Publié dans Non classé

Neurones en vacances…

Je n’ai pas été très présente ces derniers temps, car besoin urgent d’un break. Je n’avais même plus l’énergie de lire…

Donc une escapade dans le Sud, avec un sac de bouquins plus gros que la valise de fringues, comme d’habitude, et avec connexions internet et autres réduites au maximum…

Malgré une météo tristounette, j’ai réussi à faire des ballades avec mon homme et ma chienne, toujours partante, et les jeux olympiques ont complété le programme de manière très agréable (Merci Martin Fourcade!).

J’ai quand même eu des lectures sympathiques dont je vais pouvoir parler.

J’ai donc beaucoup de retard dans mes courriels et je vais pouvoir aller visiter toutes les critiques de mes amis blogueurs et mettre les miennes à jours!

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Publié dans littérature USA, Polars

« Ne le dis à personne » de Harlan Coben

Un petit passage par le Polar avec ce roman qui traînait depuis longtemps dans ma PAL:

Ne le dis à personne de Harlan Coben

 

Quatrième de couverture

Imaginez…
Votre femme a été tuée par un sérial killer.
Huit ans plus tard, vous recevez un e-mail anonyme.
Vous cliquez une image…
C’est son visage, au milieu d’une foule, filmé en temps réel.
Impossible, pensez-vous ?
Et si vous lisiez « Ne le dis à personne… » ?

 

Ce que j’en pense

Pour moi, rien ne vaut un polar quand la fatigue et les douleurs pointent à nouveau le bout de leur nez, car je mets alors en route l’opération « Neurones en vacances ».

Cette histoire m’a plu: Alex Beck, le héros, a perdu sa femme Elizabeth dans des conditions étranges; il a même était soupçonné, car il avait été assommé par les personnes qui l’ont enlevée, mais s’en est sorti donc forcément suspect… mais le meurtre est mis sur le compte d’un serial-killer car le corps retrouvé passablement défiguré, et néanmoins identifié par le père d’Elizabeth, portait sa marque

Depuis Beck, comme l’appelle ses proches,  est inconsolable, se culpabilise d’être en vie, se noie dans le travail (il est pédiatre dans un centre médical financé par le groupe Medicaid) et a tendance à boire un peu plus que de raison:

« Oui, je bois. Mais je ne suis pas un ivrogne. Ce n’est pas un déni. Je sais que je flirte avec l’alcoolisme. Je sais également que flirter avec l’alcoolisme est à peu près aussi inoffensif que de flirter avec la fille mineure d’un gangster. « 

Et voilà qu’un jour, (la date de leur anniversaire et donc connu d’eux seuls) il reçoit un message curieux via webcam suggérant qu’Elizabeth est peut-être en vie. Alex va essayer de reprendre l’enquête, et résoudre le mystère.

Des éléments nouveaux permettent de pimenter l’histoire, avec des caïds prêts à tuer, presque pour le plaisir, des inspecteurs du FBI qui ont retrouvé deux cadavres dans une zone très proche de l’endroit où a eu lieu l’agression et veulent à tout prix prouver que Beck est coupable du meurtre de sa femme.

Évidemment, toutes les catastrophes, imbroglio, vont tomber sur la tête de Beck, lorsqu’il se lance à la poursuite de sa femme, et avec un rythme haletant, car il court tout le temps, on se sent aussi épuisé que lui. C’est un héros attachant, parfois naïf, un peu le docteur Mamour de la série « Grey’s « anatomie »…

Ceci nous permet de rencontrer des personnages hauts en couleurs, telle Linda, la sœur de David, qui fricote avec des gens peu recommandables, sa compagne Shauna, l’amie sincère avec laquelle il partage ses secrets, (personnage qui me plaît beaucoup), le père d’Elizabeth, ancien flic au comportement un peu étrange ou encore un dealer dévoué à Alex qui a sauvé  de son fils, et bien-sûr des flics louches et des délinquants…

Un petit clin d’oeil au passage à Chloé, le chien de Beck qui comble les vides affectifs (ah! le pouvoir thérapeutique des animaux de compagnie!):

