir, il fallait qu’elle soit bien folle, ridicule, qu’elle ait envie d’être grotesque, comme ces travestis qui débarquaient chaque année à l’occasion du carnaval de Villa, pourtant personne n’osa lui rire au nez car ils étaient nombreux à avoir perdu des êtres chers durant le cataclysme.

 

… car elle voulait que la vieille se rende compte, enfin, du genre d’énergumène qu’était son petit-fils, un sale pédé, et lâche avec ça, une saleté de profiteur qui n’avait même pas remercié sa grand-mère pour tout ce qu’elle avait fait pour lui, tout ce qu’elle avait eu à endurer, parce que si la grand-mère n’avait pas été là, il serait mort, ce gamin, vu que sa pute de mère ne s’en occupait pas, plein de vers, qu’il était, tout merdeux et mort de faim au fond d’un cageot, alors que sa mère passait son temps sur la route à faire la putain.

 

Les fils de mes filles sont mes petits-enfants ; les fils de mes fils, seule leur putain de mère sait s’ils le sont…

 

Ne te laisse pas faire, tous les hommes sont pareils : ce sont des sales profiteurs, il faut les tanner pour qu’ils servent à quelque chose, et ce gamin est comme tous les autres ; soit tu te montres exigeante, soit il va claquer tout son fric dans la drogue, et en un rien de temps il va finir par vivre à tes crochets à toi.

 

… pas la peine de jouer les martyrs, il vaut mieux parler clairement, sans faire de manières, il faut que tout le monde le sache : cette histoire de faire des gamins, c’est des conneries ; pas moyen d’enjoliver le truc, au fond tous les gamins sont des plaies, des sangsues, des parasites qui te sucent la vie et le sang et qui te disent même pas merci pour les sacrifices que tu dois faire pour eux.

 

Il ferait mieux d’aller à la messe que le père Casto consacrait à tous les possédés de la paroisse, toutes ces personnes qui, parce qu’elles croyaient à la sorcellerie, finissaient entre les mains des forces obscures, des ces légions de démons et d’esprits malfaisants qui erraient dans le monde, des esprits malins qui étaient toujours à la recherche de personnes dans lesquelles s’infiltrer grâce à leurs pensées impies, aux rituels de sorcellerie qu’ils pratiquaient ou à leurs croyances superstitieuses qui, par malheur, étaient très répandues dans la région en raison des racines africaines de ses habitants, de leurs pratiques idolâtres héritées des Indiens, de la pauvreté, de la misère et de l’ignorance.

 

 

Lu en mars 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

11 commentaires sur « « La saison des ouragans » de Fernanda Melchor »

    1. je suis incapable de le dire! j’ai été fascinée par cette lecture tellement particulière, mais le langage cru, la sensation que tout est inéluctable me sont restés parfois en travers de la gorge 🙂

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    1. je ne pensais pas qu’il y avait autant de misère dans ce pays et pourtant il a souvent fit la une des JT
      en tout cas, je suis contente de l’avoir lu car la fascination persiste, ce n’est pas un livre qu’on oublie 🙂

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    1. la scène sur » l’interruption de grossesse » est dure aussi,.. et la réception musicale chez la Sorcière et tout le désespoir qui l’entoure.
      Ce roman reste dans la mémoire en tout cas, je sens qu’il va me « hanter » longtemps. Au bout de quelques jours, je suis contente de l’avoir lu 🙂

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