Publié dans Littérature islandaise, Polars

« Snjor » de Ragnar Jonasson

Dans le cadre de mon opération « Neurones en vacances », place à un polar islandais avec :

 

Snjor de Ragnar Jonasson

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

 

Siglufjördur, ville perdue au nord de l’Islande, où il neige sans discontinuer et où il ne passe jamais rien. Ari Thór, qui vient de terminer l’école de police à Reykjavik, y est envoyé pour sa première affectation. Mais voilà qu’un vieil écrivain fait une chute mortelle dans un théâtre et que le corps d’une femme est retrouvé, à moitié nu, dans la neige. Pour résoudre l’enquête, Ari Thór devra démêler les mensonges et les secrets de cette petite communauté à l’apparence si tranquille.

 

CE QUE J’EN PENSE

 

Une fois n’est pas coutume, je vais être très brève !

J’aime bien les polars islandais, notamment Arnaldur Indridason, et son flic qui marche un peu au ralenti, mais la plupart du temps avec une énigme intéressante, ou un contexte historique ou politique particulier et peut-être aussi parce que ce pays me fascine…

Donc, je me suis dit, pourquoi ne pas tenter l’aventure avec le petit nouveau : Ragnar Jónasson (découvert, je cite, par l’agent d’Henning Mankell !) et bien je n’ai pas été déçue du voyage…

Une histoire improbable à Siglufjördur, une ville où il ne se passe jamais rien d’habitude et là, bizarrement Ari Thór, un jeune homme frais émoulu de son école de police, qui a tenté d’abord des études, de philo, puis la théologie, fait son apparition et… deux morts suspectes…

C’est lent, les personnages sont peu crédibles, leur psychologie réduite au minium, (même les histoires d’amour ou de couple). En prime, il neige toute la journée, et l’auteur insiste lourdement, pour un peu on compterait les flocons, ce qui plombe encore plus l’ambiance.

Bref, je me suis ennuyée car l’intrigue ne commence à s’animer un peu qu’aux alentours de la 250ème  page (je n’ai pas compté en fait…) alors qu’il y en a 335 en tout, et je me suis même endormie sur le livre, un comble pour un polar.

J’ai terminé ce roman quand même pour ne pas avoir de regrets mais je ne continuerai sûrement pas à suivre cet auteur…

Sur la quatrième de couverture on peut lire cette appréciation de l’Express qui me laisse rêveuse : « Ragnar Jónasson s’octroie une jolie place derrière Arnaldur Indridason et Yrsa Sigurdardóttir », et pourquoi ne pas parler de révélation pendant qu’on y est…

 

EXTRAIT

 

Voici un extrait, choisi sans parti pris pour illustrer mon propos:

 

La veille, il s’était arrêté dans la petite librairie pour acheter un roman juste paru qui figurait sur sa liste de Noël. Il ne pouvait compter sur personne d’autre pour le lui offrir. A vrai dire, sa liste de cadeaux n’existait que dans sa tête et même Kristin, l’année précédente, n’avait pas pu deviner ce qu’elle contenait quand elle avait choisi un roman pour lui. Ses parents lui offraient toujours un livre à Noël. La tradition islandaise de lire un nouveau livre la veille de Noël jusqu’aux petites heures du matin tenait un rôle important dans sa famille. A treize ans, à la disparition de sa mère et de son père, il partit vivre chez sa grand-mère. Depuis, il mettait un point d’honneur à s’acheter un livre à chaque Noël, un titre qui lui faisait particulièrement envie. P 73

 

LU EN AVRIL 2018

 

 

Publié dans Challenge Portugal mon amour, Littérature portugaise

« Le banquier anarchiste » de Fernando Pessoa

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui a patienté longtemps sur une étagère de ma bibliothèque, jusqu’à ce challenge littérature portugaise :

 Le banquier anarchiste de Fernando Pessoa

 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

 

Ce texte paru en 1922 sous le nom de Pessoa, est un véritable brûlot, aussi explosif, détonnant et jubilatoire aujourd’hui que lors de sa publication. Si ce banquier anarchiste nous enchante par son esprit retors, ses raisonnements par l’absurde et une mauvaise foi réjouissante, la véritable dimension du livre, cependant, n’est pas là : il s’agit en fait d’un pamphlet incendiaire contre la « société bourgeoise » (autrement dit la nôtre), ses hypocrisies et ses mensonges. C’est aussi une dénonciation du pouvoir de l’argent qui mine de l’intérieur le bien le plus précieux de l’homme : la liberté.

Pessoa déploie ici, pour sa démonstration, une rhétorique étourdissante alliée à une ironie féroce, révélant ainsi une facette encore peu connue de son génie multiforme.

Cette traduction inédite de Françoise Laye, l’auteure de la grande traduction du « Livre de l’intranquillité », a été faite à partir de l’édition définitive du « Banquier anarchiste » parue en 1999 chez Assirio et Alvim et établie par Manuela Parreira da Silva.

