Publié dans Fêtes...

« Bonne année 2019 »

 

Je vous souhaite à tous une très belle année 2019, avec de la joie, de la douceur, de l’amour, de l’amitié et surtout la santé pour pouvoir en profiter….

Je serai un peu moins présente pendant le premier trimestre 2019 car je vais subir une intervention neurochirurgicale pour une hernie discale qui m’empoisonne la vie depuis presque un an, et tous les traitements envisagés n’ayant apporté que peu de répit…

Et une citation de Jules Renard pour la route:

« Écrire, c’est une façon de parler sans être interrompu »

Tous mes vœux encore!

 

Publié dans BD

« Les Vieux Fourneaux T4 La magicienne » de Lupano et Cauuet

Place à la BD aujourd’hui avec le T4 des aventures de mon trio préféré et de leurs acolytes :

Les Vieux Fourneaux T4

 

Résumé de l’éditeur :   

 

Les Vieux Fourneaux raconte les aventures de trois septuagénaires, amis depuis leur plus tendre enfance : Antoine, Émile et Pierrot. Chacun a suivi sa route, chacun a fait ses choix, chacun a fondé (ou pas) une famille. Séquelles, souvenirs, fragments de vies (presque) passées.

Il reste pourtant à ces trois-là de belles choses à vivre, et une solide amitié chevillée au corps. Les Vieux Fourneaux, à travers d’incessants va-et-vient entre les années cinquante et les années 2010, raconte sur un mode tragi-comique notre époque, ses bouleversements sociaux, politiques et culturels, ses périodes de crise.

 

Ce que j’en pense   

 

Quelle joie de retrouver les compères !

La petite-fille d’Antoine, Sophie, est en train de terminer sa tournée « les loups en slip », et c’est lui qui veille sur Juliette pendant les spectacles.

En rentrant au bercail, la fourgonnette rouge tombe en panne. Source d’une série de petits ennuis : réparation du véhicule mais aussi du toit (les artisans s’engagent puis ne donnent plus signe de vie !

Et soudain, grande nouvelle, une ZAD a été érigée sur le terrain que Berthe a vendu au labo Garan-Servier : on a découvert une sauterelle rare la « magicienne dentelée » qui est une espèce protégée. Ceci donne lieu à des échanges savoureux dans le village…

Et bien-sûr la bande « ni yeux ni maître » en profite pour débarquer, Pierrot en tête, pour soutenir l’occupation des lieux…

On croise en route, les zadistes, les chasseurs, un bel entomologiste tout en cheveux, et Antoine fidèle à son rôle de défenseur des travailleurs, sans oublier Berthe circulant pied sur l’accélérateur dans sa nouvelle voiture : une Chrysler 300H rouge de 1962 comme celle de Marilyn Monroe…

Les dialogues et les dessins sont toujours aussi bons, et mine de rien, les auteurs abordent des thèmes de société très actuels.

J’ai beaucoup ri, comme d’habitude et j’en avais besoin alors je réserve le T5!

 

Extraits

Les Vieux Fourneaux T4 planche 1

 

Quelques dialogues savoureux :

 

« Bande d’égoïstes !

Les champignons, la Chope ! C’est bien la France, ça !

Vous passez votre temps à râler que rien ne change, et quand ça change, vous gueulez que ce ne sera plus comme avant !

Eh ben quoi ? On veut le changement dans la continuité. C’est notre droit.

Ben, je vais aller leur expliquer moi, aux babas cools, ça va pas traîner ! et tu vas voir, ta continuité !

 

Ou encore :

 La vache, ça a l’air violent la fédération de chasse !

Si vous saviez !! vous connaissez Guimauve Frombze ?

 Gui comment ?

Guimauve Frombze , la série télé avec les dragons !

 Gu… Ah ! game of thrones ?

 

Encore un petit dernier pour donner envie d’ouvrir cette BD :

 

… on vient défendre la magicienne dentelée, je te signale ! tu te rends compte qu’elle se reproduit par clonage ? Arno en a fait des recherches, et…

Ben, elle nous emmerde ta magicienne dentelée ! elle peut aller se cloner le fion dans le champ d’à côté et pas freiner la reprise économique !  

 

Lu en décembre 2018

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature espagnole

« Rose de cendres » de Pilar Rahola

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley du fait de mon goût pour l’Histoire, et j’avoue que je ne connaissais peu pour ne pas dire pas du tout  l’histoire de la Catalogne  :

 

Rose de cendres de Pilar Rahula

 

Résumé de l’éditeur :    

 

D’origine modeste et issu d’une famille républicaine, Albert Corner a combattu lors de la première guerre d’indépendance de Cuba. À son retour au pays, il n’a plus qu’une idée en tête: s’enrichir, quitte à verser dans la criminalité. Des années plus tard, il jouit d’un statut d’homme d’affaires reconnu. Mais, en 1909, la révolte est aux portes de la ville : le syndicalisme ouvrier affronte violemment le gouvernement espagnol au sujet de la mobilisation pour la guerre au Maroc. Et dans cette Catalogne au bord de l’explosion, les enfants Corner pourraient bien trahir les idéaux fraîchement bourgeois de leur père.

Entre les aspirations révolutionnaires des uns et les désirs d’émancipation des autres, l’équilibre de la famille et des affaires est en danger…

 

 

Ce que j’en pense   

 

On fait la connaissance du héros principal Albert Corner alors qu’il se bat pour l’Espagne à Cuba, combat dont il réchappe à force de volonté, de rage. Il connaît les affres de la traversée, en fond de cale, partageant la litière des chevaux. En fait le bien-être des chevaux compte davantage que celui des hommes qu’on envoie à la boucherie, car ils sont plus utiles. Cette guerre violente se soldera par la perte de Cuba pour l’Espagne.

De retour, Albert n’a qu’un seul but ; échapper à la pauvreté de sa famille, s’enrichissant grâce à la spéculation et à des méthodes peu orthodoxes, mais quand il a été normal de tuer au nom de l’Espagne, cela devient facile… Il va construire sa famille, s’impliquant en politique, pour la Catalogne.

On assiste à l’évolution de cette famille, alors que les émeutes de 1909 se déclenchent car les catalans refusent d’aller se battre contre le Maroc (la guerre de Melilla), un premier contingent ayant été envoyé purement et simplement à l’abattoir faisant trois cents morts.

Trois partis influents s’opposent à cette époque, car le peuple veut l’indépendance de la Catalogne, de manière modérée pour les uns : Solidarité catalane, les anarchistes purs et durs et le parti conservateur qui veut rester avec l’Espagne. C’est le départ d’un convoi de soldats réquisitionnés (on peut y échapper si on paye, alors le sentiment d’injustice des ouvriers pauvres ne peut qu’exploser) qui va déclencher les émeutes que l’on retiendra dans l’histoire sous le nom de « Semaine tragique » du 26 juillet au 2 août 1909

Tout commence par une grève générale, visant à paralyser le pays, mais ce sera un bain de sang : on érige des barricades, on arrache les pavés, on met le feu aux églises, car on rejette la toute puissante église catholique qui a la mainmise sur tout, jusqu’à l’école. Les anarchistes essaient de mettre en place une école laïque mais il n’y a qu’un pas entre projet et utopie. Barcelone est en feu.

 

« Au-dehors, Barcelone flambait et elle écrivait en lettres de feu un des chapitres les plus tragiques de son histoire. Mais à l’intérieur de la famille d’Avel-li aussi se dressait un bûcher d’incompréhension, de douleur et de violence, aussi dévastateur que les flammes qui avaient détruit des églises dont la plupart avaient résisté au passage du temps et des violences des siècles. »

 

J’ai beaucoup aimé cette famille et ses dysfonctionnements, chacun optant pour un camp, pour des raisons différentes : Albert ne veut pas que son empire financier lui échappe, Enric croit à une société meilleure plus égalitaire, le fils aîné, Avel-li, désire une Catalogne libre, républicaine sans utiliser la violence.

