Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« L’évangile selon Youri » de Tobie Nathan

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui avait éveillé ma curiosité lors du passage de l’auteur à La Grande Librairie :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Élie : vieillissant, désabusé, divorcé, désencombré des illusions sur la vie. Voici comment on pourrait décrire ce psy aux méthodes particulières qui dirigea longtemps un centre d’ethnopsychiatrie au cœur de Paris.

C’est un spécialiste en « étrangeté ».

Un petit migrant roumain, aux cheveux hirsutes et aux yeux immenses de clarté, va dérouter Élie, autant que ses compagnons du quotidien, le fripier Samuel tenant boutique boulevard Arago, Le-Poète jamais avare d’une récitation, ou Le-Professeur et ses problèmes cardiaques. Oui, un garçon de dix ans, silencieux et intense. Est-ce lui qui déplace les tables à distance, fait exploser les pierres précieuses des colliers ou guérit les maladies les plus réfractaires d’un doigt
posé sur la plaie ? Sorcier ou « immigré nouvelle génération » ? Imposteur ou messie de nos temps troublés ?

Il faut prendre garde aux étrangers que nous croisons : parmi eux se cachent des êtres d’exception.

 

 

Ce que j’en pense

 

C’est le premier livre de Tobie Nathan que j’ouvre et pourtant j’aime entendre parler l’auteur, dont j’ai déjà « Le pays d’où je viens » dans ma PAL depuis longtemps.

J’ai flashé sur la couverture et je remercie NetGalley et les éditions Stock qui m’ont permis de me lancer dans l’aventure.

Le choix n’est pas dû au hasard car l’ethnopsychiatrie m’intéresse mais c’est une discipline difficile, nécessitant de solides connaissances sur les cultures et les religions du monde.

Dans ce « roman », l’auteur nous dresse le portrait d’un psy à la retraite, qui décide de prendre en charge un enfant et nous explique comment il procède via l’ethnopsychiatrie. Mais, ce gamin lui échappe et on finit par ne plus savoir lequel prend soin de l’autre.

Youri est un enfant tsigane dont la mère va mourir sous nos yeux pratiquement et on est obligé de reconnaître qu’il a des dons particuliers, déclenchant des phénomènes étranges sur son passage, le nouveau messie ?

Elie est un psy attachant, sa manière de travailler comme ses conquêtes sortent du cadre habituel, et certaines de ses coéquipières, maîtresses donnent un côté coquin à un récit d’une grande spiritualité.

J’ai eu du mal à rédiger ma critique car l’auteur part dans tous les sens, mélangeant l’autofiction, l’actualité, sa vie amoureuse… un ouvrage déroutant, avec une fin particulière qui donne envie d’explorer l’œuvre de l’auteur.

 

#L’evangileSelonYouri #NetGalleyFrance

 

Lu en décembre 2018

Publié dans Art, Littérature enfantine

« Casse-Noisette »de Katy Flint

Je vous parle aujourd’hui, avec beaucoup de retard, d’un livre pour enfant que j’ai reçu dans le cadre d’une opération masse critique de Babelio avec :

 

casse-noisette de katy flint

 

Quatrième de couverture

 

Suis Clara dans une aventure magique avec cette adaptation du célèbre ballet-féerie.

Assiste à la bataille de Casse-Noisette contre le Roi des souris, voyage jusqu’au Royaume des Délices et fais la connaissance de la Fée Dragée…

A chaque page, appuie sur la note pour que l’histoire prenne vie sur la musique de Casse-noisette de Tchaïkovski. Puis retrouve les dix extraits musicaux expliqués à la fin de ton livre.

