Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Les rêveuses » de Frédéric Verger

Je vous parle aujourd’hui d’un livre de la rentrée litttéraire 2017 que j’ai découvert grâce à mon amie Lydia:

 Les reveuses de Frédéric Verger

 

Quatrième de couverture

Mai 1940. Les armées de Hitler écrasent la France. Peter Siderman, un jeune Allemand de dix-sept ans engagé dans l’armée française, prend l’identité d’un mort pour échapper aux représailles. Prisonnier, il croit avoir évité le danger quand on lui annonce qu’on va le libérer et le reconduire dans sa famille. Comment sera-t-il accueilli chez ces gens qui ne le connaissent pas ?

On sent passer ici le grand souffle à la fois tragique et merveilleux déjà présent dans le premier roman de Frédéric Verger. On retrouve sa prose riche en métaphores réjouissantes, en inventions fantasques, en rebondissements, en scènes inoubliables décrites dans une langue sensuelle et gourmande

Ce que j’en pense

Peter sait qu’en tant que juif, il risque la mort dans le Reich, alors, lors du dernier combat, il vole la plaque d’un soldat français mort sur le champ de bataille. Il devient ainsi Alexandre d’Anderlange. De retour à la vie « normale », il s’habitue tant bien que mal, jusqu’au moment où on l’informe que la mère mourante de celui-ci le réclame à son chevet.

Contrairement à toute attente, la mère, exilée russe, presque aveugle, fait semblant de le reconnaître et il va devoir entrer progressivement dans le rôle.

La construction de son personnage, un mélange de Peter et d’Alexandre, est très intéressante car Peter s’inspire des écrits d’Alexandre, se les approprie, les exprime lors des conversations. (cf P 131 et suivantes). Il puise aussi dans la garde-robe familiale pour créer son propre style.

« Il aperçut son reflet dans le miroir. Le personnage, les mains dans les poches, le fixant d’un air amical, insolent, semblait le mettre au défi de faire quelque chose de lui. » P 132

Le destin de Peter-Alexandre est loin d’être simple, et on assiste à une série d’actions-réactions en chaine, un effet papillon, qui le l’emmène d’aventures délicates en aventures difficiles et beaucoup de souffrance.

Les autres personnages sont tous bien caractéristiques, et font l’objet de descriptions assez savoureuses : Sofia la deuxième épouse du père d’ Alexandre, dont l’accent russe pimente les dialogues, les cousines Joséphine la rousse et Hélène la brunette, qui cherchent à trouver un mari pour retrouver leur splendeur passée, car la famille est ruinée, avec des histoires d’héritage hautes en couleur, sans oublier le majordome Emmanuel très stylé, vestige de l’ancien temps et bien-sûr Blanche, complice du vrai Alexandre, qui a été internée.

Sans oublier le commandant qui parcourt la campagne à la rechercher d’un vin qu’il a beaucoup aimé lorsqu’il était plus jeune et rêve de retrouver, recherchant un paradis perdu.

Frédéric Verger nous propose la petite histoire dans la grande Histoire, avec des détails sur les conditions de vie des prisonniers, les exécutions sommaires, les charniers…

Dans ce roman, on trouve toute une déclinaison autour du rêve:  la rêverie, l’affabulation, onirisme, le délire, la folie, mais aussi l’ivresse de la musique, de la danse… Tout s’intrique, s’imbrique à merveille.

On sait très bien que le récit est construit sur des faits et une région, Blay, qui n’existent pas mais on se prend à y croire, et si le récit démarre très lentement, le rythme s’accélère, s’enrichit, un peu comme « le boléro » de Ravel et, de rebondissement en rebondissement, on ne lâche plus le roman.

Tout m’a plu dans ce roman, même les longueurs, car le style de l’auteur rappelle les feuilletonistes du XIXe que j’aime tant. La langue est très belle, de même que les descriptions de paysages inventés par l’auteur et qu’on visualise sans problèmes comme s’ils existaient vraiment.

Cette lecture m’a convaincue de lire le premier roman de Frédéric Verger: « Arden » pour  lequel il a reçu le prix Goncourt du premier roman en 2014.

 

Liens intéressants:

Voici deux liens pour finir de vous convaincre:

http://www.telerama.fr/livres/les-reveuses,n5202590.php

http://www.les-lettres-francaises.fr/2017/09/frederic-verger-les-reveuses/

 

Extraits

Lorsque le ciel couvert de nuages noirs assombrissait la forêt, tout paraissait pris dans la gelée onctueuse et cendrée du temps. Un baume gris semblait faire sourdre du cendrier, de la chaise en rotin, d’un bol mal lavé, le halo d’une vie passée ; assis dans un voltaire, on avait l’impression de voyager dans le temps, embaumé dans le cocon de nuages noirs, de pluie ou de neige, qui grésillait aux fenêtres. P 97

Il était incapable de situer ces endroits, de se rappeler l’époque de sa vie à laquelle ils renvoyaient. Et cette impuissance lui donner l’impression de n’avoir pas commencé à vivre, de naître chaque matin comme le premier des hommes. P 111  (à propos des images qui lui viennent du passé mais qu’il ne peut identifier).

Il croisait, décroisait les jambes, appuyait sa tempe sur deux doigts, avec une nonchalance qui semblait raconter quelque chose. Et, il y avait quelque chose de fascinant à constater qu’on pouvait, par des mouvements et des gestes, improviser une histoire qui était en réalité la découverte du personnage qu’on jouait. P 132

Les paysans du coin avaient beaucoup de respect pour les rêveuses. Ils en faisaient des chansons, des contes ; quand l’une devenait une sorte de vedette, les gens avaient le droit de venir l’entendre la nuit. D’autres pouvaient obtenir l’autorisation de venir feuilleter ou lire les registres où l’on gardait tous les rêves. Beaucoup cherchaient à y voir des avertissements, des prémonitions, l’Église ne voyait pas ça d’un bon œil.    P 188 

Une fois ces frissons calmés, comme un homme chevauchant un cheval qui se cabre et, tout à coup apaisé, file sans qu’on sente ses sabots frapper le sol il jouissait de la puissance de cette vague énorme et calme de la fièvre qui semble nous entraîner à toute allure au bord du néant pour qu’on sente la jouissance de vivre. Cette torpeur était traversée de rêves tournoyants, visions égarées dans l’esprit pour quelques secondes et qu’on ne peut goûter qu’en s’y précipitant. P 209 

Le désir de mort se confondait avec le désir d’avoir déjà voulu mourir. Peut-être est-il impossible de les séparer ? Cette confusion l’apaisa. Le désespoir s’évanouit, mais la torpeur demeura, comme la rosée quand le soleil se lève. P 333 

Lu en octobre 2017

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

7 commentaires sur « « Les rêveuses » de Frédéric Verger »

    1. Le récit est original et les descriptions, même s’il aime les longues phrases sont vivantes. le début traine un peu, je pense que c’est voulu par l’auteur!
      mais c’est un livre particulier c’est certain 🙂

      J'aime

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