Publié dans Littérature anglaise

« Dans son silence » : Alex Michaelides

Je vous parle aujourd’hui d’un livre sur lequel j’ai flashé sur NetGalley car la couverture est sublime et le résumé de l’éditeur plus que tentant :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Un remarquable thriller psychanalytique !

 Alicia, jeune peintre britannique en vogue, vit dans une superbe maison près de Londres avec Gabriel, photographe de mode. Quand elle est retrouvée chez elle, hagarde et recouverte de sang devant son mari défiguré par des coups de couteau fatals, la presse s’enflamme. Aussitôt arrêtée, Alicia ne prononce plus jamais le moindre mot, même au tribunal. Elle est jugée mentalement irresponsable et envoyée dans une clinique psychiatrique.

Six ans plus tard, le docteur Theo Faber, ambitieux psychiatre, n’a qu’une obsession : parvenir à faire reparler Alicia. Quand une place se libère dans la clinique où elle est internée, il réussit à s’y faire embaucher, et entame avec elle une série de face-à-face glaçants dans l’espoir de lui extirper un mot. Et alors qu’il commence à perdre espoir, Alicia s’anime soudain. Mais sa réaction est tout sauf ce à quoi il s’attendait…

 

Ce que j’en pense

 

On suit l’histoire d’Alicia, peintre de talent, internée en hôpital psychiatrique pour avoir tué Gabriel, son mari. Elle se mure dans le silence, et tous les thérapeutes butent sur ce blocage.

Un jeune thérapeute, ThéoFaber, passionné par ce crime très médiatisé, a un désir fou de la faire parler, d’accéder à ses émotions et alors qu’il était promis à une belle carrière dans le service où il travaillait, se fait muter dans « Le Grove »,  l’HP où se trouve Alicia dans lequel règne Stéphanie, une directrice véritable harpie qui ne pense qu’en termes d’argent, d’économie, afin de déclarer l’établissement non rentable et le fermer.

Face à Stéphanie, le professeur Diomides a tendance à s’écraser, il n’est pas loin de la retraite alors… seul l’infirmier Iouri et Indira, autre psychiatre tenteront de soutenir Théo.

Théo est passionné par son métier, mais va enfreindre certaines règles, en allant voir des témoins, des voisins, ou membres de la famille ce qui risque de l’entraîner dans une spirale compliquée. Lui-même a eu un père très violent dont il avait peur.

Il va négocier une diminution du traitement d’Alicia qui ne risque pas de s’exprimer, vu qu’elle est sous camisole chimique…

J’ai beaucoup pensé à « Mensonges sur le divan » d’Irvin Yalom en lisant ce roman car il y a des similitudes, mais ici, on tutoie le thriller et la fin est d’autant plus géniale qu’on ne la voit pas venir.

Alex Michaelides a bien découpé son roman, avec des citations de Freud ou d’Alice Miller égarant à plaisir le lecteur dans des pistes où chacun des intervenants peut apparaître comme complice ou manipulateur, tel Christian, « psychiatre rugbyman au nez cassé et à la barbe brune, il était beau dans le genre amoché » que Théo connaissait auparavant et qui ne lui fera pas de cadeau, espérant le voir échouer.

Un bel hommage à la peinture aussi car l’auteur nous entraîne dans les expositions consacrées à Alicia et ses relations étranges avec son agent, sur fond de mythe d’Alceste.

J’ai adoré ce roman, que j’avais choisi pour son thème et sa superbe couverture, ne connaissant pas l’auteur, et cette lecture a été jubilatoire. Il s’agit d’un premier roman donc à suivre….

Merci encore à NetGalley et aux éditions Calmann-Lévy qui m’ont permis de le découvrir.

 

 #DansSonSilence #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Alex Michaelides est un scénariste britannique de trente-neuf ans. Il a aussi étudié la psychanalyse, et a travaillé deux ans dans une clinique psychiatrique pour jeunes. « Dans son silence », son premier roman, est sur le point de devenir un phénomène
dans le monde entier.

 

 

Extraits :

 

D’ordinaire, elle travaillait pendant des semaines, des mois même avant d’entreprendre un nouveau tableau…

… Mais, cette fois, elle modifia radicalement son processus créatif. Elle termina la toile quelques jours à peine après la mort de son mari. Cela suffisait à l’estimer coupable. Retourner à l’atelier si vite après le décès de Gabriel trahissait un extraordinaire manque de sensibilité…

 

Incapable d’accepter son geste, elle avait, comme un moteur qui se noie, hoqueté, puis s’était arrêtée. Je voulais l’aider à redémarrer, aider Alicia à se raconter, à guérir et à se remettre. Je voulais la réparer.

 

Une remarque inoffensive ou un ton désapprobateur déclenchaient sa colère et provoquaient une série d’explosions auxquelles on ne pouvait échapper. La maison tremblait quand il hurlait, et je fuyais dans ma chambre à l’étage…

…. Je ne savais jamais ce que j’avais fait pour susciter sa rage, ni si je la méritais.

 

Il est étrange de découvrir la vitesse à laquelle on s’adapte à l’univers étrange d’un service psychiatrique. On se familiarise avec la folie. Et pas seulement celle avec des autres, avec la sienne aussi. Nous sommes tous fous, je crois, d’une certaine façon.

 

La rage meurtrière, la rage homicide ne naît pas dans l’instant. Elle tire son origine dans la contrée antérieure aux souvenirs, le pays de la petite enfance, dans la maltraitance et les abus subis à un très jeune âge, bombe à retardement qui finit par exploser, souvent sur la mauvaise cible.

 

La notion de contenance a été introduite par le psychanalyste Wilfred Bion pour décrire la capacité de la mère à gérer la douleur du bébé…

… Mais la capacité à nous procurer cette contenance dépend directement de celle de notre mère à nous l’apporter. Or si la propre mère de cette dernière ne lui a jamais apporté de contenance, comment peut-elle transmettre quelque chose qu’elle n’a jamais connu ? Quelqu’un qui n’a jamais appris est assailli par l’anxiété pour le restant de ses jours.

 

Lu en janvier 2019

Publié dans Littérature française

« La famille témoin de Émilie Vila

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui m’a tentée car il était finaliste au prix des étoiles Librinova 2018 donc ma curiosité était attirée :

 

 

Résumé de l’éditeur:

 

« De l’extérieur, j’imagine que notre famille ressemble à n’importe quelle famille heureuse. Une famille comme il faut, sans histoires. Nous vivons cachés derrière d’immenses grilles en fer forgé qui protègent la Résidence des Cyprès. »

Un roman choral sur les déboires d’une famille modèle.

Ce que j’en pense

 

C’est l’histoire de la famille Letellier, dans un quartier résidentiel, appartement de grand standing, voiture adéquate, voisins du même genre qui espionnent et critiquent tout le monde.

Nous avons donc, Maurine, cadre supérieur, DRH implacable avec tous ceux qui l’entourent dans la société où elle travaille, écrasant les autres pour arriver au sommet. Elle ne compte plus ses heures, toujours vêtue de manière impeccable.

Son mari, Henri, est expert-comptable, dîne souvent avec ses clients, les invite même chez lui. Signe particulier, il a été placé chez les Jésuites par ses parents pleins aux as aussi qui aident le couple financièrement donc on supporte.

Ils ont un fils, Côme très bon élève, fils modèle pour correspondre aux vœux de ses parents, notamment sa mère. Il a tout ce qu’il veut, téléphone portable, ordinateur, console de jeux, il faut bien compenser l’absence !

