Publié dans Littérature contemporaine, Littérature russe

« Devouchki » de Victor Remizov

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley, car j’ai eu un coup de foudre pour le titre, et pour la couverture et pour le pitch :

 

 

Résumé de l’éditeur:

 

Après le succès de Volia volnaïa, Victor Remizov explore de nouveau les paradoxes d’une Russie à deux vitesses, entre campagne sibérienne et faste moscovite, pour dresser le portrait d’une jeunesse qui cherche à se construire. Aussi glaçante qu’intense, une fresque brillante où s’entremêlent les destins de deux cousines en quête de repères.

À Beloretchensk, en plein cœur de l’immense Sibérie, Katia et Nastia, la vingtaine, lasses de voir leur quotidien s’embourber dans la misère, décident de quitter leur province natale pour les lumières de la capitale. Elles rêvent d’avenir, d’argent, d’amour ; elles rêvent d’amitié, de joie, de nouveauté. Mais c’est le Moscou de l’argent sale, du mensonge et de la violence qui les accueille. À peine descendues du train, les voici traquant toit, travail, nourriture, craignant à chaque minute de devoir retourner auprès de leurs familles et assumer un échec. Livrées à elles-mêmes dans une jungle urbaine d’une brutalité inouïe, les deux devouchki se verront contraintes de garder la tête froide pour éviter d’avoir à commettre le pire et de sacrifier ce qu’elles ont de plus cher : l’espoir.

 

Ce que j’en pense

 

Deux belles dévouchki (jeunes filles), originaires de Beloretchensk, une petite ville de Sibérie, décident de fuir la pauvreté et tenter leur chance en allant à Moscou.

Katia tente de gagner de l’argent pour aider sa famille : son père, professeur a été victime d’un accident avec une vertèbre brisée, il se retrouve en fauteuil. La mère, qui travaille dans une « usine à poissons », dérobent des poissons pour aller les vendre dans un marché très loin pour ne pas se faire prendre. Katia a aussi un frère, parasite, joueur invétéré, en détention, où il continue ses magouilles avec les surveillants et soutire régulièrement de l’argent à sa famille.

Il faut de l’argent pour tenter une intervention chirurgicale : un million de roubles au moins ! et aussi avoir accès à un bon chirurgien !

Sa cousine, Nastia, a des projets beaucoup plus fumeux : elle rêve d’être célèbre, d’épouser un homme riche, vieux, comme dans les séries télévisées et n’a aucune moralité.

Toutes les deux débarquent à Moscou et vont vivre dans le dénuement, Nastia tombant bien-sûr sur Mourad, un voyou, car elle ne cherche pas vraiment un travail, dépensant le peu d’argent qu’elle a pour des futilités (cf. le sac Gucci !) alors que Katia trouve du travail dans un restaurant et entre son salaire et les pourboires elle peut envoyer de l’argent à ses parents.

Elles finissent par trouver une colocation, qu’elle partage avec Alexeï, un jeune homme sympathique mais très (trop) romantique, timide dont les parents sont plutôt aisés, met il met un point d’honneur à ne pas dépendre d’eux. Il part à l’étranger alors que Katia vient d’être victime d’un viol dans des conditions sordides.

Elle rencontre alors un milliardaire, Andreï, qui a vingt ans de plus qu’elle mais qui va l’aider à surmonter ce drame. Il est différent des autres parvenus, lucide sur ce qui se trafique autour de lui. Il est attentif et prend soin d’elle car il est amoureux.

Avec lui, elle découvre le luxe, Venise, car il est propriétaire d’hôtels de luxe et a ses entrées partout.

Victor Remizov décrit très bien l’écart terrible entre les très riches et les très pauvres, les Moscovites qui méprisent ceux qui vivent à la campagne, qui méprisent aussi tous ceux qui quittent les républiques de l’ancienne URSS pour venir tenter de gagner leur vie à Moscou : Azeri, Tadjiki, Kirghizi, mais aussi Ukrainiens ou Géorgiens, faisant d’eux des émigrés qu’on rejette.

