Publié dans Littérature contemporaine, Littérature francophone

« Belle de nuit » de Sonia Frisco

Je vous parle aujourd’hui du dernier roman d’une auteure que j’aime beaucoup:

 

Belle de nuit de Sonia Frisco 

 

Quatrième de couverture

  

                                           Deux Filles Deux Destins

                                                          Une Histoire

Il existe des réalités qui dépassent la plus incroyable fiction, des rêves pour lesquels on est prêt à tout donner, des amitiés plus fortes que toutes les adversités.

La violence ne sévit pas toujours à visage découvert, bien souvent elle porte des masques, pour cacher sa laideur et sa misère.

Dans un monde redoutable qui la veut prisonnière, Mia va lutter de toutes ses forces pour sauver son histoire personnelle et trouver l’amour, la liberté et la vie… avec, pour seuls alliés, un espoir, un rêve et une amie.

On dit de la liberté qu’elle n’a pas de prix. C’est parce que sa valeur est inestimable…
Mais la liberté a toujours un prix. Et quand on le connaît, on le paye.

Il doit certainement y avoir en nous le souvenir d’un monde ou d’un lieu où l’on a été heureux.

Qu’est-ce que la Vie ? Qu’est-ce que le Temps ?

                  Qu’est-ce que l’amour, l’amitié et l’infini ?

 

Ce que j’en pense

Dans ce roman, on découvre le choix terrible que Mia, jeune femme qui veut à tout prix échapper à un mariage où elle s’éteint peu à peu, est obligée de faire car la liberté a un prix : le temps est compté car elle doit être partie avant le retour de son époux, (cinq jours) donc il ne reste que la prostitution pour gagner de l’argent rapidement…

« Chaque fille qui se prostitue est une jeune fille commune, aucune n’est prédestinée à cela et pour une raison ou pour une autre, leur prostitution est leur seule main tendue ou leur unique issue. » P 86

Elle mène une double vie, s’occupant de son magasin le jour, devenant ensuite une « Belle de nuit » avec toutes les rencontres que cela peut engendrer, les pervers ne sont jamais très loin…

L’auteur nous raconte surtout une amitié très forte entre deux femmes, jumelles de souffrance dont les familles ont été maltraitantes physiquement et moralement, ce très tôt dans leurs vies, ce qui va les rapprocher, car elles se reconnaissent, n’ont pas besoin de se parler pour se comprendre, et qui sont là, l’une pour l’autre, avec altruisme.

On retrouve aussi le poids des traditions familiales : le divorce est prohibé par les familles traditionnelles, voire traditionalistes, où le qu’en dira-t-on l’emporte sur le bonheur de leurs filles, où la culpabilité s’installe très vite, quand l’estime de soi ne peut pas se construire, ainsi qu’une belle description de la condition des Immigrés italiens.

La violence de la mère de Mia, mère toxique incapable d’aimer, qui rappelle celle de Michel, le père de Sonia, dans « L’être de sable » que j’ai beaucoup aimé et qui était ma première immersion dans le monde de l’auteure.

Au début, ce roman m’a déconcertée car la prostitution y est abordée de façon hyper réaliste avec tous les détails, mais, très vite, la magie de l’écriture de Sonia Frisco m’a emportée, et je me suis attachée à ses deux femmes, Mia, comète qui a traversé brièvement le ciel mais en laissant une trace indélébile, qui a choisi de ne plus subir, de vivre sa vie et Marina, l’amie toujours présente, qui s’inquiète, prend soin de son amie et qui elle aussi a décidé de se libérer de ses chaînes. Déjà divorcée, elle sait ce qu’une femme endure dans ses conditions, rejetée, dénigrée, contrainte à s’exiler dans une autre ville

Les souffrances endurées par ces deux femmes, et ce depuis leur plus tendre enfance, dans le désamour maternel nous rappellent un temps pas si lointain où le divorce était tabou, les femmes divorcées traitées de putes, descendues en flèche, mai 68 n’a pas été vécu de la même façon selon le milieu dans lequel on vivait, le poids des traditions, des convictions religieuses… mais, dans ce siècle fou, la situation des femmes ne risque-t-elle pas d’effectuer un gigantesque retour en arrière ?

Ce texte fait beaucoup réfléchir et m’a beaucoup touchée comme toujours, percutée même par sa force, son authenticité. Il a un rythme particulier qui envoûte progressivement, alors on le dévore, en s’identifiant tour à tour à Mia et Marina, sans oublier les deux hommes de leur vie, Matthew et Robin, personnalités sensibles très attachantes .

J’ai pris mon temps pour rédiger cette critique, je voulais laisser les émotions se calmer un peu et ne pas partir dans tous les sens et j’ai préféré ne lire aucun commentaire sur ce roman avant de l’écrire, pour rester le plus longtemps possible dans l’intensité de l’histoire.

Un immense merci à Sonia Frisco, à son éditeur et à Babelio pour m’avoir offert ce superbe roman.

Extraits

Le bonheur est une aptitude.

Quand on est heureux, on a besoin de si peu. P 15 (Préface)

Avant de courir, il faut apprendre à marcher. Pas à pas, doucement elle se dirigeait vers sa vie. Pour aller très loin, espérait-elle. P 44

Terribles sont les regrets, parfois si lourds à porter qu’il faut désigner un coupable pour en supporter le poids. Dévastateurs sont les remords pour ceux qui les ressentent, pour ceux qui en subissent les conséquences et les torts. P 68

Parfois, on est capable de bien des subterfuges pour ne pas sombrer, pour ne pas se laisser tomber dans un monde de désillusions et de remords, pour ne pas couler dans un océan d’idées noires. P 87

Le cœur a une mémoire, il se souvient toujours du mal qu’on lui a fait subir.

Et, le témoignage de ce mal est dans notre regard. P 95

Alors, que faire ? Regarder, observer, écouter, entendre. Tout est là, autour de nous, toujours, il suffit de le percevoir. Tout ce que nous savons n’est pas tout ce que nous possédons, mais tout ce dont nous nous servons. P 102

Les familles comme les leurs passaient leur vie à trouver des responsables et des coupables. Le problème, c’était toujours « les autres ». ces autres que l’on condamne avec la force la plus grande, parce que se mirer briserait la pire tromperie qui soit, celle que l’on se fait à soi. P 111

Se réaliser, c’est achever le passé, accomplir le présent et atteindre le futur. P 196

 

Il y a un temps pour les mots et un pour les silences. Il faut être capable d’entendre les silences pour comprendre les mots. P 230 

Un parent qui nous fait du mal, par la violence de ses actes ou de son indifférence, laisse en nous une meurtrissure, une marque à vie. Inévitablement, cette marque nous conditionne, nous emplissant de colère ou d’humilité, de haine ou de noblesse, d’agressivité ou de douceur, selon notre nature. P 236

Il existe des gens qui nous tue à petit feu, rien qu’en faisant partie de notre entourage. Et que penser des témoins… Est-on complice, quand on voit et qu’on ne fait rien ? P 248

Lu en septembre 2017

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

7 commentaires sur « « Belle de nuit » de Sonia Frisco »

    1. j’ai vu qu’on avait posté le même jour! ce livre m’a beaucoup remuée et j’espère avoir transmis cela dans le commentaire, j’avais peur d’être trop en deçà (d’habitude j’ai peur d’être intarissable avec un livre d’une telle force.

      Aimé par 1 personne

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