CE QUE J’EN PENSE

 

Magique, brillantissime, machiavélique…

L’auteur nous montre de façon magistrale comment la révolte contre l’injustice et les inégalités entraine l’anarchisme, en nous expliquant la notion de fiction sociale., que constitue la société dans laquelle on vie.

« De ce que vous avez dit, je conclus que vous entendez par anarchisme (et ce serait là une bonne définition) la révolte contre toutes les conventions, toutes les formules sociales, en même temps que le désir et la volonté de les abolir totalement. » P 19

Au passage Fernando Pessoa règle ses comptes avec la notion de Dieu, religion, devoir altruisme car ce ne sont que des tentatives d’explications pour contenir les gens. Il est également féroce avec la révolution russe, toute récente,  qu’il accuse de remplacer une dictature par une autre.

« Et vous verrez ce qui sortira de la révolution russe… Quelque chose qui va retarder de plusieurs dizaines d’années la naissance de la société libre… D’ailleurs que peut-on attendre d’un peuple d’analphabètes et de mystiques ? » P 27

Notre banquier explique son cheminement sur la nécessité de devenir soi-même, donc forcément égoïste pour arriver à la véritable anarchie qui ne peut être qu’individuelle, car sitôt que les hommes forment un groupe, certains veulent accaparer le pouvoir. A une tyrannie succèdera forcément une autre.

Il ne s’agit pas de détruire ce qui existe. L’anarchie ne peut donc être qu’une démarche individuelle, en tentant de changer la société, chacun dans son domaine, fût-il la bourgeoisie ou l’argent.

« Si la société anarchique, pour une raison quelconque, n’est pas réalisable, alors il faut bien qu’existe la société la plus naturelle après celle-là, c’est-à-dire la société bourgeoise. » P 48

Notre banquier s’en donne à cœur joie, étripant au passage la propagande et son inefficacité ainsi que  les anarchistes qui s’en prennent aux biens matériels et vont ainsi à l’encontre de leur objectif initial, car peuvent être arrêtés, jugés…

Il n’hésite pas à être provocateur, poussant le raisonnement à l’extrême, décortiquant chaque idée, pour la pousser dans ses moindres retranchements, ne reculant devant aucune affirmation péremptoire, prenant le risque de choquer le lecteur, tout en l’entraînant dans sa logique.

Il ne faut jamais perdre de vue, au cours de cette lecture, que Fernando Pessoa a publié ce texte retouché à maintes reprises, en 1922, ce qui était sacrément culotté à l’époque ! il est brillant, manie l’ironie avec dextérité et dénonce l’hypocrisie de la société de façon magistrale.

Ce livre mérite amplement le qualificatif de brûlot explosif, détonant et jubilatoire, que lui attribue Françoise Laye dans sa préface. J’ai dévoré ce livre, alors qu’il ne me semblait pas si simple d’accès au départ car je voulais absolument savoir où il allait m’entraîner et si j’allais le suivre dans son raisonnement ; c’est un véritable uppercut, il est difficile d’enchaîner tout de suite sur un autre roman ou essai.

Bravo Mr Pessoa, vous m’avez convaincue ! jusqu’à présent, je n’avais lu que quelques-uns de poèmes, par ci par là, mais il est temps que j’explore davantage votre œuvre avec, pour commencer, « Le Livre de l’Intranquillité « 

 

EXTRAITS

 

Je n’ai eu pour moi qu’une intelligence lucide et une force de volonté assez marquée. Mais c’étaient là des dons naturels, que mon humble origine ne pouvait me retirer. P 15

 

Or, qu’est-ce qu’un anarchiste ? C’est un homme révolté contre l’injustice qui rend les hommes, dès la naissance, inégaux socialement – au fond, c’est ça, tout simplement. Il en résulte, naturellement, une révolte contre les conventions sociales qui créent cette inégalité. Ce que je vous indique en ce moment, c’est le cheminement psychologique, autrement dit, la façon dont on devient anarchiste ; nous verrons plus tard l’aspect théorique. P 17

 

On devient ceci ou cela en vertu des fictions sociales. Et, ces fictions sociales, pourquoi sont-elles mauvaises ? Parce que ce sont des fictions, parce qu’elles ne sont pas naturelles. L’argent ne vaut pas mieux que l’État, et la famille que les religions. P 20

 

Mais si, à la suite d’un évènement soudain, la révolution sociale se trouve un jour réalisée, alors, à défaut d’une société libre (car l’humanité ne peut pas y être déjà préparée) on verra s’installer à sa place la dictature de ceux qui veulent précisément instaurer la société libre. P 25

… C’est l’argument que ces crétins qui défendent la « dictature du prolétariat » emploieraient pour la défendre, si seulement ils étaient capables de penser et de raisonner… P 26

 

