Publié dans Littérature allemande, Littérature contemporaine

« Les morts » de Christian Kracht

 

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui m’a donné du fil à retordre:

 

les morts de Christian Kracht 2

 

Quatrième de couverture    

 

« À la fin de sa vie, Nägeli dira qu’en cent ans de cinéma, il n’y avait eu que cinq génies – Bresson, Vigo, Dovjenko, Ozu et lui-même. »

Au début des années 1930 un haut fonctionnaire japonais imagine la création d’un axe celluloïdique entre Tokyo et Berlin. C’est ainsi qu’un réalisateur suisse et mélancolique, Emil Nägeli, part au Japon tourner un film – et surtout retrouver sa maîtresse.

Entre farce et histoire, fascinant roman sur l’art et l’impérialisme des images, Les Morts a reçu le Schweizer Buchpreis (Prix du livre suisse) en 2016. Il est en cours de traduction dans le monde entier.

 

Ce que j’en pense    

 

J’ai choisi ce roman via une opération « masse critique » spéciale de Babelio car l’époque me plaisait et l’idée de constituer un axe Japon-Europe dans le milieu cinématographique pour concurrencer la machine Hollywood toute puissante titillait ma curiosité.

Déjà, la scène inaugurale, filmée spécialement pour le projet, est d’une violence extrême ; c’était donc mal parti, mais je ne me laisse pas décourager facilement alors j’ai décidé de continuer…

Pour situer l’action, nous sommes en pleine république de Weimar, le monde politique allemand commence à voir émerger des personnalités qui feront carrière dans le 3e Reich, et au Japon, règne l’empereur

Le roman met en scène un réalisateur suisse Emil Nägeli dont la vie est bien tristounette mais le projet le stimule un peu, alors il se rend en Allemagne rencontrer des professionnels et le séjour à Berlin est très perturbant pour lui. Son père est mort il y a un an et leurs relations n’ont jamais été au beau fixe : son père l’a appelé toutes sa vie Philip, avec toute une série de diminutifs loin d’être élogieux. Bref un père tyrannique, cruel, méprisant.

A l’autre bout de la planète, nous avons Amakasu, qui vient de regarder la fameuse scène inaugurale, qui le révulse au plus haut point… Ce personnage est très intéressant, par son comportement ses failles ; il a grandi sans affection, alors que ses parents étaient des esprits libéraux, envoyé très jeune dans un internat où les châtiments corporels régnaient en maître : « un de ces lieux de tabassages les plus impitoyables de l’Empire ».

J’ai abandonné ce roman une première fois au bout de trente pages car je le trouvais vraiment toxique, cruel, noir… je lui ai quand même donné une seconde chance, en alternant avec d’autres lectures, car Amakasu par son enfance particulière, son côté surdoué, et la manière dont il devenait de plus en plus perturbé psychologiquement (un vrai cinglé serait plus adapté, mais restons courtois !)

On croise des personnages plutôt cocasses, tel Kikuchi, professeur d’Allemand, espion dormant qui ne sait plus s’il doit toujours espionner ou non et qui fut le professeur d’Amakasu. On rencontre Charles Chaplin, en tournée au Japon, qui participe à une réception où circule notre ami Amakasu.

Détail, cocasse lui-aussi, tous deux sont invités à dîner chez le Premier ministre, Tsuyoshi Inukaï,  mais Chaplin ne reçoit pas le message et se rend à un spectacle de Nô, ce qui lui permet d’échapper à un attentat:

« Ce soir-là, Chaplin assiste à une représentation de nô en compagnie d’Inukaï junior et d’Amakasu,  pendant que de jeunes cadets de la marine pénètrent furtivement en chaussettes dans la résidence, afin de tuer le Premier ministre et le comédien prétendument présent au motif que ces derniers remettent en question la supériorité du caractère national japonais, le Kokutaï. »

Et là, j’ai laissé tomber définitivement, car après cet épisode intéressant, on revenait sur Nägeli et à l’histoire elle-même, qui décidément ne m’intéressait pas.

Je n’aime pas critiquer un livre que je n’aime pas sans lui avoir laissé une chance, mais, malgré une belle écriture, des personnages .intéressants, ce livre n’est pas pour moi. Je  suis peut-être passée à côté, vus les prix et les critiques en Allemagne… Je remercie néanmoins vivement Babelio et les éditions Phébus qui m’ont permis de découvrir l’auteur.

Lien vers le site lors de la publication en allemand +++

https://www.ipw.lu/christian-kracht-die-toten/#.W6eRZ_aYSM8

 

 

Extraits    

 

Son père était mort un an plus tôt. Sans crier gare, comme si le décès du père pouvait avoir été un premier signe annonciateur de sa propre mortalité, l’entre-deux-âges avait fait son apparition, subrepticement, du jour au lendemain, avec toute sa dissimulation pudique, avec l’épanouissement secret de son pathétisme, la constance pourpre de son apitoiement sur soi. P 16   

 

Il suggérait qu’on voulût bien envoyer rapidement d’Allemagne des professionnels prêtsà travailler au Japon avec les excellents objectifs de Carl Zeiss et les incomparables pellicules Agfa afin de filmer, de produire, et par là – s’il l’on pouvait dire – de contrecarrer l’impérialisme culturel des États-Unis d’Amérique, dont les formes s’étaient propagées, tel un virus, dans le royaume de l’ère Showa, surtout dans le cinéma et de ce fait, bien sûr, dans la rue et au sein du peuple… P 17   

 

L’enfance de Masahiko Amakasu, que son souvenir déclinant lui représentait aussi sourde et terne qu’un ciel d’hiver, avait été celle d’un gamin étrange, extrêmement précoce, qui à même pas trois ans faisait à ses parents la lecture du journal avec empathie, et à cinq, s’adonnait à des fantasmes de suicide d’une ingéniosité méticuleuse et d’une subtilité sublime et, la nuit, sortait en cachette dans le jardin de ses parents creuser des trous sous les buissons de genêts afin d’y cacher sa volumineuse collection d’illustrés violents dont on lui interdisait la possession en le menaçant de sévères châtiments corporels. P 41   

 

Son fils lui faisait l’effet d’être possédé par un démon impitoyable le contraignant à céder à une soif de savoir de plus en plus grotesque. Nombre de parents auraient souhaité avoir un enfant aussi doué, les Amakasu, eux, en éprouvait de l’horreur. P 44   

 

Quelle différence touchante, tout de même avec les gens simples de son pays, s’était-il dit. Les Japonais étaient traversés par l’existence, par l’instantanéité de l’univers. P 55   

 

Amakasu remarqua à quel point Chaplin paraissait charismatique et intelligent, et combien cet ennemi serait dangereux, et la puissance que sa culture était en mesure d’exercer et surtout l’étroite affinité qui unissait la caméra et la mitrailleuse. P 85  

 

Lu en septembre-octobre 2018

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

13 commentaires sur « « Les morts » de Christian Kracht »

  1. Cela arrive et comme toi j’aime bien essayer de lire jusqu’au bout un roman et de lui laisser une chance si je puis dire, m »imprégner de l’ambiance, mieux connaître les personnages, mais parfois ce n’est pas le bon moment pour une rencontre, voilà tout ! Merci de ton ressenti. J’irai lire les critiques positives sur babelio

    Aimé par 1 personne

    1. ce qui est curieux avec ce roman, c’est le fait que je me retrouve avec beaucoup d’extraits qui m’ont plu alors que l’histoire en elle-même non! alors qu’il tenait un sujet intéressant! cela reste un mystère!
      je le terminerai peut-être par curiosité 🙂

      J'aime

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