Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Vernon Subutex 1 » de Virginie Despentes

Je l’avoue, je n’ai jamais lu cette auteure car son style de littérature habituel ne m’attire pas du tout, mais à force de voir des critiques élogieuses, j’ai fini par céder à l’appel des sirènes:

Vernon Subutex1 de Virginie Despentes

 

Quatrième de couverture

Qui est Vernon Subutex ?

Une légende urbaine.

Un ange déchu.

Un disparu qui ne cesse de ressurgir.

Le détenteur d’un secret.

Le dernier témoin d’un monde disparu.

L’ultime visage de notre comédie inhumaine.

Notre fantôme à tous.

Ce que j’en pense

J’ai eu beaucoup de mal au début avec son langage fleuri, limite porno mais je me suis imposée la lecture des cinquante premières pages avant d’abandonner et je ne regrette pas. L’histoire de Vernon Subutex (subutex ça donne déjà une idée…), disquaire ayant déposé le bilan avec l’arrivée dur le marché des nouveaux supports, CD Internet entre autres, et qui se retrouve dans la précarité car pas droit au chômage et donc au bout de trois ans de RSA est expulsé de chez lui.

Il va squatter chez les amis d’autrefois qui refont surface car une star de la musique, Alex Bleach vient de décéder d’une overdose, en lui laissant des enregistrements de « confessions » échangées avec lui, une nuit sous l’effet de la drogue.

On voit donc surgir tous les anciens potes, qui veulent mettre la main dessus, pour un livre, ou un film à sa mémoire et on voit évoluer les relations entre eux, les faux amis notamment…

Ce n’était pas gagné d’avance car ce n’est pas un milieu qui m’intéresse : rock surtout hard, la drogue, les transgenres, la manière dont les femmes sont traitées (misogynie dirais-je, si ce n’était pas écrit par une femme !) On sort de ce roman, écœuré par les addictions : alcool, drogues, sexe entre autres), la manière dont ils vivent tous (ou plutôt survivent) mais je deviens incollable sur les transgenres et, au passage, j’ai visité le milieu du rock et ses stars dont je ne connaissais pas le quart, le milieu porno également…

La verdeur du langage me heurte toujours, pourtant sa description brutale sans concession mais avec une certaine finesse de cette société urbaine déjantée, où c’est chacun pour soi, la clochardisation qui montre le bout de son nez, les extrémistes qui s’affichent sans vergogne au grand jour, m’a plu et me donne envie de continuer, un jour peut-être, il faut souffler un peu avant d’entamer le deuxième.

Ce qui me frappe quand même, c’est la façon dont Virginie Despentes alterne les passages trash et les moments où l’écriture est moins dure, comme si elle était par moment sous l’emprise de certaines substances… S’il avait été écrit entièrement avec ce langage limite porno, je n’aurais pas continué cette lecture qui reflète la violence de l’époque actuelle et me confirme que j’ai pris un coup de vieux, car cette phrase me concerne aussi :

« Vernon est resté bloqué au siècle dernier, quand on se donnait encore la peine de prétendre qu’être était plus important qu’avoir. Et il ne s’agissait pas toujours d’une hypocrisie. » P 107

A noter, un paragraphe très corrosif consacré à Gérard Depardieu et la nationalité russe : page 176 qui vaut le détour.

Bref, un uppercut ce bouquin…

Extraits

Vernon a pour habitude d’exercer un contrôle assez solide sur ses pensées. L’âme est un navire imposant, qu’il faut manœuvrer avec prudence. Il y arrive assez bien, il n’est pas un gars à se laisser surprendre par un écueil à la dernière minute. Mais, quelque chose s’est fragilisé, c’est le silence, ou le confort. P 97

Tant qu’on n’exerce pas le pouvoir, on n’a pas idée de ce que c’est… avoir du pouvoir, c’est garder le sourire quand on se fait casser les côtes par plus puissant que soi. Les humiliations sont violentes, tout en haut, et personne n’est à pour vous écouter si vous avez envie de geindre. C’est la cour des grands, pas le bac à sable pour les petits agneaux. Seuls, les tout petits chefs jouissent de leur pouvoir – au-dessus, on ne connaît que la peur de se faire poignardes dans le dos, la rage des trahisons et le poison des fausses promesses. P 117

Alex Bleach était un connard, arrogant et fragile, le prototype du poète à la con – un merdeux qui ne pensait qu’au fric, mais jouait les enragés sur les photos d’album. L’artiste dans toute sa splendeur qui se croit tout permis et méprise ceux qui se tapent le travail, le vrai. P 118

Mais, Facebook est passé par là et cette génération de trentenaires est composée de psychopathes autocentrés, à la limite de la démence, débarrassée de tout souci de légitimité. P 120

Le mépris se transmet aussi facilement qu’une gale. P 129

Internet est l’instrument de la délation anonyme, de la fumée sans feu et du bruit qui court sans qu’on comprenne d’où il vient. P 129

 

On ne prend pas de la testostérone en injections quotidiennes juste pour l’expérience. Pamela lui avait aussitôt prédit l’enfer sur terre – les maladies, la dépression, le remords, le sentiment d’étrangeté… sans oublier l’aspect éthique –merde, meuf, tu sais comment c’est con, un mec ? Et tu veux vraiment qu’on te prenne pour l’un d’entre eux ? P 193

Les choses ont changé. A notre époque, si on aimait faire chier le monde, on faisait du X, mais aujourd’hui, porter le voile suffit. P 201

Changer, c’est toujours perdre un bloc de soi. On le sent qui se détache, après un temps d’adaptation. C’est un deuil et un soulagement en même temps. P 209

Lu en juillet 2017

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7 commentaires sur « « Vernon Subutex 1 » de Virginie Despentes »

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