Publié dans 19e siècle, Challenge 19e siècle, Littérature française

« Le Portrait de Dorian Gray » : Oscar Wilde

Le roman dont je parle aujourd’hui figure en bonne place dans ma bibliothèque, étiqueté : les trésors que je garde pour plus tard, car chef-d’œuvre risquant de reléguer les livres actuels très loin. Mais, à force de remettre, on risque de passe l’arme à gauche avant de les avoir lus et il est temps de revoir les priorités…

 Le portrait de Dorian Gray de Oscar Wilde

 

Résumé de l’éditeur:

Le Portrait de Dorian Gray a été rédigé en 1890, puis complété en 1891. Ce roman fantastique est à la fois un manifeste esthétique et un récit moral. Bien qu’Oscar Wilde y développe l’idée d’un art dégagé de toute éthique, le jeune Dorian Gray va faire face à sa conscience morale à travers son portrait qui porte à sa place les traces de sa perversité et la décadence que le temps inflige aux esprits les plus purs.

Ce que j’en pense

Ce roman est un chef-d’œuvre ! tout part d’un portrait du héros, Dorian Gray, exécuté par le peintre Basil Hallward. Ce portrait est magnifique et subjugue ceux qui le regarde, Dorian lui-même et Lord Henry leur ami commun.

Il a été exécuté avec brio car Basil voit Dorian via les yeux de l’admiration, la fascination et même l’amour. Tout n’y est que recherche et harmonie des couleurs, de l’attitude. En voyant ce portrait Dorian émet un souhait : garder l’éternelle jeunesse et que le tableau subisse les outrages du temps.

Les liens réunissant ces trois personnages sont particuliers : Lord Henry sert de mauvais génie, instillant avec perversité sa vision cynique de la société, des femmes en particulier, transformant un jeune timide en homme narcissique, imbu de lui-même, ne reculant devant rien pour assurer son emprise et sa propre réussite sociale.

Basil le peintre est un personnage pur, passionné par son art, et amoureux de Dorian, ce qui explique la beauté du portrait qu’il a réalisé. Amoureux de l’amour ou amoureux du vrai Dorian ?

« Tout portrait qu’on peint avec âme est un portrait, non du modèle, mais de l’artiste. Le modèle n’est qu’un hasard et qu’un prétexte. Ce n’est pas lui qui se trouve révélé par le peintre ; c’est le peintre qui se révèle lui-même sur la toile qu’il colorie. » P 13

Oscar Wilde en fait d’ailleurs un personnage à part entière car il emploie toujours la majuscule, pour le désigner, parlant  du « Portrait » qu’il oppose au héros, comme on oppose le bien le mal, le beau et le laid…

Dans ce roman, Oscar Wilde n’est pas tendre envers les femmes, c’est le moins qu’on puisse dire, elles ont des rôles vraiment accessoires, même pas secondaires, que ce soit dans la vie de Dorian que dans celle de Lord Henry. Quant à la notion de fidélité, il se déchaîne en affirmant par exemple:

« Ceux qui sont fidèles ne connaissent de l’amour que sa trivialité ; ce sont les infidèles qui en connaissent les tragédies. P 21 »

Le rythme subjugue le lecteur, les idées fusent comme des bulles de champagne et Oscar Wilde joue avec elles, et nous entraîne, même si certaines peuvent nous déranger, tant il flirte avec l’excès, le désir de choquer, en maniant comme personne le paradoxe. (Notamment certaines affirmations concernant la société ou les femmes ou tentant de justifier le comportement de Dorian ne peuvent que le hérisser.)

L’écriture est belle, peaufinée, chatoyante comme les couleurs du tableau et on sent l’admiration de l’auteur pour la peinture, (il admirait beaucoup Gustave Moreau).

Ce roman d’une grande sensualité, sera hué par la critique, car considéré comme un éloge de l’homosexualité, de la débauche.

L’idée de faire vieillir mais aussi faire apparaître la cruauté sur les traits du beau visage, à chaque « mauvaise action » de Dorian est vraiment une idée de génie, car on va voir jusqu’où celui-ci est capable d’aller pour que personne ne voit le tableau se métamorphoser.

Cette idée m’a fait penser bien-sûr à « la peau de chagrin » de Balzac que j’ai adoré et que Oscar Wilde admirait :« la mort de Lucien de Rubempré a été le drame de ma vie » disait-il.

Énorme coup de cœur:

coeur-rouge-en-3d_21134893

Challenge XIXe siècle

 

Extraits

Car, s’il est au monde rien de plus fâcheux que d’être quelqu’un dont on parle, c’est assurément d’être quelqu’un dont on ne parle pas. P 10

 

Si triste que soit cette pensée, il est hors de doute que le Génie dure plus longtemps que la Beauté. C’est du reste l’explication de notre effort à tous vers la haute culture. P 20

 

Rien, si ce n’est les sens, ne peut guérir l’âme, de même que rien, si ce n’est l’âme ne peut guérir les sens. P 30

 

La seule différence entre un simple caprice et une passion éternelle, c’est que le caprice dure un peu plus longtemps. P 33

 

Le costume du XIXe siècle est odieux. Il est trop sombre, trop attristant. Le péché est, du reste, la seule note de couleur vive qui subsiste dans la vie moderne. P 38

 

La « grande passion » est le privilège de ceux qui n’ont rien à faire. C’est dans un pays l’unique raison d’être des classes désœuvrées. P 60

 

Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent. P 79

 

Dans l’amour que lui portait l’artiste – car c’était bien de l’amour – rien qui ne fut noble et intellectuel. Ce n’était pas cette admiration purement physique de la beauté, qui naît des sens et qui meurt. C’était l’amour tel que l’avaient éprouvé Michel-Ange, et Montaigne, et Winckelmann et Shakespeare lui-même. P 137

 

… Car d’une joie même, le souvenir a son amertume, et le rappel d’un plaisir n’est jamais sans douleur. P 150

 

Outre nos aïeux de race, nous possédons des ancêtres littéraires, dont le type et le tempérament sont encore plus voisins des nôtres, et l’influence sur nous plus clairement définie. A certaines heures, il apparaissait à Dorian que l’histoire entière du monde n’était autre chose que le récit de sa propre vie, non telle qu’il l’avait réellement vécue, mais telle que l’avait créée sa propre imagination, telle qu’elle s’était déroulée dans son cerveau et dans ses désirs. P 162

 

Nos jours sont trop courts pour qu’on aille se charger des fautes du prochain. Chacun vit pour soi et acquitte, pour son compte, la rançon de la vie. Quel malheur seulement qu’il faille tant de fois l’unique erreur de vivre ! Vraiment, nous avons à payer, encore et encore, à payer toujours.  Dans son commerce avec l’homme, le Destin n’arrête jamais ses comptes. P 211

Lu en décembre 2017

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

12 commentaires sur « « Le Portrait de Dorian Gray » : Oscar Wilde »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.