 » … j’aimais bien regarder Chloé en promenade. Ça semble bizarre, je sais, mais un chien tire un tel plaisir de cette simple activité que la regarder est un bonheur totalement zen »

Je me rappelle que j’avais aimé le film de Guillaume Canet (adaptation libre de ce polar, avec entre autres, François Cluzet), alors qu’étrangement je ne gardais aucun souvenir de l’histoire, seulement d’une ambiance, mais cela m’arrive souvent avec les films…

Bref, un polar bien ficelé, que j’ai lu pratiquement en apnée, car le poser était difficile, même pour manger ou dormir, avec des rebondissements qui tiennent le lecteur en haleine, même si c’est quelquefois un peu « capillotracté »…

C’est le deuxième roman d’Harlan Coben que je lis et j’aime bien son style, ses phrases courtes, presque lapidaires, la vitesse à laquelle l’enquête se complique tout en progressant, donc je vais continuer l’aventure.

 

 

Extraits:

Il aurait dû y avoir un souffle funeste dans l’air. Ou un froid à vous glacer la moelle des os. Quelque chose. Une mélodie éthérée que seuls Elizabeth et moi aurions pu entendre. Un sentiment de tension. Quelque classique prémonition. Il y a des malheurs quasi prévisibles — ce qui est arrivé à mes parents, par exemple — et puis d’autres moments sombres, des moments de violence soudaine qui changent irrémédiablement le cœur d’une existence. Il y a eu ma vie avant le drame. Et il y a ma vie actuelle. Les deux, hélas, n’ont plus grand chose en commun. P 6

 

On peut se fier à la nature, mais pas à l’homme. P 92

 

Une vérité première à propos de ces tragédies: l’âme en sort bonifiée. P 98

 

Vivre un drame enfonce le clou. Le drame le grave dans votre âme. Si vous n’en sortez pas plus heureux, vous serez probablement meilleur. P 99

 

Lu en février 2018

 

 

Publié dans Littérature islandaise, Non classé

« Le livre du roi » : Arnaldur Indridason

J’aime bien l’univers de Arnaldur Indridason et je vais vous parler aujourd’hui d’un roman qui occupe une place particulière dans son œuvre :

Le livre du roi de Arnaldur Indridason

 

Quatrième de couverture :

Le livre du roi est un trésor pour lequel certains sont prêts à voler, et même à tuer. En 1955, à Copenhague, un étudiant se lie d’amitié avec un étrange professeur, passionné de Sagas islandaises… ancien propriétaire du fameux manuscrit. Désireux de récupérer ce bien inestimable, ils se lancent dans un quête effrénée à travers l’Europe. Ils vont vivre une aventure qui marquera leur vie à jamais.

« Le livre du roi survivra à tout ça. Il survivra à nous tous. Il est notre histoire et notre existence passées, présentes et futures »

Ce que j’en pense

Ce roman, sorte de polar atypique, nous entraîne en 1955 sur les traces d’un duo improbable : un étudiant islandais, Valdemar, féru de textes et parchemins anciens, dont le latin et le grec sont pratiquement ses langues maternelles qui part à Copenhague poursuivre ses études auprès d’un professeur fantaisiste, fantasque, avec un penchant certain pour l’alcool…

Le moins que l’on puisse dire c’est que leurs premières rencontres ne manquent pas de sel… avant que la grande aventure ne commence : le professeur est un spécialiste du Livre du roi qui est censé être entre ses mains, sous sa protection à l’université alors qu’il lui a été extorqué par un dignitaire nazi, Erich von Orlep (qui mystérieusement réussira à échapper aux mailles du filet pour se réfugier en Amérique du sud) lors d’un interrogatoire sadique.

Il veut remettre la main dessus ainsi que sur un fascicule de huit pages qui manquent dans ce fameux livre. Ce fascicule, qui donnerait un pouvoir particulier à celui qui l’aurait entre les mains, a été enfoui dans une tombe…

On va suivre ce duo à travers l’Europe sur les traces du fascicule, mais aussi pour récupérer le livre et évidemment d’anciens nazis sont à l’affut… on va ainsi assister à une lutte entre les nostalgiques du nazisme, notamment le fils de ce Orlep qui a torturé le professeur pendant la guerre, et ses sbires qui se regroupent sous le terme de « Wagnérianistes » qui rêvent toujours d’un monde nouveau et de la race supérieure.