Dans cette famille témoin, tout est censé aller comme sur des roulettes, le bonheur parfait. Mais, il y a un hic, Maurine n’est jamais satisfaite, elle demande toujours plus à Côme, fait une fixation sur le bulletin scolaire. Pour elle avoir la moyenne en classe, c’est avoir 15/20, et tant qu’on y est pourquoi exiger 21/20 quand Côme ramène 20/20…

En plus, la prof de français se permet une remarque qui vexe profondément Maurine :

« Mademoiselle Delamal a écrit : « Continue ainsi Côme, pour le bonheur de tous, à commencer par le tien ! « 

De quoi se mêle- t-elle, serait-ce un jugement ?

Seulement, Côme entre en résistance : puisque ce n’est jamais assez bien, il va ramener un 3/20 en maths. Et en plus, il tombe amoureux de la jeune fille qui habite en face ! On imagine les conséquences.

Ce roman est assez drôle, car on peut s’identifier à tous les personnages : j’ai été très solidaire de Côme : le statut d’enfant unique, avec une mère hyper-exigeante, cela me parle beaucoup. Mais par moment, je me suis reconnue dans l’exigence de Maurine : que faire quand un enfant doué décide de ne plus rien faire ?

On note des scènes très drôles voire caricaturales notamment lorsque Maurine se met à suivre la prof de français, pensant ne pas être reconnue en se déguisant en sportive en survêtement ! et surtout, cette « filature » va avoir des conséquences !

Ce n’est pas le roman du siècle mais il est facile à lire; je suis plongée dans des livres très difficiles en ce moment, j’avais besoin de souffler un peu; et il m’a fait rire donc, il atteint son objectif…

Je remercie NetGalley et Librinova qui ont bien voulu me permettre de le lire.

#LaFamilleTémoin #NetGalleyFrance

 

 

Extraits:

 

Une famille modèle. Une famille témoin pour reprendre l’expression de l’agent immobilier venu faire visiter notre maison à une autre famille un jour. La famille témoin.

 

Non contents de travailler, mes parents ont une vie sociale très remplie. Ils sont invités partout, se rendent à un tas de manifestations culturelles ou sportives, participent à des œuvres caritatives en tout genre. Ils donnent aux autres le peu de temps qu’il leur reste après le travail et qu’ils n’ont jamais pour moi.

 

Au final, elle l’aura regardé plus longtemps que moi au cours de ces six derniers mois ce papier. Le pire, c’est qu’elle ne me l’a pas signé. Elle l’a gardé en souriant et m’a demandé sur un ton sec de me mettre à table. Le comble ! Ces notes, c’est quand même moi qui les ai eues, pas elle !

 

Quelles notes je dois te rapporter pour que tu me souries enfin ?…

… Pour te rappeler qu’il suffit que je sois ton fils, que tu sois ma mère, pour faire de toi une femme comblée ? Des 21/20 dans toutes les matières, comme en maths ? Je vais essayer maman. S’il n’y a que ça ton Côme 20/20 et des poussières peut bien devenir Côme 21/20.

 

Je ne veux pas être une de ces mères carriéristes, indifférentes à l’avenir de leurs enfants. C’est pour ça que je ne lui laisse rien passer. C’est pour son bien. Plus tard, Il me dira merci.

 

L’autre jour, j’ai lu un article sur les parents hélicoptères. Des parents-monstres qui s’immiscent dans la vie de leurs enfants pour en faire des petits êtres parfaits, meilleurs qu’eux. Ils sont tellement intrusifs qu’ils en font des êtres peu sûrs d’eux, stressés et malheureux.

 

Mon père ne vit pas en paix, en revanche, il continue de dire merci à Dieu. Mes grands-parents ont traumatisé leur fils unique et ça ne les empêche pas de passer pour des gens bien.

 

Côme souffre de la pression que vous mettez sur ses épaules, en permanence. C’est souvent le cas chez les enfants uniques, on les responsabilise très tôt. Côme a peur de vous décevoir. Et même s’il ne le montre pas, il a besoin de votre soutien.

 

Lu en février 2019

Publié dans Littérature italienne

« L’enfant perdue » Elena Ferrante

Je vous parle aujourd’hui d’un livre T4 de la série « L’amie prodigieuse » avec :

 

l-amie-prodigieuse-tome-4-l-enfant-perdue Elena Ferrante

 

Quatrième de couverture

 

« Comme toujours, Lila s’attribuait le devoir de me planter une aiguille dans le cœur, non pour qu’il s’arrête, mais pour qu’il batte plus fort. »

Elena, devenue auteure reconnue, vit au gré de ses escapades avec son amant entre Milan, Florence et Naples. Parce qu’elle s’est éloignée du quartier populaire où elle a grandi, Elena redoute les retrouvailles avec son amie d’enfance. Mais depuis quelques temps, Lila insiste pour la voir et lui parler…

La saga se conclut en apothéose après avoir embrassé soixante ans d’histoire des deux femmes et de l’Italie, des années 1950 à nos jours.

 

 

Ce que j’en pense

 

Ouf ! ça se termine !

On retrouve nos deux amies et leur amitié toxique ; Lenù vit enfin avec le grand amour de sa jeunesse, Nino, dans des conditions rocambolesques, car c’est un menteur invétéré qui entretient toujours des relations avec sa femme (il n’a pas divorcé bien-sûr, beau-papa est bien trop intéressant pour son avenir ! alors qu’elle a quitté son mari)

Évidemment, l’amour la rend aveugle. Elle a un enfant de cette relation avec Nino. L’auteure reconnue n’arrive plus à écrire une ligne, trop prise par a passion, et quand son éditeur la presse, elle finit par ressortir un vieux manuscrit jadis refusé…

Lila est toujours aussi perturbée psychologiquement, c’est le moins qu’on puisse dire et les deux amies vivent près l’une de l’autre à Naples, elles seront enceintes en même temps…

J’ai terminé ce roman fleuve il y a plus d’un mois et j’ai remis ma critique toujours à plus tard tant j’étais exaspérée par la relation entre ces deux femmes, espérant devenir plus indulgente avec le temps. Mais, et je sais que je vais me faire des ennemies, car Elena Ferrante a beaucoup de fans, ce roman ne m’a pas plu.

J’ai bien aimé le premier tome de la saga, moins le deuxième encore moins le troisième. L’adaptation télé du premier tome m’a poussée à lire le quatrième, d’autant plus que je n’aime pas laisser un livre en plan, encore moins une saga.

Je me suis ennuyée tout au long de ces 618pages et je ne lirai probablement pas les autres publications de l’auteure. Il y a un seul élément positif : j’ai réussi à terminer ce livre, dont il ne me reste rien un mois plus tard. Entre temps j’ai lu « Une famille comme il faut » de Rosa Ventrella, sur un thème proche, et je l’ai largement préféré.

 

 

Extraits

 

Je les sentais toutes les deux hostiles à ma nouvelle vie : si d’un côté cela me semblait la preuve que j’étais enfin devenue quelqu’un d’autonome, je me sentais d’autant plus seule et à la merci de mes problèmes.

 

Je me découvris un talent insoupçonné pour manœuvrer entre les pour et les contre, m’inventant un rôle de médiatrice (j’étais douée pour dire de façon convaincante : « ce n’est pas exactement ce que je voulais dire »….

 

Nos vivions dans un tel désordre ! des fragments de nous-mêmes partaient dans tous les sens, comme si vivre signifiait s’éparpiller sans cesse.

 

Je suis obligée de parler en public, admettais-je, alors que je ne sais pas ce que je suis, et que je ne sais pas à quel point je pense sérieusement ce que je dis.

 

Je compris que je m’étais trompée : elle qui maîtrisait toujours tout, à cet instant-là, elle ne maîtrisait plus rien. Elle était pétrifiée par l’horreur et craignait de se briser en mille morceaux si je l’effleurais.