Tout oppose ces deux frères, car Avel-li se comporte en aîné responsable, suit les traces de son père donc reconnu par ce père, alors qu’Enric le deuxième fils est un être d’une grande sensibilité, il a été couvé par sa grand-mère, et déclenche la colère paternelle de manière quasi permanente.

Il porte le nom de son grand-oncle mort à la guerre, ce qui ne facilitera pas les choses… l’un est marié, installé dans sa vie alors que l’autre se cherche sur tous les plans, politique, sexuel, donc le drame sera inévitable…

 

« L’oncle de mon père, c’est-à-dire, le frère de ma grand-mère Mercé, est mort éventré par un cheval pendant la révolte de 1835. Mon frère Enric porte son prénom, à la demande de grand-mère Mariona quand il est né.« 

 

J’aurais aimé avoir de la sympathie pour Enric, mais c’est difficile car son sentiment de ne pas être aimé et d’être sans cesse comparé avec son frère aîné, qui est pourtant légitime, le pousse à se poser en victime et lui sert de justification sans cesse…

Les femmes de la famille sont intéressantes aussi : Elisenda, l’épouse d’Albert est soumise, tient sa maison le mieux possible, c’est l’épouse modèle prototype de l’époque, les filles d’Albert, par contre, ne sont pas résignées et obéissante comme leur mère, elles se rebellent, Merceneta en particulier, affirment davantage leurs idées. On retient aussi la place importante de l’art dans cette ville, où passer Gaudi, décrié par la population de l’époque car on ne comprend pas son travail…

J’ai suivi comme tout le monde les évènements récents avec le référendum pour l’indépendance, mais je ne comprenais pas bien les positions de chacun. Il s’agit d’un phénomène ancien, et ce roman m’a permis d’apprendre beaucoup de choses,  tant sur la période historique que sur la société de l’époque: Lerroux, Cambo, Maura et Ferrer étaient d’illustres inconnus pour moi et donc envie de creuser encore…

Cependant, j’adresserai un reproche à l’auteure : avoir trop décortiqué, embrouillant le lecteur par trop de détails à mon goût, je me suis perdue parfois dans les noms des protagonistes (leurs noms à rallonge sont durs à mémoriser !) et j’ai parfois survolé la description des combats, des violences de rues, des radicalisations, car trop de détails tue parfois…

Ainsi, Pilar Rahola cite fréquemment des extraits de l’époque du journal « La Veu de Catalunya » ou les comptes-rendus d’interventions lors des réunions politiques, pour appuyer son récit, et cela finit par devenir soporifique…

  ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Je remercie vivement NetGalley et les éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure.

#PilarRahola #NetGalleyFrance

 

L’auteur   

 

Née à Barcelone en 1958 dans une famille républicaine antifasciste, Pilar Rahola est une journaliste, écrivaine et femme politique catalane.

Diplômée d’une licence en philologie catalane et espagnole de l’université de Barcelone, elle a publié plusieurs livres et écrit pour de nombreux journaux, dont La Vanguardia (Espagne). Rose de cendres, qui a reçu le prix Ramon Llull 2017, est son premier ouvrage publié en France.

 

Extraits   

 

Trop endurci pour croire aux dieux et aux curés, Albert n’avait jamais été très religieux, il jugeait néanmoins l’Église efficace pour endiguer les idées révolutionnaires qui ne pouvaient conduire qu’au chaos.

 

… Le passé pouvait être un grand prestidigitateur, un escamoteur qui trompait les sens et les plongeait dans la nostalgie. Or, lui (Albert) n’avait pas le temps de vivre dans le passé, surtout à présent que l’orage grondait.

 

Gaudi est un mystique et un poète, mais sera-t-il un bon architecte pour nos maisons ?

 

Et d’un bout à l’autre de l’Espagne, la moindre tentative pour obtenir une amélioration dans l’intérêt des Catalans était aussitôt taxée de séparatiste. « pourtant nous n’avons jamais été aussi nombreux, aussi puissants et aussi unis, et personne ne pourra nous arrêter si nous persévérons, du moment que nous évitons de nous disputer et de nous poignarder dans le dos »

 

Papa est né avec l’instinct de survie, ce qui explique qu’il possède un sens de l’opportunité très développé…

 

« Notre famille est comme cette terre, elle tombe mais elle se relève toujours » disait-elle. De telles phrases éveillaient chez le jeune garçon (Avel-li) des émotions qu’il expliquait difficilement. C’était comme un battement de cœur qui le rattachait à quelque chose de plus grand que lui, dont il faisait partie sans pouvoir le comprendre.

 

Les actions héroïques des vieux carlistes ou, avant cela, la défense des murailles de Barcelone durant la guerre de 1714, ou encore et surtout l’engagement de l’arrière-grand-mère Mariona pendant le bombardement de Gràcia, tous ces hauts faits avaient peuplé son enfance, mais à mesure qu’il grandissait, Avel-li s’intéressait davantage aux évènements politiques qu’à l’épopée historique.

 

Il avait assumé le rôle de fils aîné avec un zèle qui l’accablait maintenant de responsabilités … « tu es l’aîné de la famille Corner, Avel-li, mais pas l’aîné de l’humanité » tentait de le raisonner Dolcina

 

Quand il parvint enfin à réagir, sa douleur fut insupportable, et il comprit aussi qu’il le savait depuis longtemps qu’il le niait. « Je lui ai pardonné beaucoup de choses, mais cette infamie répugnante, cet outrage misérable à notre famille, c’est impossible », et il sortit fou de rage… Réaction d’Albert en découvrant l’homosexualité de son fils Enric 

 

Son frère était un perverti, un libertin qui faisait jaser toute la ville, le pantalon sur les chevilles et le sexe exhibé, une crapule… Plutôt mort qu’inverti ! s’écria-t-il fou de rage, avant de s’effondrer, brisé dans les bras de Dolcina qui le caressait comme un petit enfant… Réaction d’Avel-li

 

Il n’y a pas de feu aussi mortel que celui qu’on attise soi-même pensait-il, accablé, la tête basse en essayant de trouver sa place dans cette maison paternelle, à présent remplie de proches, et qui pourtant lui semblait étrangère…

 

Les femmes étaient les grandes perdantes, bannies du récit humain, et l’exclusion du regard féminin avait peut-être été la plus grave erreur de l’humanité.    

 

Lu en décembre 2018

Publié dans Littérature contemporaine

« Khalil » de Yasmina Khadra

Je vous parle aujourd’hui d’un roman de la rentrée littéraire qui m’attendait depuis longtemps dans ma PAL :

 

Khalil de Yasmina Khadra

 

Quatrième de couverture    

 

Vendredi 13 novembre 2015. L’air est encore doux pour un soir d’automne. Tandis que les Bleus électrisent le Stade de France, aux terrasses des brasseries parisiennes on trinque aux retrouvailles et aux rencontres heureuses. Une ceinture d’explosifs autour de la taille, Khalil attend de passer à l’acte. Il fait partie du commando qui s’apprête à ensanglanter la capitale.

Qui est Khalil ? Comment en est-il arrivé là ?

Dans ce nouveau roman, Yasmina Khadra nous livre une approche inédite du terrorisme, d’un réalisme et d’une justesse époustouflants, une plongée vertigineuse dans l’esprit d’un kamikaze qu’il suit à la trace, jusque dans ses derniers retranchements, pour nous éveiller à notre époque suspendue entre la fragile lucidité de la conscience et l’insoutenable brutalité de la folie.

