Publié dans Histoire, Littérature française

« La mort est mon métier » de Robert Merle

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui attendait son tour dans ma bibliothèque (encore un !) avec :

 

La mort est mon métier de Robert Merle 

 

Quatrième de couverture

 

« Le Reichsführer Himmler bougea la tête, et le bas de son visage s’éclaira…

– Le Führer, dit-il d’une voix nette, a ordonné la solution définitive du problème juif en Europe.

Il fit une pause et ajouta :

– Vous avez été choisi pour exécuter cette tâche.

Je le regardai. Il dit sèchement :

– Vous avez l’air effaré. Pourtant, l’idée d’en finir avec les Juifs n’est pas neuve.

Nein, Herr Reichsführer. Je suis seulement étonné que ce soit moi qu’on ait choisi… »

 

Ce que j’en pense

 

C’est l’histoire de Rudolf Lang (alias Rudolf Hoss), officier SS qui dirigea le camp de Auschwitz et mit au point le gazage de juifs, les fours crématoires… officier zélé qui n’a fait « qu’obéir aux ordres ».

Robert Merle reconstitue son enfance, à partir de ce que Rudolf Lang a raconté au psychologue qui l’a interrogé pour le procès de Nuremberg.

On retrouve une violence familiale édifiante avec un père ultrareligieux, avec les prières assidues, à genoux, (on est plus dans l’autoflagellation que dans la foi),  fou à lier qui veut faire de son fils en prêtre. Il l’oblige à se mettre au garde à vous en sa présence, à marcher au pas.

Il s’engage à l’âge de seize ans, alors qu’il n’y est pas autorisé car trop jeune, mais l’armée, la guerre le fascinent et aussi l’amour de son pays. Il va combattre en Turquie et sa bravoure sera reconnue.

De retour à la vie civile, il participe à la mise en place des chemises brunes et adopte les idées nazies.

 Robert Merle reconstitue ensuite tout son parcours, notamment à Auschwitz et la manière dont il a accepté la mission que Himmler lui a confiée. Fonctionnaire zélé, il a mis en place le processus d’extermination des juifs comme il aurait conçu la mise ne place d’une chaîne automobile : le gazage, les ascenseurs pour acheminer les corps vers les fours crématoires…

Cet homme était marié et avait des enfants ! et si Himmler le lui avait demandé qui sait s’il n’aurait pas été capable de les tuer ? Seule comptait la mission qui lui avait été confiée et dans le meilleur délai : si Himmler le voulait, c’est qu’il avait raison !

Au procès, il répètera « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » et n’aura jamais l’ombre d’un regret, il ne considérait pas que les juifs qu’il envoyait à la mort étaient des humains, pour lui c’était des « unités » qu’il envoyait à la chambre à gaz.

Cet homme est glaçant, déshumanisé, rien ne le touche, c’est un exécutant ! lorsqu’on lui demande comment il trouvait son travail à Auschwitz, il répond « ennuyeux » !

Je connaissais l’histoire de cet homme, avant d’ouvrir le livre, car j’ai vu un film il y a longtemps, et cette phrase « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » m’a hantée à l’époque !

J’ai beaucoup aimé ce livre, il permet de réfléchir et de ne pas oublier surtout à une époque où l’antisémitisme a fait un retour en force.

 

 

Extraits

 

Quand, par hasard, un de mes mouvements me paraissait sortir de la « Règle », une boule se nouait dans ma gorge, je fermais les yeux, je n’osais plus regarder les choses, j’avais peur de les voir s’anéantir.

 

J’arrivai mal à fixer mon attention. Je reposai le livre (de géométrie) sir la table, je pris mes chaussures, et je me mis à les cirer. Au bout d’un moment, elles se mirent à briller et j’éprouvai du contentement. Je les posai soigneusement au pied de mon lit, en veillant à aligner les talons sur les lignes du parquet. Puis, je me plaçai devant l’armoire à glace, et comme si une voix m’en avait donné l’ordre, brusquement, je me mis au garde à vous…    

 

Je n’ai pas à entrer dans ces conditions. Pour moi, la question est claire. On me confie une tâche, et mon devoir est de la faire bien, et à fond.

 

C’était lui. L’instinct de mon enfance ne m’avait pas trompé. J’avais eu raison de le haïr. Ma seule erreur avait été de croire, sur la foi des prêtres, que c’était un fantôme invisible, et qu’on ne pouvait le vaincre que par des prières, des jérémiades ou par l’impôt du culte. Mais, je le comprenais maintenant, il était bien réel, bien vivant, on le croisait dans la rue. Le diable, ce n’était pas le diable. C’était le juif.

 

Chose curieuse, c’est dans l’exemple de Père que je puisais alors, la force de mater ces défaillances. Je me disais, en effet, que si Père avait trouvé le courage de faire, quotidiennement, d’incroyables sacrifices à un Dieu qui n’existait pas, moi qui croyais à un idéal visible, incarné dans un homme de chair et d’os, je devais, à plus forte raison, me donner tout entier à ma foi, sans ménager mon intérêt, ni, s’il le fallait, ma vie.

 

A un moment donné, le Procureur s’écria : « vous avez tué 3 millions et demi de personnes ! » Je réclamai la parole et je dis : « Je vous demande pardon, je n’en ai tué que 2 millions et demi.»  Il y eut alors des murmures dans la salle et le Procureur s’écria que je devrais avoir honte de mon cynisme. Je n’avais rien fait d’autre, pourtant, que rectifier un chiffre inexact.

 

 

 

Lu en janvier 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

15 commentaires sur « « La mort est mon métier » de Robert Merle »

  1. Je l’ai lu ado, et il m’a marqué, vraiment. Du coup j’avais enchaîné sur plusieurs titres de Merle, dont Malevil et Un animal doué de raison, qui, bien que complètement différents,m’avaient plus aussi.. je m’étonne parfois de voir très peu cet auteur sur les blogs, et j’ai l’impression qu’on lui associe une image un peu dépassée, je ne sais pas trop pourquoi. Est-ce que tu as trouvé que son écriture aurait mal vieilli ?

    Aimé par 1 personne

    1. j’ai retardé la lecture car je connaissais le film mais cela faisait un moment que je voulais m’y mettre.
      L’écriture est belle, parfois chirurgicale l’enfance de cet homme est horrible!
      elle sonne très juste et j’ai dévoré le livre. ce n’est pas un pensum…
      J’ai vu des adaptations de ses livres au cinéma et je n’avais encore rien lu, j’ai le T1 de « Fortune de France » qui m’attend 🙂

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  2. J’avais dû le lire pour l’école quand j’étais ado et ce fut un vrai coup de poing ce roman. Il m’a marqué et a ouvert mon intérêt pour cette période de l’Histoire ! Il faudrait que je le relise d’ailleurs 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. le film m’avait tellement impressionnée que j’avais repoussé la lecture!
      ce livre est encore d’actualité, et il faut cultiver le souvenir car les « grands témoins » disparaissent peu à peu, les profanations les TAG sont de retour 😦

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