Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française, Non classé

« En l’absence des hommes » de Philippe Besson

Ce livre m’attendait depuis longtemps dans ma PAL car j’aime beaucoup cet auteur et j’avais très envie de découvrir son premier roman :

 

En l'absence des hommes de Philippe Beson

 

Quatrième de couverture:

Été 1916. Vincent découvre la passion dans les bras d’Arthur, jeune soldat qui tente d’échapper pour quelques jours à l’horreur des tranchées. Dans le même temps, il ébauche une affection amoureuse avec l’écrivain mondain et renommée, Marcel Proust. Le temps de ce bel été, l’un va devenir l’amant, l’autre l’ami. Comme deux fragiles éclats de bonheur au milieu de la tragédie.

 

Ce que j’en pense:

C’est le premier roman de Philippe Besson, paru en 2001 et le style, la patte de l’auteur, sont déjà là, de façon encore timide, presque juvénile.

Vincent est né avec le siècle, et il n’a que seize ans lorsqu’il fait, durant la même semaine,  deux rencontres majeures qui vont sceller son destin : Marcel Proust et Arthur, le fils de la gouvernante, soldat en permission.

Marcel Proust pour lequel il va développer un amour qui restera platonique, amitié serait d’ailleurs un terme mieux adapté. L’écrivain le fascine, il représente une image davantage paternelle: le père spirituel que l’on cherche tous plus ou moins (ou la mère) qui vient combler les défaillances réelles ou non, ou les projections: un idéal qu’on peut admirer et à qui on voudrait ressembler… Proust est un écrivain reconnu à la sexualité particulière: Vincent et lui peuvent se parler sans tabou.

Arthur (comment ne pas penser à Rimbaud?) entre dans sa vie par effraction, dans l’urgence de la guerre et lui déclare son amour: il n’a plus rien à perdre, il ne sait pas s’il reviendra vivant, donc ils vont vivre leur histoire dans l’urgence, le temps présent, les corps qui se découvrent et s’embrasent.

Vincent découvre son homosexualité et on a l’impression qu’il demande à Proust son autorisation tacite car il ne peut en parler avec personne d’autre. (l’auteur ne lui demande-t-il pas au passage l’autorisation d’écrire?)

Après une première partie où alternent des scènes torrides et des échanges plus intimes, l’auteur nous livre les lettres échangées par les protagonistes après le retour au front d’Arthur et le départ de Proust pour affaires.

Philippe Besson nous livre au passage de belles réflexions sur le temps qui passe, que l’on peut perdre, sur la guerre, la jeunesse, la mort et sur les mots et l’écriture.

« Le souvenir vient jeter un lien entre hier et aujourd’hui. C’est aussi simple que cela. Il ne faut pas chercher plus loin. Je dis: le temps, c’est ces minutes avec vous, ce n’est rien d’autre que cela. » P 61

Ce qui m’a dérangée un peu, c’est l’utilisation à répétition des : « je dis » ou « vous dîtes » ou encore « il dit » qui alourdit le texte.

J’ai bien aimé ce roman et on sent déjà timidement s’ébaucher ce qui fera  la sensibilité, la marque de fabrique de la plume de l’auteur. J’ai terminé ce livre, il y a une dizaine de jours et j’avais tellement noté d’extraits qui me plaisaient que j’ai eu du mal à faire une synthèse qui me convienne vraiment.

Extraits:

Je comprends que, non seulement la guerre n’empêche rien, mais qu’en plus elle favorise ces rapprochements improbables. Sans la guerre, sans ce magnifique été de l’absence des hommes, nous serions-nous rencontrés? P 24

                                                              * * *

La guerre est une chose irréelle, tenue à l’écart de nos vies. La guerre est une chose lointaine, plus d’une centaine de kilomètres, une immensité, là-bas, dans nos campagnes, dans des terres qui ne nous appartiennent plus. La guerre est une chose virtuelle, ne nous empêchant nullement de nous rendre au théâtre, au restaurant, de continuer à vivre normalement. P 35

                                                              * * *

Je demande: tu étais un belliciste? Tu réponds: on est belliciste quand on n’a jamais fait la guerre, je veux dire, personnellement. Et tu ajoutes: je ne devrais pas avoir cette conversation avec toi. Je dis: parce que j’ai seize ans? Tu réponds: non, parce que tu es dans mon lit. P 45

                                                              * * *

Et puis le temps guérit de tout et ne laisse à la surface que les images que nous voulons bien conserver. P 55

                                                              * * *

Merveilleuse cruauté de la jeunesse, capable de prononcer les condamnations les plus définitives avec l’air de rien. P 55

                                                              * * *

J’ai cette croyance-là. On peut combattre l’ennemi par l’art. On peut combattre l’ennemi en persévérant à vivre. C’est se terrer qui serait leur vraie victoire, notre défaite totale. Je ne me cacherai pas dans des caves. Je ne suis pas fait comme ça voilà tout. Je continuerai à recevoir mes amis… P 74

                                                              * * *

J’aime la mère dans la femme, je veux dire: j’aime me sentir un fils. C »est ainsi qu’on peut être amoureux sans éprouver de désir. C’est ainsi qu’on peut écrire ses plus belles pages. Les femmes m’inspirent le respect et le goût de les séduire, d’être auprès d’elles, leur confident. Je ne suis pas un amant, ne l’ai jamais été. Je suis un amoureux, véritablement. P 93