Oui, cette même logique qui me démontre qu’on ne naît pas pour être marié ou Portugais, ou riche ou pauvre, me démontre aussi qu’on ne naît pas pour être solidaire, mais seulement pour être soi-même. Donc, le contraire d’un être altruiste et solidaire, c’est-à-dire quelqu’un exclusivement égoïste. P 36

 

On ne fait pas la révolution parce qu’on doit mourir, ou qu’on est petit alors qu’on aurait voulu être grand. P 48

 

En effet, on peut supposer que la longue accoutumance des êtres humains aux fictions sociales, qui créent par elles-mêmes de la tyrannie, pervertit leurs qualités naturelles dès la naissance ; dès lors, ils tendent à tyranniser autrui spontanément, même ceux qui sont le moins enclins à le faire… P 51

 

Le « combat » ne se déroule pas parmi les membres de la société bourgeoise, mais parmi les fictions sociales sur lesquelles elle repose. Or, les fictions sociales ne sont pas des gens sur lesquels on puisse tirer… P 60

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LU EN AVRIL 2018

 

 

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Femme à la mobylette » de Jean-Luc Seigle

Place aujourd’hui au dernier livre de Jean-Luc Seigle avec :

 Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle

 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Abandonnés par tous, Reine et ses trois enfants n’arrivent plus à faire face. Sa vie finit par ressembler à son jardin qui n’est plus qu’une décharge. Tant de richesses en elle voudraient s’exprimer et pourtant son horizon paraît se boucher chaque jour davantage. Seul un miracle pourrait la sauver… Il se présente sous la forme d’une mobylette bleue. Cet engin des années 1960 lui apportera-t-il le bonheur qu’elle cherche dans tous les recoins de ce monde et, surtout, à quel prix ?

Jean-Luc Seigle dresse le portrait d’une femme au bord du gouffre qui va se battre jusqu’au bout. Ce faisant, c’est une partie de la France d’aujourd’hui qu’il dépeint, celle des laissés-pour-compte que la société en crise martyrise et oublie.

 

CE QUE J’EN PENSE

Ayant beaucoup aimé « En vieillissant les hommes pleurent », je me suis laissée tenter par ce nouveau roman qui trônait sur la table consacrée aux nouveautés de la bibliothèque, donc difficile de résister…

Ce roman démarre sur une scène magistrale : Reine est assise près de la table de la cuisine, un couteau à côté d’elle et redoute d’avoir tué ses enfants car il règne un silence inquiétant dans la maison. Que s’est-il réellement passé?

L’auteur nous raconte l’histoire d’une femme, Reine, sur laquelle le destin s’acharne : elle est au chômage, a pris du poids car elle a enchaîné trois grossesses de suite et son mari l’a quittée pour une femme plus jeune, plus aisée. Elle a du mal à nourrir ses enfants et il est parfois difficile de payer la cantine pour qu’ils puissent avoir au moins un repas correct dans la journée. En plus, les services sociaux menacent de lui prendre ses trois enfants, son cher mari prétendant qu’elle est une mauvaise mère…

Comment trouver un travail quand on habite dans une maison assez retirée, sans moyen de locomotion et sans avoir suffisamment d’énergie pour s’accrocher à la vie ? Un jour, elle trouve la force de nettoyer le jardin, enseveli sous des tonnes de ferraille, bric-à-brac en tout genre, car elle veut voir l’herbe… et surprise, sous les gravats : une mobylette en état de marche.

On va assister à une transformation de cette femme, qui devient thanatopractrice, s’occupe des morts pour les rendre plus beaux pour les familles ; elle coud des sortes de patchworks avec des restes de tissus pour en faire des oreillers, des scènes qui symbolisent la vie des autres ou ses propres émotions.

Durant ses voyages à mobylette pour se rendre au travail, elle fait la connaissance d’un routier avec lequel elle va découvrir le véritable amour : il la traite avec délicatesse, elle se sent à nouveau vivante, femme, mais l’a-t-elle jamais été vraiment ?

Jean-Luc Seigle raconte cette femme, lui redonne une légitimité, une dignité qu’on lui a prise, (ou qu’elle ne s’est jamais vraiment sentie en droit d’avoir). Il lui donne vie, alors qu’elle a surtout vécu pour les autres, en s’oubliant au passage. Reine est inscrite dans une longue lignée de femmes qui ont eu des vies difficiles : l’exil, la nécessité de s’en sortir en faisant des travaux difficiles, les unes confortées par leur foi en Dieu, puis sa grand-mère, avec les rêve d’une utopie communiste chevillée au corps.

L’auteur excelle à décrire ces êtres dont la vie est difficile, un combat au quotidien pour survivre, avec les illusions d’un monde meilleur, les inégalités sociales, l’injustice dans ce monde qui se déshumanise, le travail des mains qui ne signifie plus rien à l’heure où tout se dématérialise… une histoire magnifique qui touche le lecteur…

Jean-Luc Seigle nous propose ensuite une réflexion qu’il a appelé « A la recherche d’un sixième continent » partant à la recherche de ce qu’on appelle le roman populaire, et les vrais portraits de femmes (une femme comme personnage principal, qui soit autre chose qu’une nunuche… il faut attendre Lamartine !). Cette réflexion qui nous emmène jusqu’à New-York, la statue de la liberté, les immigrants, Ellis Island, est magistrale.