Ce n’est un secret pour personne, tout ce qui tourne autour du nazisme me passionne, mais c’est aussi le cas des manuscrits perdus, des légendes et de l’Histoire, et ce roman m’a permis d’en savoir plus sur l’Islande, notamment l’emprise de type « coloniale» que le Danemark a exercé sur elle, pillant ses manuscrits anciens sur lesquels les nazis feront main basse en envahissant le Danemark.

L’attachement du professeur à ce trésor culturel qu’il voudrait tellement restituer à l’Islande est touchant… et sa quête m’a plu même si parfois la manière d’opposer les bons et les méchants devient un peu trop caricaturale et comment résister à cette phrase que nous glisse au passage  Arnaldur Indridason:

« Importants ou non, les livres voyagent partout. Bons ou mauvais, ils ne choisissent pas leurs propriétaires, pas plus que le genre de maison dans laquelle ils vont se trouver ou l’étagère sur laquelle on les rangera. » P 270

J’ai aimé me promener dans ces récits dont les noms étranges me font rêver: sagas d’Islandais, Saga des gens de Thjorsdalur, Saga de Njall le Brûlé, Saga de Gaukur, Chants de Brynhildur,Saga de Marie et bien-sûr Le livre du roi de l’Edda poétique (les poèmes de l’Edda intéressaient beaucoup Hitler entre autres et il y avait une version spéciale pour la jeunesse hitlérienne !)

Un roman, très différent des polars que nous propose d’habitude Arnaldur Indridason, qui colle davantage à son intérêt pour l’Histoire et qui m’a beaucoup plu.

Extraits

C’est ainsi que je commençai à apprécier les grandioses récits de héros et de vengeances, d’amour, d’honneur et de droiture, les histoires qui parlent d’hommes entiers, de femmes subjuguantes, d’affrontements exaltants et de morts héroïques qui m’arrachaient des larmes. P 27

…Copenhague. C’était bienplus qu’une ville européenne ancienne et évoluée. Pour un Islandais éclairé, elle avait été véritablement le centre de la culture et de la civilisation islandaise durant des siècles. J’avais hâte de mieux la connaître, de visiter ses musées et ses hauts-lieux historiques, et surtout de découvrir les traces du passage des Islandais. J’éprouvais du plaisir à l’idée que l’hiver s’annonçait. P 31

Il dit que c’étaient les membres d’une société secrète fondée en Allemagne au XXe siècle,au début des années vingt par Erich von Orlep, antiquaire et nazi convaincu, féru de culture nordique. Celui-ci voulait utiliser cette culture pour prouver la pureté de la race aryenne. La société secrète d’ Orlep célébrait des sacrifices païens plusieurs fois par an, au cours desquels on lisait des poèmes de l’Edda. P 75

Je demandais si ce n’était pas Himmler qui prétendaient que les Germains descendaient des Scandinaves et qu’il était possible de découvrir des indices de la « race supérieure » en Islande… Orlep était de ceux qui caressaient l’idée d’un empire mondial fondé, non sur les territoires méditerranéens et le christianisme, mais au contraire, sur le passé germanique. « Le livre du roi » serait la bible de cet empire mondial. Il voulait que l’héroïsme soit élevé au rang de finalité politique et qu’on s’en inspire pour éduquer au bellicisme la nation entière ! Pour déclencher des guerres ! P 81

De nombreux Allemands avaient la certitude que l’univers mythologique nordique constituait le patrimoine culturel de l’Allemagne et recherchaient leur parenté avec kes nations scandinaves. Ronald D. Jorgensen étaient l’un de ceux qui considéraient l’univers mythologique des poèmes de l’Edda comme de la mythologie allemande et il s’intéressait énormément aux rapports entre l’ancienne littérature islandaise et le nationalisme allemand. Le professeur savait qu’il avait été présent à la première de « L’anneau de Nibelung » de richard Wagner à Bayreuth en 1876. P 112