 

Ce que j’en pense    

 

Ce roman nous ramène à la date tragique du 13 novembre 2015 et l’on découvre Khalil, jeune homme beur, originaire de la ville tristement célèbre de Molenbeek. Il est revenu de tout, sans illusion, ne trouvant pas sa place dans la société. Les relations avec son père sont tendues, sa mère peu épanouie, affaiblie plusieurs grossesses, tente de maintenir un peu de cohésion.

Seule sa sœur jumelle, Zahra, qui entre parenthèses m’a beaucoup touchée, partage quelque chose avec lui, un minimum de tendresse, mais elle est dans un autre monde, bien ancrée dans la réalité, sortant avec ses copines…

Comment résister quand on s’est senti toute sa vie, sans valeur, et qu’un imam, vous prend dans ses bras en vous murmurant ce que vous avez eu envie d’entendre toute votre vie : « Tu es un soldat du Miséricordieux », un preux chevalier en quelque sorte… je n’ai jamais remarqué ce style de geste ou la voix douce que Khalil décrit, chez le grand prêcheur de Daesh par exemple. On en arriverait presque à penser, en lisant ce roman, qu’on est face un Bouddha rempli de compassion !!!

Mais, tout n’est pas aussi simple, ces imams, cheiks et autres émirs sont des manipulateurs, des pervers de haut niveau qui, comme toute secte, endoctrinent tellement leurs adeptes qu’ils sont incapables de penser par eux-mêmes et Khalil se rend compte que tout n’est pas aussi rose…

Se mettre dans la tête d’un islamiste, il fallait oser et Yasmina Khadra nous avait déjà proposer cette idée en entrant dans celle de Kadhafi, dans « La nuit du Raïs ». Il tente d’analyser les causes de la bascule dans la conversion rédemptrice, puisque tuer des « incroyants » rachète tous les actes négatifs qu’on a pu commettre avant et, cerise sur le gâteau, on peut en commettre jusqu’à la dernière minute puisqu’on va se faire exploser !

J’ai lu ce roman en deux jours à peine, peut-être en espérant un regain de lucidité de Khalil, mais ce gamin n’a pas entrainé d’empathie, tellement il est opportuniste, cherchant un refuge chez son ancien ami, Rayan,  par exemple, auquel il ment effrontément, sans aucun scrupule…

Souvent revient dans ce livre, le thème du respect, pour tenter de justifier la dérive, il faudrait peut-être enseigner à ce gamin que pour être respecté, il faut être soi-même respectable… j’utilise exprès le terme gamin, car on a l’impression que Khalil a quinze ans (à peine)

J’ai trouvé dérangeante la thèse de l’auteur: on a l’impression que l’évolution vers l’intégrisme est inéluctable et s’explique du point de vue sociologique, alors que c’est beaucoup plus compliqué, la fatalité n’explique (et n’excuse) pas tout.

Un roman sympathique, mais qui laisse une sensation de malaise, rappelant les souvenirs des attentats sur lesquels l’auteur insiste beaucoup, trop à mon avis…

 

Extraits   

 

Il (l’émir) nous a appris à dire des choses sensées avec talent, à n’exiger des autres que ce que lui était capable d’entreprendre, et quand il lui arrivait de hausser le ton, je m’abreuvais sans modération à la source de ses lèvres. P 13 14   

 

Ma mère était figée dans le temps, sans âge et sans repères ; une Berbère venue en Occident se languir de son Rif, pareille à un remords qui se cherche une culpabilité pour se justifier et qui s’aperçoit que la peine est double lorsque l’on est coupable d’être une victime. P 20

   

Ce que manigançaient les autres m’importait peu. Le Seigneur jugerait. La cupidité, les frasques et les paillettes, j’avais fait une croix dessus. J’étais le soldat du Miséricordieux ; je relevais désormais d’un ordre de chevalerie sans équivalent. P 27   

 

J’en voulais à Rayan ; je lui en voulais de se croire plus intelligent que les milliers de braves qui irriguait de leur sang la voix du salut. Je lui en voulais de tourner le dos aux siens, de se faire passer pour ce qu’il ne serait jamais : un bon citoyen intégré, lui, un vulgaire assimilé. P 83   

 

J’étais la lie de l’humanité, Rayan, un putain de zonard sans devenir qui ne savait où donner de la tête et qui attendait que le jour se lève pour courir se refaire dans une mosquée. P 88   

 

La mosquée nous a restitué le RESPECT qu’on nous devait, le respect qu’on nous avait confisqué, et elle nous a éveillés à nos splendeurs cachées… P 88   

 

L’exclusion exacerbe les susceptibilités, les susceptibilités provoquent la frustration, la frustration engendre la haine et la haine conduit à la violence. C’est mathématique. P 91   

 

Il faut en finir une fois pour toutes avec le discours de l’extrême droite. Un pays ne se construit pas sur l’identité, mais sur la citoyenneté. P 92   

 

Si on m’avait dit, un mois plus tôt que je ne pourrais plus me passer de « mes frères », je ne l’aurais pas cru une seconde. J’avais développé une très forte addiction à leur compagnie ; j’étais une partie intégrante d’eux, indissociables de leur organisme. P 119   

 

Autrefois, je passais mon chemin sans m’attarder sur ce qui m’entourait, mais depuis le vendredi 13 novembre 2015, chacun de mes pas se muait en escale. Comme si je découvrais un autre aspect de ce que je croyais connaître. P 200   

 

La curiosité est la mère nourricière des tentations et les tentations sont traîtresses. P 229  

 

Au diable les racistes, à mort les islamophobes ; tu ne tendras plus l’autre joue. Le temps de te rendre compte de ce qu’il t’arrive, et déjà tu es quelqu’un d’autre, un être flambant neuf, une personne que tu ne soupçonnais même pas. Tu es respecté, écouté à ton tour, aimé ; tu te découvres une vraie famille, des projets et un idéal. Tu deviens le frère et tu marches la tête haute parmi les hommes, comme un seigneur. Enterré le citoyen résiduel qui rasait les murs, tu es le nombril du monde… P 229   

 

Lu en décembre 2018

Publié dans Littérature américaine, Littérature contemporaine

« La mère parfaite » par Aimée Molloy

J’ai choisi ce roman sur NetGalley après avoir vu passer plusieurs critiques sur des blogs, et comme j’ai du mal à résister à la tentation…

 

La mere parfaite Aimée Molloy

 

Résumé de l’éditeur :   

 

Les Mères de mai, un groupe de jeunes mères de Brooklyn, ont fait connaissance en échangeant des conseils pendant leurs grossesses. Après la naissance de leurs enfants, elles se réunissent deux fois par semaine dans leur parc de Brooklyn pour discuter des joies, des craintes et des angoisses de leurs nouvelles vies. Un soir, pour échapper quelques heures à leurs routines, elles organisent une virée dans un bar. Elles parviennent même à convaincre Winnie, la mère célibataire du groupe, de confier Midas, six semaines, à une baby-sitter. Mais lorsque Winnie rentre chez elle, l’enfant a disparu. Alors que l’enquête piétine et que l’attention des médias se fait pesante, trois Mères de mai se lancent dans une course effrénée à la recherche de l’enfant durant laquelle les mariages vacillent, les amitiés volent en éclats et les secrets éclatent au grand jour.

 

Ce que j’en pense :   

 

Les mères du groupe ont réussi à convaincre Winnie de faire une sortie au bar pour prendre un verre et profiter d’une soirée entre filles sans les bébés ; une nounou est là pour veiller sur Midas, mais Winnie, inquiète, consulte sans cesse une application sur son téléphone portable comme une caméra où elle peut voir le berceau. Nell, déjà un peu ivre, désinstalle l’appli, et cache le portable pendant que Winnie va se chercher un verre au bar.