 

Ce que j’en pense

 

 

C’est la nuit de Noël et Clara attend les cadeaux de son oncle Drosselmeyer, fabricant de jouets, qui lui apporte entre autres un beau casse-noix en forme de Soldat. Ravie, elle casse une noisette avec le bel objet, mais son frère s’en empare et le casse…

Durant la nuit, Clara redescend près de la cheminée et des jouets et surprise, au douzième coup de minuit, les jouets s’animent et le casse-noisette devient un prince charmant. Dehors son oncle les attend avec un traineau et les emmène. Alors commence le spectacle…

A chaque page, en racontant l’histoire, on appuie sur une touche et retentissent quelques notes de la musique de Tchaïkovski. On retrouve « La danse des mirlitons » ou « la valse des flocons de neige » ou encore « la danse de la fée Dragée »

Les dessins sont beaux et l’idée en elle-même est géniale, d’autant plus qu’à la fin l’auteur propose une petite révision : tous les extraits sont présents et l’enfant doit associer l’extrait au moment de l’histoire…

Un cadeau qui m’aurait bien plu quand j’étais gamine…

Seul petit hic : il faut appuyer très fort sur les touches pour entendre l’extrait, au début je pensais qu’il y avait un problème avec les piles…

Encore mille mercis à Babelio et aux éditions Hatier jeunesse qui m’ont permis de découvrir de bel ouvrage.

 

Lu en janvier 2019

Publié dans Cogitations

« Quelques news… »

Coucou!

Me voilà de retour, avec une hernie discale en moins et un « recalibrage canalaire » !

J’avais droit à 5 minutes de marche par heure et le reste en position couchée sur le côté. Je vous laisse faire le compte du temps passé au lit!

Actuellement j’en suis à 8 minutes par heure et quelques petits exercices…

Je bénis l’inventeur de la liseuse car tenir un livre c’est difficile. Je dévore mais les commentaires vont mettre du temps à arriver et seront moins dithyrambiques que d’habitude, la position assise haute étant limitée.

Publié dans BD

« Les Vieux Fourneaux : T5 bons pour l’asile » de Lupano et Cauuet

Je viens de terminer (en de relire encore une fois! avant de le rendre à la bibliothèque) ce dernier opus:

Les Vieux Fourneaux T5

 

Résumé :

 

Retour à Paris pour Antoine, Mimile et Juliette.

Le plan est simple : ramener Juliette auprès de sa mère, puis filer au Stade de France pour assister au match de rugby France-Australie. C’est du moins ce qui est prévu…

Mais, désireuse de voir son père et son grand-père se rabibocher, Sophie les oblige à s’occuper ensemble de Juliette jusqu’au lendemain. Mimile ne peut donc compter que sur Pierrot pour l’accompagner au match. Or, Pierrot l’anarchiste mène un nouveau combat : il s’est engagé en faveur des migrants. Alors vous pensez bien qu’assister à un match opposant la France, qui refuse d’accueillir les migrants, à l’Australie, qui ne pense qu’à les entasser dans des camps, bafouant ainsi les droits de l’homme, c’est hors de question ! Mimile n’a plus pour seule compagnie que ses désillusions…

Et si lui aussi était bon pour l’asile ?

 

Ce que j’en pense   

 

Ma critique sera brève, pour une fois! mais l’enthousiasme est toujours là…

Encore un tome savoureux ! je m’éclate toujours autant avec ces vieux compères qui sont devenus les miens…

Laisser Juliette avec son Papoutch (son arrière-grand-père) et son grand-père pour qu’ils se rabibochent ce n’était pas peut-être pas l’idée du siècle mais cela donne lieu à des scènes comiques.

Pierrot qui manifeste devant une banque suisse avec ses complices et tout le monde se fait coffrer, d’où une garde à vue géniale qui permet de faire la connaissance de Patate…

Le tout sur fond de match de rugby au stade de France, sur fond de danses océanes…

 Une mention spéciale pour la plaque de l’hôtel de Fanfan (ex île de la tortue) :

Dave HIOCK et Demi GRANTS

GLOBAL TRADE

INVESTISMENTS EXPERTISE

 

J’ai beaucoup ri encore et adoré! peut-être suis-je aussi bonne pour l’asile comme eux!

 

Extraits

 

Les Vieux Fourneaux T5 planche 1

 

On a réfléchi, et on s’est dit :quand c’est le Qatar qui rachète les musées, les plages privées et les clubs de foot, personne ne crie à l’invasion arabe. Tout le monde est content.

Donc ce ne sont pas les étrangers qui font peur, ce sont les étrangers pauvres.

 

Hugo Boss ? Mais ça vaut cher !