+Lu en février 2018

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« La serpe » de Philippe Jaenada

Je vous parle aujourd’hui d’un pavé qui a reçu le Pris Femina 2017:

La serpe de Philippe Jaenada

 

Quatrième de couverture:

Un matin d’octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n’est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l’unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l’arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d’un procès retentissant (et trouble par certains aspects), il est acquitté et l’enquête abandonnée. Alors que l’opinion publique reste convaincue de sa culpabilité, Henri s’exile au Venezuela. Il rentre en France en 1950 avec le manuscrit du Salaire de la peur, écrit sous le pseudonyme de Georges Arnaud.


Jamais le mystère du triple assassinat du château d’Escoire ne sera élucidé, laissant planer autour d’Henri Girard, jusqu’à la fin de sa vie (qui fut complexe, bouillonnante, exemplaire à bien des égards), un halo noir et sulfureux. Jamais, jusqu’à ce qu’un écrivain têtu et minutieux s’en mêle…


Un fait divers aussi diabolique, un personnage aussi ambigu qu’Henri Girard ne pouvaient laisser Philippe Jaenada indifférent. Enfilant le costume de l’inspecteur amateur (complètement loufoque, mais plus sagace qu’il n’y paraît), il s’est plongé dans les archives, a reconstitué l’enquête et déniché les indices les plus ténus pour nous livrer ce récit haletant dont l’issue pourrait bien résoudre une énigme vieille de soixante-quinze ans..

 

Ce que j’en pense

L’auteur nous raconte l’histoire d’un triple meurtre commis dans des conditions de violence inouïe à la serpe et tous les soupçons se portent sur Henri Girard, l’héritier de la famille dont la réputation était plutôt sulfureuse. Tout l’accuse et le procès sera uniquement à charge.

Le roman est bien construit: en premier lieu, l’auteur nous propose l’analyse des faits, des lieux, des différents protagonistes et le procès avec un verdict surprenant: Henri est acquitté grâce à son avocat et part en Amérique du Sud.

Ensuite Philippe Jaenada revient sur les faits et tente de dénouer l’histoire en retournant sur les lieux du crime, en étudiant de près le dossier, en explorant les archives…

J’ai apprécié ce roman, malgré les nombreuses digressions: l’auteur se met en scène pour son enquête et nous livre ses états d’âme, parle de sa famille, de ses précédents romans. On finit par se retrouver avec des phrases interminables, avec des parenthèses entre les parenthèses. En fait sans ces digressions, le livre serait lourd et je l’aurais probablement lâché en cours de route.

Donc j’ai apprécié mais sans plus. J’ai aimé découvrir l’homme qui se cache derrière Henri Girard et qui n’est autre que Georges Arnaud qui a écrit « Le salaire de la peur » dont Clouzot a tiré le film extraordinaire que tout le monde connaît et il s’avère que cet homme est vraiment étrange, secret. C’est un enfant qui n’a pas très envie de grandir et n’est pas parvenu à faire le deuil de sa mère, décédée très jeune (mort dont il rend la famille de son père responsable) et il va se comporter comme un ado, avec un rapport à l’argent particulier qui le desservira lors du procès.

La manière dont Philippe Jaenada se plonge dans les archives, nous proposant des lettres écrites autrefois entre Henri et son père, sa tante et d’autres entretient le suspense mais 634 pages (le roman aurait gagné a être plus court) c’est quand-même rude.

C’est le premier livre de l’auteur que je lis et je suis restée sur ma faim. J’avais prévu de lire « La petite femelle » mais cela va devoir attendre…

 

Extraits:

Le personnage principal, Henri, le vrai démon, est d’abord un sale gosse. Capricieux, irascible, violent, cynique et méprisant, unique rejeton de ce qu’on appelle une bonne famille, il leur pompe tout l’argent qu’il peut, le claque en n’importe quoi, éclate de colère quand on refuse de le renflouer rapidement et, s’ils s’entêtent à ne pas vouloir lui donner tout ce qu’il veut, vends leurs meubles ou leurs bijoux dès qu’ils regardent ailleurs. P 21