J’ai beaucoup aimé ce roman, où le rêve russe est battu en brèche, dans ce pays où l’argent est devenu roi, les milliardaires (dont l’origine des richesses est plus que douteuse !) pullulent, et la corruption omniprésente. Parfois, on a l’impressions de se retrouver dans un roman de Dostoïevski, mon auteur russe préféré, ou dans les « Bas-Fonds »

L’auteur dénonce au passage, la presse encore plus muselée qu’à l’époque communiste, la violence omniprésente, ou « les gens qui vingt ans auparavant étaient épris de justice et de liberté et qui sont devenus veules… »

Je connais peu les auteurs russes contemporains, que j’ai longtemps boycottés, par allergie primaire (trop ?) au tsar, mais ce roman m’a beaucoup plu, il faut juste résister aux cinquante premières pages que j’ai trouvées « bébêtes » et un petit bémol aussi concernant les différences entre les deux jeunes filles Nastia et Katia qui sont souvent trop caricaturales à mon goût : le Bien opposé au Mal…

Ce roman est, néanmoins, un coup de cœur, et je remercie vivement les éditions Belfond qui ont accepté ma demande de lecture auprès de NetGalley.

Il est inutile de préciser que j’ai déjà rajouté le premier roman de Victor Remizov, « Volia volnaïa » à ma PAL!   

coeur-rouge-

 

#Devouchki #NetGalleyFrance

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L’auteur

 

Victor Remizov est né à Saratov, en Russie, en 1958. Après des études de géologie, il s’est tourné vers les langues à l’université d’État de Moscou. Toujours entre nature et littérature, il a travaillé comme géomètre expert dans la taïga, puis en tant que journaliste et professeur de littérature russe.

Nommé pour le Big Book Award et le Russian Booker, Volia volnaïa, son premier livre paru en France, a reçu un très bel accueil lors de sa sortie en 2017.

Devouchki est son deuxième roman. Victor Remizov vit à Moscou.

 

Extraits

 

Beloretchensk était principalement construit en bois. Les maisonnettes individuelles, leurs potagers et leurs bains de vapeur s’amoncelaient sur la vaste colline entaillée d’un ravin, bordée sur un flanc par la large Angara et, sur l’autre par la Belaïa de la taïga, son affluent de rive droite qui avait donné son nom à la ville.

 

C’était une petite ville d’environ dix-neuf mille habitants, un gros bourg selon les standards russes… Il n’y avait pas assez de travail pour trois milles âmes. Ceux qui étaient encore jeunes fichaient le camp, la plupart des habitants vivaient des potagers, de la rivière et de la forêt. On payait le pain et l’essence avec la retraite des anciens…

 

Nastia, qui avait grandi sans père, était attirée par la rudesse masculine. Elle ne supportait pas les reniflements de bonnes femmes et frayait principalement avec des garnements, ce qui n’arrangeait rien. Elle agissait souvent sans réfléchir et n’avouait jamais ses torts, y compris à elle-même. Tout cela, naturellement, ne lui profitait guère.

 

C’était ainsi qu’on vivait à Moscou, personne ne s’intéressait à son voisin. Les gens allaient et venaient, voilà pourquoi on était payés à la journée.

 

Le journalisme, ça m’intéresse, mais ça n’existe plus, ajouta-t-il. Mon père dit que, même sous les communistes, ils étaient beaucoup plus libres.

 

Pour les « patriotes » qui gardent leur fric à l’étranger. Ils vont en mettre encore un peu à gauche et ficheront le camp vers des climats plus sereins. En Suisse, par exemple, en Italie…

 

Mon père me donne de l’argent, mais je ne veux pas être comme ces Russes qui ne savent rien faire. Dostoïevski n’a jamais eu d’argent…

 

Le fracas de notre cœur amoureux couvre les trépidations de celui qui nous aime sans retour.

 

Nous sommes dirigés par une force stupide qui ne sait rien faire par elle-même, à part confisquer les biens d’autrui. Bien mal acquis ne profite jamais, l’avenir ne présage rien de bon. 

 

Lu en janvier 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

17 commentaires sur « « Devouchki » de Victor Remizov »

  1. Je viens de finir un autre roman russe contemporain, Texto de Glukhovsky sur des thématiques similaires (mais il me semble encore plus sombres). Même si ce ne sont en général pas des lectures très gaies, je trouve cette nouvelle vague russe intéressante. Alors pourquoi pas pour ce roman.

    Aimé par 1 personne

  2. Je suis « tombé » sur cette chronique en allant visiter le site « Lettre exprès ». Celle-ci me donne vraiment envie de découvrir ce livre et cet auteur. L’enthousiasme est communicatif :-). Si jamais vous le souhaitez, n’hésitez pas à inscrire cette lecture (ou les prochaines !) dans le cadre du Mois de l’Europe de l’Est que nous organisons avec Goran. Cela permet de le faire figurer dans le récapitulatif. Bien à vous. Patrice

    Aimé par 1 personne

      1. Il faut coller le logo en bas de l’article et/ou faire un lien hypertexte renvoyant vers notre site (article Mois de l’Europe de l’Est 2019)

        J'aime

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