Publié dans Littérature italienne

« Celle qui fuit et celle qui reste » de Elena Ferrante

J’ai trouvé ce livre en version poche à la devanture d’une maison de la presse et comme j’avais lu les deux premiers tomes de la saga, j’ai foncé, c’était trop tentant…

 Celle qui fuit et celle qui reste de Elena Ferrante

 

 

Quatrième de couverture

« Nous vivons une époque décisive, tout est en train d’exploser. Participe, impose ta présence »

Alors que les évènements de 1968 s’annoncent, que les mouvements féministes et protestataires s’organisent, Elena, diplômée de l’École normale supérieure de Pise, se retrouve au premier rang. Elle vient de publier un roman inspiré de ses amours de jeunesse qui rencontre un certain succès tout en faisant scandale. Lila, elle, a quitté son mari, Stefano et travaille dur dans une usine où elle doit subir le harcèlement des hommes et découvre les débuts de la lutte prolétaire. Pour les deux jeunes femmes, comme pour l’Italie, c’est le début d’une période de grands bouleversements.

 

Ce que j’en pense

Comme tout le monde j’attendais impatiemment la suite, car j’ai bien aimé le tome 1 « L’amie prodigieuse » et un peu moins « Le nouveau nom », mais comme toujours l’envie de connaître la suite m’a titillée.

J’ai beaucoup apprécié tout ce qui concerne les mouvements ouvriers, la politique à cette époque (1968) le parti communiste italien et en parallèle l’évolution du mouvement fasciste et des maffieux qui continuent à régner sur Naples, les assassinats politiques qui montrent le bout de leur nez, lorsque les désillusions et l’impuissance sont trop fortes.

Elena Ferrante évoque très bien les conditions de vie des ouvriers, le harcèlement, les étudiants qui parlent des problèmes ouvriers de manière purement intellectuelle (intellectualisé !) alors qu’ils ne connaissent pas vraiment ce qui se passe au quotidien dans le monde du travail.

Des ouvriers qui triment du matin au soir, mais qui ont le pouvoir ? c’est du vent, censé faire passer la pilule de la fatigue. Tu sais bien que c’est une condition terrible, ce qu’il faut, ce n’est pas l’améliorer, mais l’éradiquer, et ça tu le sais depuis que tu es petite. P 204

En ce qui concerne nos deux héroïnes, je suis plus mitigée : Elena m’irrite de plus en plus par ses choix. Elle a fait des études supérieures, fait un mariage bizarre afin de prendre encore plus de distance avec son milieu d’origine, elle a écrit un roman qui a fait le buzz, certaines critiques ne retenant que les pages érotiques, la taxant de putain tandis que d’autres lui reconnaissent un certain style littéraire.

Tout cela pour quoi ? s’enfermer dans un mariage avec un homme qu’elle admire et qu’elle trouve sécurisant alors qu’en fait il s’enferme dans son bureau, travaillant sans arrêt sur son livre et ses cours à l’université, la réduisant à être la super femme de ménage qui doit tout assumer, sans oublier ses deux filles dont l’une est méchante avec elle… Et l’amour dans tout cela ?

Bien qu’il vînt d’une famille très aisée, il avait tendance à une espèce d’ascétisme dans l’abondance, qui était une manière de polémiquer avec ses parents et sa sœur. Et il avait un sens aigu du devoir : il ne manquerait jamais à ses responsabilités envers moi et ne me trahirait jamais. P 50

Quant à sa relation avec sa propre famille, ce n’est guère mieux, sa mère lui soutirant de l’argent, comme une maquerelle…

Elle croyait toujours pouvoir me dire ce que je devais faire ou non, claudiquait derrière moi en me critiquant, et parfois elle semblait décidée à s’emparer de mon corps, pour m’empêcher d’être mon propre maître. P 225 

Lila est plus intéressante dans son combat au quotidien dans une usine où tous les hommes la harcèlent du petit chef au patron alors que tout le monde se tait et qui tente de résister

La relation entre les deux amies est de plus en plus toxique, Lila ayant toujours autant d’influence sur Elena, et les échanges finissent par être uniquement téléphoniques et s’espacent de plus en plus. « On a fait un pacte quand nous étions petites, la méchante, c’est moi. » P 180

Par contre, je dois reconnaître que l’auteure parle très bien de la difficulté, quand on vient d’un milieu pauvre, d’assumer le fait qu’on a réussi à faire des études supérieures, tout en ayant l’impression de trahir la famille qui, elle, est restée dans la misère. Qui est celle qui fuit finalement ?