                                                              * * *

Les mots ne sont destinés qu’à conserver une trace de ce qui survient, un témoignage de ce qui est. A ma façon, je réponds à la prière qu’Arthur a formulée: je sauve nos vies de l’oubli. P 103

                                                              * * *

Le livre, aussi, est un enfant. D’abord, il faut être amoureux, ou l’avoir été, il faut ressentir une brûlure amoureuse ou la morsure d’un manque, le vide d’une absence pour commencer à écrire. L’amour et l’écriture sont intimement liés. L’un produit l’autre. P 110

 

Lu en juin 2017

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Publié dans Littérature islandaise, Polars

« Hiver arctique » : Arnaldur Indridason

Petit détour dans le monde des polars nordiques avec:

Hiver arctique Arnaldur Indridason

 

Quatrième de couverture:

Comment peut-on poignarder un enfant? Au cœur de l’hiver arctique, en Islande, un garçon d’origine thaïlandaise a été retrouvé assassiné. Il avait dix ans. Crime raciste? Le commissaire Erlendur mène l’enquête, s’acharne et s’embourbe. Il ne comprend plus ce peuple dur et égoïste qui s’obstine à survivre dans une nature hostile. L’absurdité du mal ordinaire lui échappe…

Ce que j’en pense:

J’aime bien faire un tour de temps en temps en Islande avec le commissaire Erlendur, avec ici l’hiver rude qui s’installe, les vents qui s’intensifient, le verglas, la neige…

Le meurtre du petit garçon, retrouvé étendu sur le verglas, poignardé, ramène le  souvenir de la mort de son petit frère, alors qu’ils s’étaient perdus dans la tempête, il y a longtemps, mort dont il se sent toujours responsable. Cette enquête s’avère difficile car l’auteur brouille les pistes: acte raciste, acte pédophile, le tout parasité par les étranges coups  de fil qu’ Erlendur reçoit et qu’il attribue à une femme ayant disparu depuis quelques semaines. Y a-t-il un lien?

Arnaldur Indridason parvient, une nouvelle fois, à parler, durant cette enquête des problèmes sociaux de son pays: les mariages mixtes entre des femmes thaïlandaises et des hommes islandais, qu’ils soient par amour ou pour obtenir la nationalité et des répercussions qu’ils peuvent provoquer : rejet par une certaine partie de la population raciste qui a peur que « la race pure » disparaisse un jour à cause du métissage…

Il évoque aussi le problème des enfants: ceux qui s’adaptent, travaillent à l’école comme Elias, comprenant que maitriser la langue est la condition de l’adaptation réussie, et ceux comme son frère Niran arrivé plus âgé et qui, nostalgique de son pays d’origine, veut continuer à parler sa langue et entretenir le culte de sa culture et traîne avec d’autres enfants thaïlandais…

Au passage, quel rôle a pu jouer Niran dans cette tragédie, étant donné qu’il a mystérieusement disparu?

L’auteur évoque aussi l’attitude des enseignants dans l’apprentissage de la langue et l’Histoire du pays d’accueil,  avec un professeur d’Islandais, gloire déchue du sport,  facho, ouvertement raciste, mais chien qui aboie mord-il? …

Arnaldur Indridason nous raconte au passage, des détails sur la vie du commissaire, ses problèmes relationnels avec ses enfants, (il n’a rien d’un super héros et cela me plaît bien) mais aussi de ses collègues: Sigurdur Oli et ses réticences vis-à-vis de l’adoption qui créent des tensions dans son couple, Elinborg qui se culpabilise car elle devrait être au chevet de sa fille malade…

J’ai bien aimé ce polar car il n’y a pas d’hémoglobine au litre, au contraire le récit est   sobre et axé sur la psychologie sociale et ce commissaire Erlendur me plaît beaucoup; de plus, l’auteur nous démontre au passage que racisme et intolérance sont présents dans toutes les sociétés et en plus l’Islande est un pays qui me fascine et que je rêve de visiter…

Extraits

Il alla s’asseoir dans son fauteuil. Il était souvent resté ainsi assis dans le noir à regarder par la grande fenêtre de la salle à manger. Quand il était dans cette position, il ne voyait rien d’autre à sa fenêtre que le ciel infini. Parfois, les étoiles scintillaient dans le calme des nuits d’hiver. Parfois, il regardait la lune qui passait devant sa fenêtre dans toute sa splendeur, froide et inaccessible… P 112

 

… Ce ne fut qu’alors, au moment où il se trouva plongé dans la tranquillité nocturne de sa salle à manger, seul avec lui-même, qu’il comprit combien la découverte du petit garçon au pied de l’immeuble l’avait ébranlé. Erlendur ne pouvait s’empêcher de penser à son propre frère, à la blessure que la mort avait laissée derrière elle et qu’il n’était jamais parvenue à refermer. Depuis cette époque, il avait toujours été rongé par la culpabilité car il lui semblait être responsable du destin de son petit frère. P 113

Un bref article y mentionnait le danger de disparition qui menaçait les Islandais comme race nordique d’ici une centaine d’années à la suite de métissage constant qu’ils subissaient. On y élaborait une stratégie de riposte: on préconisait un arsenal de lois compliquant l’accès à la nationalité, on émettait même l’idée de fermer les frontières à toute immigration… P 216