Il y a retrouvé l’esprit de sa mère. Il n’a plus qu’elle, Valentine, qui n’existe plus, il lui parle : « Ton mépris de l’argent m’a appris à ne pas savoir en gagner ; mais évidemment, comme j’aime ce qu’il me procure, je le vole, assuré du confort de ma conscience, qui t’est au fond fidèle en m’affirmant que c’est plus noble. » P 52

« c’est parce que tu m’as appris le mal qu’il faut penser du mensonge que je suis encore capable de le détester, étant si menteur » P 52

Dix ans plus tard, il dira à Jacques Lanzmann : « les vacances étaient finies, elles avaient commencé à ma naissance, je n’avais rien fichu et il n’y a que le travail qui crée des liens entre les hommes. Les trottoirs de Paris en 1947 étaient peu à peu reconquis par les horaires et le calendrier. J’ai pris le bateau pour continuer l’école buissonnière. » P 90

C’est dommage. Je ne veux pas rejoindre le camp du ceux qui passent leur temps à regretter un temps où leurs parents regrettaient un temps où les vieux regrettaient un temps où tout était mieux et où il restait de vrais hommes (au bout du compte : Cro-Magnon, quel bonhomme, et les soirées devant la grotte à mordre dans le mammouth : on savait vivre) … P 141

Un bon gars, Georges Arnaud. Mais entre les caprices exaspérants de l’enfant de riches et la rage altruiste de celui qui se fout de l’argent, il y a quelques heures de sauvagerie sanglante : me moment noir, ignoble, dont Manu avait oublié de me parler. P 146

Je dévie vers Pauline Dubuisson. Je ne devrais pas, je suis dans un autre livre, mais il s’est passé des choses importantes après la publication de « La petite femelle », il faut bien que je les rapporte quelque part, on n’abandonne pas les gens comme ça. P 308

 

 

Lu en février 2018

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« La chambre des époux » de Eric Reinhardt

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui m’a laissée perplexe :

 la chambre des époux d'Eric Reinhardt

 

 

Quatrième de couverture

Nicolas, une quarantaine d’années, est compositeur de musique. Un jour, sa femme Mathilde apprend qu’elle est atteinte d’un grave cancer du sein qui nécessite une intense chimiothérapie. Alors que Nicolas s’apprête à laisser son travail en plan pour s’occuper d’elle, Mathilde l’exhorte à terminer la symphonie qu’il a commencée. Elle lui dit qu’elle a besoin d’inscrire ses forces dans un combat conjoint.

Nicolas, transfiguré par cet enjeu vital, joue chaque soir à Mathilde, au piano, dans leur chambre à coucher, la chambre des époux, la symphonie qu’il écrit pour l’aider à guérir.

S’inspirant de ce qu’il a lui-même vécu avec son épouse pendant qu’il écrivait son roman Cendrillon voilà dix ans, Eric Reinhardt livre ici une saisissante méditation sur la puissance de la beauté, de l’art et de l’amour, qui peuvent littéralement sauver des vies.

 

Ce que j’en pense

On peut parler d’exercice de style, mise en abyme, roman gigogne (dommage pour les Matriochka !) mais ce livre ne m’a pas plu ! c’est rare quand je descends un roman, j’essaie toujours de trouver quelque chose qui rachète les éléments que je trouve insuffisants voire déplaisants…

Cela commençait plutôt bien : Eric se sert de la difficile expérience de son couple liée au cancer du sein développé par sa femme : il se transcende pour écrire « Cendrillon » pour lui insuffler de l’énergie. Cela pourrait être une belle histoire, mais le narrateur ne sait plus bien exprimer son ressenti, ses émotions, les difficultés sexuelles liées aux réactions à la chimio.