 

Elle utilisa ce mot « délimiter ». C’est en cette occasion qu’elle y eut recours pour la première fois, et elle s’efforça de m’en éclaircir le sens : elle voulait que je comprenne bien ce que c’était la dissolution des limites, et à quel point cela la terrifiait.

 

 Mon seul problème, ça a toujours été ma tête folle. Je ne peux pas l’arrêter, il faut toujours que je fasse, refasse, couvre, découvre, renforce, et puis tout à coup que je défasse et que je casse…

… La toile que je tisse le jour se défait la nuit, ma tête invente toujours un moyen.

 

Ce que j’avais conquis avec des efforts méthodiques et beaucoup de chance, elle l’avait pris et le prendrait encore avec désinvolture, comme un droit de naissance.                                                                                                                                         

 

 

Lu en janvier 2019

Publié dans Littérature américaine, Littérature contemporaine

« Le chant des revenants » de Jesmin Ward

Je vous parle aujourd’hui d’un livre de la rentrée de janvier 2019 sur lequel j’ai littéralement flashé, avec :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Seule femme à avoir reçu deux fois le National Book Award, Jesmyn Ward nous livre un roman puissant, hanté, d’une déchirante beauté, un road trip à travers un Sud dévasté, un chant à trois voix pour raconter l’Amérique noire, en butte au racisme le plus primaire, aux injustices, à la misère, mais aussi l’amour inconditionnel, la tendresse et la force puisée dans les racines.

Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a tout appris : nourrir les animaux de la ferme, s’occuper de sa grand-mère malade, écouter les histoires, veiller sur sa petite sœur Kayla.

De son autre famille, Jojo ne sait pas grand-chose. Ces blancs n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants à une noire. Quant à son père, Michael, Jojo le connaît peu, d’autant qu’il purge une peine au pénitencier d’État.

Et puis il y a Leonie, sa mère. Qui n’avait que dix-sept ans quand elle est tombée enceinte de lui. Qui aimerait être une meilleure mère mais qui cherche l’apaisement dans le crack, peut-être pour retrouver son frère, tué alors qu’il n’était qu’adolescent.

Leonie qui vient d’apprendre que Michael va sortir de prison et qui décide d’embarquer les enfants en voiture pour un voyage plein de dangers, de fantômes mais aussi de promesses…

 

Ce que j’en pense:

 

Ce roman nous raconte l’histoire d’une famille où se mêlent des êtres dont la vie n’a pas été (est n’est toujours pas) simple, sur fond de racisme dans ce Sud des USA où il ne fait pas bon être noir.

Jojo a seulement treize ans, mais c’est déjà un adulte qui prend soin de sa petite sœur Kayla (Michaela) car sa mère Léonie est incapable de s’occuper d’eux. Elle a rencontré Michael, son grand amour alors qu’elle n’avait que dix-sept et s’est retrouvée enceinte très vite.

Léonie est Noire, Michael Blanc et bien sûr sa famille a dit « pas de pute noire chez nous ». Et la vie s’est emballée, Leonie se drogue, Michael est en prison, à Parchman, ce même pénitencier où s’est retrouvé jadis le grand-père de Jojo, alors qu’il était enfant et n’avait pas dénoncé son frère, donc complice. A l’époque, être noir était déjà un délit en soi (est-ce que cela a vraiment changé à l’ère du Trumpisme ?), il s’est retrouvé à travailler dans les champs dans des conditions épouvantables. Il y fait la connaissance d’un autre enfant, Richie, douze ans, condamné pour vol de nourriture parce qu’il avait faim…

Il y a beaucoup de drames dans cette famille : le frère de Leonie, Given, faisait partie de l’équipe sportive et croyait être comme les Blancs et lors d’une partie de chasse, il tue un cerf avec un arc, ce qui est inacceptable pour les Blancs, c’est un crime de lèse-majesté alors on le tue et bien-sûr on fait passer ce meurtre pour un accident de chasse (et c’est un cousin de Michael qui a tiré)

« Given a dit qu’il montait au Kill pour faire la fête avec ses coéquipiers blancs, et Papa l’a mis en garde : « quand ils te regardent, ils voient une différence, fils. C’est pas ce que tu vois qui compte. C’est ce qu’eux ils voient » avait dit Papa… »

Leonie décide d’aller chercher Michael à sa sortie de prison ; elle emmène les enfants avec elle ainsi que son amie et bien-sûr, elle n’a pas prévu qu’il fallait emporter de quoi les nourrir alors que la route va être longue, et Kayla malade… Jojo doit trouver des subterfuges pour tenter de la nourrir, de la calmer, la prendre dans ses bras quand elle vomit…

On assiste à un road-movie, qui enchaîne les catastrophes : Jojo est plus adulte que sa mère, c’est vers lui que Kayla se tourne dans la détresse, alors que Leonie ne pense qu’à la défonce, ce qui donne des trips hallucinants : elle « voit » son frère Given, chaque fois qu’elle prend de la drogue ! elle a le QI d’un chou-fleur et la manière dont elle réagit avec ses deux enfants est totalement inadéquate. Elle ne pense qu’à Michael !

Un autre esprit vient hanter ce voyage : Richie, qui veut retrouver le grand-père car son « envol vers le paradis » a été interrompu.

J’ai aimé ces revenants, ces êtres dont la mort est survenue brutalement avant l’heure et qui sont condamnés à errer pour achever leur « parcours », comme ce que l’on peut retrouver dans le Bouddhisme pour expliquer la transmigration…

J’ai beaucoup aimé aussi les grands-parents de Jojo, ce sont eux qui lui apprennent les valeurs que leur fille est incapable de transmettre (elle ne sait pas nourrir dit grand-mère Philomène en parlant de Leonie !). J’ai une tendresse particulière pour River, le grand-père qui tente de raconter l’histoire de la famille à Jojo mais qui n’arrive jamais à aller jusqu’au bout.

Le début est dur avec la « mise à mort » d’un bouc avec un tel luxe de détails que j’ai failli arrêter la lecture, ce qui aurait été une énorme erreur.

Une belle histoire donc, je le répète, qui dénonce le racisme, les ancêtres kidnappés et vendus comme esclaves, les conditions d’enfermement dans le prisonnier d’État dans ce Sud tellement convaincu de la suprématie blanche.

A noter une scène particulièrement violente : le policier qui arrête la voiture de Leonie et qui menotte férocement Jojo car il avait la main dans une poche (comme s’il pouvait être armé à treize ans !).

J’ai beaucoup aimé l’écriture, le style de Jesmin Ward que je ne connaissais pas du tout, et donc envie de m’attaquer à un autre de ses romans.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman qui m’a énormément plu.

#LeChantDesRevenants #NetGalleyFrance

 

Extraits

 

Mais, c’était impossible de ne pas entendre les animaux, parce que, dès que je les regardais, je les comprenais, direct, et c’était comme quand on regarde une phrase et qu’on pige les mots, ça venait tout d’un coup.

 

Quand je l’écoute, sa voix devient une main qu’il tend vers moi, comme s’il me caressait le dos, et alors je peux échapper à tout ce qui me fait croire que je ne lui arriverai jamais à la cheville, que je n’aurais jamais son assurance.

 

Richie, il s’appelait. Son vrai nom, c’était Richard, et il avait juste douze ans. Il avait pris trois ans pour avoir voler de quoi manger :de la viande séchée. Ils étaient un paquet à être là pour avoir volé à manger parce que tout le monde était pauvre et crevait de faim, et même si les blancs pouvaient pas nous faire bosser à l’œil, ils se débrouillaient pour qu’on ait ni contrat, ni salaire.

 

Je vieillissais la bouche tordue par l’amertume de ce qui m’était servi au grand banquet de la vie : moutarde brune et kakis verts, acides, pleins de promesses trahies et de déceptions.