 

Lu en juin 2017

Publié dans Littérature anglaise, Littérature contemporaine

« Avant toi » de Jojo Moyes

Un roman léger, pour changer un peu avec:

Avant toi de Jojo Moyes

 

Quatrième de couverture

Si le temps nous est compté…

Lou est une fille ordinaire qui vit une vie monotone dans un trou paumé de l’Angleterre dont elle n’est jamais sortie. Quand elle se retrouve au chômage, elle accepte un contrat de six mois pour tenir compagnie à un handicapé. Malgré l’accueil glacial qu’il lui réserve, Lou va découvrir en lui un jeune homme exceptionnel, brillant dans les affaires, accro aux sensations fortes et voyageur invétéré. Mais, depuis l’accident qui l’a rendu tétraplégique, Will veut mettre fin à ses jours. Lou n’a que quelques mois pour le faire changer d’avis.

 

Ce que j’en pense :

C’est l’histoire d’une rencontre improbable entre Lou et Will, dans une petite ville plutôt fermée sur elle-même, dans des conditions tout aussi surprenantes car ils vivent dans  deux milieux totalement différents.

Will fait partie de la société bourgeoise aisée, où tout est facile, mais un accident le cloue dans un fauteuil alors que Lou vit dans un milieu très modeste, chômeuse depuis que la fermeture du bar qui l’employait.

Elle habite dans l’appartement de  ses parents, où seul le père travaille, avec une mère hyperactive, toujours le chiffon à la main, le grand-père transformé en légume par un AVC, et sa jeune sœur, la surdouée de la famille qui est revenue vivre avec eux avec son fils Thomas.

Inutile de préciser que cela implique que Lou soit obligée de retrouver rapidement un travail pour alimenter les ressources de la famille.

Jojo Moyes pose aussi le problème du handicap: comment un homme brillant, le goût du risque chevillé au corps peut-il accepter de se retrouver en fauteuil, après un accident, et dépendre des autres? Ce qui ne peut que le rendre acariâtre envers les autres. Le vide se fait autour de lui, ses anciens amis se font rares et il ne fait rien pour les retenir.

Surtout, l’auteure aborde le sujet du suicide assisté: le côté légal ou pas et les réactions de l’entourage qui ne veut pas, les bien-pensants qui s’insurgent au nom de la religion ou de tout autre dogme, mais aussi le droit de la personne handicapée à choisir ce qu’elle veut et ne pas lui imposer une vie dont elle ne veut plus. L’entourage a-t-il le droit de s’opposer à cette décision?

j’ai bien aimé la façon dont Jojo Moyes parle du handicap, l’acceptation ou non qu’on en a et c’est un long chemin, même si on n’est pas tétraplégique, de ne plus pouvoir faire avec son corps ce dont la tête a envie et le vide qui se fait dans les anciennes relations; les amis qui restent se comptent sur les doigts d’une main, je peux le confirmer…

Sa réflexion sur le suicide assisté me plaît aussi car c’est une question qu’on se pose face au handicap et l’hypocrisie du débat sur l’euthanasie est hélas toujours présente. Il faut avoir les moyens financiers de se rendre en Suisse ou en Belgique…

Bon moment de lecture car j’ai dévoré ce roman, alors que chacun sait que ce n’est pas mon style de lecture habituel, mais la canicule peut avoir du bon…

 

Extraits :

C’est la femme que j’ai remarquée d’abord, une blonde aux jambes interminables et à la peau dorée, une de ces créatures qui me faisaient toujours me demander si les humains appartenaient bien tous à la même espèce. Dans sa catégorie, elle avait l’allure d’une exceptionnelle pouliche de concours. P 72

Il émanait d’elle un parfum de richesse désinvolte, de « tout m’est dû », d’une vie vécue dans l’aisance d’un magazine de papier glacé. P 73

Il y a des heures normales et d’autres, bizarres où le temps paraît se figer et glisser, où la vie — la vraie vie—semble être à la fois très proche et très lointaine. P 119

Tout prend du temps, Will, a-t-elle assuré en posant brièvement une main sur son bras. Et ça, c’est quelque chose que votre génération a du mal à accepter. Vous avez tous grandi  en vous attendant à ce que les choses se passent instantanément comme vous le voulez. Vous espérez tous avoir une vie à la hauteur de vos attentes. C’est particulièrement vrai pour un jeune homme comme vous à qui tout réussit. Mais, il faut du temps. P 375

 

Lu en juin 2017

Publié dans Littérature japonaise, Manga

« Quartier lointain » de Jirô Taniguchi

Aujourd’hui, place à un manga avec:

quartier lointain T1de Jirô Taniguchi

 

Résumé de l’éditeur

Qui n’a jamais rêvé de retourner en enfance ? C’est exactement ce qui arrive à cet homme mûr, qui de retour d’un voyage d’affaires, fait un détour par sa ville natale, pour se recueillir sur la tombe de sa mère. Il est alors projeté dans le passé, où il revit une journée de son enfance, tout en gardant son caractère et son expérience d’adulte. Pour la première fois, il verra ses parents avec le regard de quelqu’un à même de comprendre.

Entre nostalgie, souvenirs et magie de la mémoire, les œuvres de Jiro Taniguchi sont toujours des invitations à la rêverie d’une grande sensibilité. Maître du manga, il en détourne les codes pour mieux se rappeler le monde de son enfance, qui constitue le cœur de son inspiration graphique. Un véritable chef d’œuvre.