J’ai beaucoup aimé Reine, son histoire, son combat et le regard sans complaisance que jette l’auteur sur la société de consommation.

 

EXTRAITS

En s’enfuyant, la nuit ne laisse plus derrière elle qu’une sorte de laitance grisâtre. « Tout finit dans l’absence et le silence absolu du monde ». Ça lui arrive parfois d’avoir des phrases qui lui viennent. Pas des phrases du dedans, des phrases du dehors qui s’encastrent en elle. Loin de la calmer, la phrase excite encore davantage une chose monstrueuse qui ne l’a pas laissée tranquille toute la nuit. P 11

Travailler avec des morts ne pouvait pas être pire que travailler à l’usine. Et puis, les morts, sûrement à cause de sa proximité depuis l’enfance avec les ancêtres, lui faisaient au fond moins peur que les vivants. P 32

Jamais Edmonde n’aurait pu imaginer jeter sa petite-fille dans un néant où le travail des mins n’aurait plus aucune valeur. Impossible pour une femme qui avait traverser le XXe siècle de prévoir une telle désolation malgré tous les coups portés aux ouvriers dont elle témoignait dans un petit carnet de moleskine noir que Reine avait bien pris soin de déposer dans son cercueil. P 55

Toute dépense devait produire une certaine éternité, et chaque chose devait durer parce qu’elle avait été durement acquise. P 62

Elle eut la nette impression d’avoir attendu le regard de cet homme toute sa vie. Un regard sans jugement, sans inquiétude et d’une infinie bonté… C’est peut-être ce qu’elle attend sans le savoir, un regard qui ne serait pas un regard de désir, plutôt un regard qui la soulèverait jusqu’à elle-même, jusqu’à lui faire croire en elle. P 63

Edmonde l’avait dit : croire, c’est faire comme les arbres qui poussent en direction du soleil, plus la forêt est épaisse et sombre, plus les arbres grandissent et s’étirent parce qu’ils ont plus à espérer de la lumière du ciel que des ombres de la terre. Ses ancêtres avaient fait la même chose pour échapper à l’obscurité du monde ordinaire. P 64

Mélanger le lait au chocolat, c’est renoncer aux siècles ! Les siècles ne sont pas le passé, ils sont l’histoire. P 119

Et puis, ce ne sont plus les idées, les combats des hommes qui font changer le monde, c’est l’argent, le seul Dieu auquel tout le monde se soumet et qui a aussi perverti le monde de l’art. P 147

 

 

LU EN AVRIL 2018

Publié dans Littérature américaine, Littérature contemporaine

« 4 3 2 1 » de Paul Auster

Je vous parle aujourd’hui d’un livre volumineux qui m’a accompagnée un bon moment, dans une période plutôt difficile :

4 3 2 1 de Paul Auster4 3 2 1 de Paul Auster la 4eme de couv

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR :

À en croire la légende familiale, le grand-père nommé Isaac Reznikoff quitta un jour à pied sa ville natale de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste, passa Varsovie puis Berlin, atteignit Ham- bourg et s’embarqua sur l’Impératrice de Chine qui franchit l’Atlantique en essuyant plusieurs tempêtes, puis jeta l’ancre dans le port de New York au tout premier jour du XXe siècle. À Ellis Island, par une de ces bifurcations du destin chères à l’auteur, le nouvel arrivant fut rebaptisé Ferguson.

Dès lors, en quatre variations biographiques qui se conjuguent, Paul Auster décline les parcours des quatre possibilités du petit-fils de l’immigrant. Quatre trajectoires pour un seul personnage, quatre répliques de Ferguson qui traversent d’un même mouvement l’histoire américaine des fifties et des sixties. Quatre contemporains de Paul Auster lui-même, dont le “maître de Brooklyn” arpente les existences avec l’irrésistible plaisir de raconter qui fait de lui l’un des plus fameux romanciers de notre temps.

 

CE QUE J’EN PENSE

Archibald Fergusson est un petit garçon juif qui naît en 1947 à Newark de l’union quelque peu improbable de Rose, photographe de son métier, et Stanley qui tient un magasin de meubles avec ses deux frères. L’auteur nous raconte comment son grand-père a fui Minsk pour entrer à New York le premier jour du XXe siècle et choisi malgré lui le nom de Fergusson pour entamer sa nouvelle vie :

« Votre nom ? demanda l’agent. Se frappant le front de frustration l’immigrant épuisé laissa échapper en Yiddish, Ikh hob fargessen ! (J’ai oublié !) Ainsi, Isaac Resnikoff commença-t-il sa nouvelle vie en Amérique sous le nom de Ichabod Fergusson. » P 7

Cette présentation constitue le temps 0 quel l’auteur désigne par le code 1.0. Ensuite, Paul Auster nous propose quatre avatars d’Archie pour démontrer que s’il se produit tel ou tel évènement, tel ou tel choix des protagonistes, la vie prendra un autre sens, une autre signification. Ainsi commence la narration où se succèderont en alternance les 4 vies : 1.1, 1.2 etc. le rythme se faisant en fonction du déroulement dans le temps.