 

Devenir adulte, ça signifie apprendre à naviguer dans ce courant : apprendre quand se cramponner, quand jeter l’ancre, quand se laisser porter.

 

Elle venait de l’autre côté de l’océan, son arrière-grand-mère, et elle avait été kidnappée et vendue. Et elle avait raconté à ma grand-mère que, dans son village, on mangeait de la peur. Elle disait que la peur, ça changeait la nourriture en sable dans la bouche. Elle disait que tout le monde savait pour la marche forcée jusqu’à la côte, qu’il y avait des rumeurs sur les bateaux et sur les hommes et les femmes qu’on entassait dedans…

 

Il disait qu’il y a un esprit dans chaque chose. Dans les arbres, dans la lune, dans le soleil, dans les animaux. Il disait que c’est le soleil le plus important et il lui avait donné un nom : Aba. Mais, on a besoin de tous les esprits de toutes les choses, pour qu’il y ait un équilibre. Pour que les récoltes poussent, que les animaux se reproduisent et qu’ils engraissent avant qu’on le mange.

 

Je me suis saisi de l’écaille. Elle avait la taille d’une pièce de monnaie. Elle m’a brûlé la paume, et je me suis dressé sur la pointe des pieds, et d’un coup je ne touchais plus le sol. Je volais. J’ai suivi l’oiseau à écailles. Haut, très haut, loin. Dans le torrent d’écume du ciel.

 

 Et ensuite, je suis tombé, j’ai piqué vers la terre et elle s’est ouverte comme une vague. Je me suis tapi. J’avais besoin d’être soutenu par sa main sombre. De n’être plus conscient des hommes là-haut. Des souvenirs. Malgré tout, ils sont venus. Je n’étais plus et ensuite j’étais à nouveau.

 

Il y a tant de choses que Jojo ne sait pas. Il y a tant d’histoires que je pourrais lui raconter. L’histoire de Parchman et moi, quand c’est River qui la raconte, c’est une chemise bouffée par les mites, râpée jusqu’à la corde : la forme et là mais les détails sont effacés. Je pourrais boucher les trous. La chemise serait comme neuve, sauf en bas. Au bout….

 

 

Lu en janvier février 2019

Publié dans Histoire, Littérature française

« Ces rêves qu’on piétine » de Sébastien Spitzer

Pour rester dans une de mes périodes deuxième guerre mondiale ou nazisme, je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’avais mis au sommet de ma pile   « période convalescence » …

Ces rêves qu'on piétine de Sébastien Spitzer

 

 

Quatrième de couverture :

 

Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l’Allemagne nazie. L’ambitieuse s’est hissée jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu’elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s’enfonce dans l’abîme, avec ses secrets.

Au même moment, des centaines de femmes et d’hommes avancent sur un chemin poussiéreux, s’accrochant à ce qu’il leur reste de vie. Parmi ces survivants de l’enfer des camps, marche une enfant frêle et silencieuse. Ava est la dépositaire d’une tragique mémoire : dans un rouleau de cuir, elle tient cachées les lettres d’un père. Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie d’un homme et le silence d’une femme : sa fille.

Elle aurait pu le sauver.

Elle s’appelle Magda Goebbels.

 

Ce que j’en pense :

 

Nous suivons, dans ce roman, l’histoire de Magda Goebbels, son enfance, ses mariages, ses liens avec le parti nazi jusqu’au final dans le fameux bunker.

On rencontre d’autres personnages auxquels on a à peine le temps de s’attacher qu’ils disparaissent tragiquement : les déportés que l’on a obligés à quitter les camps et qu’on fait marcher jusqu’à l’épuisement pour les exterminer ailleurs, froidement (je devrais dire chaudement, car ils meurent embrasés dans une grange, dans une obscure clairière, à laquelle on a mis le feu après les avoir obligés à s’entasser !) avec la complicité des paysans du coin, bien-sûr car il fallait cacher le charnier, gommer les traces du génocide.

On croise ainsi Aimé, Judah, Fela et sa petite Ava, bébé miraculé des camps.

Ces récits alternent avec l’histoire de Magda, qui a pourtant eu une enfance heureuse, avec un beau-père qui lui a fait découvrir les arts, les lettres et qu’elle déteste parce que juif qu’elle n’hésitera pas à faire déporter.

L’ombre de Richard Friedländer, ce père adoptif, est présente tout au long du roman sous la forme d’une lettre dans laquelle il évoque son amour paternel à son égard ainsi que des témoignages d’autres personnes mortes dans les camps ; tous écrivent pour persévérer, survivre, transmettre. On écrit sur des bouts de papier, sur tout ce qu’on peut trouver, le tout enfermé dans un vieux sac…

Comment Magda a-t-elle pu épouser Goebbels ? il a un pied bot, une face de rat, c’est un nain très éloigné du profil aryen… pour arriver à ses fins elle a réussi à entrer dans le parti, en tant que bénévole et approcher les personnes qu’il fallait pour arriver jusqu’à Hitler.

Ils se marient en grande pompe et mettent en scène toute leur vie de couple, c’est la mère parfaite, qui pose avec sa famille devant les photographes pour la propagande du régime. Il est attiré par les actrices qu’il tente de séduire par la force bien-sûr, et Magda vient mettre son grain de sel pour casser d’éventuelles idylles.

En fait, en dehors d’elle-même, elle n’aime personne, sauf Harald, son fils aîné, né d’une précédente union et qui s’illustre sur le front et évidemment, le pouvoir ; la manière dont elle lorgne vers Hitler, et jalouse son Eva finit par devenir grotesque : quand ils sont tous réfugiés dans le bunker, on voit un Hitler fantoche, qui baise la main des dames avec sa bouche baveuse !

« Le nabot et l’hystérique, le tremblant et le boiteux. Pour ce qui est de sa danseuse, Eva Braun, c’est de la pacotille, juste une mauvaise poudre aux yeux qui s’éparpille à la moindre brise. Magda prime. Elle le sait. » voilà ce que pense Magda coincée dans sa chambre au bunker, alors que Goebbels et Hitler ne se quittent pas.

Sébastien Spitzer a écrit un livre superbe, avec un style incisif, des phrases courtes, percutantes, des descriptions tellement vivantes qu’on n’a aucun mal à visualiser les personnages et les scènes.

La manière dont Magda a exécuté ses six enfants, empoisonnés revêtus d’une sorte d’aube blanche, tous alignés les uns à côté des autres dans une mise en scène digne d’une secte, où la manière dont le « suicide » d’Hitler est évoqué, sont magistralement évoqués.

Je connais bien la fin des Goebbels et Hitler et Eva Braun car j’ai vu plusieurs fois le film « Le bunker » avec Anthony Hopkins épatant dans le rôle d’Hitler, et pourtant ce livre m’a tenue en haleine jusqu’au bout.

Ce livre est un véritable coup de cœur.

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L’auteur

 

Sébastien Spitzer est journaliste. « Ces rêves qu’on piétine » est son premier roman.

 

 

Extraits

 

Pour survivre, il faut s’oublier. Oublier l’épuisement. Oublier les blessures. Oublier ce creux au bide. Oublier ses besoins et les odeurs d’urine et de merde qui collent à la peau parce qu’ils n’ont pas d’autre choix que de se chier dessus, sans perdre la cadence.

 

Reste la nuit. Épaisse. Lourde. Vide à tous ceux qui ont peur, à ceux qui désespèrent, se trompent. Cette nuit est aussi pleine que les autres. Féconde. Mystérieuse. Imprévisible. Elle s’est insinuée de l’autre côté des murs. L’heure des souffles de vie. L’heure des silences.