Ce que j’en pense

Il y a longtemps que je désirais faire la connaissance de Jirô Taniguchi qui nous a quitté il y a quelques temps.

Qui n’a pas rêvé de faire un voyage dans le temps ? Quoi de mieux pour remonter le temps que se tromper de train et revenir dans la ville de son enfance ?

J’ai bien aimé la manière dont Taniguchi le fait : se retrouver dans le corps de l’enfant que le héros Hiroshi Nakahara, a été à quatorze ans, alors que dans sa tête il en a toujours quarante huit et retourner à l’école, apprendre les choses beaucoup plus facilement, voir ses camarades d’un autre œil, car il sait ce qu’ils vont devenir plus tard .

Même ses performances sportives sont meilleures qu’autrefois, car son corps est devenu tellement plus léger…

Hiroshi va pouvoir mieux analyser ses relations avec ses parents, comprendre pourquoi son père est parti un jour sans explications.

l’auteur évoque aussi un autre aspect de ce retour dans le temps : peut-on modifier le cours des choses, corriger ce qui a laissé des regrets ?

J’ai bien aimé l’histoire et les dessins de Jirô Taniguchi, donc je vais continuer à explorer son œuvre.

http://www.canalbd.net/canal-bd_catalogue_detail_Quartier-Lointain-T1–9782203372344

 

Extraits

quartier lointain Planche 1

Lu en juin 2017

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« La librairie de la place aux herbes »: Eric de Kermel

Je vous parle aujourd’hui d’un livre choisi parmi les « nouveautés » de la médiathèque, pour son titre et sa jolie couverture.

 La librairie de la place aux herbes de Eric de Kermel

 

Quatrième de couverture

La librairie de la place aux Herbes à Uzès est à vendre ! Nathalie saisit l’occasion de changer de vie et de réaliser son rêve. Devenue passeuse de livres, elle raconte les histoires de ses clients en même temps que la sienne et partage ses coups de cœur littéraires.

Elle se fait tour à tour confidente, guide, médiatrice… De Chloé, la jeune fille qui prend son envol, à Bastien, parti à la recherche de son père, en passant par Tarik, le soldat rescapé que la guerre a meurtri, et tant d’autres encore, tous vont trouver des réponses à leurs questions.

Laissez-vous emporter par ces histoires tendres, drôles ou tragiques qui souvent résument les nôtres.

Quand les livres respirent et aident à mieux vivre.

Ce que j’en pense

La quatrième de couverture révèle beaucoup de choses donc je passe directement à mon ressenti.

Tout d’abord, j’ai aimé la façon dont elle parle d’Uzès, nous donnant immédiatement l’envie de tout plaquer pour aller y vivre, tant l’hommage qu’elle lui rend est puissant.

Ce livre est sympathique et joue un rôle de doudou car, au fil des histoires, l’auteur nous parle également de nous. On retrouve des thèmes autour de la nature, de l’écologie, du mal-être, du stress post-traumatique, des ruptures familiales, de la maladie, la vie et la mort, du couple…

On retrouve aussi des conseils pour mieux aborder la vie: l’importance de vivre l’instant présent, les idées  de Pierre Rabhi, ou autre spécialiste du développement personnel ou d’une approche plus philosophique de la vie…

Au passage, on note un joli paragraphe à propos de l’incipit, qui est souvent une façon émouvante, d’entrer en contact avec l’auteur autant qu’avec le livre lui-même :

« L’incipit kiss, c’est le premier baiser… Salé, sucré, doux, amer, mou, fougueux, révolté, arraché, volé, frappé, caressé, sensuel, exotique, glacial, emmitouflé, vif… » P 43

J’ai apprécié la façon dont Nathalie, l’héroïne libraire, nous parle des livres et trouve toujours le (ou les) bon livre adapté à la bonne personne dans une situation particulière et j’ai retrouvé dans la liste des ouvrages qu’elle évoque des titres et des auteurs que j’ai lu ou prévu de lire. J’ai aimé flâner dans les rayons de sa librairie.

Seulement, à la longue, elle m’a un peu irritée avec son côté « maternel » ou infirmière, comme on veut, précisément quand elle se permet de dire à son amie d’arrêter ses anti-dépresseurs !

OK la lecture soigne mais attention à ne pas se prendre pour Dieu le père !

Cela passe plus facilement car elle mêle son histoire personnelle avec celle de ses clients, donc montre qu’elle aussi peut être vulnérable, qu’elle a aussi des problèmes avec ses enfants notamment sa fille (ah cette fameuse adolescence prolongée !).

L’auteur consacre chaque chapitre à un client différent, à une rencontre différente, et il a pris soin de les illustrer de beaux dessins, ce qui fait de ce livre un doudou…

A noter une jolie préface d’Erik Orsenna.