Oui, enfin euh, ils sont comme qui dirait un peu… tombés du camion…

Vous les avez piqués ?

Disons qu’on a estimé qu’après avoir habillé les nazis des bottes à la casquette, Hugo Boss pouvait bien fournir quelques costumes gratos à des nécessiteux basanés… C’est de bonne guerre.

 

C’est peut-être ça, la France. On se trouve glorieux dans la défaite, ce qui nous rend quasi invincibles.

Lu en janvier 2019

Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire

« Chien-Loup » de Serge Joncour

Je partage aujourd’hui ma dernière lecture de 2018 avec le dernier roman de Serge Joncour:

 

Chien-Loup de Sege Joncour

 

 

Quatrième de couverture   

 

L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cette maison que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’était imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître.

En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c’était en arrivant.

Serge Joncour raconte l’histoire, à un siècle de distance, d’un village du Lot, et c’est tout un passé peuplé de bêtes et anéanti par la guerre qu’il déterre, comme pour mieux éclairer notre monde contemporain. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confrontés à la violence, il nous montre que la sauvagerie est un chien-loup, toujours prête à surgir au cœur de nos existences civilisées.

 

Ce que j’en pense   

 

Dans ce roman, l’auteur alterne deux histoires, une qui se déroule en 1914, la guerre vient de commencer, les hommes et le bétail sont réquisitionnés, les femmes doivent prendre en main les travaux fermiers dans ce village d’Orcières perdu, maudit car plus rien n’y pousse, on a brûlé les sols à force de traitements pour le Phylloxera.

Un jour arrive un oiseau de mauvais augure : un pèlerin et sa mule qui se dirigent vers Saint-Jacques et font halte chez le docteur Manouvrier et sa femme Joséphine…

« Après une nuit courte le marcheur et sa mule étaient repartis à l’aube, ne doutant pas de cheminer comme ça jusqu’à Saint-Jacques, alors qu’ils fonçaient droit vers un jour de guerre. » P 19

Un dompteur allemand, déserteur en quelque sorte car il veut que ses fauves échappent à la réquisition, va s’installer avec lions et tigres, sur les hauteurs d’Orcières, donnant lieu à toutes sortes de spéculations, il faut bien nourrir ces animaux, que l’on entend hurler dans la plaine. Le récit en 1914 est centré sur Joséphine, la femme du médecin du village, qui sera une de première victime de la guerre et sur le dompteur.

En 2017, débarque dans cette même région, un couple, Lise, qui vient de réchapper d’un cancer et Franck : elle a trouvé une maison isolée dans les Causses loin de tout, pour se ressourcer, méditer, marcher communier avec la nature, elle en a assez de toutes ces pollutions : sonores, fumées des véhicules, ondes de toutes sortes, sans parler des phytosanitaires et des perturbateurs endocriniens et de l’incivilité actuelle.

Franck est très anxieux car pas de connexion Wi Fi alors que ses associés veulent le mettre sous la touche. Il est producteur de cinéma et fait face à deux jeunes loups, issus du milieu du jeu vidéo et qui ne cherchent qu’à récupérer son catalogue pour faire des affaires avec Netflix, l’avenir du cinéma selon eux.

J’ai adoré ce roman car Serge Joncour nous livre une très belle réflexion. Qu’y a-t-il de si différent entre la guerre de 14 qui a fait tant de morts et de violence, et le climat qui règne aujourd’hui ? On est toujours dans la violence, avec la guerre numérique qui a remplacé celle des chars, elle est plus subtile mais elle est là. La société actuelle n’est pas tendre, il y a de la violence, de la haine, de la jalousie.

Les prédateurs ont changé, avant c’était les souverains, « Ces filiations prodigieuses où le Kaiser était le neveu du roi d’Angleterre et le cousin du tsar, elles étaient sur le point d’exploser » qui voulaient agrandir leurs royaumes et envoyaient leur peuple au casse-pipe; maintenant les prédateurs ont pour nom Netflix, Amazon qui ont les dents aussi longues et veulent bouffer ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre.