Le drame, Midas a été enlevé, la nounou s’étant endormie… enquête de police, durant laquelle un bleu pollue la « scène de crime », la presse malsaine qui s’empare de l’histoire, tellement juteuse : une ex-star de la TV, qui élève son bébé seule, pas de père,  shocking pour cette société américaine bien-pensante.

Dans ce groupe de mères de mai, on retient surtout Winnie, ex-star d’une série télévisée qui a eu son heure de gloire, Nell qui se bat contre le kilos qu’elle doit reperdre et se perd un peu dans l’alcool, Colette qui écrit la biographie du maire à sa place, Francie qui va tenter de retrouver Midas à tout prix car elle trouve que la police fait n’importe quoi, ou Gonze le seul père au foyer qui fréquent le groupe sans oublier Scarlett qui a réponse à tout…

Ce roman dénonce le mythe de la mère parfaite, qui doit tout assumer : la maternité, le travail, le couple, la maison, allaiter (supprimer la caféine le vin et la cigarette pour que le lait soit de meilleure qualité) se culpabilisant parce que son lait n’est pas top, ou parce qu’elle n’est plus aussi sexy qu’avant, cette mère qui n’y parvient pas, justement à être parfaite et oui comme c’est drôle…

Comment ne pas ruer dans les brancards quand on reçoit tous les matins des conseils, qui poussent à se sentir de nulle ? Et si mon bébé ne tient pas sa tête au jour J ? Est-ce qu’il évolue normalement s’il ne sourit pas à la bonne date, dois-je consulter un spécialiste ? De quoi rendre n’importe quelle mère folle d’angoisse au lieu de laisser bébé évoluer selon son rythme…

Un exemple du conseil-courriel du jour :

Votre bébé a cinquante et un jours.

Au cours de cette septième semaine, votre bébé devrait commencer à mieux contrôler ses muscles, donner des coups de pied, gigoter, tenir sa tête droite….  Continuez de le couvrir de baisers, de lui sourire et de le féliciter pour lui montrer à quel point maman est fière de ses progrès.

Aimée Molloy nous décrit à merveille cette société américaine, puritaine qui juge, critique, démolit au nom de la bien-pensance, ces médias omniprésents qui surveillent tout à l’affut de la moindre fake-new, sans oublier la santé aux US avec, entre autres, un congé maternité ridicule, les fins de mois difficiles quand il faut rembourser des prêts vertigineux…

Ce roman, le premier de l’auteure, est perturbant car ces femmes sont caricaturales, prototypes de cette société américaine qui me hérisse le poil ; cependant elles sont touchantes, et la manière dont elles sont solidaires les rend sympathiques.

J’ai fini par me laisser prendre au jeu, mettant de côté mes considérations philosophiques sur la société américaine et j’ai ainsi passé un bon moment, même si ce n’est pas le roman du siècle.

Je remercie vivement NetGalley et les éditions Les Escales qui m’ont permis de le découvrir.

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

#LaMèreParfaite #NetGalleyFrance

 

 

Extraits    

 

Les mères de mai, mon groupe de mamans. Je n’ai jamais aimé ce terme. Maman. C’est tellement chargé, tellement politique. Nous n’étions pas des mamans. Nous étions des mères. Des personnes. Des femmes ayant, par hasard, ovulé à la même période et ayant en conséquence accouché à le même mois.    

 

D’abord, il y avait Francie. Si notre groupe avait une mascotte, quelqu’un à même de nous fédérer, de nous féliciter d’être mère, c’était elle, madame aimez-moi, perfectionniste jusqu’au bout des ongles, la fille du Sud bien en chaire et toujours pleine d’espoir.   

 

Elle ne peut pas prendre le risque de se faire remplacer, pas avec ce que coûte la vie à New-York… c’est son salaire à elle qui leur permet d’habiter New-York, elle ne peut pas tout mettre en péril pour quatre semaines supplémentaires de congé maternité…   

 

Vous croyez que si on rappelle aux gens qu’ils ont tous été des bébés avant d’être des adultes, ils seraient plus nombreux à militer pour le congé maternité ?     

 

Comment Nell peut-elle faire ça ? Laisser son bébé toute la journée à des inconnues ? Il vaut mieux, durant les six premiers mois le tenir contre soi autant que possible…   

 

Ils ne peuvent pas assumer le loyer de leur appartement avec le seul salaire de Sebastian et les mensualités de son prêt étudiant, et les vacances qu’ils se sont promis de prendre à Noël, les premières ne quatre ans. C’est la première fois depuis qu’ils se connaissent qu’ils s’en sortent financièrement.    

 

Colette n’arrive toujours pas à croire qu’elle puisse elle-même éprouver un amour aussi infini. On dirait qu’il n’a pas de fond, comme la carrière abandonnée dans laquelle elle avait peur de sauter quand elle était petite, celle qui plus tard avait englouti un garçon de son lycée.   

 

Cela fait neuf mois que vous avez accouché. Il est temps de parler ÉQUILIBRE. On sait comment c’est. S’occuper du bébé. Retrouver sa ligne. Pour certaines d’entre nous, se préparer à retourner travailler. Ce n’est pas facile. Le mieux pour vous et votre bébé, c’est de faire votre possible pour trouver l’équilibre qui vous convient… Après tout, à maman heureuse, foyer heureux, c’est bien connu, non ?

 

Lu en décembre 2018

Publié dans Anticipation, Littérature française, Polars

« Erectus » de Xavier Müller

Je vous parle aujourd’hui d’un livre découvert grâce aux Éditions XO et NetGalley :

 

Erectus de Xavier Müller

 

Résumé de l’éditeur:   

 

Et soudain l’humanité se mit à régresser

A Richards Bay, en Afrique du Sud, c’est le choc. Un homme s’est métamorphosé. Il arbore des mâchoires proéminentes, est couvert de poils, ne parle plus

Bientôt, à New York, Paris, Genève, des Homo erectus apparaissent en meutes, déboussolés, imprévisibles, semant la panique dans la population ?

De quel virus s’agit-il ? Que se cache-t-il derrière cette terrifiante épidémie ?

Une scientifique française, Anne Meunier, se lance dans une course contre la montre pour comprendre et freiner cette régression de l’humanité.

Partout, la question se pose, vertigineuse : les erectus sont-ils encore des hommes ? Faut-il les considérer comme des ancêtres à protéger ou des bêtes sauvages à éliminer ?

Un cauchemar planétaire

 

Ce que j’en pense    

 

J’ai adoré ce roman ! je me suis retrouvée dans un milieu que j’aime particulièrement, la virologie, avec ses modes de transmission, les conséquences et, cerise sur le gâteau,  les dinosaures me fascinent depuis des lustres…

On se trouve devant un virus inconnu aussi agressif que celui du SIDA ou Ebola, qui affecte d’abord un éléphanteau qui a quatre défenses : anomalie génétique ? Or il ressemble beaucoup a un ancêtre disparu depuis longtemps le gomphotérium !

Et bien-sûr, il va s’avérer transmissible à l’homme… On décide de l’appeler Kruger du nom de l’homme qui s’occupe de la réserve sauvage du parc Kruger, en Afrique du Sud.

Ce virus n’est pas mortel, il provoque un coma dont la personne émerge sous la forme d’un ancêtre de l’homme : Erectus et que faire de tous ces êtres devenus des Erectus, avec le réveil des vieilles peurs et les théories fantaisistes qui vont entourer l’épidémie.