Extraits

Résister, c’est souvent étouffer sa sensibilité, s’endurcir, jusqu’au jour où l’armure craque. P 5

Le terme « roman fleuve » est parfois employé de façon péjorative, or, un fleuve, c’est d’abord une somme de ruisseaux, torrents, rivières qui charrient des dizaines de milliards de particules organiques et minérales pour rejoindre la mer. P 19

Lorsque nous croisons la trajectoire d’un livre, c’est que nous avons rendez-vous. Qu’il était temps que la rencontre ait lieu. Quand nous parlons d’un livre, ce n’est pas seulement de ce que nous avons lu que nous parlons mais de nous-mêmes. P 34

J’aime le monde animal. Comme le dit Rilke, l’animal vit dans un monde ouvert. Son élan vital n’est pas limité par l’idée de mort dont il n’a pas conscience. Il vit simplement, sans le grand gouffre ténébreux d’en face qui obnubile bon nombre de nos contemporains et m’a obsédée aussi. P 52

« Sois fort » est une injonction qui parfois, lorsque la vie avance, transforme les hommes en des scarabées au pas lent, ployant sous le poids d’une carapace jamais ôtée. P 60

Peut-être un jour inventerons-nous un mot qui signifiera que la vie et la mort sont les deux composantes d’une même histoire. Une histoire linéaire autant que circulaire, où l’une et l’autre dialoguent dans une ronde éternelle. P 61

Quand on naît à l’Étranger, on intègre rapidement que celui qui est différent, c’est soi-même… P 67

Ralentir est le début du mouvement. Habiter le temps plutôt que lui courir après. Être à chaque chose pleinement plutôt qu’à de nombreuses incomplètement. P 77

Vouloir tout comprendre traduit aussi une volonté de tout maîtriser, une angoisse de l’inconnu, une volonté de puissance qui laisse bien peu de place à la dimension spirituelle, au mystère, à ce qui vient parce qu’il vient. P 131

Donner sa chance à la joie, c’est trouver les lieux, les temps et les gens avec qui elle peut naître, mais aussi la reconnaître au milieu du reste. Alors, il est possible de la nourrir, de l’entretenir, de la faire grandir et de la partager. P 165

 

Lu en juin 2017

Publié dans Essai

« Les chemins de la Chartreuse » de Jean Sgard

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai eu l’occasion de lire grâce à l’opération Masse critique.

Chemins de la chartreuse Jean Sgard

 

Quatrième de couverture

Une promenade littéraire sur les routes de la Chartreuse pour découvrir les secrets de ce massif.

Un plateau défendu de gorges profondes et torrentueuses, des défilés étroits soulignant des sommets enneigés… Tel est le lieu où les moines chartreux ont choisi d’implanter leur monastère. Mais les voies sinueuses du massif ont aussi été sillonnées par des pèlerins, des voyageurs, des artistes, des constructeurs de routes, des bûcherons, des paysans en route vers les foires, etc.

Deux routes historiques furent empruntées. Une route utilitaire, utilisée par les paysans locaux et les bûcherons qui convoyaient jusqu’à l’Isère les troncs de pins destinés aux mâts de la flotte royale, et une route touristique, empruntée par les Parisiens et les Lyonnais, les pèlerins et les promeneurs.

Jean Sgard nous raconte l’histoire de ce massif au fil de ces chemins, depuis le haut Moyen Âge jusqu’à aujourd’hui. On y croise des écrivains – Balzac, Rousseau, Chateaubriand, etc. –, des peintres, des bandits de grand chemin, comme Mandrin, mais aussi des travailleurs, des habitants, le petit peuple de Chartreuse.
Cette balade littéraire et humaine, pleine d’anecdotes savoureuses, nous permet de découvrir d’une autre façon ce beau parc naturel régional de Chartreuse.

Ce que j’en pense

Je remercie vivement Babelio et les Presses Universitaires de Grenoble (PUG) dans la collection « L’empreinte du temps »  qui m’ont permis de découvrir cet ouvrage.

Dans ce livre, qui nous décrit l’évolution des chemins de la Chartreuse de Saint Bruno à Balzac, l’auteur nous propose un travail remarquable, mais que cette critique est difficile à rédiger ! il y a une telle profusion d’informations, de thèmes de l’Histoire à l’économie en passant par la littérature, étayé par des textes d’époque…

Il nous explique la nature et la formation des deux chemins qui relient la Chartreuse et les petites villes. « Le grand Chemin du Sappey, utilitaire, fréquenté surtout par les bûcherons, les charroyeurs », et l’autre chemin plus touristique. Les routes utilitaires, par lesquelles étaient « transportés » les troncs d’arbres, qu’on appelait les « bois de marine » en direction des chantiers navals pour construire les bateaux, faisant des dégâts au passage, le chemin étant toujours à remettre en état.

Il y a eu également un arrachage pour fournir des essences au parc de Versailles aux dépens des habitants, et pour étayer ses dires, l’auteur cite « la remontrance des habitants de la commune du Sappey » en 1726 :

« Les Jardiniers du Roi arrachèrent en 1672, 1673 et 1674 plus de cent mille plants d’arbres dans les bois de ladite commune (Le Sappey) qu’ils transportèrent à Paris pour les transplanter dans les jardins de Versailles et ailleurs […] sans aucun dédommagement » P 29

L’auteur nous livre une étude détaillée sur l’évolution des petites communes, la manière dont elles tentent de s’organiser pour résister avec de faibles moyens tout au long des différentes périodes de l’Histoire.

On voit émerger, grandir, se structurer ce monastère, en suivant les traces de Saint Bruno. Les relations pas toujours simples avec les paysans locaux.

C’est ma région, alors j’ai eu beaucoup de plaisir à voir l’évolution de ces accès, les villes ou villages avec leurs noms de l’époque.