 

Autour du cabanon, une brume s’étire toute en langueur, se requinque au-dessus du ruisseau et finalement cascade au dos des masses rocheuses. Cette brume est un haut-le-cœur. Un soubresaut gazeux. Un renvoi des entrailles du monde. C’est un trop-plein de cadavres dont cette terre est gavée. Et les arbres de la forêt l’en soulagent. Elle prend sa part du drame.

 

Magda savait prendre la pose, tenir son rôle de femme. Elle portait de grands colliers de perle, citait Yeats, Schiller et Goethe à la demande, avait un grand sourire et aussi assez peu de convictions pour déjouer tous les pièges de l’erreur d’opinion, du mauvais goût et de l’ignorance.

 

« Il disait qu’ils n’y arriveraient pas. Que personne n’arriverait à nous faire disparaître. Il est peut-être mort trop tôt. Il n’a pas vu ce qu’ils étaient capables de faire pour parvenir à leur but… déclare Judah.

De qui parles-tu ?

De Friedländer, l’auteur de ces lettres, dit Judah en tapant sur sa besace. Celui des camps. Ses lettres sont dans ce rouleau de cuir…

 

Adolf suivait le cortège. Elle s’habituait à ses baisemains baveux, à ses courtoisies, fin de siècle, à sa diction spécieuse quand ils étaient en petit comité, à ses éruptions suivies de longs silences. Ils se gardaient des têtes-à-têtes d’alcôve. Des moments de flamme pour lui, qui le faisaient se rouler par terre à ses pieds, à ses genoux accroché, larmoyant qu’il ne faut pas, qu’il ne peut pas…

… Il était hostile aux excès de tendresse qui ramollissent, redoutait les dangers des caresses, qu’il réservait aux chiens, prônait les vertus de l’échec et de l’adversité….

 

Le mépris, le dégoût de soi, ça vous met l’âme e, morceaux. Une marmelade d’orgueil mélangée au remords. Mais, il y a pire encore. Le blâme et l’opprobre au sein des prisonniers, le refus de la solidarité quand tout se tient là. Le dos tourné des survivants est bien plus douloureux que le mal des bourreaux. L’injustice altère. L’ignominie réduit. La soumission gangrène. Fela allait vivre les pires mois de sa survie.  

 

Et quand vient la défaite, les héros disparaissent au profit des héros ennemis. Magda sait qu’il n’y a pas d’Histoire. Il n’y a que des victoires et des défaites, les récits des vainqueurs et l’oubli des vaincus. « Memento mori ». Tout passe.

 

Elle a vu ce que le pouvoir offrait. Elle sait les abaissements des hommes qui lui sont soumis. Son fils sera plus grand qu’Adolf, plus puissant. N’est-il pas le fils de la première dame du Reich ? Et bientôt son seul héritier.

 

Lu en janvier 2019

Publié dans Histoire, Littérature française

« La mort est mon métier » de Robert Merle

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui attendait son tour dans ma bibliothèque (encore un !) avec :

 

La mort est mon métier de Robert Merle 

 

Quatrième de couverture

 

« Le Reichsführer Himmler bougea la tête, et le bas de son visage s’éclaira…

– Le Führer, dit-il d’une voix nette, a ordonné la solution définitive du problème juif en Europe.

Il fit une pause et ajouta :

– Vous avez été choisi pour exécuter cette tâche.

Je le regardai. Il dit sèchement :

– Vous avez l’air effaré. Pourtant, l’idée d’en finir avec les Juifs n’est pas neuve.

Nein, Herr Reichsführer. Je suis seulement étonné que ce soit moi qu’on ait choisi… »

 

Ce que j’en pense

 

C’est l’histoire de Rudolf Lang (alias Rudolf Hoss), officier SS qui dirigea le camp de Auschwitz et mit au point le gazage de juifs, les fours crématoires… officier zélé qui n’a fait « qu’obéir aux ordres ».

Robert Merle reconstitue son enfance, à partir de ce que Rudolf Lang a raconté au psychologue qui l’a interrogé pour le procès de Nuremberg.

On retrouve une violence familiale édifiante avec un père ultrareligieux, avec les prières assidues, à genoux, (on est plus dans l’autoflagellation que dans la foi),  fou à lier qui veut faire de son fils en prêtre. Il l’oblige à se mettre au garde à vous en sa présence, à marcher au pas.

Il s’engage à l’âge de seize ans, alors qu’il n’y est pas autorisé car trop jeune, mais l’armée, la guerre le fascinent et aussi l’amour de son pays. Il va combattre en Turquie et sa bravoure sera reconnue.

De retour à la vie civile, il participe à la mise en place des chemises brunes et adopte les idées nazies.

 Robert Merle reconstitue ensuite tout son parcours, notamment à Auschwitz et la manière dont il a accepté la mission que Himmler lui a confiée. Fonctionnaire zélé, il a mis en place le processus d’extermination des juifs comme il aurait conçu la mise ne place d’une chaîne automobile : le gazage, les ascenseurs pour acheminer les corps vers les fours crématoires…

Cet homme était marié et avait des enfants ! et si Himmler le lui avait demandé qui sait s’il n’aurait pas été capable de les tuer ? Seule comptait la mission qui lui avait été confiée et dans le meilleur délai : si Himmler le voulait, c’est qu’il avait raison !

Au procès, il répètera « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » et n’aura jamais l’ombre d’un regret, il ne considérait pas que les juifs qu’il envoyait à la mort étaient des humains, pour lui c’était des « unités » qu’il envoyait à la chambre à gaz.

Cet homme est glaçant, déshumanisé, rien ne le touche, c’est un exécutant ! lorsqu’on lui demande comment il trouvait son travail à Auschwitz, il répond « ennuyeux » !

Je connaissais l’histoire de cet homme, avant d’ouvrir le livre, car j’ai vu un film il y a longtemps, et cette phrase « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » m’a hantée à l’époque !

J’ai beaucoup aimé ce livre, il permet de réfléchir et de ne pas oublier surtout à une époque où l’antisémitisme a fait un retour en force.

 

 

Extraits

 

Quand, par hasard, un de mes mouvements me paraissait sortir de la « Règle », une boule se nouait dans ma gorge, je fermais les yeux, je n’osais plus regarder les choses, j’avais peur de les voir s’anéantir.

 

J’arrivai mal à fixer mon attention. Je reposai le livre (de géométrie) sir la table, je pris mes chaussures, et je me mis à les cirer. Au bout d’un moment, elles se mirent à briller et j’éprouvai du contentement. Je les posai soigneusement au pied de mon lit, en veillant à aligner les talons sur les lignes du parquet. Puis, je me plaçai devant l’armoire à glace, et comme si une voix m’en avait donné l’ordre, brusquement, je me mis au garde à vous…    

 

Je n’ai pas à entrer dans ces conditions. Pour moi, la question est claire. On me confie une tâche, et mon devoir est de la faire bien, et à fond.

 

C’était lui. L’instinct de mon enfance ne m’avait pas trompé. J’avais eu raison de le haïr. Ma seule erreur avait été de croire, sur la foi des prêtres, que c’était un fantôme invisible, et qu’on ne pouvait le vaincre que par des prières, des jérémiades ou par l’impôt du culte. Mais, je le comprenais maintenant, il était bien réel, bien vivant, on le croisait dans la rue. Le diable, ce n’était pas le diable. C’était le juif.

 

Chose curieuse, c’est dans l’exemple de Père que je puisais alors, la force de mater ces défaillances. Je me disais, en effet, que si Père avait trouvé le courage de faire, quotidiennement, d’incroyables sacrifices à un Dieu qui n’existait pas, moi qui croyais à un idéal visible, incarné dans un homme de chair et d’os, je devais, à plus forte raison, me donner tout entier à ma foi, sans ménager mon intérêt, ni, s’il le fallait, ma vie.