Donc, je suis un peu déçue car je m’attendais à mieux, mais je dois reconnaître, que Elena Ferrante a un style particulier qui fait que j’ai dévoré ce livre en deux ou trois jours (542 pages quand même !), tout en râlant en voyant comment évoluait son héroïne. Je lirai certainement le quatrième tome car il y a un rebondissement à la fin pour tenir le lecteur en haleine.

 

Lu en février 2018

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

21 commentaires sur « « Celle qui fuit et celle qui reste » de Elena Ferrante »

  1. J’ai lu ton billet en diagonale : les trois premiers opus -en poche- sont dans ma PAL, et j’attends la sortie du 4e dans ce format pour entamer ma lecture… J’ai l’impression tout de même que le plaisir suscité par le premier volume retombe un peu par la suite pour la plupart des lecteurs…

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    1. je confirme… Le 1er est le meilleur. je vais terminer car je n’aime pas ne pas aller jusqu’au bout (sauf quand je trouve que c’est nul)… et surtout en voyant toutes les critiques élogieuses je me pose des questions 🙂

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    1. je vais quand même lire le T4 pour ne pas avoir de regrets… et comme je le disais, je me sens en décalage par rapport aux critiques élogieuses sur babelio notamment. Même en prenant mon temps pour rédiger cette critique 🙂

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    1. si en reprenant ta lecture le 1er tome (qui est le meilleur pour moi) te laisse « dubitative » alors il vaudra mieux lâcher l’affaire… Tant de bons livres n’attendent que nous!
      seul intérêt: page turner qui se lit vite 🙂

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  2. Quel beau billet, je partage sensiblement ton avis, j’ai moins aimé le second tome mais celui-ci m’a plus plu, les sujets abordés sont intéressants et la question de la culpabilité par rapport à l’ascension sociale est bien traitée, mais je ne ressens pas d’empathie pour les deux femmes, je trouve Lila détestable et Elena est vraiment agaçante. J’attends tout de même de lire le dernier tome avec impatience.

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    1. Ton avis me rassure car je me sentais un peu seule face à toutes ces critiques élogieuses!!!
      je n’ai jamais trouvé Lila sympathique, sauf peut-être dans le T1 et encore… je lui ai toujours préféré Elena mais dans ce T3 elle m’a vraiment exaspérée…. il paraît que le T4 est mieux?

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  3. Je suis partiellement d’accord avec toi Eve. Je n’ai pas aimé Lila non plus au début, et je trouve aussi Elena exaspérante dans le 3 mais cela ne m’a pas gênée. Je lui trouvais des circonstances atténuantes, sa vie étant déjà difficile à mener. Et j’ai davantage apprécié Lila dans le 3. Quant au tome 4, j’espère qu’il te plaira !

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    1. j’ai mieux apprécié Lila dans ce tome mais uniquement parce qu’il y avait un contraste trop grand par rapport à Elena: Lila se bat, elle est sincère dans ses positions alors qu’Elena est dans la théorie… je la trouvais plus « battante » au début 🙂

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    1. j’ai aimé le T1 le T2 m’a irritée et celui-ci aussi. Je vais aller jusqu’au bout car il semblerait que le T4 soit meilleur (dixit les groupies) mais je ne suis pas pressée.
      Pour moi c’est une amitié toxique et non la « belle amitié » souvent évoquée 🙂

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  4. J’ai lu les deux premiers avec grand plaisir et dans la foulée. Pour l’instant c’est le premier que je préfère ! Mais je viens d’acheter le tome 3 en poche…Alors je vais tout de même m’y plonger bientôt. C’est vrai que les avis sont mitigés et que je n’ai pas connu enfant ce type d’amitié si forte qu’elle en devient étouffante…Par contre, j’ai retrouvé beaucoup de choses de ma propre enfance dans le premier tome et c’est sans doute cela qui explique l’engouement de ma génération pour cette série. A suivre donc car je compte bien lire le 3 puis le 4 !

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