J’ai voyagé aussi avec Saint Bruno certes, mais aussi avec des « pèlerins » célèbres : Rousseau, qui a marché durant toute sa vie car il accordait beaucoup d’importance à la notion d’hygiène corporelle « marchez, voyagez, herborisez » disait-il, Chateaubriand, Stendhal :  Jean Sgard cite au passage des extraits des « Mémoires d’un touriste » ou de « Voyages en France »

On croise aussi Mandrin avec une étude intéressante des trafics du tabac, des étoffes et de la manière dont celui-ci a pris de l’ampleur ainsi que des conditions de son arrestation.

Il consacre un chapitre très intéressant à mon ami Honoré de Balzac : « Balzac à cheval » dans lequel il évoque le pèlerinage que celui-ci dit avoir fait et qui sert de trame à la rédaction de « Le médecin de campagne » en se demandant s’il a bien suivi le trajet ou s’il s’est inspiré des guides de l’époque, ce qui n’enlève rien au fait qu’il ait vraiment potassé son sujet…

Les hommes à l’époque marchaient énormément, par rapport à nous, ils ne devaient pas avoir trop de surcharge pondérale, et pratiquaient le « Mens sana in corpore sano ».

Jean Sgard partage avec nous ses références, les textes de l’époque, une bibliographie très étoffée.

Le livre nous propose aussi une belle iconographie de Catherine Cœuré, avec notamment des eaux fortes magnifiques, des cartes, des portraits…

Un bon et beau livre, très intéressant, passionnant même, aussi bien quand on est de la région, que pour tous les personnes qui ont envie de la découvrir.

http://www.pug.fr/produit/1327/9782706126680/Les%20chemins%20de%20la%20Chartreuse

 

Extraits

Alors que le Vercors, dont la structure géographique est comparable, est toujours figuré comme une forteresse d’accès difficile, la Chartreuse est ici un asile où l’on trouvera la solitude et la paix. Cette image dominera toutes les représentations : le massif est un lieu de silence et de méditation. Sans doute la montagne reste-t-elle effrayante, mais elle est un refuge, et se convertit finalement en un lieu de pèlerinage. P 13

Les maires de Grenoble qui étaient à la fin du XVIIe siècle, cultivateurs ou meuniers, sont au lendemain de la Révolution propriétaires ou grands bourgeois de Grenoble, ayant leur résidence à Corenc. P 50

Mandrin n’est pas sans instruction ; il se compare dit-on à César et Alexandre. Il connaît surtout la « science de la géographie » et se déplace avec une habileté consommée : « du Rhin à la Méditerranée sur quarante lieues de large il n’ignorait pas un sentier ». il connaît également le marché du tabac, des mousselines et des indiennes, aussi bien en suisse qu’en Angleterre et en Hollande. P 80

On pourrait évidemment objecter que les moines ont choisi leur site (non sans mal dans le cas de la Chartreuse) pour des raisons de sécurité, de fertilité et de commodité ; pour Chateaubriand, non, le monument chrétien imprime sa marque au site, le convertit en quelque sorte. Le Christianisme se définit finalement comme un style. P 120

 

On découvre ici, aujourd’hui encore, une mise en scène impressionnante de la solitude, du silence et de la sainteté. Le site illustre une vision du christianisme des origines, la beauté du paysage et de l’architecture n’efface pas son caractère religieux ; le voyage à la Grande Chartreuse restera désormais, si peu que ce soit, un pèlerinage. P 147

Personne mieux que Balzac n’a montré l’essor de l’économie montagnarde au cours des années de la Restauration. Dans « Le médecin de campagne », publié en 1833, il met en scène de façon dramatique la misère des paysans de la Chartreuse au début du siècle. Pauvreté, ignorance, isolement, crétinisme. La Chartreuse semble reléguée dans un monde primitif, sans espoir de progrès. P 161

Lu en juin 2017

Publié dans 19e siècle, Littérature française

« Trois contes » de Gustave Flaubert

Toujours, dans ma période « nouvelles », j’enchaîne avec ce recueil:

 Trois contes de Gustave Flaubert

 

 

Ce que j’en pense

Flaubert nous propose ici trois contes, situés dans des périodes différentes de l’Histoire.

J’ai bien aimé la première nouvelle : « Un cœur simple », nous raconte la vie de Félicité, une femme pauvre et sans instruction, dont l’enfance a été difficile. Embauchée par Mme Aubain, elle va s’occuper de la maison et des enfants de celle-ci, Paul et Virginie.

C’est une belle histoire d’altruisme, car elle s’attache aux enfants, elle apprend au contact de Virginie, et étudie le catéchisme avec elle. Mais, ils vont s’éloigner pour les études. Elle compense alors en protégeant son neveu, Victor, qui finit par partir aussi. Il s’agit d’une femme simple de par ses origines sociales mais dont le cœur, la générosité l’empathie sont immenses. Elle s’attache aussi au perroquet Loulou qu’elle finira par faire empailler et qui sera investi de façon quasi religieuse.

« La Légende de Saint Julien l’Hospitalier », qui s’inspire d’un vitrail de la cathédrale de Rouen qui retrace la légende du Moyen-âge de saint Julien, ne m’a guère plu, mais je l’ai quand même terminée. Déjà, je déteste l’univers de la chasse, donc cet enfant promis à un grand destin qu’on élève dans le luxe, l’initiant à la vénerie et qui se met à massacrer tous les animaux, oiseaux qui lui tombent sous la main, ou plutôt le fusil, l’arbalète etc. cela m’a révulsée.