« L’image que Franck se faisait d’Amazon et Netflix, c’était celle de deux prédateurs mille fois plus gros que tout le monde, avec un appétit sans limite, deux super-prédateurs qui comme les loups régulent l’écosystème en éliminant d’abord les proies les plus faibles, les plus petites, les plus vulnérables, avant de s’imposer comme les maîtres absolus du jeu… » P 229

Serge Joncour évoque au passage le « conflit des générations » avec les jeunes loups, qui sont les associés aux dents longues de Franck, d’un égoïsme sans bornes, qui écrasent tout sur leur passage, pour encaisser le maximum d’argent et de notoriété, tellement imbus d’eux-mêmes qu’ils ne se remettent jamais en question : ils ont tous les droits ! en 1914, la solidarité était davantage présente, mais les gens du village se surveillaient, se jalousaient, la violence avait un exutoire au combat…

L ’homme est un loup pour l’homme. Dès que la société est en crise, elle a besoin d’un ennemi, une tête de turc, en 1914, un dompteur allemand, de nos jours un étranger que l’on stigmatise.

Au passage, j’ai adoré ce chien-loup, croisement d’un chien civilisé (!) et d’un sauvage, qui adopte Franck, lui révèle sa puissance potentielle, déclenchant une réaction vis-à-vis de ses associés.

La solitude peut être contrainte, le village s’est vidé de ses hommes, et leur absence résonne, ou elle peut être choisie, c’est le cas de Lise qui retrouve une sens à sa vie dans le contact avec la nature, la méditation, la vie saine. Qu’elle soit choisie ou pas, le silence est maître dans ce décor grandiose, un silence peut se révéler assourdissant.

Les chapitres se succèdent assez rapidement, alternant les deux périodes du récit, ce qui donne un rythme de plus en plus puissant, haletant.

La dépendance de certains personnages vis-à-vis de leur portable, du Wi-Fi, d’Internet est abordée de manière très drôle: circuler le bras tendu vers le ciel, à la recherche du réseau, en proie à la panique…

« Depuis des années, sans même qu’il s’en rende compte, aller sur Internet relevait du réflexe. Il en avait autant besoin que de café. »P 135

J’aime beaucoup Serge Joncour, car à chaque page on retrouve son amour de la Terre, de la Nature avec laquelle il communique, de son respect pour le monde rural qui ne l’empêche pas de se montrer parfois intransigeant et un peu caustique.  On sent son écriture monter en puissance au fil des romans.

J’ai eu la chance de le rencontrer, lors d’une séance de dédicace à la bibliothèque et je suis restée sous le charme… Il en impose par la manière dont il parle de ses romans de la manière dont il écrit autant que par sa stature (il ne doit pas être loin des 1,90m).

Ce roman est un véritable coup de cœur, il me permet de terminer 2018 en beauté. Un des romans phare de cette rentrée littéraire, en ce qui me concerne.

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Extraits   

 

Ici au village les fils comme les pères se faisaient gagner par la hantise de devoir partir, comme une meute de chevreuils apeurés. Même là, au plus profond de la campagne la plus reculée, on voyait bien que le monde était soumis à l’inconséquence d’une poignée de régnants, tous cousins qui plus est, plus ou moins de la même famille…P 11

 

Ce samedi 1er août 1914, les hommes croyaient ne déclarer la guerre qu’aux hommes, portant ce n’est pas seulement une marée d’êtres humains qu’on envoya à la mort, mais aussi des millions d’animaux

…tout ce que l’homme avait domestiqué de bêtes dociles et loyales se retrouva engagé dans la fureur des combats et devint une cible pour l’ennemi. P 26 et 27

 

Du jour au lendemain, les hommes basculèrent dans la barbarie et la fureur, et la mort, ce microbe peu subtil qui enjambe allègrement la barrière des espèces, faucha en quatre ans de guerre des générations d’hommes en même temps que des millions de chevaux, de bœufs et de mules, tout autant que des chiens, des pigeons et des ânes, sans compter tous les gibiers coincés dans la démence des feux… P 27

 

Pourtant, ce soleil rayonnant sur l’émeraude verni des collines l’émerveillait. Il y a des paysages qui sont comme des visages, à peine on les découvre qu’on s’y reconnaît. P 46