 

A un moment donné, le Procureur s’écria : « vous avez tué 3 millions et demi de personnes ! » Je réclamai la parole et je dis : « Je vous demande pardon, je n’en ai tué que 2 millions et demi.»  Il y eut alors des murmures dans la salle et le Procureur s’écria que je devrais avoir honte de mon cynisme. Je n’avais rien fait d’autre, pourtant, que rectifier un chiffre inexact.

 

 

 

Lu en janvier 2019

Publié dans littérature USA, Psy

« Mensonges sur le divan » de Irvin D. Yalom

Je vous parle aujourd’hui d’un livre roman qui attendait sagement sur une étagère de ma bibliothèque :

 

Mensonges sur le divan de Irvin D. Yalom

 

Quatrième de couverture :

 

Psychanalyste reconnu, Ernest Lash est en proie au doute : en se montrant plus proche de ses patients ne parviendrait-il pas à de meilleurs résultats ? Quand Carol Leftman, brillante et séduisante avocate, entre dans son cabinet, il met en pratique sa nouvelle théorie. Mauvaise pioche : Carol, convaincue que son mari l’a quittée sur les conseils dudit psychanalyste a décidé de le piéger…

 

 

Ce que j’en pense :

 

Carol, femme plutôt autoritaire, complètement barjot, vient de se faire quitter par son mari Justin, client assidu du psychanalyste Ernest Lash. En fait Justin a consulté pendant des années, alors qu’il n’arrivait pas à quitter sa femme, quelle que soit la technique utilisée, au grand dam d’Ernest et il a rompu parce qu’il vient de rencontrer une jeune femme. Ce n’est donc pas grâce à la thérapie, et cela ne présage pas forcément quelque chose de bon : il peut très bien quitter une femme autoritaire pour une autre du même style…

Carol furieuse veut se venger d’Ernest Lash : pour elle tout est de sa faute si Justin est parti et comme elle a eu des expériences traumatisantes lors de thérapies antérieures (viol) elle veut le piéger. Elle devient une de ses patientes, sous un faux nom et ne cesse de l’aguicher, de lui parler d’amour, de sexe durant chaque séance !

Or, Ernest veut justement tester une nouvelle approche sur le prochain nouveau patient qui se présentera à son cabinet en se montrant plus proche, se dévoilant davantage pour sortir de la relation thérapeutique traditionnelle et bien-sûr cela va tomber sur Carol, alias Carolyn…

Cela donne lieu à des séances hilarantes, où elle arrive en tenue hyper-sexy, veut s’asseoir à côté de lui, le quitte chaque fois après une étreinte plutôt chaude, lui fait croire qu’en dépit de son âge et de physique peu amène, bedonnant, elle est amoureuse de lui…

La manière dont Ernest réagit est bien étudiée, il tente de rester dans les clous qu’il s’est fixés, même si elle lui plaît bien alors que Carol éveille tout de même ses sens.

Irvin Yalom aborde très bien les différents sujets, tout ce qui peut se passer dans le cadre d’une analyse : le transfert et le contre transfert, la manipulation dans la psychanalyse, l’alliance thérapeutique, les supervisions indispensables pour ne rien projeter de soi sur l’analysé.

La relation entre Ernest et son superviseur, Marshal, sont loin d’être de tout repos, car Marshal jalouse secrètement de « jeune homme » qui a déjà écrit plusieurs livres alors que lui-même a des tas d’idées, de thèmes mais qui ne débouchent sur rien de concret. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il aurait encore largement besoin d’être supervisé !

Il évoque aussi la société de psychanalyse et ses travers, où tous les coups sont permis pour évincer un analyste qui a commis une faute déontologique, alors que celui-ci est proche de la retraite, en phase terminale de cancer, on aurait pu se contenter de le mettre sur la touche, sans l’exclure avec perte et fracas, uniquement pour prendre sa place.

On croise aussi tous ceux qui ont compté (et comptent encore) dans la psychanalyse : Freud, Jung, Ferenczi, Rank, Reich …

Irvin Yalom évoque aussi l’empathie et ses limites : peut-on toucher les patients ? mais aussi, que peut-on révéler de soi, de sa propre vie au patient, pour le faire avancer ou s’en tenir à la neutralité bienveillante.

Et enfin, le problème de l’argent, dans la thérapie, mais aussi dans sa pathologie avec les joueurs compulsifs.

J’ai adoré ce roman, tout comme j’avais adoré « Et Nietzsche a pleuré » mais c’est un domaine où je suis comme un poisson dans l’eau alors, je ne suis probablement pas impartiale !

J’ai déjà « Le problème Spinoza » en attente dans ma bibliothèque et bien-sûr « La méthode Schopenhauer » et « Le jardin d’Épicure » entre autres dans ma PAL.

 

Extraits :

 

Avez-vous jamais réfléchi au fait qu’il est plus facile d’établir un diagnostic la première fois que vous voyez un patient, mais que, plus vous le connaissez, plus ça devient difficile.

 

Mais Ernest n’était pas un patient. Du moins, pas tout à fait. Car la supervision se situait dans un « no man’s land » entre la thérapie et l’apprentissage. Parfois, le superviseur devait aller au-delà du cas étudié et explorer en profondeur les motivations et les conflits inconscients de l’étudiant. Néanmoins, en l’absence d’un contrat thérapeutique clairement défini, il y avait des limites que le superviseur ne devait pas franchir.

 

Où est-il écrit, rétorqua Marshal, que le patient analysé doit éternellement traiter son ancien psychanalyste avec une dévotion filiale ? Vous m’avez enseigné que le but du traitement et du travail sur le transfert est justement d’aider le patient à se détacher de ses parents pour développer sa propre autonomie et raffermir son intégrité.

 

Avec de nombreux patients, Ernest faisait intervenir le concept de regret dans la thérapie. Il leur demandait d’analyser les regrets que suscitait leur comportement passé et les exhortait à ne pas entretenir de nouveaux regrets dans l’avenir. Le but, disait-il était de vivre de telle sorte que dans cinq ans vous ne vous retourniez pas en regrettant amèrement les cinq dernières années qui se sont écoulées.

 

Voilà qu’il lui racontait maintenant un rêve à propos d’elle. Elle se dit alors qu’il y avait là peut-être une piste intéressante à explorer. Mais sans grande conviction : elle sentait bien qu’elle ne maitrisait plus du tout la situation. Pour un psy, Ernest était totalement imprévisible ; à chaque séance, il faisait, disait quelque chose qui la surprenait. Et à chaque séance, il lui montrait un aspect d’elle-même qu’elle n’avait jamais soupçonnée.

Ecoutez, Ernest, c’est très curieux, parce que j’ai également rêvé de vous cette nuit. Ce n’est pas ce que Jung appelait la synchronicité ?

Pas tout à fait. Par synchronicité, Jung entendait la coïncidence de deux phénomènes reliés entre eux, l’un se produisant dans le monde subjectif, et l’autre dans le monde physique, objectif…

 

Lu en janvier 2019

Publié dans Littérature française, Polars

« Atomka » de Franck Thilliez

J’en terminerai donc cette trilogie avec ce dernier opus :

 

Atomka de Franck Thilliez

 

Résumé de l’éditeur :

 

A quelques jours de Noël une affaire d’envergure démarre pour Lucie Henebelle et Franck Sharko, policiers dans la fameuse section criminelle du 36, quai des Orfèvres. Christophe Gamblin, journaliste de faits divers, est retrouvé mort de froid, enfermé dans son congélateur. Sa collègue et amie a disparu, alors qu’elle enquêtait sur un dossier explosif dont personne ne connaît le contenu. Sa seule trace est son identité griffonnée sur un papier détenu par un enfant errant très malade, aux organes déjà vieillissants. En parallèle, une ancienne affaire de femmes enlevées refaits surface : des victimes jetées vivantes mais inconscientes dans des lacs quasi gelés, et secourues in extremis grâce à des coups de fils mystérieux à la police.