C’est massacre à la tronçonneuse au Moyen-âge. Et cet homme qui tue tout ce qui bouge, même ses proches et tente de se racheter en fuyant le monde, passant du luxe à la pauvreté et finissant sanctifié !!!

« Hérodias » m’a plu davantage : Flaubert remonte encore plus loin dans le passé et nous raconte un épisode de la vie du tétrarque Hérode Antipas, et aborde ici plusieurs thèmes : la haine des Juifs d’Hérodote Antipas, l’inceste car il a épousé sa nièce Hérodias, la détention arbitraire de Iaokannan, que l’on connaît mieux sous le nom de Jean le Baptiste, car celui-ci veut qu’il se sépare d’elle.

Antipas est confronté à un dilemme : soit il écoute sa femme et fait exécuter Iaokannan au risque d’être châtié par Dieu, soit il le laisse libre en échange de la soumission des Esséniens, réflexion interrompue par l’arrivée de Vitellius, chef des Romains, qui profite du banquet d’anniversaire d’Antipas, pour visiter la citadelle.

Une réflexion aussi sur l’hypocrisie dans le mariage, la recherche de l’intérêt personnel, l’avidité pour le trésor présumé d’Hérode Antipas, la venue de Jésus, la religion, sans oublier la danse de Salomé, fille d’Hérodias…

Passons au style de Flaubert : l’écriture est belle, les mots sont précis, tantôt ils ont la puissance de la houle, de l’océan déchaîné, tantôt, ils s’enroulent en douceur, comme l’eau qui vient lécher les galets. Il y a une musique Flaubert, mais parfois, à force de chercher le terme exact, et le rythme adéquat, cette écriture est tellement peaufinée, (certainement travaillée et retravaillée dans son « Gueuloir ») qu’elle en devient parfois trop précieuse, manquant de cette spontanéité que j’aime tant chez son élève préféré, Maupassant.

Pour moi, ces trois contes sont faits pour être lus à haute voix, pour en apprécier davantage la puissance.

Cette critique m’a donné beaucoup de mal: d’une part, c’est la première fois que je parle d’un livre de cet auteur, donc l’impression de commettre un crime de lèse-majesté,  et surtout, les trois thèmes sont très différents, donc la synthèse difficile . J’espère que les puristes me pardonneront…

challenge 19e siècle.

Extraits

Presque toujours on se reposait dans un pré, ayant Deauville à gauche, Le Havre à droite et en face, la pleine mer. Elle était brillante de soleil, lisse comme un miroir, tellement douce qu’on entendait à peine son murmure ; des moineaux cachés pépiaient, et la voute immense du ciel recouvrait tout cela. P 25 « Un cœur simple »

 

Toujours enveloppé d’une pelisse de renard, il se promenait dans sa maison, rendait la justice à ses vassaux, apaisait les querelles des voisins. Pendant l’hiver, il regardait les flocons de neige tomber ou se faisait lire des histoires. Dès les premiers beaux jours, il s’en allait sur sa mule le long des petits chemins, au bord des blés qui verdoyaient, et causait avec les manants, auxquels il donnait des conseils. Après beaucoup d’aventures, il avait pris pour femme une demoiselle de haut lignage. P 77 « La Légende de Saint Julien l’Hospitalier »

 

Sa propre personne lui faisait tellement horreur qu’espérant s’en délivrer il l’aventura dans des périls. Il sauva des paralytiques des incendies, des enfants du fond des gouffres. L’abîme le rejetait, les flammes l’épargnaient. P 117 idem

 

Tous ces monts autour de lui, comme des étages de grands flots pétrifiés, les gouffres noirs sur le flanc des falaises, l’immensité du ciel bleu, l’éclat violent du jour, la profondeur des abîmes le troublaient ; et une désolation l’envahissait au spectacle du désert, qui figure, dans le bouleversement de ses terrains, des amphithéâtres et des palais abattus. Le vent chaud apportait, avec l’odeur du soufre, comme l’exhalaison des villes maudites, ensevelies plus bas que le rivage sous les eaux pesantes. Ces marques d’une colère immortelle effrayaient sa pensée. P 134 « Herodias »

 

Lu en juin 2017

Publié dans 19e siècle, Littérature française

« Mademoiselle Fifi… » de Guy de Maupassant

Je continue ma relecture des nouvelles de Maupassant avec :

Mademoiselle Fifi de Maupassant

Ce que j’en pense

Ce recueil comporte en fait dix-huit nouvelles qui épinglent au passage la société de l’époque à travers les thèmes de prédilection de Maupassant : la prostitution, le libertinage, la relation homme femme, l’occupation de la France par les Prussiens…

« Mademoiselle Fifi » qui est en fait un prussien « Le marquis Wilhem d’Eyrik, un tout petit blondin fier et brutal avec les hommes, dur aux vaincus, et violent comme une arme à feu. » qui occupe, avec ses compagnons, le château qu’une famille française a dû fuir. Seul le curé du village fait de la résistance en ne faisant plus sonner son clocher, au grand dam des Prussiens.