On va chercher une paléontologue dont on avait dénigré les travaux sur la possibilité d’une évolution régressive alors qu’elle vient de découvrir le squelette d’un « archéoptéryx le premier spécimen de dinosaure aviaire répertorié au XIXe siècle ».

Puis on s’aperçoit que la végétation change aussi, les arbres reprennent leur parure d’antan et si tout mute, que va devenir l’humanité ? Comment va-t-elle se nourrir ? La cohabitation est-elle possible ?

Tous les spécialistes de tous bords de la planète, l’OMS, l’ONU vont cogiter sur la conduite à tenir et évidemment la mesure qui est prise c’est tuer ces « êtres dégénérés » (cela ne vous rappelle rien ?)

J’ai tout aimé dans ce roman d’anticipation biologique : l’attitude des chercheurs, leur prudence, la réaction des politiques notamment une délibération à l’ONU géniale avec un ambassadeur russe qui est mélange savoureux de Vladimir 1er et Alexeï (Labrov) avec son intolérance et sa mauvaise foi qui réussit à faire voter la noble assemblée comme il veut suivi par les Chinois évidemment !

Bien-sûr, c’est parfois caricatural avec l’Occident tolérant qui cherche à trouver les solutions optimales et la méchants, les Russes qui tirent à vue et les Chinois qui tuent aussi et en profitent pour incarcérer les témoins au nom de la raison d’état.

On a aussi les histoires personnelles des héros, leurs problèmes familiaux le travail qui passe avant la vie personnelle sans oublier le vilain méchant avec un laboratoire digne de Frankenstein et consorts…. Mais n’y a-t-il pas une touche de vérité ?

L’auteur a fait un travail de rechercher très impressionnant car son histoire tient la route, elle repose sur des faits scientifiques sur lesquels il a construit une très belle fiction, retraçant très bien la « gestion » d’une pandémie (on se souvient du SIDA de la grippe aviaire).

Quand on voit ce que l’Homme fait à la planète, mérite-t-il d’être sauvé et de survivre ? Je n’en suis pas si sûre…

« Malgré son intelligence et sa cruauté, l’espèce humaine aurait pu tout aussi bien finir à quatre pattes au bout d’une laisse tenue par un chien bipède ! »

En tout cas ce livre nous pousse à la réflexion avec quelques phrases choc :

 « Vous savez, sur l’arbre de l’évolution, l’homme ne constitue qu’une brindille à l’extrémité de la branche des mammifères. Un incident de parcours. »

Un roman, que j’ai dévoré tout en pensant à Jurassic Park, et que je recommande vivement que l’on soit ou non passionné par la préhistoire ou la biologie…. et je remercie encore les Editions XO et NetGalley qui m’ont permis de le découvrir.

 

#Erectus #NetGalleyFrance

 

 

Pour en savoir plus sur le Gomphoterium :

https://www.alamyimages.fr/photo-image-gomphotherium-gomphotherium-lelephant-disparu-primitiv-76078398.html

et sur l’archéoptéryx

https://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/zoologie-archeopteryx-217/

 

 

Extraits    

 

L’enveloppe contenait plusieurs photos de l’animal malade. L’anomalie était flagrante. L’éléphanteau possédait quatre défenses. Sous la paire normale, une seconde, plus courte, descendait de la lèvre inférieure. Simple malformation génétique, conclut Cathy, une fois l’étonnement passé. Les plaies purulentes qui sillonnaient sa peau l’inquiétèrent davantage…Une fièvre hémorragique causée par un virus ?   

 

 

Dingue ou pas, la métamorphose avait eu lieu, l’agent pathogène venait d’entraîner une mutation radicale et la cellule musculaire était devenue… autre chose! Une chose qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à une cellule nerveuse. Du muscle changé en neurone! pensa-t-elle, survoltée.

 

Parvenue devant lui, elle s’agenouilla. Elle avait besoin de le toucher pour s’assurer qu’il était réel. Lentement, elle tendit la main. L’image d’Armstrong foulant le sol lunaire lui traversa brièvement l’esprit. Ses doigts parcoururent l’espace qui la séparait du gomphotherium, une dizaine de centimètres qui équivalaient à dix millions d’années. Il demeura tranquille, comme indifférent à sa présence. Contrairement aux éléphants d’Afrique, il ne possédait pas de bosse sur le sommet du crâne. Elle effleura sa peau grise et rugueuse, appuya sa caresse. Au toucher, elle put sentir les pulsations émises par son cœur. Sa main glissa vers les défenses surnuméraires, s’arrêta avant de les atteindre.   

 

Anna s’était frayé un passage jusqu’au tronc de l’acacia. Délicatement, elle ramassa une fleur tombée à terre. Un picotement d’excitation et de peur lui hérissa les poils. Le bouton était composé de neuf corolles en forme de coupes. Elle leva la tête pour mieux contempler le feuillage. Une pure merveille… À deux mètres, les pétales paraissaient énormes. Ce qu’elle admirait maintenant, c’étaient les premières fleurs apparues au crétacé, cent trente millions d’années avant notre ère.   

 

L’homme est une goutte d’eau dans un océan de vie.   

 

Au-dessus d’eux, des dinosaures emplumés – d’anciennes mouettes – tournoyaient, à la recherche de proies. Dans ce décor de verre et d’acier, l’ensemble était anachronique, presque irréel.   

 

Au cours de sa carrière de chasseur de virus, il avait traqué des agents pathogènes redoutables aux quatre coins du monde, mais aucun de ces fléaux ne l’avait préparé au virus Kruger. Celui-ci ne tuait pas en cinq jours comme l’Ebola. Il ne laissait pas son hôte exsangue et apathique comme le Marburg. En réalité, le Kruger épargnait la vie de son hôte, mais ses effets étaient plus dévastateurs qu’une bombe. Une bombe à retardement…   

 

 

Lu en décembre 2018

 

 

 

Publié dans BD

« Les Vieux Fourneaux T3 Celui qui part de Lupano et Cauuet

Place au troisième volume de cette belle épopée avec :

 

Les Vieux fourneaux T3

 

Quatrième de couverture   

 

« Plutôt crever !

ils ont engraissé les banques toute leur vie comme des esclaves pour se payer leur petit pavillon de merde et leur piscine, qu’ils comptent pas sur moi pour venir leur racler la véranda »

 

Ce que j’en pense   

 

Quel plaisir de retrouver les tontons (pardon, les papys) flingueurs !

L’aventure démarre sur les chapeaux de roues : Pierrot déguisé en abeille, pour manifester contre l’emploi des pesticides et autres joyeusetés fabriqués par les lobbies phytosanitaires tout puissants qui ont le droit d’empoisonner le monde en commençant par les abeilles !

Hélas, la manif tourne mal et il se retrouve avec ses potes de « Ni yeux, ni maître » en garde à vue.

Pendant ce temps, Mimile et Antoine luttent contre le dégât de eaux dans la maison de Sophie dont la toiture fuit de partout… La jeune femme leur a confié sa fille et la petite se met à pleurer. Mimile se précipite et glisse dans l’eau…

Entre temps, sa voisine Berthe, ennemie de longue date, l’appelle au secours car les moutons sont emportés par la pluie, d’où une scène d’anthologie entre Berthe et Antoine, la rancune et la haine sont tenaces !

C’est le moment que choisit un homme, ne s’exprimant qu’en anglais et qui chercher à retrouver un ancien pote, la Biouche !

Pour ce tome 3, on apprend beaucoup de choses sur le passé de Mimile, ancien rugbyman, qui était parti faire carrière en Australie et y était resté… ainsi que sur les origines de la brouille tenace avec Berthe.