On va ainsi explorer toute l’histoire des USA, croisant au passage les Kennedy, Martin Luther King, Malcolm X, les émeutes raciales, les milieux étudiants, sans oublier la guerre du Vietnam, la société américaine, avec ses travers, le racisme, la ségrégation, l’exil… l’auteur nous entraîne aussi dans ses autres centres d’intérêt : le journalisme, le cinéma, Laurel et Hardy, le théâtre et surtout la poésie (les traductions des poètes français sont savoureuses) et… Paris.

Paul Auster nous parle ainsi de l’effet domino, loi de causalité… selon l’endroit où on se trouve et dans quelle situation personnelle, familiale, si les parents s’entendent ou non, le lieu où l’on travaille, l’endroit où l’on habite, où l’on fait ses études, ou selon son orientation sexuelle, on évoluera de manière différente… même si on rencontre les mêmes personnes, si on a les mêmes aspirations, la vie peut prendre une direction toute autre.

Au passage, on retrouve aussi un questionnement sur Dieu, maître ou non de l’univers pour tenter d’expliquer ce qui nous échappe :

« Était-ce pour cette raison que l’homme a inventé Dieu ? se demandait Fergusson. Afin de dépasser les limites de la perception humaine en alléguant l’existence d’une intelligence divine toute puissante et capable de tout embrasser. »  P 288

L’auteur montre aussi comment un malheur peut se transformer ou non, en bienfait selon ce qu’on en fait, et donc soit on est acteur de sa vie soit on reste simple spectateur, soit on agit, soit on subit, seul ou avec les autres…

J’ai A.DO.RE ce roman, c’est un festival, et pourtant il est volumineux 1020 pages et pèse 1,2 kg donc on ne peut pas le lire n’importe où, il faut s’installer confortablement… Je n’arrivais pas à le lâcher (au propre comme au figuré !). Chaque fois que je passais à côté, en dehors des moments de lecture, je me disais, « j’adore ce bouquin, il est génial » j’ai dû le dire des centaines de fois tant j’étais subjuguée… Bref, j’étais devenue en deux temps et trois mouvements, une groupie de Paul Auster

L’histoire m’a énormément plu. Je me suis attachée à tous les avatars, quelque soit leur destin, je les ai accompagnés. Au début je prenais des notes pour ne pas me perdre, ne rien oublier et peu à peu je me suis laissée porter.

Je ne mets qu’un seul bémol, l’omniprésence du base-ball : je ne comprends rien à ce sport, et quand l’auteur se branche sur les matches, les scores, je me lasse très vite, mais je n’ai pas sauté les pages. Par contre j’ai eu moins de problèmes avec le basket, très présent également.

Ce n’est un secret pour personne, je connais peu la littérature américaine, à part quelques auteurs dont Philip Roth que j’aime beaucoup (en fait j’exagère, j’en ai quand même lu quelques-uns !) car les USA me tapent un peu sur le système, par leur histoire, leurs manières et l’ère Trump n’arrange rien… donc, c’est le premier livre de Paul Auster que je lis, j’avoue, mais quelle rencontre !

J’aime son style, son écriture, les phrases longues, dans lesquelles il est si bon de se laisser porter, comme dans les vagues de l’océan, la manière dont il parle de poésie, de littérature, de politique, de musique…

« … ces soirées au concert n’étaient rien moins qu’une révélation sur le fonctionnement de son propre cœur car il comprit que la musique était le cœur même, l’expression la plus parfaite du cœur humain, et après avoir écouté ce qu’il avait écouté, son oreille commençait à s’affiner, et mieux il écoutait plus il ressentait profondément la musique, à tel point que parfois son corps tremblait. » P 265

Immense coup de cœur donc !

Pour l’anecdote : j’ai emprunté ce livre à la bibliothèque et en tant que nouveauté, on a quinze jours pour le lire, donc il aurait fallu, au minimum, 80 pages par jour. Très rapidement, j’ai décidé de l’acheter car j’avais besoin de prendre mon temps, de me l’approprier, de revenir sur les différentes histoires, de relire des passages encore et encore…

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EXTRAITS

Une sélection difficile à faire, vue l’abondance de phrases qui m’ont plu…

 

Pour les Fergusson, la notion débile de Tous pour Un et Un pour Tous n’existait pas. Dans leur petit monde, c’était Tous pour Tous, ou rien. P 9

 