« C’était sa manière à lui de protester contre l’invasion, protestation pacifique, protestation du silence, la seule, disait-il, qui convînt au prêtre, homme de douceur et non de sang. »

Tout ce petit monde s’ennuie et tue le temps en se livrant à des exactions, détruisant les meubles, la vaisselle ou les tableaux par jeu macabre : la toute-puissance de l’occupant donc… alors, on décide de faire une soirée légère en allant chercher des femmes.

On retrouve ce thème dans une autre nouvelle : « deux amis », deux hommes, adeptes de la pêche, se retrouvent au bord de la rivière après avoir traversé les lignes.  Ils entendent les détonations en provenance du Mont Valérien, se croient en sécurité car ils ne font rien de mal. Ils se font arrêter par les Prussiens, force occupante, et sous couvert d’une accusation gratuite d’espionnage condamnés exécutés pour le simple plaisir de tuer… cette nouvelle fait penser bien-sûr à l’occupation et aux exactions nazies.

Ma préférée est « Madame Baptiste » : enfant, elle a été victime d’abus sexuel par un homme qui a été condamné mais c’est elle que les bien-pensants montrent du doigt et accuse de mœurs légères ; on s’éloigne d’elle comme si elle était contagieuse, on se moque d’elle ouvertement. On retrouve le thème de l’hypocrisie, une fois qu’on a été cloué au pilori, quoi qu’il puisse arriver on sera condamné… hypocrisie de la société mais en premier lieu de l’Église qui lui refuse les derniers sacrements, et donc seules quelques personnes assisteront à l’enterrement.

Dans « Le lit », l’auteur nous propose une analyse quasi philosophique du rôle du lit dans la vie des hommes et des femmes. « Le lit, mon ami, c’est toute notre vie. C’est là qu’on naît, c’est là qu’on aime, c’est là qu’on meurt… mais c’est aussi là qu’on souffre ! Il est le refuge des malades, un lieu de douleur aux corps épuisés»

Maupassant aborde aussi l’amour, dans « Les mots d’amour », il égratigne au passage une femme qui a l’habitude de dire après l’amour, des mots doux qui ne plaisent pas à son amant (mon gros chien, mon chat ou mon coq ou encore mon gros lapin adoré) qui sont pour lui des tue-l’amour et qu’il en vient à préférer ses silences.

Et bien-sûr quelques scènes sur le couple, le mariage, l’infidélité ou des femmes légères, qui relèvent parfois de la misogynie (cf. « La bûche » ou « La relique ») mais il n’est pas tendre non plus avec les hommes : dans « A cheval », il étrille un homme qui veut parader, se croyant supérieur aux autres, car bien né…

Et encore dans ce recueil, une nouvelle consacrée à la folie, avec « Fou ? », l’histoire d’une homme tellement jaloux qu’il l’est de tout ce qui approche la dame de ses pensées, et même de son cheval !!! est-il vraiment amoureux d’ailleurs, car il passe de l’amour à la haine d’une minute à l’autre.

J’ai lu la plupart des nouvelles de Maupassant, il y a longtemps et j’ai beaucoup de plaisir à les relire, tant l’écriture est belle, fascinante et le ton, tour à tour, lucide, féroce, voire caustique,  ou ironique, mais toujours léger.

Extraits

La pluie tombait à flots, une pluie normande qu’on aurait dit jetée par une main furieuse, une pluie en biais, épaisse comme un rideau, formant une sorte de mur à raies obliques, une pluie cinglante, éclaboussante, noyant tout, une vraie pluie des environs de Rouen, ce pot de chambre de la France. « Mademoiselle Fifi »

Depuis son arrivée en France, ses camarades ne l’appelaient plus que Melle Fifi. Ce surnom lui venait de sa tournure coquette, de sa taille fine qu’on aurait dit tenue par un corset, de sa figure pâle où sa naissante moustache apparaissait à peine, pour exprimer son souverain mépris des êtres et des choses, d’employer à tout moment la locution française – fi, fi, donc – qu’il prononçait avec un léger sifflement. « Mademoiselle Fifi »

La petite fille grandit, marquée d’infamie, isolée, sans camarade, à peine embrassée par les grandes personnes qui auraient cru se tacher les lèvres en touchant son front. « Madame Baptiste »

« Voyez-vous, madame, quel que soit l’amour qui les soude l’un à l’autre, l’homme et la femme sont toujours étrangers d’âme, d’intelligence ; ils restent deux belligérants ; ils sont d’une race différente ; il faut qu’il y ait toujours un dompteur et un dompté, un maître et un esclave ; tantôt l’un, tantôt l’autre ; ils ne sont jamais deux égaux. « La bûche »

Mais, connaît-on jamais les femmes ? Toutes leurs opinions, leurs croyances, leurs idées sont à surprises. Tout cela est plein de détours, de retours, d’imprévu, de raisonnements insaisissables, de logique à rebours, d’entêtement qui semblent définitifs et qui cèdent parce qu’un petit oiseau est venu se poser sur le bord d’une fenêtre. « La relique »

Vois-tu, ma pauvre enfant, pour les hommes pas bêtes, un peu raffinés, un peu supérieurs, l’amour est un instrument si compliqué qu’un rien le détraque. Vous autres femmes, vous ne percevez jamais le ridicule de certaines choses quand vous aimez, et le grotesque des expressions vous échappe. « Les mots d’amour »

Lu en mai 2017