Tandis que l’enquête s’accélère, Sharko est confronté à de vieux démons. Une ombre évolue dans son sillage, jouant avec lui de manière dangereuse. Un duel secret et cruel s’engage alors, détruisant le flic à petit feu…

 

Ce que j’en pense

 

Le livre commence avec une citation de Jules Renard que j’aime beaucoup (la citation autant que Jules Renard) :

« Pourquoi serait-il plus difficile de mourir, c’est-à-dire de passer de la vie à la mort, que de naître, c’est-à-dire de passer de la mort à la vie ? »

Dans ce troisième opus, l’auteur nous propose un voyage au pays de l’atome.

Dans le prologue, nous avons un Russe qui a travaillé pendant la catastrophe de Tchernobyl et qui s’enfuit avec un ouvrage précieux et réussit à passer plusieurs frontières…

Un journaliste est retrouvé mort dans son congélateur, torturé. Il a réussi à graver un nom dans la glace de l’appareil, certainement un aveu pour son tortionnaire. On apprend que sa petite-amie a disparu.

En parallèle, on découvre les corps de plusieurs jeunes femmes, retrouvés dans des lacs très froid et bizarrement l’enquête démontre qu’elles étaient mortes avant d’être noyées. Ce qui conduit les enquêteurs à Chambéry, dans un hôpital, où l’on retrouve un tueur possible (le nom gravé dans le congélateur !)

Tout ceci nous conduit à un hôpital psychiatrique, sur les traces d’un moine rescapé de l’incendie de sa communauté.

Quel peut bien être le lien entre Tchernobyl, un manuscrit, des femmes retrouvées mortes dans des lacs alpins, un moine brûlé au xième degré et un journaliste dans un congélateur ?

Sans oublier la fameuse copine du journaliste, sur les traces de laquelle on va se retrouver, à Albuquerque, dans une région désertique où ont eu lieu les essais nucléaires dans le cadre du programme Manathan.

En fait, on se retrouve en plein milieu de la course à l’arme nucléaire entre les USA et l’ex URSS qui a abouti à Tchernobyl, ce qui permet d’explorer d’une autre manière les scientifiques qui jouent les apprentis sorciers.

D’autre part, ces mêmes scientifiques, côté russe, planchent sur les procédés permettant de mettre en place la cryogénisation pour de futurs vols longue durée, vers Mars ou qui sait peut-être encore plus loin, la Terre est bousillée alors pourquoi ne pas aller coloniser (et par conséquent détruire) d’autres planète ?

Franck Thilliez a une fois de plus potassé son sujet avant de se lancer dans l’écriture de ce thriller passionnant mais qui fait froid dans le dos car tout ce qui concerne le nucléaire, les expérimentations, notamment quand elles se font sur des enfants rescapés de Tchernobyl ( cela signifie absinthe en ukrainien) sans le moindre scrupule me révulsent.

« Atomka » conclut très bien cette trilogie, sur les dangers des techniques actuelles lorsqu’elles sont utilisées à des fins criminelles par des apprentis sorciers comme si le vieux rêve de la vie éternelle était réalisable ; mais est-ce vraiment souhaitable de vouloir échapper à la mort dans le monde actuel ?

 

Extraits

 

Il faisait bon vivre dans cette ville d’Europe de l’Est où le printemps était doux. Tard dans la nuit, Piotr et Maroussia s’étaient approchés de leurs fenêtres pour assister à un spectacle unique. A environ trois kilomètres, des couleurs bleues, oranges et rouges très vives avaient mordu le ciel. Les voisins étaient unanimes et communiquaient par balcons interposés : le spectacle était magnifique…

 

Il avait vu la ville se construire. Quartiers résidentiels, bonne qualité de vie, un manège et des auto tamponneuses pour les enfants. Aujourd’hui, elle ressemblait à un cauchemar. La population avait été évacuée vers Moscou trois jours plus tôt…

 

Plus personne n’a le temps de rien, de nos jours. Même les morts sont pressés. Il faut les traiter immédiatement. On ne s’en sort plus.

 

On ne se remet jamais de la disparition des êtres chers, on vit juste sans eux en espérant combler les vides.

 

La région sinistrée était considérée comme la plus polluée de la planète, notamment à cause des milliers de tonnes de déchets radioactifs disséminés dans le sol et les eaux…

…La ville (Albuquerque) était située à moins de cent kilomètres de Los Alamos, cocon du projet Manhattan mené à partir de les Seconde Guerre mondiale. L’objectif de ce projet top secret était de percer les mystères de la fission nucléaire.

 

On parlait de tritium atmosphérique, de territoires indiens irradiés, d’eau contaminée, d’études sur les populations de saumon du fleuve Columbia, des risques de leucémies, de cancers ou des mutations génétiques. De quoi noircir pas mal de pages d’un livre d’investigation.

 

La monstruosité de l’homme n’avait décidément aucune limite dès qu’il s’agissait de pouvoir, d’argent, de guerre…

 

Les pluies ont ramené toutes les particules vers les sols et les rivières. La Biélorussie, la Pologne, l’Allemagne, la Suède… Tout le monde a été touché à des degrés différents. Miraculeusement, la France a été épargnée, les douaniers du ciel ont arrêté le nuage juste aux frontières.

 

Lu en janvier 2019

Publié dans Littérature française, Polars

« Gataca » de Franck Thilliez

Après « Le syndrome E », place aujourd’hui au tome 2 de la trilogie de Franck Thilliez avec :

 


gataca-de-franck-thilliez

 

Résumé de l’éditeur :

 

Quel lien entre onze psychopathes gauchers et l’homme de Cro-Magnon ?

Alors que Lucie Henebelle peine à se remettre de ses traumatismes, l’ex-commissaire Sharko se voit relégué à des enquêtes de seconde zone. Telle la découverte du corps de cette jeune scientifique, battue à mort par un grand singe.

À nouveau réunis pour le pire, les deux flics plongent aux origines de la violence, là où le génome humain détermine son avenir : l’extinction.

Bienvenue à GATACA…

 

Ce que j’en pense

 

On retrouve le tandem Lucie-Sharko en triste état : les jumelles de Lucie ont été enlevées, on a retrouvé l’une calcinée dans un bois et l’autre a été récupérée. Le drame a poussé Lucie a démissionner…

Côté Sharko, le flic est sur la sellette, dans le viseur d’un supérieur qui veut sa peau, alors qu’on vient de retrouver un homme poignardé dans sa voiture, un délinquant qu’il connaissait bien mais il vient de contaminer la scène de crime.

On découvre une thésarde morte après une violente agression dans l’espace des primates, a priori l’agresseur serait un grand singe…

Franck Thilliez nous offre un voyage dans une grotte a priori fermée aux « touristes » : « Cette grotte n’avait pas vu la lumière du jour depuis trente mille ans. » où on a retrouvé des spécimens de Cro-Magnon et Neandertal qui auraient coexisté et l’un ayant joué les « exterminateurs », ce qui constituerait un génocide préhistorique …

Il nous entraîne aussi dans une tribu amazonienne aux mœurs particulières.

Il se penche aussi sur les liens possibles entre le fait d’être gaucher et la violence : tous les gauchers ne sont pas violents, c’est beaucoup plus subtil… on évoque aussi les rétrovirus, l’homme de Vitruve, etc.

Ce thriller explore le thème de la sélection naturelle et surtout de la manipulation génétique : comment des médecins, des scientifiques peuvent jouer les apprentis sorciers ?