Les personnages sont toujours aussi bien croqués, les dialogues savoureux…

J’ai eu un immense moment de plaisir pendant cette lecture, car ces trois larrons et leurs copains me plaisent  toujours autant… vivement le tome 4

https://www.bedetheque.com/BD-Vieux-fourneaux-Tome-3-Celui-qui-part-258072.html

 

 

Extraits   

 

PFFIOU ! dis donc, parler à des flics, ça reste quand même le dernier grand vertige intellectuel. A nos âges, on devrait être dispensés.

 

Et puis c’est pas de la folie, c’est une action militante croquignolesque !

 

C’est pas vos psys à deux balles qui vont m’apprendre si Fanfan a le chou qui fane !  T’étais encore dans les burnes de ton père qu’on militait déjà ensemble, peigne-cul !

 

Antoine, c’est Pierrot ! écoute un peu ça ! je me suis foutu à la baille avec ma bagnole à cause d’un vieil Australien repoussant, farci de prothèses ! on dirait qu’il a été mâché par Belzébuth ! « La Biouche » il l’appelle ! c’était son surnom dans le rugby, tu te rappelles pas ? Emile Carabignac dit « La Bûche »   

Les vieux fourneaux T3 Planche 1

Lu en décembre 2018

Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire

« A son image » de Jérôme Ferrari

Je vous parle aujourd’hui du dernier roman de Jérôme Ferrari :

 

A son image de Jérôme Ferrari

 

Résumé :    

 

Le roman démarre sur les chapeaux de roues : Antonia, photographe, vient de fixer sur la pellicule les images d’un mariage et doit rentre chez elle. Elle rencontre par hasard Dragan dont elle a fait la connaissance lors de la guerre de l’ex Yougoslavie et passe la soirée avec lui, à évoquer des souvenirs.

Elle reprend la route, sans avoir dormi car sa mère exige qu’elle rentre rapidement et sa voiture quitte la route dans un virage. Exit cette jeune femme de trente-sept ans que la vie ne semble pas avoir épargnée…

Sa mère exige que la messe de funérailles soit dite par son frère, parrain d’Antonia alors qu’il n’en pas le courage et voudrait être avec la famille pour laisser libre cours à son propre chagrin. Mais comment s’opposer à l’intransigeance de cette femme ?

 

Ce que j’en pense   

 

Le récit est présenté de manière originale : en célébrant cette messe, le parrain est dans la souffrance et ses idées partent un peu dans tous les sens, les souvenirs remontent et se mêlent au rituel.

C’est lui qui a offert l’appareil photo à Antonia car depuis l’enfance elle était fascinée par les photos de famille, la trace laissée par les anciens, ne sachant pas qu’il allait déclencher une vocation et à partir de ce jour elle ne va cesser de « mitrailler »… des scènes de crimes pour le journal qui l’emploie, des scènes de guerre ou des mariages, des familles.

Jérôme Ferrari nous raconte, certes, l’histoire d’Antonia qui grandit dans la violence de la Corse et des indépendantistes, avec des fréquentations que le parrain n’apprécie pas. Son fiancé aime la violence, notamment une scène où il tabasse un touriste devant sa femme et ses enfants, s’acharnant dur lui à coups de pieds, simplement parce que celui-ci l’a bousculé involontairement. Paradoxalement il va chercher à retrouver ce touriste le lendemain pour s’excuser.

Il nous raconte surtout la Photographie, ce qu’elle signifie : la fixation sur la pellicule d’un moment, d’un geste, de la mort. La photo témoigne que l’instant a existé, ne dit-on pas qu’on a immortalisé un évènement ou l’expression d’un visage (chacun se souvient du cliché de la jeune afghane qui a fait le tour du monde !) avec un paradoxe : saisir l’immortalité l’espace d’une seconde.

 

« Le regard ne s’appuie sur les images que pour les traverser et saisir, au-delà d’elles, le mystère éternel et sans cesse renouvelé de la Passion. Oui, les images sont une porte ouverte sur l’éternité. Mais, la photographie ne dit rien de l’éternité, elle se complaît dans l’éphémère, atteste de l’irréversible et renvoie tout au néant. Si elle avait existé à l’époque de Jésus, le Christianisme ne se serait pas développé ou n’aurait été, au mieux, qu’une atroce religion du désespoir. » P 108

 

Saisir un visage pour s’en souvenir, mais aussi pour prouver qu’il a existé. Fixer une émotion, ou la mort. Antonia est fascinée par la mort, et ceci va la conduire à partir en Yougoslavie pour témoigner des atrocités commises quel que soit le camp. Mais, la mort ne se banalise pas surtout quand elle est violente et la jeune femme ne développera jamais les clichés qu’elle a pris pendant cette guerre.

 

… Il se demandait ce qu’elle pouvait bien avoir vu pendant ses séjours dans l’effondrement sanglant de la Yougoslavie d’où elle n’avait finalement rapporté aucune photo, malgré le temps et l’argent investis dans ce voyage dont elle rêvait, mais elle refusait de dire quoi que ce soit… P 107

 

Le parrain est un personnage très intéressant, sa tendresse contrastant avec la dureté de sa sœur. Il a du mal à gérer sa messe, assailli par ses souvenirs, sa culpabilité (c’est lui qui a offert l’appareil à Antonia) son envie d’être ailleurs pour donner libre cours à son chagrin, ses doutes… à l’exception du premier chapitre, et de ceux racontant d’autres photographes ou évènements, la messe va servir de toile de fond.

La violence est partout dans cette Corse que l’auteur nous raconte, elle est dans la rue, dans les règlements de compte, dans la famille, avec cette mère toxique, qui mène tout le monde à la baguette, programmant elle-même ce que doivent faire ou penser sa fille Antonia, mais aussi son fils, Marc-Aurèle, ou son mari : cette mère qui lui assène, lorsqu’elle veut partir en Yougoslavie, qu’elle n’a plus de fille, ou qui exige qu’elle rentre immédiatement malgré la fatigue qui sera fatale, ou qui fait pression sur propre frère pour qu’il dise la messe de funérailles…

Au passage, Jérôme Ferrari évoque des histoires de photographes qui n’ont rien à voir avec Antonia mais témoignent de leur temps, de leurs guerres. On parcourt le temps avec la Tripolitaine en 1911 avec des clichés de morts atroces, 1913 et les premières photos en couleurs, 1980 avec les arrestations en Corse, les procès…

On pourrait avoir l’impression que l’auteur nous embrouille, en cultivant ainsi le mélange des époques et des pays, sous fond de mouvements indépendantistes, or il n’en est rien, tous les sujets évoqués s’intriquent, prennent tout leur sens.

Ce roman interroge, bouscule le lecteur, ne le laisse jamais indifférent, le prend à témoin presque. J’ai retrouvé le même ressenti qu’à la lecture de « Sermon sur la chute de Rome » qui m’avait laissée un peu désemparée, me demandant si j’avais bien compris ou l’auteur voulait en venir, tout en aimant ce que je lisais.