Il propose d’analyser plus profondément en projetant cela sur un couple qu’il invente pour en tirer un livre qu’il désire appeler « Une seule fleur » et nous présente un couple bis formé par Nicolas, chef d’orchestre et Mathilde avec la problématique du cancer avec une variante : Nicolas compose une symphonie « miraculeuse » selon le même principe que l’écriture du « Cendrillon »

On pourrait penser que Nicolas-Eric éprouvait tellement d’empathie qu’il voulait endosser le rôle du sauveur devant une femme en détresse aux portes de la mort, l’entourant de tendresse, de présence…

On se retrouve très vite dans un « truc » malsain » avec un homme qui a une attirance pour les femmes en fin de vie, après un cancer, qui ont perdu leurs cheveux, comme d’autres peuvent être adeptes de la nécrophilie. On a droit à une séance plus porno qu’érotique, avec des allusions phalliques à peine déguisées : la baguette magique du chef d’orchestre, un sperme guerrier qui prolonge la vie de quelques semaines, comme si une femme en fin de vie avec des métastases pouvait avoir une vie sexuelle aussi « épanouie ».

A noter une conversation surréaliste entre Nicolas et son épouse quand il lui explique qu’il doit aller empêcher une autre femme de mourir…

Bref, j’ai terminé ce roman à la limite de la nausée, (j’ai vraiment trouvé ce type malsain, pervers, bref à vomir, plutôt normal quand on parle de chimio), et uniquement car je n’aime pas ne pas laisser une chance à l’auteur dont j’avais aimé « L’amour et les forêts » (j’avais même prévu de lire « Cendrillon » ) et en plus je n’aime pas l’autofiction.

C’est dommage car Eric Reinhardt distille quelques très belles phrases dans ce récit… On peut lire par exemple : « Il faudrait toujours se comporter, quelques que soient les circonstances, de manière à devenir nostalgiques. »

ou encore « Pourquoi vouloir vivre si c’est pour passer sa vie à avoir peur qu’elle ne n’interrompe ? » P 112

Voilà, j’ai craché mon venin ce qui est assez inhabituel mais rien ne vous empêche de le lire et de l’apprécier…

 

Extraits

J’avais peur qu’elle ne s’abandonne à son mal. Elle était déjà partie pour une croisière fatale dans les ténèbres. P 12

 

Je m’abandonnais avec délectation à la puissance magnifique de mes pleurs, comme si des heures de houle avaient été entreposées clandestinement ces derniers mois dans les profondeurs de mon être et que les libérer était la seule chose que je pouvais faire en ce jour, peut-être aussi la plus douce. P38

 

Ce qu’avait accentué en elle, aux yeux de Nicolas, dans les mois qui avait suivi sa rémission, l’épreuve du cancer du sein, c’est sa différence irréductible d’avec d’autres femmes, une forme de « cassabilité » qui lui était particulière, accompagnée d’une grande force. P 104

 

… c’est ainsi qu’à mon avis on peut aussi entendre l’amour, comme une alliance, une équipée, une agrégation de désirs et d’ambitions, d’énergie, de puissance, pour faire front ensemble contre tout ce que la vie peut nous opposer de dur et d’escarpé, d’intimidant, mais aussi pour jouir ensemble des douceurs du chemin…  P 108

 

La maladie est un facteur de dissociation entre ta tête et ton corps parce que, a priori, tu l’analyses comme quelque chose d’étranger à ta volonté, autrement tu te laisses partir avec la maladie. P 116

 

J’aime cette femme. Oui. Depuis que le directeur de la Scala de Milan m’a appris qu’elle allait mourir.

Avoir appris de directeur de Scala de Milan qu’elle allait mourir t’as rendu amoureux d’elle. Toi aussi tu es malade, Nicolas. Mais du cerveau. Il faut aller te faire soigner. P 149

 

 

Lu en janvier 2018

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française, Polars

« Nymphéas noirs » de Michel Bussi

 

Petit détour par le polar aujourd’hui avec :

Nymphéas noirs de Michel Bussi

 

Quatrième de couverture

Tout n’est qu’illusion, surtout quand un jeu de miroirs multiplie les indices et brouille les pistes. Pourtant les meurtres qui troublent la quiétude de Giverny, le village cher à Claude Monet, sont bien réels. Au cœur de l’intrigue, trois femmes : une fillette de onze ans douée pour la peinture, une institutrice redoutablement séduisante et une vieille femme aux yeux de hibou qui voit et sait tout. Et puis, bien sûr, une passion dévastatrice. Le tout sur fond de rumeur de toiles perdues ou volées, dont les fameux Nymphéas noirs. Perdues ou volées, telles les illusions quand passé et présent se confondent et que jeunesse et mort défient le temps.