… Mais de tous les écrivains qu’elle découvrit pendant sa retraite forcée, ce fut Tolstoï qui la toucha le plus, ce démon de Tolstoï qui selon elle comprenait tout de la vie, tout ce qu’il y a à savoir du cœur humain et de l’esprit humain, que le cœur ou l’esprit soient ceux d’un homme ou ceux d’une femme, et comment se pouvait-il, se demandait-elle émerveillée, qu’un homme sache tout ce que Tolstoï savait des femmes, ce n’était pas possible qu’un homme puisse être tous les hommes et toutes les femmes, elle entreprit donc de lire presque tous ce que Tolstoï avait écrit, non seulement les grands romans comme « Guerre et Paix », « Anna Karénine » et « résurrection » mais aussi des œuvres plus courtes… P 39

 

Fergusson n’avait pas encore cinq ans mais il savait déjà que le monde se composait de deux royaumes, le visible et l’invisible, et que les choses qu’il pouvait voir étaient souvent plus réelles que celles qu’il voyait. P 47

 

A l’inverse, son père et oncle Dan étaient dévorés par leurs ambitions, qui paradoxalement rendaient leur monde plus étriqué et moins confortable que ceux qui échappaient à cette malédiction, car l’ambition revenait à n’être jamais satisfait, à toujours désirer davantage, à aller toujours de l’avant car aucun succès ne pourrait jamais être assez grand pour calmer le besoin d’autres succès encore plus grands, l’envie copulative de transformer un magasin en deux magasins…   P 115

 

… Mais si on prend le temps d’y réfléchir attentivement, papillon et âme ne sont pas si différents, après tout, tu ne trouves pas ? Le papillon débute dans la vie sous la forme d’un vilain vermisseau insignifiant et terre à terre, puis un jour la chenille fabrique un cocon, au bout d’un certain temps le cocon s’ouvre et il en sort un papillon, la plus belle créature du monde. Il en va de même pour l’âme, Archie. Elle se débat dans les profondeurs de l’obscurité et de l’ignorance, elle traverse dans la douleur des épreuves et des malheurs, et petit à petit elle est purifiée par ces souffrances, aguerrie par les difficultés qu’elle rencontre et un beau jour, si cette âme est digne de ce nom, elle sort de son cocon et prend son essor dans les airs comme un magnifique papillon. P 139

 

Fergusson le puritain moralisateur et sévère, Fergusson l’ennemi des us et coutumes de la classe moyenne enrichie, l’imprécateur omniscient qui fustigeait et méprisait cette nouvelle race d’Américains qui rêvaient d’ascension sociale et faisaient étalage de leur richesse – Fergusson, le gamin qui voulait prendre le large. P 283

 

Le temps se déplaçait dans deux directions parce que chaque pas dans l’avenir emportait avec lui un souvenir du passé, et même si Fergusson n’avait pas encore quinze ans, il avait déjà assez de souvenirs pour savoir que le monde qui l’entourait était façonné par celui qu’il portait en lui, tout comme l’expérience que chacun avait du monde était façonnée par ses souvenirs personnels, et si tous les gens étaient liés par l’espace commun qu’ils partageaient, leurs voyages à travers le temps étaient tous différents, ce qui signifiait que chacun vivait dans un monde légèrement différent de celui des autres. La question était de savoir dans quel monde vivait Fergusson aujourd’hui et de quelle façon ce monde avait changé. P 412

 

LU EN AVRIL 2018

Publié dans Littérature allemande, Polars

« Thérapie » de Sebastian Fitzek

Je vous parle aujourd’hui d’un thriller que j’ai lu entre deux autres romans forts, comme un sas de sécurité pour souffler un peu.

 

Therapie de Sebastian Fitzek

 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Josy, douze ans, la fille du célèbre psychiatre berlinois Viktor Larenz, est atteinte d’une maladie qu’aucun médecin ne parvient à diagnostiquer.

Un jour, après que son père l’a accompagnée chez l’un de ses confrères, elle disparaît.

Quatre ans ont passé.

Larenz est toujours sans nouvelles de sa fille quand une inconnue frappe à sa porte. Anna Spiegel, romancière, prétend souffrir d’une forme rare de schizophrénie : les personnages de ses récits prennent vie sous ses yeux. Or, le dernier roman d’Anna a pour héroïne une fillette qui souffre d’un mal étrange et qui s’évanouit sans laisser de traces…

Le psychiatre n’a dès lors plus qu’un seul but, obsessionnel : connaître la suite de son histoire.

 

CE QUE J’EN PENSE

Après avoir lu « Le briseur d’âmes », qui m’avait assez plu mais un peu laissée sur la faim, j’avais très envie de continuer à explorer l’univers de Sebastian Fitzek

Une fois le livre entre les mains, il m’a été difficile de le lâcher et je l’ai littéralement dévoré. J’aime beaucoup les psys déjantés (je sais, pour certains cette expression est considérée comme un pléonasme !) alors je me suis fait plaisir.