Un auteur à part donc…

 

Extraits    

 

Pourtant, Antonia savait bien que tous les adultes ont été des enfants, elle savait que les morts ont un jour vécu et que le passé, si lointain qu’il fût, a d’abord été présent…

… Les photographies opposaient l’impénétrabilité de leur surface à toute quête de profondeur. P 21

 

Le peu d’amour dont il était capable se déversait tout entier sur la jeune femme qu’il devait maintenant porter en terre. Le surplus ne pouvait provenir que d’une source surnaturelle qui s’était momentanément tarie. P 30

 

Toutes ces vieilles bigotes n’avaient au fond pas renoncé au paganisme, elles croyaient que Dieu et les forces surnaturelles devaient être ménagés pour écarter les seuls malheurs de la vie terrestre et, de tous ces malheurs, la mort était précisément celui dont on ne pouvait être ni sauvés ni consolés et c’était pour cela qu’elles la souhaitaient à leurs ennemis. P 92

 

 

Assis dans le confessionnal, il lui semblait patauger dans un cloaque. P 105  

 

Antonia lui reprochait de tolérer le mal et, plus encore, de ne pas en prendre la juste mesure et jamais il n’avait pu la convaincre qu’elle se trompait. P 107  

 

Curieusement, les hommes aiment à conserver le souvenir émouvant de leurs crimes, comme de leurs noces, de la naissance de leurs enfants ou de tout autre moment notable de leur vie avec la même innocence. L’invention de la photographie leur a donné l’irrésistible occasion de céder à ce penchant. P 118  

 

Malgré les changements d’époque et de vêtements, les visages expriment toujours le même sentiment, non pas tout à fait la joie, mais quelque chose de plus futile et léger, la nonchalance, le bien-être insouciant. P 118  

 

Elle était tout à fait libre, et le fait que cette évidence ne lui apparaisse que maintenant montrait à quel point son intellect et sa volonté avaient fini par s’engourdir à force de médiocrité, de renouement et de routine. P 161  

 

Elle est venue photographier la guerre, garder la trace de ce qui se passe ici. P 165  

 

Car il n’y avait au fond que deux catégories de photos professionnelles, celles qui n’auraient pas dû exister et celles qui méritaient de disparaître, si bien que l’existence de la photographie était évidemment injustifiable, mais puisqu’Antonia en avait fait son métier, il lui fallait bien se consacrer à l’une des deux catégories. P 189  

 

C’était décidément sans issue : ses photos souffraient toujours d’un excès ou d’un déficit de signification… P 191   

 

Lu en décembre 2018

Publié dans Histoire, Littérature française

« L’été des quatre rois » de Camille Pascal

Place à l’Histoire aujourd’hui avec ce roman qui m’a tapé dans l’oeil dès sa parution et je remercie NetGalley et les éditions Plon qui m’ont permis de le lire:

 

 

Résumé de l’éditeur

 

Camille Pascal nous plonge au cœur d’un été inédit dans l’histoire de France : celui où quatre rois se sont succédé sur le trône.

  » Il y avait ce matin-là beaucoup de monde à Saint-Cloud, la Cour bien-sûr, mais aussi les ministres, il jurait même que monsieur de Talleyrand avait fait sonner dès la première heure son pied bot cerclé de fer sur les marbres de l’escalier d’honneur. La galerie d’Apollon n’avait jamais été aussi peuplée, et les jardins s’animaient de femmes heureuses d’y promener leurs traînes. Legrand lever serait long, et l’on entreprenait déjà le premier gentilhomme de la chambre pour obtenir les entrées. À l’évocation de son grand chambellan,le roi sourit : si même le diable boiteux courait à Saint-Cloud lui présenter ses hommages de gentilhomme et prendre sa place de courtisan, alors la France était prête. »

Ainsi commence L’Été des quatre rois. Juillet-août 1830, la France a connu deux mois uniques dans son histoire avec la succession sur le trône de Charles X, Louis XIX, Henri V et Louis-Philippe.

 Dans cette fresque foisonnante, à l’écriture ciselée, tandis que le peuple de Paris s’enflamme, Hugo, Stendhal, Dumas, Lafayette, Thiers, Chateaubriand, la duchesse de Berry, Madame Royale assistent à l’effondrement d’un monde. 

 Des »Trois Glorieuses » à l’avènement de la monarchie de Juillet, Camille Pascal nous plonge dans le roman vrai de la révolution de 1830.

 

Ce que j’en pense

 

Camille Pascal nous raconte avec un tel enthousiasme ces journées de juillet 1830 qui resteront dans l’Histoire comme « les trois glorieuses » qu’on se laisse porter par le rythme ! j’ai eu souvent l’impression,non seulement suivre les protagonistes mais de faire partie de l’Histoire, du scénario : on devient acteur, l’auteur ne nous laisse pas lecteur assis confortablement dans son fauteuil !

 La description des émeutes est minutieuse, l’auteur nous donne tous les détails,presque minute par minute sans jamais devenir soporifique. On voit monter en puissance la colère du peuple, soulevée par les ordonnances, l’atteinte à la liberté de la presse, la réduction du rôle du Parlement.

Après une période où tout se déroulait bien dans son règne, respectant les libertés,le roi s’est senti menacé dans son pouvoir et sous l’influence des ultras,notamment son premier ministre, le duc de Polignac, veut reprendre les choses en mains et faire taire les journalistes, notamment Thiers qui va publier dans son journal un manifeste où tous les noms des signataires seront imprimés.

La violence augmente de plus en plus, on arrache les pavés, on s’attaque aux Tuileries emblème du régime, on détruit tout, (comportement bien français que l’on retrouve régulièrement aux cours de l’Histoire !) et le roi envoie l’armée pour mater la foule…

Les soldats font de leur mieux mais c’est l’été, et surtout la canicule sévit sur Paris,ils ont faim et soif car on ne pense pas à leur distribuer des vivres. Ils tentent de calmer les émeutes le ventre vide parfois depuis plus d’une journée.

On veut la fin des Bourbons, la république, mais très vite, les espoirs se tournent vers la branche des Orléans, cousins du roi, et Louis-Philippe monte en puissance, on le nomme lieutenant général :

« Si la Chambre ne pouvait pas faire Louis-Philippe roi de France, elle pouvait au regard des circonstances exceptionnelles le faire lieutenant général du royaume. Ce titre était une vieillerie gothique héritée de la guerre de Cent Ans qui avait sauvé plusieurs fois la France du chaos et par laquelle un prince, ou à défaut un grand qui n’était pas le roi, se voyait investi de la réalité du pouvoir royal. »

On entre dans l’intimité de Charles X, roi dévot pour ne pas dire bigot, qui prie très souvent, ne rate pas une messe. Il ne voit rien venir, reste accroché à on pouvoir. Dans ces moments graves, il pense à ce qu’a subi son frère, Louis XVI, à son fils le duc de Berry, ce fils préféré sur lequel reposait tous ses espoirs,mort brutalement, alors que son second fils, le duc d’Angoulême ne lui apporte que désillusions : il est plein de tics, incapable de se contenir(était-il épileptique ?)

Charles X ne le supporte guère, et ne se gêne pas pour le lui faire savoir. On est frappé de voir la manière dont il réagit ou plutôt ne réagit pas, ne changeant rien à ses rituels quotidiens, même lors de sa fuite. Durant la première journée, il ne pense qu’à la chasse :

« L’émeute pouvait s’emparer de Paris à tout moment, et le roi de France s’amusait avec ses chiens en forêt de Rambouillet. »

Par contre, il est à l’aise dans son rôle de grand-père et sa relation notamment avec son petit-fils est presque touchante, il reporte sur lui les espoirs qu’il  avait mis dans le père de l’enfant et le petit duc de Bordeaux est attachant.

