Publié dans Littérature francophone, Rentrée littéraire

« Maggie une vie pour en finir » de Patrick Weber

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai découvert sur le site NetGalley, dont je ne connaissais ni l’auteur (ni le roman d’ailleurs) , seulement un résumé très tentant :

 

Maggie une vie pour en finir de Patrick Weber 

 

Résumé de l’éditeur    

 

A l’occasion du 100e anniversaire de la victoire de 1918, le roman de Maggie raconte le destin vrai d’une femme dont la vie a été bouleversée par la Première guerre mondiale.
Les guerres sont propices à la naissance des grandes histoires d’amour. En période de conflit, on aime avec passion et rapidité, comme si chaque jour était le dernier. Des vies basculent au milieu des morts qui se succèdent. La société change de visage et l’Europe se dirige, sans le savoir, vers un autre désastre.

A l’occasion du centième anniversaire de la victoire de 1918, le roman de Maggie raconte le destin d’une femme dont la vie a été bouleversée par le conflit. On y retrouve l’esprit de Downton Abbey et celui de la jeunesse d’Agatha Christie qui se porta volontaire dans les hôpitaux et dont Maggie sera une fidèle lectrice. Mais on y croise aussi les affres de la Seconde Guerre mondiale, l’ombre de la Guerre Froide et la folie consumériste qui caractérise les lendemains de conflit. Un monde jeté à terre n’a qu’une seule volonté, celle de renaître plus grand, plus beau et plus fort. Mais quand les  » golden sixties  » surgissent, il est trop tard pour les témoins des heures sombres. Ils incarnent des épisodes tragiques que chacun cherche à oublier.

A travers la vie, les choix et la mort de Maggie, c’est l’histoire de ces innombrables femmes du XXe siècle qui s’incarne. On les a un peu oubliées mais les femmes d’aujourd’hui leur doivent beaucoup.
Parti sur les traces de sa grand-mère et de ses origines familiales, Patrick Weber nous conduit d’Altrincham à Manchester, de Londres à Bruxelles, d’Anvers aux camps de concentration allemands.

 

Ce que j’en pense   

 

Un homme décide de retrouver la trace et l’histoire de sa grand-mère maternelle, qu’il n’a pas connue, dont sa mère lui a parlé, mais pas assez alors il retourner dans la ville où elle est née et a passé toute son enfance. Il va ainsi passer un week-end en Angleterre, où il n’a encore jamais mis les pieds.

Mais comment reconstituer son histoire ? Il va enquêter comme « le journaliste qu’il est », se glissant dans les pas de Maggie, interrogeant les archives et lui donner vie en choisissant de  raconter l’histoire à la première personne.

« Elle s’appelait Maggie et elle était belle, si j’en juge d’après les quelques photos qui ont surnagé suite au naufrage de son existence. »

L’éducation est brutale dans cette famille de sept enfants : le père est alcoolique, boit sa paye au pub et cogne sa femme à son retour, faisant régner la terreur dans la maison, la mère est soumise s’activant du matin au soir. Les garçons sont beaucoup mieux traités que les filles dont le futur consistera à devenir blanchisseuse et rapporter de l’argent à la maison ; les garçons sont destinés à la mécanique comme leur père pour prendre le relais.

Lors d’une énième scène de violence, les filles décide d’accueillir leur père d’un coup de casserole et croient le laisser pour mort :

« Dans la légende familiale, l’épisode prit le nom de « la nuit de la casserole » et elle s’ancra profondément dans nos mémoires. Il reste en tout cas un secret bien gardé des sœurs Sowerbutts, et nul ne devait jamais être mis dans la confidence.« 

 

A force de visser tout le monde, la fille aînée tente de petites rébellions, en allant chez les commerçants jouer la grande dame, mais le destin sera cruel pour elle.

Maggie est différente, elle est plus rebelle et profitera de la guerre pour s’engager comme infirmière, sous l’influence du pasteur aux idées gauchistes, exécré par son père, qui le considère comme l’œil de Moscou… ce métier lui convient car elle possède l’empathie nécessaire, même si parfois elle ne prend pas assez de recul et se laisse envahir par toute la souffrance des blessés.

J’ai beaucoup apprécié toute la partie concernant l’enfance pauvre, la manière de fonctionner de cette famille, puis la rencontre avec Joseph, blessé de guerre, qui en gardera des séquelles funestes, qui aime dessiner, peindre, cet homme tout à l’opposé du père de Maggie. Joseph est un personnage très intéressant et extrêmement attachant, il sera un solide pilier pour elle.

Puis je finis par être intriguée par ce drôle de visiteur qui semblait accepter son sort sans se plaindre. Un tel comportement ne ressemblait pas à celui d’un continental, toujours impatient et, c’est bien connu, très expansif. 

J’ai eu plus de mal avec Maggie, dans son rôle de mère que je qualifierai de toxique : elle est en adoration devant son fils Charles et lui passe tout, le transformant en petit tyran avec sa petite sœur, puis en ado et adulte rebelle. A côté, la petite Joyce est transparente. Maggie est tellement en extase devant son enfant, dieu vivant, qu’elle la regarde à peine.