J’ai adoré et à nouveau lu en apnée, car ce sont des thèmes que j’aime : la génétique, la paléontologie, la psycho généalogie, l’Évolution…

J’ai apprécié aussi l’évolution de la psychologie des personnages, Sharko qui s’enferre dans la culpabilité et joue toujours avec les lignes alors que Lucie sombre dans le déni depuis l’enlèvement de ses jumelles.

Dans ce deuxième volet de la trilogie, Franck Thilliez aborde la violence dans le sens temporel, l’évolution alors que dans « Le syndrome E » il s’agissait d’une approche spatiale. Ce que j’apprécie beaucoup chez l’auteur, c’est l’importance du travail qu’il fait en amont, sur le thème qu’il choisit d’aborder dans ses polars.

L’auteur cite Umberto Eco en page de garde : « La science ne consiste pas seulement à savoir ce qu’on doit ou peut faire, mais aussi à savoir ce qu’on pourrait faire quand bien même on ne doit pas le faire »

 

Extraits

 

Maintenant, supposez juste que l’on vous prive de la parole et qu’on vous mette nu dans une cage à leurs côtés. Alors, vous seriez pris pour ce que vous êtes : le troisième chimpanzé, aux côtés du chimpanzé pygmée et du chimpanzé commun d’Afrique. Un chimpanzé presque dépourvu de fourrure et marchant debout. A la différence près qu’aucun de vos cousins ne détruit sciemment son environnement. Nos avantages évolutifs, comme la parole, l’intelligence, notre capacité à coloniser l’ensemble de la planète, ont aussi un coût en monnaie darwinienne : nous sommes des animaux capables de répandre le plus grand malheur. Mais, l’Évolution a « jugé » que ce coût était inférieur aux avantages procurés. Pour le moment.

 

Où fallait-il chercher les causes de la violence ? Dans la société ? Le contexte historique ? L’éducation ? Où dans ces portions de chromosomes qu’on appelle les gènes ?

 

Freud évoquait déjà la possibilité de transmission d’un mal, par un inconscient reliant les membres d’une même famille. Jung, Dolto parlaient d’inconscient collectif, de synchronies. Tout cela existe bel et bien.

 

Cro-Magnon était physiquement plus puissant, plus grand, plus agressif. Et les plus puissants se reproduisent forcément mieux, parce qu’ils éliminent leurs adversaires, dès qu’ils en ont l’opportunité.

 

Pour la première fois depuis la naissance de l’humanité, l’Évolution par les gènes est en retard sur l’Évolution par la culture et l’industrialisation. Nous allons plus vite que la nature. Pourquoi croyez-vous, par exemple, que les allergies existent alors qu’on n’en parlait pas il y a cinquante ans ? Parce que le système immunitaire, ce grand sportif qui nous protège depuis des dizaines de milliers d’années, n’a plus rien pour s’entraîner à cause des vaccins, des antibiotiques, de l’excès de médicaments que nous ingurgitons chaque jour…

 

Dans les sociétés violentes, où le combat domine, être gaucher présente un énorme avantage pour la survie.

 

C’est l’homme de Vitruve, expliqua le jeune lieutenant. Il représente la distribution des mesures du corps humain par la nature, ainsi que les rapports harmonieux de l’anatomie humaine. Un homme aux bras et jambes écartés peut être inscrit dans les figures géométriques parfaites du cercle et du carré. Vous saviez qui Léonard de Vinci était gaucher ?

Lu en janvier 2019

Publié dans Littérature française, Polars

« Le syndrome E » de Franck Thilliez

J’ai lu plusieurs polars en janvier, au moment où j’ai dû rester le plus allongée et notamment une série de romans (de pavés!) de Franck Thilliez avec ce premier opus d’une trilogie :

 

Le syndrome E de Franck Thilliez

 

Résumé de l’éditeur :

 

Méfiez-vous le Syndrome E est certainement en vous…

Un film mystérieux et malsain qui rend aveugle…

Voilà de quoi gâcher les vacances de Lucie Henebelle, lieutenant de police à Lille, et de ses deux adorables jumelles. Cinq cadavres retrouvés atrocement mutilés, le crâne scié…

Il n’en fallait pas plus à la Criminelle pour rappeler le commissaire Franck Sharko en congé forcé pour soigner ses crises de schizophrénie.

Deux pistes pour une seule et même affaire qui va réunir Henebelle et Sharko, si différents et pourtant si proches dans leur conception du métier.

Des bidonvilles du Caire aux orphelinats du Canada des années cinquante, les deux nouveaux équipiers vont mettre le doigt sur un mal inconnu, d’une réalité effrayante et qui révèle que nous pourrions tous commettre le pire.

Car aujourd’hui, ceux qui ne connaissent pas le syndrome E, ne savent pas encore de quoi ils sont capables…

 

Ce que j’en pense

 

Il s’agit en fait d’une vieille pellicule photo contenant des images subliminales que des tueurs veulent absolument récupérer, tuant au passage de manière très violente, ce qui va déclencher une enquête criminelle.

Tout commence avec la découverte de cinq corps, en France, tués par balles, en ayant pris soin de découper la boîte crânienne et les yeux.

En Egypte, trois jeunes filles sont également retrouvées le crâne découpé et les yeux enlevés chirurgicalement. On a parlé alors d’hystérie collective !

Deux flics vont mener l’enquête, Lucie Hennebelle que l’on a bien connue dans « la mémoire fantôme » dont j’ai déjà parlé et « La chambre de morts » que je n’ai pas aimé du tout car trop de violence gratuite !), toujours aussi « particulière ». A ses côtés, Sharko, un homme brisé par la mort de sa femme et de sa fille, schizophrène sous Zyprexa et stimulation cérébrale, en proie à des hallucinations.

Ce thriller permet un voyage dans le cerveau, l’hystérie collective, la violence et la manière dont elle peut se déchaîner, la manipulation par les images…

Une manière d’aborder la folie et la neurologie, tout à fait passionnante, qui m’a énormément plu et je dois dire que j’ai lu ce livre en apnée.

 

 

Extraits

 

Monsieur Sharko… ça lui faisait bizarre, depuis que « Sharko » était devenu le nom d’une forme avancée d’atrophie musculaire – la maladie de Charcot. Comme si tous les maux du monde étaient de sa faute.

 

Lucie sentit une brusque tension dans ses muscles. Elle avait déjà entendu parler des « snuff movies ». Des meurtres fixés sur pellicule, des cassettes circulant de mains en mains dans des circuits parallèles, souterrains. Était-il possible qu’elle se trouve face à l’un d’eux…

 

Vous savez, le subliminal possède une force extraordinaire. C’est un flux direct entre l’image et l’inconscient, qui n’est bloqué par aucune censure. On prend cette image et on vous la colle dans le cerveau, cash.

 

C’est quand on s’éloigne des choses les plus simples qu’on se rend compte qu’en définitive, elles ne sont pas si moches.

 

Le fantasme de l’optogramme, c’est celui de l’enregistrement direct du meurtre par le corps sur lequel il est perpétré.

 

Les lumières de Paris apparurent enfin, mille mètres sous l’avion. Des millions d’individus, agglomérés devant leur ordinateur, leur téléviseur ou collés à leur téléphone portable. D’une certaine manière, il s’agissait là de la forme la plus moderne et dangereuse d’hystérie collective : un groupe gigantesque d’humains aux esprits connectés par le monde de l’image. Une folie moderne à laquelle personne ne pouvait échapper.

 

Vous vous réfugiez chez vous, derrière vos écrans, et vous vous détendez. Vous ouvrez votre cerveau à l’image, tel un robinet, avec une conscience amoindrie, presque endormie. C’est à ce moment que vous devenez une cible parfaite, et que l’on vous injecte tout ce qu’on veut dans la tête.

 

La contamination mentale, de la violence à partir d’un déclencheur. C’est ça le syndrome E.

 

Lu en janvier 2019