En quelques heures le destin de la France va évoluer à grande vitesse : Charles X consent à abdiquer, au profit de son petit-fils, court-circuitant ainsi le duc d’Angoulême qui ne se rebiffe même pas : Louis XIX est roi pendant une demi-journée et le duc de Bordeaux devient Henri V (il restera le représentant des Légitimistes) sous la protection de Louis-Philippe, régent…

Camille Pascal nous offre aussi des portraits sans concession des autres protagonistes : Thiers, journaliste raillé pour son accent méridional et qui sent qu’il peut jouer un rôle politique, Talleyrand qui tire toujours aussi bien les ficelles, Marmont, duc de Raguse maréchal quia trahi Napoléon en 1814 pour rester fidèle à la monarchie et qui traînera ette trahison toute sa vie :

« Lui, élevé par l’Empereur jusqu’à sa propre gloire et qui s’était ruiné et perdu de réputation pour servir les Bourbons. Lui, Marmont, dont le nom était devenu synonyme de trahison aux yeux des demi-soldes à cause de cette triste affaire,à la suite de laquelle les mauvaises langues avaient forgé le méchant mot de« ragusade » pour l’exprimer »…

Les écrivains n’ont pas la part belle, avec Chateaubriand en ultra, Stendhal qui court les jupons, passant à côté de ce qui se joue, Vigny militaire endurci… les protagonistes sont nombreux, donc il est difficile de parler de tous et certains étaient sortis de ma mémoire depuis longtemps, alors au début, je me suis un peu égarée dans les titres de certains…

Le titre est bien choisi : quatre rois vont se succéder, certains pour quelques heures, au cours de cet été caniculaire : Charles X, Louis XIX, Henri V et Louis-Philippe qui remportera la mise.

J’ai beaucoup aimé ce livre, pavé de 672 pages, que j’ai dévoré ! je connaissais mal l’histoire de Charles X et j’avais oublié beaucoup de choses apprises il y a fort longtemps. Il me restait des souvenirs des trois glorieuses et les dates clés, la succession des différents monarques, mais tout le reste était loin. Évidemment, je me suis retrouvée plongée dans les bouquins, surfant sur internet pour atténuer mes lacunes !

Fan d’Histoire ou pas, foncez ! ce livre se lit comme un polar !

#L’étédesQuatreRois #NetGalleyFrance

 

 

 

L’auteur

Haut fonctionnaire, Camille Pascal est agrégé d’Histoire. Après avoir enseigné en Sorbonne et à l’EHESS, il a été le collaborateur de plusieurs ministres et le conseiller du président de la République Nicolas Sarkozy. Il est notamment l’auteur de Scènes de la vie quotidienne à l’Élysée, des Derniers Mondains et de Ainsi,  Dieu choisit la France.

 

Extraits

 

Au moment de l’élévation, le roi se prosterna, priant à nouveau pour la France, pour ce frère martyrisé qui lui avait laissé une couronne tachée du sang de Saint Louis et pour son fils poignardé un soir de fête. Sa Majesté n’aimait pas à penser mais se plaisait à prier. Sur la recommandation de son directeur de conscience, il associa à ses prières sa pauvre femme morte depuis des lustres et dont il ne parvenait pas à se rappeler exactement son visage, tant il l’avait peu regardée de son vivant.

 

L’esprit de la révolution n’a jamais abandonné une partie de la population. C’est à la monarchie qu’on en veut. Si je cédais, ils me traiteraient comme ils ont traité mon malheureux frère. Sa première reculade a été le signal de sa perte…

 

L’Histoire finirait-elle par entrouvrir une porte à sa génération ? Pour ceux qui n’avaient connu ni la grande aventure révolutionnaire ni les champs de bataille de l’épopée impériale, l’heure était venue, il en était convaincu, et si la bêtise d’un ministre dévot et l’aveuglement d’un vieillard couronné leur ouvraient la porte, il fallait s’y engouffrer. Thiers dans son journal s’apprêtant à publier une tribune contre les ordonnances 

 

Devenant euphorique devant des dames qui l’entouraient, Stendhal plaisanta de plus belle en décrivant la foule d’ouvriers et de boutiquiers qui, sous ses fenêtres, s’amusait à tirer sur les lanternes avec de vieilles pétoires et à marcher sans savoir où elle allait, ni même ce qu’elle voulait…

… A son avis, il n’existait aucune comparaison possible entre les héros du 14 juillet et ces ouvriers au chômage juste capables de briser des vitres mais qu’un coup de canon suffirait à faire décamper de Montmartre.

 

Thiers s’était fait une raison politique. L’émeute avait besoin d’un chef sans quoi elle tournerait à la révolution et la révolution à l’anarchie sanglante…

… La république dont son ami Carrel rêvait tout éveillé, n’était qu’une chimère inaccessible à un peuple enfantin livré à ses plaisirs, à ses peurs et à ses émotions. Dans ces conditions il ne pouvait y avoir de place, à ce moment de l’histoire de France, que pour une révolution à l’anglaise.

 

 Il était l’heure pour le fils de Philippe Égalité d’entrer en scène, mais encore fallait-il lui parler et l’en convaincre, et le temps pressait car, lorsque l’Histoire chausse ses bottes de sept lieues, il n’est pas d’autres choix que de courir à son rythme, au risque de se retrouver distancé à jamais et massacré par l’arrière-garde des temps nouveaux. Thiers

 

Partout, l’on montait des barricades, partout le peuple, partout les trois couleurs aux fenêtres, partout la haine des Bourbons. Paris était déjà entré en révolution et, si l’on n’y prenait garde, cette crue aussi soudaine que violente emporterait tout, le roi et ses ministres, mais l’État et la paix civile ensuite. Un matin, ils se réveilleraient, mais il serait trop tard, et alors il leur faudrait subir le sort des Girondins et s’offrir en holocauste au rasoir national.

 

Paris n’avait jamais compris l’intérêt, pour ne pas dire l’affection, que le prince de Talleyrand, qui savait manier le mépris comme un fouet et l’esprit comme une cravache, témoignait à ce Provençal sans naissance et qui, selon certains, sentait encore l’huile d’olive, mais, c’était un fait, le journaliste pouvait se présenter à toute heure du jour et de la nuit chez le grand chambellan de la Cour, il serait aussitôt reçu en ami.

 

Sa Majesté rêvait mal. Un même cauchemar revenait toujours. Son frère l’appelait au secours de l’autre côté de la rive, mais il lui était impossible de franchir la mer qui les séparait car, chaque fois qu’il cherchait à s’en approcher, elle se teintait de sang et il reculait aussitôt, de peur de gâter son bel habit de drap d’argent. Il s’en faisait toujours le reproche au réveil, mais son costume de cérémonie de l’ordre du Saint-Esprit paraissait dans son rêve une chose bien plus précieuse à sauvegarder que la vie de son propre frère. Tout cela n’avait bien sûr aucun sens et apportait la preuve que les rois, eux aussi, font des rêves idiots.

 

Le pouvoir quittait inexorablement l’Hôtel de Ville pour le Palais-Royal et le Palais-Bourbon. La commune de 1830 avait vécu et Thiers se chargeait déjà de ficher et de faire intimider les partisans de la république pendant que son journal chantait sur ordre les glorieuses journées de juillet.

 

Quel crime, lui et son frère, Louis XVI, avaient-ils donc commis sinon d’aimer et d’admirer cette statue équestre vivante qui écrasait de Sa Magnificence royale leurs premières années ? La mort de son frère et celle de son fils Berry n’avaient-elles pas suffi ? Fallait-il aussi la sienne ? lundi 2 août 1830

 

Louis-Philippe, qui voulait simplement se laisser glisser sur le trône de ses cousins comme par accident, restait attaché à la Charte concédée par Louis XVIII en 1814, mais les députés républicains, Bérard en tête, ne l’entendaient pas de cette oreille. Si le tour de passe-passe dynastique sauvait la monarchie, du moins exigeaient-ils qu’elle soit établie sur une Constitution républicaine. Vendredi 6 août 1830

 

Comment distribuer alors les places d’honneur autour d’une table ronde qui n’avait ni côté droit ni côté gauche ? Jamais Sa Majesté ne consentirait à se rendre complice d’un tel désordre des rangs qui porterait l’atteinte la plus grave à la dignité royale depuis que l’on avait contraint son frère le roi Louis XVI à lever son verre à la santé de la nation.

 

 

Lu en novembre 2018