En fait, ce ne sont que les conséquences de l’éducation qu’elle a reçue, où seuls les garçons étaient considérés, et il ne fallait jamais montrer la moindre émotion, alors comment aurait-elle pu faire, on ne lui a pas donné la clé, dans cette famille où il fallait toujours « faire comme si » !

On sent une fêlure psychologique qui devient de plus en plus pathologique, au fur et à mesure que les deuils s’accumulent, et on voit Maggie  sombrer dans un délire de persécution  que l’auteur exprime très bien. Il nous livre aussi une belle description du deuil quand il devient pathologique, de la dépression…

Patrick Weber reconstitue très bien l’atmosphère de l’époque, la guerre, la faim, la souffrance des blessés et j’ai appris pas mal de choses sur l’invasion de la Belgique par le Kaiser, violant les traités qui garantissaient sa neutralité. Les blessés de guerre belges étaient envoyés poursuivre leurs soins en Angleterre

Il nous offre aussi une belle description de la vie quotidienne en Belgique durant l’entre-deux guerres et l’invasion par les troupes d’Hitler, la résistance qui s’organise, les trahisons, (Maggie est l’Anglaise, donc l’ennemie dans la Belgique qui a capitulé…

J’ai bien aimé ce roman car on s’attache à Maggie malgré ses problèmes, et l’idée de parler en son nom, à la première personne, tout au long du roman est très intéressante même si elle spolie parfois l’histoire. Ce livre résonne particulièrement dans le contexte de commémoration des cent ans de l’armistice de la première guerre mondiale, et on sent flotter ce climat particulier avec la montée des nationalismes qu’on pensait impossible, il y a quelques années à peine.

Je remercie vivement NetGalley et les éditions Plon qui m’ont permis de lire ce roman et de découvrir Patrick Weber, dont l’écriture est très agréable. Un livre que l’on ne peut plus lâcher lorsqu’on l’a commencé…

#PatrickWeber #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Historien de l’art, archéologue et journaliste, Patrick Weber est l’auteur de nombreux romans historiques. Il vit entre Bruxelles, Paris et Rome.

Site officiel : http://www.patrick-weber.com     

 

 

Extraits   

 

Je n’étais que le spectateur obligé du tragique roman de ma famille perdue, décliné avec force détails par une mère aussi aimante qu’épuisante.    

 

L’âge venant, le futur a une fâcheuse tendance à se raccourcir et le passé offre de nouvelles raisons de rester vivant.   

 

Je suis, d’une certaine manière, l’autre fils de Maggie. Un troisième Charles dont je porte aussi le prénom. Le Charles qu’elle n’a jamais connu. C’est son histoire que je suis venu retracer en cette belle matinée à Manchester.    

 

Fini de faire comme si, je serai désormais une jeune femme moderne, comme celles que j’imaginais arpenter les rues de Manchester. Une femme capable d’agir, de penser et de faire des choix par elle-même.   

 

Être parent revenait à vouloir le meilleur pour ses enfants qui, pour leur part, attendaient autre chose de la vie. Et quand nous sortions des clous, une bonne torgnole était toujours là pour nous le rappeler.  Les grands savaient mieux que nous qui étions ignorants, et il ne nous serait jamais venu à l’idée de nous rebeller.       

 

Quand on est heureux, on redoute toujours le malheur qui arrivera tôt ou tard. Et, quand on est malheureux, on finit par penser que le bonheur n’existe pas.   

 

Les jours se suivaient et je compris à quel point tout le monde me persécutait. Je mesurais à quel point ils avaient été jaloux de nous. Derrière leurs beaux sourires de convenance se cachait la volonté de nous voler notre bonheur…   

 

Je me réveillai dans un lit d’hôpital. J’étais au désespoir parce que j’avais espéré un instant être morte.  La mort n’est pas assez bonne camarade pour venir vous cueillir quand vous le souhaitez.   

 

 

Lu en novembre 2018

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

10 commentaires sur « « Maggie une vie pour en finir » de Patrick Weber »

  1. Les extraits donnent envie et j’aime lire des romans sur cette période de l’histoire…Je découvre l’auteur grâce à toi car je l’avoue je n’en avais jamais entendu parler et je vais donc aller jeter un oeil à sa biblio…En tous les cas comme d’habitude tu en parles très bien et me donne envie de le rajouter à ma liste. Je n’ai jamais utilisé Netgalley…je sais que cela permet de lire en numérique (ce que je fais de temps en temps) mais je ne suis jamais allée au delà ! Bon week-end

    Aimé par 1 personne

    1. moi non plus je ne connaissais pas et sans ce site je serais passée à côté, car je n’avais pas vu ce roman
      en fait il a été proposé en accès libre pendant 24h ! cette femme m’a beaucoup plu je suis conquise 🙂
      j’ai hésité plusieurs mois avant de m’inscrire sur NetGalley mais je suis vraiment ravie
      j’ai reçu une dizaine de livres et je suis du coup retourner sur ma liseuse!!!
      je vais parler d’un coup de cœur ce week-end : il m’a tellement plu que je radote dans la rédaction 🙂
      bon week-end à toi aussi!

      J'aime

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