Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Journal d’un vampire en pyjama » de Mathias Malzieu

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui m’a harponnée par sa couverture originale.

 journal dun vampire en pyjama de Mathias Malzieu

journal dun vampire en pyjama de Mathias Malzieu quatrième de couverture

 

 

 

 

 

 

 

Ce que j’en pense

Ce livre est un journal intime dans lequel Mathias Malzieu raconte son combat contre son aplasie médullaire, du diagnostic, aux traitements, des transfusions qui font de lui un vampire, du pyjama en papier de l’hôpital et il se compare à un « Vampire en pyjama

On le suit dans les chambres stériles où il s’est retrouvé pour ne pas avoir d’infections, », partageant avec lui l’épreuve du harpon du myélogramme,  les prises de sang et transfusions, les souffrances physiques,  les couloirs des hôpitaux par lesquels il est passé,  sans oublier Rosy sa femme, fidèle au poste, déguisée parfois elle aussi en cosmonaute, …

Il rend hommage, mine de rien,  au personnel soignant pour son empathie, et partage aussi ses moments de doute, d’espoir, la mort qui rôde, et nous ouvre la porte de son imaginaire, des lieux où il se sent en sécurité: son « appartelier »,  son « fauteuil-oeuf »…

Au passage, il nous livre une belle réflexion sur la greffe de moelle osseuse, sa mère biologique, et celle qui a permis sa deuxième vie et sur l’être hybride qu’on devient après…

J’ai beaucoup aimé : l’humour, l’autodérision, le punch, la rage de l’auteur qui se bat, qui s’accroche à la vie, la sortie de son film, s’acharne sur son vélo d’appartement… ainsi que la poésie de l’écriture, les références à Walt Whitman dont il ne lâche jamais les poèmes qu’il connaît par cœur.

J’ai aimé également la manière dont il s’approprie les termes médicaux, joue avec, créant de façon imagée ses propres mots, son propre langage : les  « nymphirmières sont venues me prêter main forte avec leurs yeux et leurs voix de sirènes », les haricots qu’on lui transfuse… »Dame Oclès » pour désigner la mort…

« Résister. Je n’ai plus d’autre choix désormais que devenir un véritable Jedi. Il me reste quelques semaines pour terminer ma formation. Face à Dame Oclès, la tentation de passer de l’autre côté de la Force sera terriblement séduisante ». P 151

Le choix de la couverture est elle-même très soignée et lourde de signification : les lettres sont en majuscule sous forme de petits points rouges (globules rouges) pour son nom et des petits points blancs pour les leucocytes le tout sur fond noir : superbe. Et le petit bonhomme, dessiné comme par un enfant, avec en guise de tête un gros cœur rouge !!!!

Ce livre m’a donné envie d’écouter les chansons de Dionysos et de découvrir d’autres textes de Mathias Malzieu.

 

L’auteur

Mathias Malzieu parle de son livre ainsi:

« Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d’amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n’ai rien eu à inventer. Si ce n’est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur.  »

 

Extraits

Chacun ses béquilles, les miennes sont des toupies électrifiées : je ne peux m’appuyer sur elles que lorsqu’elles sont en mouvement. P 14

Le problème, c’est que je donne plus que ce que j’ai. Je suis le plus con des dragons. Celui qui crache des étincelles et se crame les ailes avec. P 14

Je suis comme dans un train à l’arrêt lorsque personne ne donne d’information. Impossible de savoir ce qui m’attend. P 26

Un bug… Je me suis fait hacker le système immunitaire, du coup je m’autodétruis. Je suis mon propre cancer. P34

Désormais, j’aurai besoin du sang des autres pour survivre. C’est officiel, je suis devenu un vampire. P 35

Je vais me faire changer les plaquettes. M’en faire poser de nouvelles, disons. J’ai plus de sang-frein. Liquidation quasi-totale des particules coagulantes. Si je caresse un hérisson du bout des doigts, j’aurai un bleu sur l’avant-bras. P 54

Être malade, c’est se sentir comme un enfant et un vieillard en même temps. Être privé de vie sociale. Ne plus travailler. Dans le regard les uns et l’intonation des autres, on se transforme en monstre fragile. Et surtout, on commence à se faire peur… Mon identité est frelatée, chaque jour qui passe rend le combat pour rester moi-même plus difficile. Car désormais, je suis un vrai vampire. P 110

Et je vais naître une deuxième fois. Ce qui implique qu’il faudra mourir un peu aussi.la (science)fiction dépasse la réalité. Je vais devenir une chimère, mon sang sera mixte pour toujours. P 150

 

Lu en mai 2017

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7 commentaires sur « « Journal d’un vampire en pyjama » de Mathias Malzieu »

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