Publié dans Littérature allemande, Littérature contemporaine, Nouvelles

« Certains souvenirs » de Judith Hermann

Je vous parle aujourd’hui d’un livre lu dans le cadre d’une opération masse critique :

 Certains souvenirs de Judith Hermann

 

Quatrième de couverture

« La délicatesse est une caractéristique de l’écriture de Judith Hermann, cette délicatesse qui peut être languide et avoir soudain des jaillissements de cristal, comme un poisson flottant dans une eau limpide » :  Le Monde 

Peintre des sensations et des sentiments, Judith Hermann renoue, après un premier roman, avec l’art de la nouvelle qui l’a révélée. Elle l’affine et s’impose comme l’une de ses plus grandes voix, dans ce recueil où l’on retrouve toute la finesse et la mélancolie de l’auteur de Maison d’été, plus tard, mais surtout son talent pour capter, en peu de mots, le mystère et la subtilité des choses.

Quelle proximité avons-nous avec les gens que nous aimons ? Que se passe-t-il lors d’une rencontre ? Qu’en reste-t-il ?

En dix-sept récits, Judith Hermann explore ces moments décisifs, ces instants où toute une vie se transforme : un regard qui fait naître une soudaine intimité ; un être qui croise notre route, nous accompagne, nous rend heureux et pourtant nous échappe.

Avec précision et légèreté, Judith Hermann trouve les mots pour exprimer l’insaisissable.

 

Ce que j’en pense

Dans ce livre, Judith Hermann nous propose dix-sept nouvelles assez inégales par la densité et le contenu, abordant les relations parfois éphémères entre les gens, la nature des sentiments et leur labilité.

Les textes sont très courts, et on ne voit pas toujours où l’auteure veut en venir. Souvent elle se répète, redit les choses d’une autre manière, avec une petite nuance ce qui, dans des textes aussi courts, peut parfois donner l’impression de meubler et engourdir l’esprit du lecteur par la monotonie, le ton monocorde utilisé.

Sur ces dix-sept nouvelles, cinq ont , en fait, retenu  mon attention :

Dans « Poèmes », l’héroïne raconte les rencontres avec son père, malade pendant de longues années, interné dans un hôpital psychiatrique, et notamment l’une d’elles où elle lui apporte des gâteaux  choisis avec soin, et revient sur les actes répétitifs, les rites dans leur relation. Elle lui lit des poèmes, car c’est la seule chose qui l’intéresse encoure un peu, afin de garder un lien avec lui. Elle analyse très bien dans ce texte la manière dont le parent s’enferme dans sa maladie, radotant parfois, utilisant tout à coup un langage dont il n’était pas coutumier… ce parent qu’on ne reconnaît plus vraiment…

Dans « Témoins », deux couples se rencontrent ; c’est la pleine lune, et l’un d’eux raconte les pas de Neil Armstrong sur la lune et ce que cela a provoqué chez lui et la citation est significative de ce côté répétition, dans le style de l’auteur :

« Et il a dit qu’il faisait une tournée de conférences, il était en route pour parler de la lune. Pour parler de ce que la lune avait fait sur lui. Et j’ai dit, qu’est-ce que la lune a fait de vous, et il a dit, la lune m’a démoli. Voilà ce qu’il a dit. Il a dit, la lune m’a bousillé. » P 58   « Témoins »

Dans « Pollen de peuplier », des amis se retrouvent, boivent, tout à coup, surgit une odeur de fumée, c’est le pollen de peuplier qui se consume tout seul. S’en suit un questionnement : Que sait-on vraiment de l’autre ? Que peut-on se dire quand on se revoit au bout de nombreuses années sans donner de nouvelles ? « Avec qui au juste elle a passé presque toute sa vie, passé plus de la moitié de sa vie. »

Cela permet aussi une réflexion sur la nature de l’amour, se consume-t-il aussi de manière spontanée ?

« Selma repense parfois à la nuit du pollen de peuplier. A l’expression combustion spontanée, à ces termes techniques. Elle se dit que l’amour pourrait être une combustion spontanée, mais l’idée même est instable et elle la rejette. » P 89   « Pollen de peuplier »

L’auteure propose une belle réflexion sur le désir d’enfant et l’adoption dans un couple, dans « Cerveau » et une approche de psychanalyse et de son intérêt ou ses limites dans « Rêves »

Judith Hermann raconte des instants vécus entre des êtres, des liens ténus de ces rencontres, parle de ce que l’on ne maîtrise pas, de l’ineffable, de la place de rêves ou des rêveries…

J’ai mis beaucoup de temps à lire ce recueil, je me suis même endormie plusieurs fois sur certaines nouvelles de quelques pages… Je ne sais pas si l’emploi du ton monocorde par l’auteure est voulu ou s’il s’agit de son style habituel… désire-t-elle par ces répétitions faire allusion au côté routinier de l’existence?

Je précise que il m’arrive d’avoir des soucis avec les nouvelles : souci pour les lire parfois, plus souvent pour en rédiger une critique, sauf quand il s’agit bien sûr de mes auteurs préférés : Maupassant, Balzac ou Zweig ou plus récemment E.E. Schmitt

Je suis donc restée sur ma faim, mais heureusement, je lisais en parallèle un petit livre passionnant sur les couleurs dont je vais parler très bientôt…

Je remercie néanmoins vivement Babelio et les éditions Albin Michel qui m’ont permis de faire la connaissance de Judith Hermann et c’est rare quand je suis déroutée par un livre proposé par Masse Critique dont j’attends la prochaine opération avec toujours autant d’impatience.

 

Extraits

Nous ne savions pas que pour la mère de Vincent nos visages étaient beaux, et nous étions rentés à la maison avec l’impression qu’il y a bien des choses qu’on n’est capable de dire que lorsqu’elles sont irrévocablement passées. P 13  « Charbon »

 

Sa mère nous avait montré qu’on peut mourir d’amour. Elle était la preuve vivante qu’on peut mourir d’un cœur brisé, elle s’était enfermée en elle-même par amour. P 14  « Charbon »

 

J’allais le voir de temps à autre à l’asile, là-bas il s’intéressait exclusivement à lui-même et aujourd’hui il ne garde vraisemblablement aucun souvenir de ces visites. P 37    « Poèmes »

 

Je suppose que la question, c’était que j’avais acheté pour lui une part de gâteau et que je savais, malgré tout et Dieu sait comment, qu’il avait aimé les gâteaux aux prunes avant de tomber malade. La question, c’était tout ça, et par-dessous il y avait sûrement autre chose encore qui n’avait rien à voir. P 41   « Poèmes »

 

Ça peut suffire, d’avoir été un visage dans le rêve d’un autre, ça peut vraiment être comme une bénédiction. P 50   « Lettipark »

 

Il a levé son verre (de Pink Gin) et a dit que je ne pouvais absolument pas imaginer ce que c’était, d’être debout sur la lune et de voir la terre. Voir cette goutte d’eau flotter dans l’univers, si seule et si vulnérable dans les ténèbres. Que je ne pouvais pas imaginer quel mal il avait eu à revenir sur cette terre. P 58   « Témoins »

 

Le Dr Gupta est un homme réservé, fresque passif. Il laisse à peu près toutes les questions sans réponse, il laisse à peu près toutes les questions ouvertes, comme s’il était d’avis qu’il n’y a de réponse valable à aucune question, ni d’explication pertinente pour aucune décision. Il ne croit apparemment pas que l’on puisse aller au bout d’une quelconque pensée. Il suppose peut-être que derrière chaque élucidation émerge de toute façon, une nouvelle difficulté. P 132   « Rêves » 

Lu en décembre 2017

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