 

Des vignes pour lesquelles on aura tout tenter dans l’espoir d’éradiquer la malédiction. Mais, l’insecte jaune avait gagné la partie. Ici, comme partout, le phylloxéra avait anéanti le vignoble, signe qu’un minuscule insecte peut parfaitement changer la face du monde. P 50

 

… ici, c’est par la sueur des ancêtres que la terre calcaire était devenue arable. P 85

 

La nature de l’homme est de vite oublier les catastrophes passées, autant que de ne pas voir celles qui s’amorcent… dès qu’on vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, la peur qu’elle tombe est bien pire supplice que si elle chutait véritablement. P 87

 

C’est la guerre qui donne le goût des hommes aux loups… tout aura commencé par la guerre de Cent Ans, puis les guerres de Religion et celles de l’empereur, c’est les guerres qui leur donnent le goût de la chair de l’homme, dès qu’il y a une guerre, ils profitent que les hommes soient partis pour s’en prendre aux plus faibles, à chaque fois, ils attaquent, et la guerre, une fois encore, on est en plein dedans. P 98

 

… si par chance, un jour, il n’y avait plus de guerre, en supposant de faire cet énorme effort d’imagination, des loups il en faudrait toujours, qui à en réinventer ou à les faire revenir, car l’homme porte en lui le besoin de se savoir des ennemis et d’identifier ses peurs, ne serait-ce que pour fédérer les troupes. P 134

 

Les enfants servent à cela, à combler le silence, le vide, les humains ne font pas des enfants pour peupler le monde mais pour se prouver qu’ils existent. P 174

 

Puis un jour, l’irrationnel l’emporta. A la mi-octobre, le soleil baissa d’un coup comme c’est le cas tous les automnes, mais les anciens se mirent à décréter que cette ombre qui durait jusqu’à midi, cette fois c’était la faute de l’Allemand… 

… Seulement, comme à tout malheur il faut un coupable, on rejeta tout sur le Boche, voilà qu’il était devenu le voleur de matins, il gardait le soleil pour lui, et plus on irait vers l’hiver, pire ce serait. P 210

 

… ils avaient à peine trente ans mais ils avaient faim, et justement, c’était ce côté « jeunes loups » qui lui avait plu. Mais là, après deux jours de recul, il était certain que ces deux-là relevaient du clan des charognards plus que des loups. P 225

 

Peut-être que, ces fauves leur communiqueraient un peu de leur irréductible force, comme s’il suffisait d’inspirer l’air des forêts pour devenir chêne soi-même. P 265

 

C’est par l’esprit que qu’un homme s’approche au plus près d’une femme, en faisant ce chemin qui va de l’égoïsme à la compréhension. P 265

 

« On s’aime mais on ne se le dit plus, on s’aime de telle manière qu’il n’y a même plus lieu de se le dire, de le penser… » c’est peut-être le stade ultime de l’harmonie, le seuil de la béatitude entre deux êtres, l’amour devenu à ce point naturel qu’il ne s’énonce même plus. P 295

 

Depuis le départ des hommes, leur silence hantait, un silence qui n’en finissait pas de dire qu’ils n’étaient plus là… Maintenant tout ce qu’on distinguait d’eux, c’était le silence qui régnait partout dehors, un silence déchiqueté par des cris de lions, c’était pire qu’un mort. Même les chiens n’aboyaient plus… P 366

 

En sentant le chien près de lui, Franck se sentit réconcilié avec cette ambiguïté fondatrice, dans la vie, il ne s’agit pas d’être le bon ou le méchant, tout comme dans les affaires, il ne s’agit pas prêter le flanc ou de mordre, il convient plutôt de toujours maîtriser   les deux registres, en fonction des circonstances. Tout animal est fondé sur cette ambivalence. P 411

 

L’homme, c’est cette créature de Dieu qui corrompt et dilapide, qui se fait un devoir de tout salir et d’abîmer. Sans qu’il soit question de malveillance ou de jalousie, de frustration ou de colère, par sa seule présence un homme peut tout détruire. P 436

 

 

Lu en décembre 2018