Publié dans Littérature anglaise, Littérature contemporaine

« Assez de bleu dans le ciel » de Maggie O’Farrell

Je vous parle aujourd’hui du  dernier roman de Maggie O’Farrell :

Assez de bleu dans le ciel de Maggie O'Farrell 

Quatrième de couverture

Avec un art de la construction vertigineux qui mêle les lieux, les époques et les voix, Maggie   O ’Farrell donne vie à une galerie de personnages complexes et livre la bouleversante radiographie d’un mariage, des forces qui le soudent aux pressions qui le menacent. Encensé par une presse unanime, un roman puissant, à la fois drôle et poignant.

Une maison à des kilomètres de tout.

Autour, rien que l’herbe verte, les trembles aux feuilles chargées de pluie et le ciel changeant du Donegal. Ce refuge, Daniel Sullivan s’apprête à le quitter le temps d’une semaine pour se rendre aux États-Unis, son pays d’origine. C’est l’anniversaire de son père, qu’il n’a pas vu depuis des années.

Dans la voiture qui le conduit à l’aéroport, une voix retentit à la radio : celle d’une femme dont il est sans nouvelles depuis vingt ans, son premier amour.

Les souvenirs se déversent. Replonger dans le passé, comprendre ce qui le pousse à abandonner ceux qu’il aime, Daniel ne pense plus qu’à ça.

Mais il y a son épouse Claudette, star de cinéma fantasque, passionnée, qui a choisi d’organiser sa propre disparition pour échapper au monde. Comment lui révéler l’homme qu’il est véritablement ? Que peut-il encore promettre, lui qui n’a jamais su que fuir ?

 

Ce que j’en pense

Tout d’abord, un grand merci à babelio.com et aux éditions Belfond qui m’ont proposé de lire ce livre !

Quel plaisir de lecture et quelle joie de retrouver cette auteure dont j’ai beaucoup aimé « La mystérieuse disparition d’Esme Lennox » il y a quelques temps…

En fait, Maggie   O ’Farrell passe en revue plusieurs couples qui s’entremêlent : Claudette actrice renommée et son cinéaste de mari, qu’elle finit par fuir en douce pour échapper à son statut de star omniprésente dans les médias avec son bébé, Ari,  sous le bras.

Daniel qui divorce d’une épouse féroce qui ne le laissera plus jamais voir leurs enfants et le point de rencontre, en Irlande, entre Claudette et Daniel pour former le troisième couple qui est en fait le centre de ce roman.

Malgré le bonheur, leurs deux enfants qui grandissent en liberté, leur mère assurant leur instruction, donc un cocon avec peu de contacts avec l’extérieur. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si un fantôme ne surgissait pas du passé de Daniel : Nicola, son amour de jeunesse, disparue brutalement, avec son pesant de culpabilité pour lui.

Pour moi qui aime les familles barges, un peu (beaucoup) déjantées, les enfants précoces, autistes ou non, les paysages à couper le souffle, les voyages (artificiels ou non) entre les USA, un trou perdu en Irlande loin de toute civilisation, la virée par l’Amérique du Sud et les allers et retours incessants entre présent et passé, j’ai été comblée.

On se promène ainsi dans les années 80 puis l’époque contemporaine avec un passage par les années 40 sur les traces de la mère de Daniel. Et, parallèlement aux voyages entre les époques, l’auteure fait parler tous les protagonistes, chacun à leur tour : elle donne un titre au chapitre, et annonce le personnage qui va s’exprimer, le lieu et la date.

Un détail que l’on retrouve à chaque chapitre : une dizaine de mots de la première phrase écrite en majuscules. Ex : P 232

                                  « L’esprit fatigué est une gazinière

                                              Daniel, Sussex, 2010

IL EST TOUT JUSTE UN PEU PLUS DE 15 HEURES, temps moyen de Greenwich, et je me trouve sur le parking d’un lycée d’une ville-dortoir sans charme, en Angleterre. »

Une mention spéciale pour Niall, le fils né du premier mariage de Daniel, enfant hypersensible, couvert d’eczéma sur tout le corps, qui va régulièrement à l’hôpital, où on l’enduit de crème et de bandages pour éviter les démangeaisons…

« Niall a conscience de sa peau, de la surface de sa peau, de sa couche supérieure qui réagit à sa déception par une décharge de chaleur emplissant l’espace entre ses vêtements et cette partie de lui que Niall appelle son « moi ». P 72 »

Les personnages sont farfelus, tristes ou gais, avec leurs secrets enfouis profondément et qui ressurgissent lors d’évènements importants ou traumatisants de leurs vies et, même s’ils frisent parfois la caricature ou deviennent horripilants, ils sont tous attachants et mettent en lumière les époques de leur vie à travers les mœurs de la société dans laquelle ils vivaient alors.

Un roman que j’ai lu de façon addictive, oscillant entre l’envie de connaître la suite et le désir que ça continue encore et encore…

J’aime beaucoup l’écriture de Maggie   O ’Farrell, son style alerte, la psychologie de ses héros, ainsi que son analyse du mariage, de la tolérance (ou pas) et de l’évolution dans un couple, dans la famille.….

 

Extraits

Pour ne rien rajouter au surréalisme de la situation, mon grand-père et moi partageons le même nom. Il y eut des fois où, au cœur de la nuit, j’eus l’impression de traquer mes propres cendres, celles de l’homme que j’étais avant. P29

                                                              ***

Cette démangeaison, ce désagrément, cette éruption, cette inflammation, ces rougeurs, tous ces symptômes infernaux, aliénants : tout cela n’est pas lui. Il y a lui et il y a sa maladie. Lui et sa maladie sont deux entités, forcées de cohabiter dans un même corps. P 72

                                                               ***

C’est ainsi que Daniel perçoit à présent la situation, comme un gaz toxique emprisonné, scellé dans une bouteille qu’il ne faut jamais, ni sous aucun prétexte, ouvrir. P 127,

                                                              ***

Sur la vitre verdâtre en face de lui, des traces de buées éphémères apparaissent et disparaissent, apparaissent et disparaissent ; l’invisible qui se dévoile, se fait connaître au monde. P 230

                                                             ***

Chez la plupart des espèces, le mâle blessé se retire, se cache sous terre, lèche ses plaies en privé pour réapparaître plus tard dans la lumière, une fois remis sur pieds. P 235

                                                             ***

« je ne crois pas que ce que nous appelons en amour un coup de foudre soit une si grande absurdité, ainsi qu’il est coutume de le penser. Nous nous faisons généralement une idée du genre de personne susceptible de nous plaire… et lorsque nous en rencontrons une illustration parfaite, réunissant toutes les qualités que nous admirons, le sort en est jeté ». P 273

                                                             ***

Les mariages qui battent de l’aile, me dis-je, assis sur le banc froid du kiosque, sont comparables à des cerveaux après un AVC. Certaines connexions sont court-circuitées, certaines facultés perdues à jamais, les fonctions cognitives souffrent, des centaines de réseaux de neurones se referment… P 349

                                                              ***

…La seule langue au monde à posséder un mot pour désigner ces êtres, ces vies étaient le roumain. Detlene : esprits errants de ces enfants perdus ou mort-nés. De ces enfants qui, indéniablement, avaient vécu, mais seulement dans le ventre de leur mère. P 423

                                                              ***

… Les mariages se brisent non pas à cause de ce que l’on a dit, mais de ce que l’on ne dit pas. P 438

 

Lu en avril 2017

Publicités

4 commentaires sur « « Assez de bleu dans le ciel » de Maggie O’Farrell »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s