 

Ce que j’en pense

Giverny, les nymphéas, Monet, la magie des impressionnistes : quel décor somptueux pour une enquête criminelle !

Un notable, chirurgien ophtalmologue de son état, amateur d’art, Jérôme Morval, est retrouvé assassiné, le crâne fracassé, la tête dans l’eau, dans sa poche une mystérieuse carte d’anniversaire sur laquelle on peut lire « Le crime de rêver je consens qu’on l’instaure »… deux inspecteurs mènent l’enquête, dans la ville de Monet où circulent des légendes, sur d’hypothétiques toiles volées ou cachées dans sa maison qui est devenue un musée. Ce meurtre en rappelle un autre survenu des années auparavant selon un mode opératoire identique.

On rencontre, parmi les protagonistes, une belle institutrice, Stéphanie, qui forme avec son époux un couple un peu particulier, une vieille dame qui arpente les rues du village et espionne du haut de son donjon, et une petite fille, Fanette, très douée en peinture qui veut participer à un concours organisé par une fondation à la recherche de jeunes talents et autour de laquelle gravitent d’autres enfants Neptune, un beau chien qui semble appartenir à tout le village.

Nos deux inspecteurs sont particuliers : Sylvio Bénavides, homme de méthode, tendance expert qui recoupe les indices, fait des listes pour déterminer un motif, dont la femme est sur le point d’accoucher et son comparse, au nom singulier Laurenç Sérénac, qui se fie davantage à son intuition, attirée par la belle institutrice, formant ainsi un duo complémentaire.

On va ainsi creuser en profondeur, les personnages, leurs histoires, leurs secrets et l’histoire de la maison de Monet, dans cette ville de Giverny qui est un personnage à part entière dans le roman.

Michel Bussi nous entraîne jusqu’à l’ivresse dans cette histoire où les nymphéas se déclinent et se conjuguent à l’infini, où l’intrigue se développe à la manière des lignes de fuite que l’on retrouve dans les tableaux. L’histoire est trouble, on se laisse guider, subjugué par l’obsession de Monet qui peignait, encore et toujours ses nymphéas en les épurant de plus en plus.

La construction du roman, qui surprend au départ, m’a plu, et la fin est époustouflante, on ne la voit pas venir.

J’ai mis du temps pour me décider à lire ce roman, car j’avais été déçue par « Un avion sans elle », autant dire que j’y allais vraiment à reculons et sans le défi « Bussi » via le  blogoclub  (et l’envie d’une lecture facile pour changer) je ne me serais pas lancée !

J’ai passé un bon moment avec ce roman ! et j’ai en le refermant une furieuse envie d’aller visiter cette ville et sa région que je connais pratiquement pas…

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Extrait

Ainsi commence le roman:

Trois femmes vivaient dans un village.

La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste.

Leur village portait un joli nom de jardin : Giverny.

La première habitait dans un grand moulin au bord d’un ruisseau, sur le chemin du Roy ; la deuxième occupait un appartement mansardé au-dessus de l’école, rue Blanche-Hoschédé-Monet ; la troisième, une petite maison dont la peinture aux murs se décollait, rue du Château-d’ Eau.

Elles n’avaient pas non plus le même âge. Pas du tout. La première avait plus de quatre-vingt ans et était veuve. Ou presque. La deuxième avait trente-six ans et n’avait jamais trompé son mari. Pour l’instant. La troisième avait onze ans bientôt et tous les garçons de son école voulaient d’elle pour amoureuse. La première s’habillait toujours de noir, la deuxième se maquillait pour son amant, la troisième tressait ses cheveux pour qu’ils volent au vent.

Vous avez compris. Toutes les trois étaient différentes. Elles possédaient pourtant un point commun, un secret, en quelque sorte : toutes les trois rêvaient de partir. Oui, de quitter Giverny, ce si fameux village dont le seul nom donne envie à une foule de gens de traverser le monde entier juste pour s’y promener quelques heures…

Lu en janvier 2018