L’intrigue est intéressante : Viktor Larenz, psychiatre renommé sur la place de Berlin, emmène sa fille en consultation chez un énième spécialiste, car elle présente des symptômes bizarres sur lesquels aucun n’arrive à poser de diagnostic. Il s’absente de la salle d’attente pour se rendre aux toilettes et… elle disparaît. Victor va remuer ciel et terre pour comprendre et tenter de la retrouver.

Quatre ans plus tard on retrouve notre psy, entravé dans un lit d’hôpital, racontant son histoire au Dr Roth. Alors qu’il se réfugiait sur une île pour tenter de répondre à une interview, débarque Anna une romancière qui va le harceler. Évidemment une tempête arrive l’isolant du reste du monde.

J’ai aimé la manière d’aborder la folie, la tempête dans le cerveau qui est aussi spectaculaire et décousue que celle qui règne à l’extérieur : le lecteur se demande toujours qui est le plus cinglé dans l’histoire, qui il faut croire, quels sont les vrais indices ou les délires…

En fait, je me suis tellement laissée porter par la « pensée schizophrénique », et les autres pathologies psy que l’auteur évoque, (et elles sont nombreuses !) que je n’ai jamais cherché à savoir si Josy était morte ou non, et qui était responsable ou non… je ne me suis même pas posé la question…

Sebastian Fitzek aborde au passage le deuil : peut-on le faire quand on ne sait pas ce qu’est devenu son enfant ainsi que la manière dont on peut partir en vrille mentalement dans ce genre de situation.

J’ai essayé de révéler un minimum  de choses de manière à ne pas spolier et donner envie de lire ce roman…

Ce roman m’a plu, par l’univers que propose l’auteur (le même que « Le briseur d’âmes »), plus que par le contexte « enquête ». Je ne sais pas si je continuerai à lire ses romans car il risque de tomber dans la routine en restant trop axé sur le milieu psy mais ce qui est certain, c’est que j’ai passé un bon moment…

 

EXTRAITS

 

Ce qui m’a le plus aidé ?

Pas besoin de réfléchir longtemps. La réponse tenait en un seul mot : l’alcool.

Au fur et à mesure que l’absence de Josy se prolongeait, il s’était mis à boire de plus en plus, pour oublier sa souffrance. Durant la première année, il s’était contenté d’une gorgée par idée noire ; par la suite, même un verre entier ne suffisait plus. L’alcool ne permettait pas seulement d’oublier. Il offrait aussi des solutions. Mieux, il était la solution. P 81

 

La vérité est comme un puzzle, à ceci près que le nombre d’éléments qui la constituent n’est pas connu à l’avance. Or elle ne peut apparaître qu’une fois que tous les morceaux de la mosaïque ont été assemblés. P 215

 

LU EN AVRIL 2018

Publié dans Littérature américaine, Littérature contemporaine

« Nous avant tout le reste » de Victoria Redel

Je vous parle aujourd’hui d’un livre découvert grâce à Masse critique spéciale :

 nous avant tout le reste de Victoria Redel

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

 

Sur cette photo, ce sont elles avant tout le reste. Elles ? Cinq amies d’enfance réunies pour quelques jours dans la maison d’Anna en plein Massachusetts. Tout le reste ? C’est ce qu’elles ont traversé, chacune, parfois ensemble, des quatre cents coups de l’adolescence jusqu’aux femmes qu’elles sont devenues, c’est-à-dire la vie et son cortège de mariages, séparations, enfants, drames et joies. Aujourd’hui, le temps a passé et Anna, la forte tête du groupe est malade. Mais, pour l’heure, il y a encore cette amitié qui a survécu à tout et qui est, elle, plus vivante que jamais.

Avec ce roman dont la forme éclatée en fragments fait écho au « puzzle de la mémoire » que nous portons en chacun de nous, Victoria Redel signe une très belle ode à l’amitié à travers cinq portraits de femmes plus vraies que nature et réveille les questionnements qui nous traversent à toutes les étapes de la vie.

 

CE QUE J’EN PENSE

Je remercie vivement Babelio et les éditions Flammarion qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

Ce roman est intéressant car Victoria Redel nous raconte comment réagir lorsqu’une amie est atteinte d’un cancer, et menace de tirer sa révérence. Comment affronter la maladie, comment se comporter avec l’amie en question : Anna, surtout quant on se connaît depuis l’école.

On va voir évoluer ainsi cinq femmes : Anna, Helen, Caroline, Ming et Molly auxquelles se greffent les enfants de chacune, le médecin, l’infirmière et les voisines…Très vite, vont survenir des tensions entre les protagonistes, chacun tentant d’imposer sa vision de la maladie et des meilleures choses à faire…

On a donc une opposition entre les vieilles amies et les autres, les nouvelles amies… comme si elles n’étaient pas légitimes alors qu’elles se connaissaient depuis une vingtaine d’années mais bien-sûr ce n’était pas des amies d’enfance nouées à l’école… Et pourtant elles sont présentes au quotidien alors que les vieilles débarquent en groupe quand elles en ont envie pour faire pression sur Anna pour qu’elle continue les soins alors qu’elle n’en a pas envie…

« La vieille au téléphone, elle n’avait ni plus ni moins été bannie de chez Anna par Helen : « On va venir passe la nuit » avait-elle dit. On aimerait beaucoup l’avoir juste pour nous. » P 102

Bien-sûr, on a tous les prototypes d’amies : couples mariés, divorcés, lesbiennes, l’une est peintre, l’autre avocat, l’une se cherche l’autre s’est trouvée, aucune n’est dans une situation financière précaire…  Je caricature, c’est vrai, mais si peu.

