Publié dans Histoire, Religion, Voyage

« Lisbonne, dans la ville musulmane » de Marc Terrisse

Je vous parle aujourd’hui d’un livre choisi dans le cadre de l’opération masse critique de février de Babelio :

 

Lisbonne, dans la ville musulmane de Marc Terrisse

 

Quatrième de couverture

 

D’Olisipo, nom antique de la capitale lusitanienne, auquel succéda Al Usbûna, dénomination attribuée pendant quatre siècles de domination musulmane, en passant par les liens établis avec le Maroc dès le XVe siècle, c’est ce voyage sur le temps long que ce récit se propose de faire parcourir en révélant une relation tissée entre Lisbonne et la culture islamique restée   méconnue.

A travers des balades agrémentées de belles rencontres, ce livre exhume les traces de la culture luso-arabo-islamique présentes au cœur de la Lisbonne contemporaine, révélant ainsi des siècles d’influences réciproques. Les itinéraires proposés se fondent dans un vaste travail à caractère historique et anthropologique et présentent tout un pan du patrimoine immatériel intégré de façon inconsciente au quotidien des Portugais (gastronomie, littérature, musique, langue, etc.

Faire découvrir les relations fécondes entre ces civilisations, sans mettre de côté les tensions ou les guerres, est le fil qui a guidé cette exploration et qui ravira tous ceux qui désirent connaître un aspect nouveau de la multiculturalité lisboète.

Ce que j’en pense

 

Ce livre va nous emmener successivement dans la Lisbonne antique connue sous le nom d’Olisipo, qui devient sous la domination musulmane Al Usbûna, pour la retrouver ensuite sous la Reconquista. L’auteur aborde enfin les protections lusitaniennes au Maroc, ainsi que la Lisbonne musulmane actuelle.

La légende veut que Lisbonne ait été fondé par des marins en provenance de Tyr. La ville va donc sous influence phénicienne, puis grecque et romaine, puis sous influence musulmane durant les conquêtes et revenir dans le giron chrétien, avec la prise de la ville en 1147 par le roi du Portugal.

Marc Terrisse nous emmène dans une visite extraordinaire de la ville pour y retrouver les traces de l’influence musulmane, ce qu’il en reste dans l’architecture de la ville pour en retrouver le cœur.

On part d’abord à la découverte de la ville phénicienne avec la Praça da Figueira, sous laquelle il y a eu des trouvailles archéologiques attestant cette période où la ville se nommait Olisipo ; on circule dans les rues de l’Alfama, avec tout près l’actuel musée national de l’Azulejo ou encore le musée du fado, mélancolie de l’Orient…

L’auteur nous apprend aussi que Alfama dérive de Al hamma qui désigne les sources. Il évoque aussi le Nord avec les Lusitaniens « les gaulois du Portugal » et le sud du Tage lié à l’Andalousie : le Gharb Al Andalus qui va donner son nom à l’Algarve.

Marc Terrisse nous emmène ensuite à la recherche des vestiges de la période musulmane où Lisbonne s’appelait Al Usbûna, ce qu’était le quartier musulman, avec l’enceinte de la Casbah, la mosquée, les différentes portes (Bab en arabe) d’entrée dans la cité, où l’on peut se repérer sur des plans d’époque, mais aussi la culture de l’époque en faisant référence au passage au livre de Saramago « Le siège de Lisbonne ». L’auteur parle  aussi de Camoes qui évoque «  dans « Les Lusiades », épopée à la gloire du Portugal des Grandes Découvertes, il célèbre le Portugal de la « Reconquista », royaume chrétien par excellence »

Il est encore difficile d’explorer cette « période musulmane » de Lisbonne, notamment sur place, car elle est souvent réduite à peau de chagrin par les guides, car la dictature de Salazar, et son successeur avait rayé cette notion de la mémoire avec son « Estato novo ».

On étudie ensuite un chapitre important que l’auteur intitule : des Moçarabias à la Mouraria d’hier à aujourd’hui, une ville multiconfessionnelle » et dans lequel il évoque les trois quartiers où se regroupaient les Mozarabes, la première, autour de l’église Santa Maria de Alcacim, la deuxième dans le périmètre de l’église Santa Cruz do Castelo, et la troisième autour de la grande mosquée

« Mozarabe est le nom donné aux Chrétiens en terre d’Islam de même que les Musulmans restés sous la coupe chrétienne sont dénommés Mudéjars. »

La Mouraria, elle, correspond, au quartier maure de la ville, où sont regroupés une partie « des vaincus de 1147   ainsi que quelques chrétiens mozarabes » ; ce sont, en fait, des minorités dont on veut limiter les contacts avec les Chrétiens. Il y a pendant cette période des conversion forcés, des tributs à payer comme il y en a eu pendant la période musulmane, et des Marocains viendront aussi se réfugier dans la ville au XVIe siècle  car il y avait alors des guerres et des émeutes au Maroc (notamment la défaite de Ksar el Kébir en 1578)  et on parlera de « Mouriscos marocains ».

Marc Terrisse découvre au cours de ses visites un projet appelé « Marhaba » (le Moyen Orient à table) qui vient en aide aux personnes fragiles, notamment les migrants Érythréens.

L’auteur mêle dans ce récit la culture, l’architecture, l’histoire, l’archéologie, la cuisine, la musique, tout ce qui est venu enrichir cette ville dont la multiculturalité est impressionnante.

J’ai choisi ce livre dans le cadre de l’opération Masse critique organisée par Babelio, et il m’a passionnée, j’ai aimé mettre mes pas dans ceux de l’auteur qui nous brosse un tableau très complet et très alléchant. J’ai appris beaucoup de choses sur le plan historique, culturel car je connais peu cette ville.

Je connais beaucoup mieux l’Algarve, d’où est originaire mon mari et que j’ai beaucoup visitée. En apprendre davantage sur le Gharb Al Andalus me tentait, car je suis fascinée depuis longtemps par l’Andalousie. Je me rends compte que mes connaissances sur l’Histoire lusitanienne sont limitées et qu’il va falloir y remédier !

Pas de doute, je l’emmènerai dans mes bagages la prochaine fois que j’irai à Lisbonne. Je remercie les éditions Chandaigne qui m’ont fait découvrir « Le Mandarin » de Eça de Queiros et qui proposent aussi dans leur catalogue (très intéressant) des livres sur l’Histoire du Portugal. Ce catalogue propose aussi des textes sur le Brésil, Cap Vert, des auteurs de ces pays, ou les voyages, découvertes, contes…

Cet ouvrage est passionnant et j’espère que ma petite démonstration, qui m’a demandé beaucoup d’énergie pour la rendre la plus légère possible,  vous a intéressés et donner envie de le découvrir.

 

L’auteur

 

Marc Terrisse est docteur en Histoire et titulaire d’un master Management des organisations culturelles de Paris Dauphine. En tant que chercheur associé au CNRS, il a publié plusieurs recherche se focalisant sur le patrimoine islamique et s’intéresse plus largement aux questions des minorités et de leur place dans l’histoire et la culture occidentales dans un cadre pluridisciplinaire faisant écho aux « minority sturies »

 

Extraits

 

Lisbonne est donc le fruit d’un brassage, d’un melting-pot intérieur et ultramarin multiséculaire au sein duquel les différentes populations musulmanes ont occupé une place importante et influente.

 

Les Phéniciens nomment Lisbonne Alis Ubbo qui signifie la « rade tranquille ». Les Grecs et les Romains attribuent par la suite à la ville le nom d’Olisipo. A ce jour, les chercheurs ne sont néanmoins pas certains que les deux appellations aient la même signification. Le Tage aurait été, quant à lui désigné par le nom de Dagui qui se traduit par « pêche abondante » dans l’idiome parlé par les Tyriens.

 

On assiste à l’implantation de familles arabes, d’origine Yéménite notamment dans le sud du Gharb Al Andalus tandis que les territoires situés au-delà de Lisbonne, dans la région de Coimbra et plus au nord vers Porto et la Galice bénéficient d’une présence berbère…

 

Al Usbûna n’a certes pas eu un rôle intellectuel intemporel. Néanmoins des esprits éclairés y sont nés et ont souvent exercé leurs talents ailleurs.

 

Les poètes du Gharb Al Andalus ont vraisemblablement inspiré les troubadours s’exprimant en galaïco-portugais. Plus globalement, la poésie hispano-arabe a eu une influence sur les aèdes catalans et occitans. Le « fin amor » ou amour courtois a été probablement inspiré par Ibn Hazm, poète fidèle aux Omeyyades, né dans l’actuelle province de Niebba en Andalousie et non loin de la frontière avec le Portugal.

 

Je signale ici cette allusion savoureuse : « il n’est que trop évident que les habitants du quartier Saint-Crispin n’aiment pas la gent canine, ils sont peut-être encore les descendants directs des Maures qui détestèrent ici les chiens de leur époque par devoir de religion, bien qu’ils fussent tous, les uns et les autres, frères en Allah »

 

Al Usbûna et ses faubourgs couvraient une superficie comprise entre 50 et 60 hectares. La médina devait représenter environ un tiers de cette surface, soit un espace compris entre 15 et 20 hectares. Avec ses faubourgs et ses zones urbanisées le long du Tage, la ville devait totaliser entre 25 et 30 mille habitants au XIIe siècle au moment de sa conquête.

 

Malgré certaines limites inhérentes aux mentalités de l’époque, le maintien de communautés religieuses musulmanes et juives atteste de la persistance d’un multi-confessionnalisme dans les royaumes médiévaux ibériques après la Reconquista. L’islam ne s’est par conséquent pas arrêté avec la conquête chrétienne. Il se maintient officiellement jusqu’en 1496-1497 au Portugal avec l’édit d’expulsion des juifs et musulmans, promulgué par le roi Manuel 1er suivi d’un processus de conversion forcée à la foi catholique.

 

 

Lu en mars 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

6 commentaires sur « « Lisbonne, dans la ville musulmane » de Marc Terrisse »

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