Je ne sais pas si c’était typique de la manière dont les Américaines conçoivent l’amitié, mais c’est surprenant par moment, cette manière de débarquer chez l’autre en force, de tout connaître de l’autre, cette osmose parfaite, un peu trop angélique et surtout intrusif à mon sens. Peut-être qu’en France on est devenu trop individualiste…

Elles s’arrogent tous les droits sur leur amie, mettant les nouvelles amies à la porte, les jugeant intrusives ! critiquant tous les petits moyens qu’elles utilisent pour tenter de faire du bien à Anna : les chants apaches, l’encens, les drapeaux de prières qu’on décroche car on n’y croit pas…

Elles sont là, mais envahissantes, intrusives, on aurait parfois envie de les mettre à la porte, tant on a l’impression qu’elles obligent Anna à se soigner non pour Anna elles-mêmes mais pour ne pas la perdre car elles sont plus ou moins dans le déni.

Néanmoins, ce roman soulève des questions intéressantes : l’amitié et ses aléas, les petites jalousies de l’enfance : qui est la plus proche d’Anna, qui elle aime le plus… Le mari d’Anna qui est toujours là alors qu’ils ont divorcé… ou encore la culpabilité ressentie à l’idée d’avoir un avenir personnel alors qu’Anna n’en a plus…

L’auteure évoque aussi la peur de la mort, de la solitude face à la mort, présente même quand on est entouré d’amies:

« Même entourée de toutes ses amies – plus que la plupart des gens ne seraient capables ou n’auraient envie d’en avoir – elle avait connu la solitude. Elle s’en rend compte maintenant. La solitude a toujours été là. » P 132

Une autre question importante est soulevée: peut-on choisir librement de mettre un terme aux soins ? et aussi qui doit choisir ? celle qui souffre ou celles qui veulent la maintenir en vie à tout prix, interprétant le moindre signe pour une rémission à laquelle elles veulent croire à tout prix.

Chacune a un petit bout d’Anna différent selon la relation avec elle et Anna de son côté est différente selon l’amie qui est à côté d’elle, comme les pièces d’un puzzle.

J’ai bien aimé la manière dont Victoria Redel a structuré son livre, en alternant les périodes de la vie de chaque protagoniste, des allers et retours dans le passé mais aussi dans la mémoire, ce qu’on retient des évènements, des sensations…

Un roman prometteur mais inégal et parfois fleur bleue, voire insupportable mais qui restera un bon moment de lecture…

Il est vrai que je venais terminer « 4 3 2 1 » de Paul Auster (la critique va arriver bientôt) quand j’ai entamé cette lecture…

 

EXTRAITS

 

Au-delà des efforts demandés, il lui semblait que le monde, avec son mouvement irrésistible, était un nœud inextricable ou une langue morte qu’elle avait autrefois comprise. P 14

 

Au moins, Caroline savait s’occuper de ses enfants et de sa sœur. Ici, avec Anna, elle ne pouvait rien faire. A part être présente. C’en était presque risible – vouloir être présente pour subir le pire des chagrins. C’était ridicule. P 68

 

Asa enrageait que la chambre d’Anna soit toujours pleine de visiteurs, et il enrageait encore plus de voir leurs efforts pour faire bonne figure avant de quitter sa chambre en troupeau, la mine sombre et suspendus aux lèvres du médecin de garde. Comme si ce dernier savait quoi que ce soit. P 78

 

Ils sont capables de finir les phrases l’un de l’autre. Depuis qu’ils ont dix-neuf ans. Et ils aiment ça. C’est la langue secrète du mariage. Même s’ils l’ont souvent retournée l’un contre l’autre. P 89

 

Peut-être que, depuis toujours, cette barrière, cette carapace rugueuse était la préparation à tout ça. Pour qu’elle n’ait pas peur de partir. La peur l’accompagnait depuis tant d’années… P 132

 

« Il faut rattraper le coup ». C’était l’autre chose qu’Helen avait dite. « Connie, j’ai peur que vous ayez cédé trop vite pour les soins palliatifs. Anna a besoin qu’on lui résiste. »

C’était peut-être ce qui avait le plus énervé Connie. Comme si Helen pouvait savoir ce qu’elle ressentait, ce qu’elle acceptait ou non. P 106

 

LU EN AVRIL 2018